Uncharted : Drake's Fortune sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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BlackLabel PS3

Un heureux concours de circonstances

Je surnote les jeux. Ça en fera rire certains, d'autres hausseront les sourcils au vu des 2 étoiles que j'attribue déjà à des soi-disant BGE, mais c'est vrai. Avec les jeux, je suis un peu comme le papa qui dit à son enfant de six ans lui présentant un gribouillage multicolore :"Oh... mais c'est très beau ! C'est quoi ?". L'idée me trottait dans la tête de dire vraiment ce que je pense des jeux, d'y aller à fond, au lieu de toujours les prendre sous l'angle du "Bon, c'est pas si mal... pour du jeu vidéo". Marre de leur trouver des excuses et d'arrondir les angles ! Comme Pedrof s'essaye à une nouvelle forme de test, ben je vais y aller aussi !

Un miracle

Le scénario d'Uncharted Drake's Fortune est cohérent ; un véritable miracle dans le monde du jeu vidéo. Encore plus surprenant, il ne souffre pas de fausses notes, ou de moments embarrassants qui se prennent au sérieux. Agréable à suivre grâce à une mise en scène de qualité, des animations de personnages dans le haut du panier, et des dialogues joués avec naturel, il y a une époque où je me disais même qu'on avait affaire à un scénario exceptionnel... pour du jeu vidéo.

Que raconte Uncharted 1 ? Nathan Drake, soi-disant descendant de sir Francis Drake, est un chasseur de trésors. Sympa, canaille mais pas trop, le genre à afficher un sourire à mille dents, il est sur les traces de l'El Dorado. Il n'est pas le seul. Il y a aussi Eddy, un pirate. Eddy est la version grossière de Drake. Plus malhonnête mais moins doué, c'est un peu le faire-valoir de notre héros, celui qui se ridiculise à vouloir l'égaler. Il y a aussi Gabriel Roman, un méchant de jeu vidéo très réussi. Sorte de J.R. de Dallas version archéologue, Gabriel a l'allure d'un homme d'affaires, et n'a aucun scrupule. Ce méchant est réussi car ses motifs sont solides ; il court après l'argent. Dans l'ombre de Gabriel, il y a Navarro, sorte de döppelganger de Drake. Aussi doué que lui, possédant une longueur d'avance sur les autres, il se dévoile peu à peu comme le véritable antagoniste du jeu, dont les motivations restent d'ailleurs mystérieuses.

La réussite de ces personnages tient au fait que ce ne sont pas de véritables méchants, ce sont des adversaires dans la course au trésor. Nous, on incarne le moins malhonnête, donc a-priori le plus sympathique. Ça nous change énormément des jeux où il y a toujours un super méchant qui veut tout assujetir. De plus le jeu n'a pas de réelle ampleur. Ça se passe dans un coin perdu, on ne changera pas l'avenir du monde en finissant le jeu. c'est une sorte d'aventure pépére entre vieux baroudeurs qui se mettent des bâtons dans les roues. Le jeu est léger, superficiel (dans le bon sens du terme), baignant dans un humour constant. Les drames n'ont aucune portée et, contrairement à l'épisode 2 et 3, ne tentent pas d'en avoir. On évolue dans un univers où une journaliste devient une flingueuse professionnelle en une seconde, maniant le revolver comme la caméra. On ne peut pas prendre cet univers-là au sérieux, et Drake's Fortune ne l'oubliera pas. Le 2 et, encore pire, le 3, eux...

Pour autant, ce n'est pas un scénario réussi. Oui, il a une écriture exceptionnelle pour du jeu vidéo, en même temps ce n'est pas très difficile... Mais tout est survolé, l'aventure est écrite à grands traits malgré de longues cinématiques, et même si on aime beaucoup rapprocher Uncharted d'Indiana Jones (dont par ailleurs le jeu vole d'innombrables ingrédients), la vérité est qu'on se situe beaucoup plus du côté de Sidney Fox avec ses grosses énigmes pas subtiles et ses aventures auxquelles on ne croit pas du tout. Les personnages sont artificiels, n'ont aucune épaisseur. Au fond le scénario se résume à une superbe démo technique via des cinématiques de grande qualité formelle, mais dont le fond est vide.

Un faux jeu d'aventure

On pensait tous que le premier Uncharted était une sorte de Tomb Raider au masculin, mais qui nous épargnerait les saltos débiles pour tuer des tigres, et son héroïne débile dont le charisme se limite au tour de poitrine. Quand on découvre qu'en fait c'est du gros TPS, ce n'est pas forcément agréable. Au fond, le malentendu repose en grande partie sur les décors. Probablement était-ce la première fois qu'un TPS prenait un cadre aussi exotique.

Les gunfights d'Uncharted (la série au complet) sont cotons. Lors d'une première partie c'est limite l'overdose, des fois on n'en peut plus car certains gunfights sont éprouvants. Par contre cela offre à la licence (sauf pour le 3) une rejouabilité en béton. Uncharted 1, ce n'est pas un jeu à faire, mais à refaire. La première fois on découvre les arènes, et les fois suivantes on apprend à en tirer les avantages. Plus la difficulté monte, plus le jeu se révèle. Le personnage répond très bien, l'IA est retorse comme il faut, avec des différences de comportements parmi les ennemis qui nous poussent à prendre des décisions rapides quant aux stratégies à mettre en place. Même si la formule s'améliore dans le 2, elle est déjà très solide dans ce premier épisode, bien plus que n'importe quel autre TPS. Les couvertures se dégradent, le manque de munitions nous obligent à prendre des risques pour acquérir de nouvelles armes, les ennemis nous délogent à la grenade et cherchent à nous encercler. Le. Pied.

Pour créer de petites pauses salvatrices entre deux grosses phases de gunfight, on aura des énigmes à compléter (et non à résoudre car les réponses sont dans un carnet... ), et de la plateforme assistée. Ces passages s'intègrent très bien à l'aventure car ils ne prennent pas une importance considérable comme dans le 2 et le 3. Ils sont cheaps, ils le savent, et ne servent qu'à tempérer le rythme, un peu à la manière de God of War en somme, mais tout de même avec une moindre qualité ludique.

Au fond, le seul vrai souci d'Uncharted, ce sont ses deux phases en jet-ski. TPS ou FPS, même combat ! Il y a toujours un moment où on va nous fourguer un passage insipide en véhicule. Donc dans Uncharted il y a un passage en jeep, aussi transparent que vite oublié, et deux passages en jet-ski plutôt chiants car en gros on passe son temps à s'arrêter pour tirer sur les ennemis. Le premier passage n'est pas passionnant, le second, à contre-courant de la rivière, est limite pénible. En fait je ferai cet Uncharted d'un trait s'il n'y avait pas ces deux passages décourageants, tant le rythme est parfait.

L'huile d'olive

Au début de cette gen, les jeux avaient l'air fait à l'huile d'olive. Probablement un effet sur les textures dont les devs abusaient... Uncharted n'y échappe pas. Si le jeu tuait la gueule, aujourd'hui les premiers niveaux sont moins reluisants. La jungle est huileuse et fluorescente. Ce n'est pas laid pour autant, mais il faut attendre que le soleil se couche, que les décors arrêtent de briller, pour découvrir que le jeu, encore aujourd'hui, a une sacrée gueule.

C'est beau, Uncharted, depuis le premier. C'est la technologie au service de la direction artistique. La première fois qu'un découvre le jeu (et c'est vrai pour les 3), oui ça tue la gueule. Mais quand on y rejoue, quand la claque graphique est passée... ben c'est toujours aussi beau, ça le devient même plus. Il y a un sens très poussé de la composition et du détail, une colorométrie qui, si elle défaille un peu dans les premiers niveaux (et juste un peu) participe à rendre presque palpable les plantes, les roches, les pierres moites des souterrains. Il y a un vrai plaisir à évoluer dans les décors, comme dans Grand Theft Auto 4 ou Red Dead redemption, Uncharted capture quelque chose d'essentiel à l'immersion qui va bien au-delà de la baffe technique. Il ne nous épate pas. Il fait bien plus ; il nous émerveille.

Les décors restent dans le même thème du début à la fin et se renouvellent subtilement, en douceur, tout en usant de manière agréable d'allers-retours. On aura par exemple un gunfight dans une église abandonnée, puis plus tard dans l'aventure, une phase de plateforme dans cette même église, mais au plafond, puis à nouveau un gunfight mais se déroulant à l'envers de la première fois, et à un autre moment du jour. En changeant l'angle de vue, notre point d'arrivée dans le niveau ou encore l'inclinaison du soleil, Uncharted renouvelle ses décors à peu de frais et avec une grande efficacité. Au lieu de passer du coq à l'âne, on se familiarise avec les décors, on a le temps de les apprivoiser, de s'imprégner de l'aventure au lieu de subir une sorte de succession de cartes postales. Au fond ce jeu-là s'adresse aux joueurs, là où le 2 et encore plus le 3 s'adressent aux touristes du jeu vidéo.

Même si les suites améliorent les gunfights et les graphismes, Uncharted Drake's Fortune reste le meilleur de la licence sur les points essentiels ; un rythme parfaitement maîtrisé, à peine attenué par deux passages ratés au niveau ludique et jamais par des passages narratifs poussifs, une suite de décors qui se tiennent, et un enrobage scénaristique qui a le mérite d'être cohérent et constamment dans le ton, à défaut d'avoir un véritable intérêt. Une licence prometteuse qui par la suite a sombré peu à peu dans le crétinisme hollywoodien le plus complet et qui a eu raison de le faire au regard des ventes. Mais pour les joueurs un peu sérieux, le premier a une formule sans prétention qui sent le bon jeu vidéo. Début de gen, une nouvelle machine qu'on ne maîtrise pas encore et qui freine peut-être les idées grandiloquentes, des ambitions qui restent avant tout ludiques et pas encore hollywoodiennes, un nouvel univers a présenté donc impossibilité de faire du fan-service ; Uncharted Drake's Fortune est l'accident d'un heureux concours de circonstances, le fruit d'un travail artisanal, et non l'arrogant étron d'une industrie.

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