Vagrant Story sur PlayStation 3, le test de Le Gamer aux Mains Carrees

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Le Gamer aux Mains Carrees
Le Gamer aux Mains Carrees PS3

ASHLEY RIOT : UN AVENTURIER QUI N'A PAS FROID AUX... YEUX.

 (oui, c’est ça ! AUX YEUX !)

 

Le fond :

 

Il y a des jeux, comme ça, qui sont un peu plus que des jeux. Des jeux avec lesquels on ne plaisante pas. Des jeux que l’on vénère, que l’on adule, que l’on aime d’amour pur et tendre, auxquels on se voue corps et âme en s’enduisant de Nutella et en se flageolant à coup de fouets en réglisse Haribo (juste avant la lapidation aux fraises Tagada). Vagrant Story est, précisément, de ceux-là. Aussi ne plaisanterons-nous pas.

 

 Car qui, parmi nous, n’a jamais fermé ses paupières pour effacer la froide banalité du monde et rêver d’aventures, de citées inconnues à explorer, de batailles épiques à mener, de terres sauvages à parcourir, de renommées glorieuses à faire valoir ? Qui n’a jamais rêvé de croiser un dragon doré, un elfe sylvain ou une nixe en robe de rosée, en tournant à l’angle d’une ruelle empruntée pour la première fois ? Qui n’a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes, ou d'une richesse soudaine qui se conquerrait au détour d'un chemin de la Cordillère des And… Oups, erreur de prompteur, pardon. Reprenons. Qui, donc, n’a jamais ouvert son âme à des horizons si vastes qu’ils semblaient parfois confondre terre et ciel en un vertige unique, une ivresse salutaire ? Qui n’a jamais voulu sentir le vent, le soleil et les astres célébrer chaque jour à venir, comme autant de nouveaux mythes à écrire ; et encore parcourir le monde, libre, sans attaches, une épée au côté et des idéaux plein la tête ? Qui, parmi nous, n’a jam…

 

-         Euuuhhh… c’est très bien, tout ça, mais tu peux appuyer sur « pause » ?

-         Je travaille, là, Régis. Qu’est-ce que tu veux ?

-         Excuse-moi de m’excuser mais ton héros, là, sur l’écran.

-         Hé ben quoi ?

-         Il se baladerait pas un peu les fesses à l’air ?

-         N’im-porte-quoi. Non mais toi, j’te jure. T’es pas fini. Et moi non plus, j’ai pas fini, alors chut, on se la boucle et on écoute.

Ruines maudites, rues coupe-gorges, cathédrales délabrées, catacombes ténébreuses, vitraux brisés, cavernes humides, forêts brumeuses, cris dans la nuit, bruits dans le noir, Vagrant Story vous propose tout ça et bien plus, au long d’une aventure gothique jusque dans l’architecture des églises, que vous porterez à jamais tatouée au co…

 

-         Non mais je t’assure, il a les fesses à l’air, ton bonhomme.

-         Alors d’abord, c’est pas MON bonhomme, c’est Ashley Riot, et en plus il n’a pas les fesses à l’air. C’est juste son short qui fait ça. Chut, j’ai dit.

 

Vous ouvrez les yeux : vous voilà dans la peau musculeuse d’un mercenaire d’élite, un riskbreaker rompu au maniement de toutes les armes possibles et inimaginables, dont les capacités de combat n’ont d’égales que les compétences d’infiltration, lancé dans une mission dont les tenants et aboutissants ne sont pas ceux qu’on cro…

 

-         Ha mais d’accord, s’il s’appelle Ashley. Je comprends mieux.

-         QUOI ENCORE ! ?

-         Ben pourquoi il se balade les fesses à l’air, pardi.

-         Mais il se balade pas les fesses à l’air, bon sang de bon sang ! C’est un gue-rrier ! Un assassin sans pitié ! Un homme de l’ombre ! Un bouffeur de gnomes ! Un terrasseur de géants !

-         L’un n’empêche pas l’autre. On a tous droit à un jardin secret.

-         Roh mais tu vas arrêter, oui ? Je te répète que je bosse, là !

 

Sa mission est de la plus haute importance. Pour une raison inconnue, Joshua, le jeune fils du duc Bardora, a été enlevé par…

 

-         Si j’en crois le livret : par un jeune éphèbe torse nu qui ne sait pas boutonner son pantalon taille basse.

-         Non mais c’est pas possible, ça ! Tu vas me laisser raconter, à la fin ?

-         J’ai rien dit, j’ai rien dit. Continue. C’est fascinant.

 

…a été enlevé, disais-je, par Sydney Losstarot, le charismatique leader la secte Müllenkamp. C’est donc à vous et à vous seul que revient la lourde tâche de le retrouver sain et sauf, sans poser de questions. Sauf que des questions à poser, il y en a des dizaines. Car pourquoi cet enfant a-t-il été enlevé ?

 

-         Vu comme ça part, honnêtement, je préfère pas savoir.

-         T’es lourd, là.

 

…et pourquoi Ashley a-t-il été choisi pour le retrouver ? Pourquoi la population de la cité Léamonde, dans laquelle Sydney et ses sbires se terrent, a-t-elle disparue en une nuit, quelques 25 années plus tôt ? Qu’est-ce que le Gran Grimoire, qui est supposé y être conservé ? Pourquoi la Sainte Inquisition s’intéresse-t-elle de près à cette affaire ? Pourquoi Ashley se retrouve-t-il traqué par…

 

-         Si j’en crois le livret : par Freddie Mercury en collants lycra rouge passion, avec un col en croix qui s’ouvre sur son beau torse imberbe ?

-         RONONDUDJIU ! Un peu de respect ! Je parle d’un des meilleurs jeux de tous les temps, là.

-         Ha mais je n’en doute pas.

-         Bon ben tais-toi, alors.

 

Surtout, surtout, pourquoi les souvenirs de son passé tragique reviennent-ils le hanter maintenant ?

 

-         Tant qu’à faire, moi j’aimerais aussi savoir pourquoi il se balade les fesses à l’air, si ça ne t’ennuie pas.

-         Il ne se balade PAS les fesses à l’air ! Regarde mieux ! On voit bien que ce sont…

-         Oui ?

-         Ha mince. Oui. Oui, il se balade les fesses à l’air.

-         T’as vu ? Je veux pas dire mais il est louche, ton jeu.

-         N’importe quoi. C’est toi qu’est louche, de mater les fesses de mon personnage comme ça ! Tu me l’aurais pas dit, j’aurais fini l’aventure sans le remarquer !

-         Quand on peut rendre service…

 

Toutes ces questions (ou presque), Vagrant Story se propose d’y répondre, mais seulement au terme d’une aventure riche, vaste, exigeante et inoubliable. The stuff of legends, comme on dit dans les guildes d’habitués.

 

La forme :

 

Ashley Riot est un professionnel, un vrai. Il aime faire cavalier seul. Ce qui tombe plutôt bien, puisque sa coéquipière, elle, sort de l’Ecole Princess Peach pour Héroïnes de Jeu Vidéo. En d’autres termes : elle aime se faire enlever, et elle fait ça très bien dès le début du jeu. C’est donc seul qu’il tracera son chemin dans les méandre de Leamonde et qu’il devra faire la lumière sur ce qui se trame en coulisses, à grands coups d’épées/haches/lances/poignards/arbalètes/opinels/spatules/cuillères en plastique de chez Mac Donald, plantés dans à peu près tout ce qui bouge et une partie de ce qui ne bouge pas (on n’est jamais trop prudent). Car outre son mystérieux short à aération postérieure (all right reserved), Ashley Riot possède un atout de taille…

 

-         Tiens ! Qu’est-ce que je disais !

-         T’as vraiment l’esprit mal tourné, toi.

-         Il est mal tourné, mon esprit ? T’as pas lu ton article !

 

Et quel atout ! Un sac à dos, oui, mais de toute évidence, un sac à dos magique, sans doute dérobé à Joséphine Ange Gardien lors d’une de ses précédentes missions (après, nous l’espérons tous très fort, lui avoir flanqué la rouste de sa vie après la mort), dans lequel il peut faire entrer tous ses butins, toutes ses trouvailles, tous ses shorts de rechange, sa seconde édition d’Advanced Dungeon et Dragons, son briquet en silex, ses torches, sa perche de six mètres de long (bien connus des rôlistes digne de ce nom, ceux qui jouent sans manettes et qui sacrifient des poulets dans les caves à la gloire de Guldruk le grand – sources : Zone Interdite, M6 production), son itinéraire Mappy, son itinéraire ViaMichelin (on n’est jamais trop prudent), son « la forge pour les nuls » et sa soluce Piggyback (entre autres). Une aubaine.

Non parce que dans un monde en vase clôt, désert, où il se retrouve seul contre tous, pas question pour lui de passer chez l’armurerie Fnac la plus proche pour voir si la nouvelle épée Broyator à bonus de + 500 contre les dracoliches est enfin sortie des ateliers Durandil, non… Ses armes, Ashley, il devra se les fabriquer lui-même avec ses petites mains fébriles (on peut être une machine à tuer et avoir ses hobbys, quand même !), à l’aide de l’équivalent médiéval du chewing gum et de tout ce qui lui passera sous la main : vertèbres, cailloux, écailles, bout de bois, … tout ce que le jeu comptera de sprites non-utilisés terminera dans son sac ! C’est qu’il lui en faudra tout un arsenal : des épées pour trancher dans le gras, des lances pour percer dans la carapace, des marteaux de guerre pour écraser les doigts de pieds récalcitrants, des aiguilles à tricoter pour repriser les shorts élimés… à chaque monstre sont gadget (n’attendez pas la fin du jeu pour comprendre le principe, vous risquez d’en baver – j’ai testé pour vous).

 

Les ennemis vont souffrir, ça, c’est certain, mais pas autant que les joueurs aux mains carrées devant l’avalanche de paramètres à prendre en considérations, de possibilités, de subtilités à intégrer ou de difficultés à surmonter. Avec ses combats atypiques (ici, vous allez jusqu’à cibler les parties du corps que vous désirez atteindre, des fois que vous ayez des préférences), son système de combos basés sur le rythme et les réflexes (2 de tension s’abstenir), son système de fatigue inversement proportionnel (qui fatigue rien que d’y penser), sa difficulté plus corsée qu’un maquis sur l’île de beauté, Vagrant Story est épuisant, certes, mais c’est qu’il le vaut bien, le bougre. Ashley va devoir courir, sauter, tirer des blocs, en pousser d’autres, grimper, descendre, frapper, frapper, frapper, frapper, et même réfléchir, parfois : autant dire qu’on ne restera pas sur notre faim.

 

Outre un véritable festin visuel avec rab’ de nuances et de diversité, on se régalera d’un rythme et d’une narration façon survival horror dont le titre conserve le potentiel immersif (au menu : un seul lieu, un seul temps, des rencontres furtives et elliptiques, des indices donnés au compte-goutte, voire même quelques frayeurs…), mais servi sur son lit de gameplay RPG avec, en accompagnement, des musiques vénéneuses à souhait, des cut-scene aux petits oignons (à mi-chemin entre BD expérimentale et film indépendant), des personnages gratinés juste ce qu’il faut et une intrigue qui tient au corps, aussi noire que réjouissante (parce qu’on n’est plus à un paradoxe près).

 

Un véritable sans faute et une expérience de jeu à part, dont on ne ressort pas indemne. Alors bien sûr, comme Régis ci-dessus (cet article est inspiré de faits réels, hélas), certains individus pourront être rebutés par les tenues « atypiques » des protagonistes.

 

Mais avant qu’ils n’y voient un défaut à pointer du doigt, qu’ils pensent à un certain Tidus.

 

Oui, hein ? ! ça aide à mettre les choses en perspective...

 

Un sans-faute, Vagrant Story, on vous dit. ; )

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