Prototype 2 sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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6
BlackLabel PS3

La SUUUUURpuissance !!!!!!!!!!

[Merci à Chipster d'avoir mis en lumière ce chef d'oeuvre de poésie et de finesse]

 

Prototype 2 est le premier vrai épisode de la licence. Le précédent n'était clairement pas fini ; graphismes atroces, lisibilité de l'action calamiteuse, et j'en passe. C'est d'ailleurs dommage car s'il avait été un vrai épisode 2, de nombreuses faiblesses auraient été corrigées et améliorées. En l'état Prototype 2 est un titre aux entournures grossières, avec un potentiel assez énorme mais pas toujours bien mis en avant. Son gameplay est varié, mais certains pans sont simplistes. Son bestiaire est fourni, mais pas toujours bien employé. En bref Prototype 2 a tout d'un épisode 1 ; la recette est bonne, mais les ingrédients ne sont pas toujours bien dosés.

Une partition graphique équilibrée

Prototype 2 a un frame-rate décent. On fait exploser plein de trucs, c'est le bordel à l'écran, on court sur les murs, on monte dans le ciel. Le frame-rate reste stable et le jeu toujours fluide, les textures ne s'affichent pas avec du retard. En comparaison, dans GTA4, quand on accèlère, y'a zéro voiture sur la route et le jeu saccade.

Prototype 2 sur la partie technique a les graphismes dont il a besoin pour exprimer sa démesure sans punir le joueur. Pas de l'esbroufe visuelle, mais de la solidité. Pas de textures super fines, mais un moteur physique. Pas de passages scriptées, mais des explosions partout à l'écran que le moteur du jeu encaisse sans broncher. Et ça, c'est bien !

Évidemment ça se paye. Dès qu'on monte sur les immeubles les plus hauts, le bas de la ville et l'horizon baignent dans un brouillard gris. Sauf que la distance d'affichage reste énorme comparée à d'autres open-world. Le jeu a bonne allure, misant sur des modélisations simples pour afficher le plus de choses possibles tout en conservant une fluidité de tous les instants.

Une partition artistique pas très recherchée...

Alors on est encore à New York, mais pas vraiment. En gros on est dans une grosse ville américaine, des fois même y'a des buildings de New York dedans et des personnages parlent de la Grosse Pomme, mais on n'est pas à New York non plus, ou de loin. Ça n'y ressemble jamais vraiment.

La ville, sans être aussi insignifiante qu'Empire City dans Infamous, a peu d'identité durant les deux tiers du jeu. Ce n'est pas désagréable, mais on n'a aucune envie de faire le touriste (du moins pas pour les paysages). Les décorations sont assez sommaires, beaucoup d'affiches, et de pancartes néon mais auxquelles les immeubles ne correspondent pas forcément, genre on croise un cinéma qui n'est un cinéma que de nom. De même il y a des stands à hot-dog, mais personne pour les vendre ! Tout se ressemble même si l'aspect copier/coller reste globalement dans une marge acceptable.

Et ce qui manque aussi au jeu, c'est qu'il n'a pas clairement départagé les deux premières îles. On note des différences, mais pas d'identité vraiment marquée. Par contre la dernière île, là c'est l'enfer ! Des gratte-ciels troués et en flammes, d'autres écroulés, des tentacules gigantesques et des bulbes dégueux comme si la peste s'abattait sur le béton et la brique, des zombies plein les rues avec des militaires qui les flinguent... C'est l'Apocalypse selon Rambo 12. Clairement pas original, mais efficace, c'est au moment où la puissance du héros culmine que le terrain de jeu lui offre ses plus beaux jouets.

Prototype 2 mise plus sur la quantité que la qualité. Beaucoup de civils dans les rues, mais peu de modèles différents. Beaucoup de véhicules, mais à la modélisation sommaire. C'est un choix qui fonctionne d'après moi dans le cadre de ce jeu, où l'on tue en masse sans faire la fine bouche. C'est évidemment aussi une manière de supporter la démesure, car il me semble qu'il est plus facile pour un jeu de gérer trente clones que dix personnages différents.

Au fond le seul vrai reproche que j'aurais à faire, c'est d'avoir manqué d'inspiration décorative sur les deux premières îles. Elles sont convenues et ne se démarquent pas vraiment l'une de l'autre.

Une histoire à l'hénaurme subtilité

Bonne initiative, il y a un résumé de Prototype 1, court, clair et plutôt bien fait. Ensuite il y a l'intro du 2, passage scripté du jeu pour nous apprendre les rudiments du gameplay (et vraiment les rudiments genre se déplacer...) et qui va mettre en scène l'affrontement entre Mercer, le héros du 1, et Heller, le héros du 2. Bien mis en scène pour le genre, efficace et tout, c'est là que le jeu a posé pour la première fois le ton et qu'il ne m'a jamais déçu par la suite. Ouais, ça va être gras, violent, pas subtil du tout, mais pas débile non plus, pas dans l'esbroufe et le m'as-tu vu. et pourtant c'était le jeu rêvé pour le faire.

Alors ça raconte quoi ? Absolument rien d'intéressant ou d'imprévisible, et je ne suis pas sûr d'avoir tout compris (d'ailleurs ce n'est pas grave) à propos des conflits entre différentes factions. Le gouvernement, l'armée plus des scientifiques ont fait un super virus. Ils le testent sur les civils qui se transforment en zombies, en monstres, en gros monstres, en très gros monstres, et en super héros complètement cheatés. Voilà.

Notre héros a perdu sa femme et sa fille à cause du héros du 1, et donc il veut plus ou moins buter tous les responsables du projet virus, en rapport de près, de loin, et de très loin. Tout le monde, quoi. Le héros du 1 était méchant. Celui du 2, attention c'est subtil ! n'est pas gentil. Bref voilà l'occasion de massacrer toute la ville pour empêcher les vrais méchants de massacrer... toute la ville. Certains trouveront probablement matière à réflexion dans cette contradiction existentielle profonde.

On va ainsi rencontrer tout un tas de personnages assez caricaturaux, mais globalement bien interprétés avec un doublage FR solide et enthousiaste. En somme l'histoire, c'est juste une quête de vengeance avec des cinématiques qui nous disent qui on doit buter et pourquoi, et aussi accessoirement on a pour but de mettre fin à la contamination mutagène. Le scénario est un prétexte, mais un prétexte soigné ; les cinématiques en NB s'inspirent du film Sin City, c'est assez classe dans le genre, et les personnages ne sont jamais là pour faire leur numéro (contrairement à Far Cry 3 par exemple).

C'est aussi pensé pour introduire de manière très classique de nouveaux types d'ennemis ou des situations, pour coller au gameplay en somme. Un déroulement convenu, mais qui ne se prend pas pour plus qu'il n'est, et joyeusement mené par un héros super vénère qui se fait toujours une joie d'avance d'aller dégommer des méchants, quitte à défoncer des civils au passage.

Personnellement, si je peux comprendre que ce type d'histoire soit décevante pour beaucoup, moi je me suis bien marré. Je ne sais pas si c'est toujours voulu, mais certains clichés sont tellement prévisibles qu'on les croirait là exprès, comme lorsqu'on s'allie avec un méchant qui nous trahit le chapitre d'après avec des "AH ah ah ! Je t'ai eu, voilà quinze hélicos dans ta tronche !".

Le scénario fait son boulot, rien de plus, mais il le fait comme il faut, à sa manière, avec des grosses répliques badass. Pas de prétention, d'arrogance, d'ambitions déplacées, et une qualité d'interprétation solide, en plus de dialogues qui ne nous font pas le coup du déblatérage de background.

Après tout n'est pas heureux, et on aura droit à des enregistrements et autres modes de narration inutiles typiques du jeu vidéo, avec lesquels on n'apprendra rien d'intéressant, mais dans l'ensemble j'ai trouvé ça agréable à suivre, et marrant à force de ne jamais jouer la carte de la subtilité.

Sensations grisantes et identité forte

La seule vraie originalité de Prototype (la licence) c'est d'avoir fait un mélange entre le film de zombies et le super-héros. Souvent dans les deux cas on trouve une histoire de scientifiques qui testent des trucs, et après on a des zombies, ou un super-héros. Ben là on a les deux ! Ça donne un personnage à la violence si démesurée que le jeu obtient son identité ainsi, comme God of War à l'époque. James Heller, c'est un peu Wolverine, un peu Spiderman, un peu Élasto-man, un peu tous les superhéros à la fois MAIS ; en super gore, super violent, et surpuissant.

Et la façon de se déplacer par bonds de géant ou en courant sur la façade des immeubles expriment cette démesure, cette puissance complètement cheatée, là où dans Infamous on n'y croit pas vraiment. Se déplacer est assez grisant, d'autant plus que par la suite le jeu va s'en servir dans le gameplay avec des courses-poursuites (ou des courses minutées mais ça c'est naze).

Gameplay prometteur mais limité

Pour le gameplay, le jeu est beaucoup moins bordélique que le précédent, et c'est avec un certain bonheur qu'on casse tout. Le jeu fait dans la variété, les situations de la campagne principale sont souvent différentes. Mais le gameplay est limité, ce qui donne l'impression d'un massacre continu monotone d'où aucun moment fort ne ressort. Ainsi j'ai joué avec le sentiment d'enchaîner des missions similaires, principales ou secondaires étant au même niveau, plutôt que d'évoluer dans une aventure. C'est d'ailleurs l'entrain du scénario qui permet aux missions d'avoir un zeste de personnalité.

La discrétion/infiltration est anecdotique, alors qu'un système façon Uncharted 2 aurait suffi. Là, soit on ne peut pas déclencher d'alarme et notre cible s'avale directement car personne ne la surveille. Soit on peut déclencher l'alarme... donc la cible peut être avalée directement. Dans les deux cas, on se demande à quoi ça sert. Gros dommage car en élaborant des missions simples mais consistantes, le jeu aurait pu installer un rythme en intercalant de temps en temps une mission plus calme entre deux boucheries.

Prototype 2 est généreux, il essaye vraiment de varier la donne et les plaisirs sur la forme, mais manque d'un gameplay un peu plus subtil. Quand ça ne dérange personne de voir un gars courir sur les murs, on comprend que l'ambition du jeu est d'être avant tout un défouloir jamais frustrant pour le joueur. Mais un défouloir, il l'est un peu trop.

Au final j'y ai joué comme à un Assassin's Creed, un enchaînement de petits objectifs à compléter. À la différence près qu'ici j'y ai pris un vrai plaisir. Parce qu'il ne lui manque pas grand chose, et qu'il essaye vraiment de bien faire les choses.

Pour conclure

Il y a probablement dans chaque ville de France, sur la place du marché, un couple qui tient boutique dans son camion à faire des frites. C'est cheap, les frites sont grasses et sont noyées dans la mayonnaise renforcée en matière grasse, le sandwich à base de merguez huileuses est tout sauf bon pour la santé. Un repas pareil est déconseillé par n'importe quel diététicien, et même n'importe quelle personne un peu renseignée sur l'alimentation. En plus du cholestérol et du sucre, il n'y a souvent aucun élément véritablement nutritif, bref c'est vraiment nocif à tout point de vue... Mais qu'est-ce que c'est bon !

Ben Prototype 2 c'est pareil. Des missions banales voire simplistes, un jeu répétitif, jamais subtil ni recherché, avec peu d'inspiration, Prototype 2 a quand même un atout de taille dans sa manche ; la démesure totale. Puis dans Prototype 2, on joue. Aucun automatisme, aucune scène d'action scriptée et dirigiste (à part le boss final), d'explosions en QTE, aucun ballet de castagne façon Assassin's Creed alors que nous on fait juste spammer contre-attaque en soupirant. Et pour moi ça fait tout une différence, même si ça ne va pas très loin.

De même son scénario très borné ne sera pas envahissant, les scénaristes n'essayeront pas de se prendre pour des Quentin Tartine-trop, ni pour des artistes à deux balles cherchant à explorer la relation emphatique du joueur envers le héros via une interaction belliqueuse engendrant une attitude homicide permettant de faire éclore des scrupules vis-à-vis de l'extinction de protagonistes virtuels. Ou, dit autrement que dans le langage intelligent des devs, et donc plus clairement ; on tuent pour du faux, alors arrêtez de nous faire croire qu'on peut se sentir coupable en éliminant des polygones sans personnalité !

Prototype 2, c'est le pire du jeu vidéo, mais en pire ! comme la baraque à frites est le pire de l'alimentation. Les jeux vidéo sont trop violents ? Ben Prototype 2 est uuuuuultra-violent ! genre même God of War c'est une mauviette en comparaison. Les jeux vidéo, c'est juste une course à la puissance ? Ben là, ce sera la course à la SSSUUURRRpuissance !!!! On commence avec des bonds de 10 mètres de haut, et ben c'est faible par rapport à la fin.

D'un classicisme totalement convenu sur le game-design, avec un gameplay grossier et gras jusqu'au bout, Prototype 2 a été pour moi un plaisir de tous les instants. Oui ça aurait pu être mieux, plus malin, plus fin, plus plein de trucs, et sans grands efforts. Mais il assure le minimum et ne m'a jamais trahi, contrairement à tant d'autres jeux où c'est le bonheur pendant deux heures, et une descente aux enfers de la débilité sur le reste.

Prototype 2 c'est ; des graphismes moyens pour être stables, au lieu d'une tuerie technique au frame-rate qui donne mal à la tête. Un scénario qui nous donne les enjeux des missions au lieu d'essayer de nous émouvoir via des traversées du désert ludiquement nulles ou des agonies de dix minutes qu'un pansement va miraculeusement faire disparaître. Alors oui ce n'est pas ce qu'on peut espérer de meilleur, oui on a déjà vu mieux, mais bordel ça fait du bien !

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