Deadly Premonition sur Xbox 360, le test de Samizo Kouhei

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Samizo Kouhei
8
Samizo Kouhei X360

Au delà des apparences

Deadly Premonition est un jeu qui m'a intrigué dès que j'en ai entendu parler sur le Net. J'ai pu constater par la suite qu'il ne laisse personne indifférent : jeu culte pour certains, escroquerie pour d'autres. Sa sortie confidentielle en Europe (uniquement sur Xbox 360, directement à un prix « budget ») n'est pas étrangère à l'aura du jeu. Les sites spécialisés se sont également déchiré à son sujet.

Savant mélange ou gloubi boulga ?

Définir le style de jeu proposé est une tâche complexe : le jeu est un mélange entre GTA (pour le monde ouvert), Shenmue (pour l'aspect « vie quotidienne » et la prise en compte de nombreux aspects comme manger, se raser, dormir) et Silent Hill (pour le passage dans une autre dimension plus inquiétante). C'est ce dernier aspect qui me rebutait le plus : je ne suis pas un grand fan de survival et de frissons devant mon écran. Au final, ces passages ne font pas vraiment sursauter, dès lors qu'on s'habitue à l'aspect dérangeant des ennemis, qui sont bien peu vivaces. En dehors de leurs rictus, ils sont plutôt risibles; Comment prendre effectivement au sérieux des jeunes femmes en robe à fleur ou des obèses en salopette ? Les ennemis, dans leur majorité, donnent bien peu de fil à retordre. Ces passages d'action ont apparemment été introduits au chausse-pied pour le marché occidental, car d'après l'éditeur, les Occidentaux n'auraient pas voulu d'un jeu uniquement composé d'enquête et d'exploration (!). Leur intégration dans le jeu est effectivement assez maladroite, puisqu'on ne peut même pas dire si elles se passent réellement. Et ce n'est pas là le moindre mystère de ce jeu !

Mes yeux fondent ...

Les critiques négatives reposent en majorité sur la réalisation du jeu, qui est effectivement en retard de 10 ans. Les décors sont à peine dignes d'une Playstation 2 en début de vie, l'aliasing et le clipping infâmes. Les visages sont à peine corrects pour cette génération de console, mais la résolution atroce gâche tout. Le personnage le plus réussi à ce niveau est Emily Watt, la shérif-adjointe … très inspirée de Naomi Watts !

Le comportement des véhicules est moins réaliste que dans GTA III (et ne parlons pas de la localisation des dégâts), les animations des personnages sont risibles.

Au niveau sonore, ce n'est guère mieux : les musiques sont mystérieuses et plutôt réussies (dans l'ensemble), mais peu nombreuses. Elles sont mixées n'importe comment, couvrant parfois les dialogues ou se déclenchant aux moments les plus inopportuns. Les bruitages sont horripilants.

On pourrait dire que si la réalisation pêche, le gameplay pourrait être en béton … mais ce n'est pas le cas. Le protagoniste est aussi maniable qu'un tank, la visée (libre ou automatique) parfois peu précise. Heureusement, les ennemis sont bien peu réactifs et vous laisseront le temps de tranquillement les aligner. Les armes sont variées, mais je suggère de ne pas utiliser d'armes de corps à corps, redoutables mais qui se cassent au bout de 2 ou 3 usages ! L'arme à feu de départ est peu puissante mais a des munitions infinies, cependant vous trouverez bien vite des armes bien plus redoutables. Le jeu est aussi entrecoupé de phases de QTE balourdes au possible.

Les critiques qui ne retiennent que les aspects techniques du jeu n'y voient effectivement qu'une immonde purge. Le prologue du jeu est de plus catastrophique : plongée directe dans un passage « Survival » avec la maniabilité lourde et le level design indigne d'un jeu current gen.

.... mais je suis fondu de l'histoire !

Mais l'intérêt de ce jeu est tout autre : une histoire fascinante, baignant dans l'étrangeté, avec des rebondissements (même si un bon sens de l'observation et certaines quêtes annexes permettent de devancer les révélations) et des personnages hors-normes. La fin est une des plus bluffantes jamais vues dans un jeu vidéo !

Le héros, Francis York Morgan, est incroyable : il parle à un ami imaginaire, débat avec lui de la musique punk et des séries B des années 1980, il accueille l'avalanche d'étrangetés avec un détachement inhabituel et n'hésite pas à plaisanter même quand sa vie est en danger. On s'attache aux habitants de Greenvale, pour lesquels on peut accomplir des quêtes annexes (à l'intérêt et aux récompenses variables) et on est happé par l'histoire. Le jeu, qui dure une quinzaine d'heures en ligne droite, peut voir sa durée de vie être étendue de manière considérable si on prend la peine de faire toutes ces quêtes annexes (en fonction des horaires, car l'heure tourne presque en temps réel et les habitants vaquent à leurs occupations).

L'ambiance et le pitch se veulent très proches de Twin Peaks, mais le jeu s'en détache progressivement pour acquérir sa propre identité.

Mortelle prémonition ?

Il faut voir ce Deadly Premonition comme le jeu d'un auteur, SWERY 65 (un cousin de Suda51?), bourré de défauts techniques et aux décisions éditoriales calamiteuses,  mais à l'histoire fascinante et sans tabous. Si l'ambiance et l'histoire vous importent plus que les prouesses techniques et le fun, allez-y foncez d'dans !

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