Minecraft sur PC, le test de upselo

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Minecraft, ce n'est pas du Lego

Test également disponible sur mon blog. Testé en version 1.2

Minecraft , c'est le jeu événement de 2010 (selon Numericity ;)). Après un petit retard à l'allumage, une partie de la communauté de Gameblog s'est lancée à corps perdu dans l'aventure, et moi avec. C'est donc en janvier 2011, peu après le millionnième joueur, que j'ai commencé à combler cette lacune. Et là, première interrogation que tout le monde partage, parfois même les journalistes qui écrivent à son sujet : au fait Minecraft, c'est quoi ?

Minecraft ce n'est pas du Lego
Répétez après moi : "Minecraft, ce n'est pas du Lego". Sérieusement, ça me peine de voir ce raccourci si souvent employé. Je concède que c'est cubique et qu'on peut construire plein de trucs en ne suivant que notre imagination, mais pour moi la comparaison s'arrête là. Sans détailler dès maintenant l'importance majeure de leurs différences, listons en tout de même quelques unes : Minecraft a des ennemis qui peuvent nous tuer. Minecraft a un cycle jour/nuit. Minecraft propose un monde généré aléatoirement. Il est difficile de se procurer certaines briques dans Minecraft. Alors oui, si vous jouez au mode gratuit de Minecraft, sans ennemi, avec des ressources infinies, Minecraft est très similaire à du Lego, mais perd selon moi une grande partie de son intérêt (même si la majeure partie du buzz autour du jeu sur Youtube provient de là). Sinon, en jouant au solo du jeu payant, l'expérience est bien différente et vaut tout à fait le coup, même si on a rangé ses Legos depuis longtemps et qu'on ne les regrette pas plus que ça.

Minecraft, c'est la vie
Malgré cette mise au point essentielle, je sens bien que vous n'êtes pas forcément plus avancé, et que ne vais pas pouvoir couper à la description brève de ce qu'il se passe plus ou moins quand on commence à jouer à Minecraft, ne serait-ce que pour pouvoir discuter du jeu plus en profondeur par la suite. Minecraft, c'est donc notamment un monde ouvert, ce qu'on y fait, comme souvent dans ce genre de titres, c'est un peu vivre notre vie. Pas la vie d'un immigré serbe en quête de vengeance et de réussite à New York je vous l'accorde, on devra se satisfaire ici de la survie d'un simili homme des cavernes. 

En effet, on débarque dans une sorte d'Eden perdu, sans rien, et il va falloir se débrouiller à l'ancienne pour s'en sortir. On chasse un cochon pour avoir des côtelettes, des vaches pour récupérer du cuir, on coupe un arbre pour avoir du bois, on construit des bâtons, un atelier, puis on construit une pioche en bois, qui nous permet de récupérer de la pierre, on creuse un renfoncement dans une grotte, on mine au fond de l'abri pour récupérer des métaux plus ou moins précieux, on tombe sur du charbon, on en fait une torche pour s'éclairer, on creuse un peu plus, on tombe sur une caverne pleine d'ennemis, on fuit un peu lâchement en rebouchant le trou, on se construit une épée et on y retourne, on démonte des squelettes archers, on récupère du minerai de fer, on construit un four, on fait fondre le minerai avec du charbon, on récupère des lingots de fer et on en fait une armure. Le lendemain on recommence, et bientôt, on a agrandi notre abri avec des baies vitrées, des portes pour faciliter les entrées et sorties, des escaliers pour aller plus vite au fond de notre mine, des échelles pour monter sur notre toit, des barrières pour protéger la cascade improvisée qu'on s'est construit, et on commence à se mettre en chasse de lapis lazulis pour donner une couleur sympa à notre dernier tableau en pur laine de mouton. Bref. 

Maintenant que les présentations sont faites, on peut discuter. Et notamment observer Minecraft à la lumière de mon article sur les mondes ouverts (je n'aurai pas l'impression de l'avoir écrit pour rien ^^). Ca me permettra de discuter certains aspects du jeu, et comment il s'affranchit ou pas des problèmes que j'avais évoqué à l'époque.

Liberté de mouvement
Minecraft est en effet l'expression la plus pure, la plus essentielle du monde ouvert. Un jeu qui vous laisse au milieu d'un univers virtuel presque sans limite. On commence au petit matin, dans un décor aléatoire, et on est dès lors libre d'aller ou l'on veut, ou que le regard se porte. Le jeu a bien des limites pour le "plancher" et le "plafond" (une couche de pierres spéciales en profondeur et un ciel infranchissables), mais elles sont tout de même bien larges, et le jeu vous laisse de toute façon tout loisir de vous rendre à gauche et à droite, aussi loin qu'il vous plaira. En effet, le jeu crée aléatoirement le décor au fil de votre avancée, évidemment sans toucher à ce qui a déjà été créé auparavant. Le monde ne fait donc que s'étendre. On lit ainsi souvent à propos de Minecraft que l'aire de jeu potentielle serait plus grande que la surface de la Terre !

Interactions riches et pertinentes
Je reprochais à GTA de ne nous laisser uniquement tirer sur des gens, leur rouler dessus, ou jouer à des minijeux. A l'inverse, Minecraft propose une interaction qui me parait plus riche et plus pertinente. En effet, on peut notamment creuser et construire. On peut donc modeler le monde selon notre envie. On s'éloigne d'un mode de consommation passif, avec des cutscenes pleines d'explosions et des couloirs de tir au pigeon, pour s'orienter vers un jeu actif, ou vous créez quelque chose. Et ce n'est ni gratuit ni vain. Il y a une vraie nécessité de construire un abri. Chaque élément de construction peut réellement vous faciliter la vie, les barrières autant que les échelles ou les escaliers, l'armure de fer comme l'épée de diamant, autant qu'un nouveau coffre. Créer un nouvel outil, explorer une nouvelle caverne, agrandir sa maison, tout ça a le plus souvent une réelle utilité dans le jeu.

Exploration intéressante
Je m'interrogeais également sur la façon de rendre le monde ouvert intéressant. Minecraft résout ce problème de belle manière en rendant l'intégralité du monde interactif et potentiellement utile à votre but premier de survie. Toutes les montagnes de pierre et de terre que vous voyez peuvent vous servir de matériau de base pour construire ce que vous voulez. Vous pouvez aussi miner n'importe ou à la recherche de métaux précieux, comme le diamant ultra résistant, pour avoir des outils efficaces et à durée de vie remarquables. De plus, la simple beauté du monde généré aléatoirement peut suffire à rendre l'exploration intéressante : une caverne abritant une rivière souterraine, une cascade de lave, des formations rocheuses titanesques, nombreuses sont les possibilités d'émerveillement dans le monde de Minecraft. La beauté nous attend souvent au détour, et malgré la simplicité des graphismes, un coucher de soleil sur une vallée verdoyante vaut 100 fois les efforts faits pour l'observer depuis un point culminant. En plus le jeu profite souvent de ces moments pour lancer sa bande son enchanteresse, dont l'apparition impromptue souligne la grâce.

Impact visible sur le monde
Minecraft a le bon gout d'avoir des interactions avec un impact réel et persistant sur le monde. Nos constructions sont à l'épreuve du temps, mais elles ne sont pas pour autant à l'épreuve de tous les événements. Un Creeper qui explose près de votre maison et c'est tout un mur à refaire. Creusez au mauvais endroit, et vous inonderez rapidement votre mine, si vous ne tombez pas malencontreusement dans la lave. Mourir aux mains des ennemis vous dépouille de tous les objets que vous aviez sur vous et vous fait respawner à votre point de départ, ce qui est généralement une assez bonne raison pour vous motiver à rester en vie, surtout si vous venez de récupérer des métaux précieux. Chaque instant de Minecraft a donc des enjeux réels, surtout que le jeu se sauvegarde automatiquement en continu, sur le même slot. Impossible donc de revenir sur une action mal négociée, vous serez obligé d'assumer tous vos choix et de faire avec tous les imprévus qui pourront survenir.

Appropriation du monde
Avoir cette influence palpable sur le monde conduit logiquement à un très fort sentiment d'appropriation. Savoir que le jeu est généré aléatoirement vous assure encore plus qu'il s'agit de "votre monde", votre jardin, unique. Et si vous ne vous sentiez pas encore en pleine possession du monde, comme chez vous, vous devrez vous y mettre très vite. Car Minecraft assume totalement la liberté qu'il vous laisse. En effet, vous pouvez aller ou vous voulez, mais à vos risques et périls. Il est ainsi très facile de se perdre si on ne fait pas de repérage ou de marquage spécifique. Ce risque tangible, permanent et tout à fait logique marque selon moi un vrai respect du joueur. Il est possible de se faire une boussole, mais le jeu attend tout de même de nous que nous soyons responsables avant de partir vagabonder n'importe ou.

Des objectifs qui émergent naturellement pour rythmer l'aventure
Personnellement, si j'accueille cette liberté à bras ouverts, je sais qu'elle repousse ou effraie pas mal de joueurs, tous ceux qui entendent les comparaisons avec les Legos sans doute. La peur de n'avoir rien à faire, de s'ennuyer, de tourner en rond. Une peur que je partageais. Je n'ai jamais rien créé dans LittleBigPlanet, pourquoi créerais-je dans Minecraft ? C'est que Minecraft est tout de même avant tout un jeu vidéo, avec son lot de systèmes, et notamment, ses ennemis qui spawnent la nuit et en veulent à votre intégrité physique. Ce sont ces ennemis qui fournissent l'impetus du jeu, l'élan, l'impulsion qui va vous pousser à agir. Vous devez vous protéger. Et donc partir à la recherche de ressources. Et donc préparer vos expéditions. Le cercle est presque sans fin, et vous pousse toujours à vous perfectionner plus. Votre homme des cavernes aura accès à de plus en plus de technologies, des outils perfectionnés, des matériaux plus efficaces. La rareté des différents matériaux est un excellent moteur à l'action, à l'exploration, les plus précieux se trouvant le plus souvent bien caché en profondeur. Le jeu est de plus rythmé par le cycle jour/nuit. Le jour, libéré des pressions des ennemis, on profite du monde extérieur, on travaille sur un abri qui soit agréable à habiter, car on en a rapidement marre de vivre cloitré dans un espace de 5 cubes carrés. La nuit, les monstres de sortie, on se tourne vers les entrailles de la Terre, pour partir à la recherche de matériaux intéressants, ou juste de la beauté époustouflante des cavernes souterraines.
Et s'il y a toujours plus ou moins cette nécessité première, vous êtes tout de même libres de la façon dont vous allez y répondre. Ou vous installer, ou miner, que construire, que rechercher, le jeu ne vous oblige à rien, vous laisse chercher ce qui vous convient le mieux. Et avec les systèmes très simples mis en place, un rythme se dégage, vous suivez vos propres objectifs comme il vous plait. Sans jamais avoir l'impression de travailler, de suivre des ordres absurdes qu'on vous imposerait pour progresser, vous êtes capables de mener à bien de grandes réalisations.

Une narration émergente et personnelle
Ce sont ces objectifs qu'on se fixe, nos réalisations et les événements qui surviennent qui font la narration du jeu. Une narration forcément très personnelle. Quand vous vous êtes mis en tête de construire une maison et que celle-ci se retrouve dévastée par une attaque de Creepers au petit matin, cela vous touche bien plus que dans un autre jeu. Dans GTA IV, quand la maison et le garage de Roman brûlent, les personnages sont dévastés, mais vous savez que ce n'est pas grave. Que vous trouverez un autre point de sauvegarde, que vous aurez d'autres moyens de vous faire de l'argent. Et ces solutions vous sont proposées dans la minute par une cinématique. Ce changement de lieu ne touche pas personnellement le joueur. Quand notre maison est touchée dans Minecraft, on touche à votre bébé. On met en danger votre survie immédiate. Cela a un impact bien plus important, à cause de l'affect et à cause du gameplay. Notre histoire se construit ainsi au fil de nos péripéties, et on se souvient longtemps de ce qu'il se passe quand on joue avec un briquet près d'une forêt, lorsqu'on creuse au mauvais endroit et qu'on se retrouve sous la chute d'innombrables blocs de sable. Mais il ne s'agit pas toujours de catastrophes. Cela peut aussi être le piège ingénieux que vous avez mis en place pour tuer une horde ennemie et vous échapper en courant. Ou la dernière brique posée sur votre tour avec vue panoramique sur les environs. Il y a toujours quelque chose de notable dans une partie de Minecraft, un événement qui vous touchera personnellement.

Après ce torrent d'éloges intarissable, il est temps de reconnaitre que Minecraft n'est que l'oeuvre d'un mortel (malgré ce qu'il essaie de nous faire croire dans le début passionnant de ce documentaire en devenir), et qu'il a aussi son lot de défauts. 

La dictature du point de spawn
Bien que le monde soit quasiment infini et que le jeu vous laisse le parcourir à votre guise, vous êtes en réalité très dépendant de l'endroit ou vous débutez le jeu. A chaque mort de votre avatar, vous respawnez à l'endroit exact ou vous avez commencé. Si vous décider de partir à l'aventure et que malencontreusement vous mourez, revenir sur vos pas et récupérer votre équipement sera loin d'être une partie de plaisir. Dans les faits, les joueurs préfèrent donc créer des mondes jusqu'à tomber sur un décor agréable dès le point de spawn. Le jeu semble ainsi décourager assez fortement de partir batifoler dans la nature.

La solitude
Le jeu vous laisse complètement maitre à bord, libre de vous fixer vos objectifs, mais il vous laisse aussi désespérément seul. Pour tous les beaux aspects d'un jeu qui nous fait ressentir la pyramide de Maslow comme jamais, en nous faisant nous préoccuper de nos besoins de sécurité, avant de nous laisser progressivement prendre soin de nos besoins d'estime et d'accomplissement personnel, il manque cruellement de quoi satisfaire les besoins d'appartenance et affectif. On peut bien entendu jouer sur un serveur avec des amis, et s'entraider à faire des constructions à plusieurs. Mais le système ne tire pas vraiment parti plus que cela du multijoueur. On peut se passer des objets, grâce aux coffres notamment, ou s'attaquer les uns les autres, mais tout cela n'apporte pas grand chose. Minecraft en multijoueur impose de fait une coopération pacifique entre tout le monde. L'aventure semble plus destinée à nous immerger dans un monde, à nous faire survivre seul tel un Robinson plutôt que de nous pousser à rendre hommage à toutes sortes d'oeuvres existantes par d'impressionnants monuments en pixel art dans une sorte de vain concours de qui a la plus grosse.

Un jeu simple
Le dernier aspect que j'aimerais aborder concerne la simplicité du titre. A double tranchant, celle ci est une de ses plus grandes forces, mais fait aussi sa faiblesse sur quelques points. Sa force tout d'abord, parce que Minecraft n'est pas très gourmand et peut être joué sur la plupart des ordinateurs (enfin, peut-être pas si vous avez un Mac à 2000 euros :p). Mais aussi parce que sous ses atours anguleux et probablement repoussants pour la majorité du public habitué aux effets qui te retournent la pupille, se cache le secret de sa beauté et de son accessibilité. En effet, prenez une feuille blanche et dessinez une maison. Il y a de fortes chances que si vous n'êtes pas anormalement doué, le résultat soit assez moche et ridicule, voire comparable aux prouesses de votre petit neveu âgé de 3 ans. Maintenant, prenez une feuille à petits carreaux, et dessinez la en pixel art, et le résultat vous apparaitra tout de suite plus probant, l'abstraction de la représentation effaçant toute imperfection. Minecraft est exactement pareil, sa structure avec des cubes lui permet d'être très facilement modulable, on construit ce qu'on veut très rapidement, et l'abstraction de la représentation permet d'y voir plus facilement la beauté. Vos réalisations, même modestes, vous paraitront en imposer. Aucune angoisse de la feuille blanche ou de l'approximatif (comme c'est mon cas avec le mode création de LittleBigPlanet par exemple).

Le problème que j'ai avec la simplicité du titre, c'est la facilité avec laquelle on arrive à s'extirper des dangers que le monde pose. Sans besoin de nourriture et d'eau régulier, avec des monstres qu'on peut sans trop de soucis garder à distance avec leur intelligence limitée, on atteint sans trop de problème un état de sécurité qui peut enrayer la motivation à progresser. On peut se lasser de la beauté de son monde, s'ennuyer d'y vivre. Et ça me parait naturel étant donné la solitude dans laquelle on se trouve. Le jeu a juste une durée de vie.

Malgré cette facilité du jeu une fois qu'on le maitrise, le jeu est aussi paradoxalement trop difficile au début. J'apprécie qu'on nous laisse l'initiative mais la plupart des choses nécessaires à la survie ne sont jamais expliquées ni même évoquées. Il est quasi vital de regarder des tutoriaux en ligne pour savoir comment passer sa première nuit, ou se faire guider en direct par des amis expérimentés. Construire un atelier, un four, une armure, une pioche, ça ne s'invente pas comme cela, surtout quand on ne sait pas qu'on peut faire apparaitre un inventaire. Et quand on a bien avancé son personnage, les éléments les plus complexes ne sont pas spécialement attrayants sans explication ingame, surtout qu'ils sont loin d'apparaitre comme nécessaires.

Personnellement, une fois que j'ai acquis un petit confort, et que j'ai accumulé assez de ressources pour faire ce que je veux, j'ai du mal à rester intéressé dans ma partie. J'explore un peu le sous sol dans mon armure rutilante, j'use de ma pioche en diamant pour verser de l'eau sur la lave et récupérer de l'obsidienne, mais le coeur n'y est plus. Ma forteresse est sûre et imprenable. Mes grottes souterraines sont bien balisées. Tant pis si je ne me lance pas dans des mécanismes complexes avec des circuits logiques et un système de chemins de fer. Ceci dit, je ne regrette rien des aventures palpitantes et personnelles que ce jeu m'a fait vivre, des joies et des frayeurs qu'il m'a donné, du sentiment d'accomplissement quand ma tour majestueuse s'est élevée dans le ciel et que j'ai pu contempler à la nuit tombée les araignées tomber dans mon lac de lave.

Si vous n'avez pas encore franchi le pas, vous vous devez d'essayer le jeu, ne serait-ce que quelques heures, pour voir quel goût la liberté peut avoir.

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