Tomb Raider sur PlayStation 3, le test de Sker

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Sker
5
Sker PS3

Ma déception de 2013

Il récolte les éloges, il collectionne les bonnes notes et empile les superlatifs… Impossible donc de passer à côté de ce Tomb Raider, qui s’impose naturellement comme LA star de ce premier trimestre, pourtant pas avare en -grosses- sorties. Oui, mais pas pour moi. Mettons donc les choses au clair d’entrée : cette « prequel rebootée » m’a profondément déçu. Une semaine après avoir bouclé l’aventure, je n’arrive toujours pas à surmonter l’immense désillusion qu’il m’a finalement procuré. Je l’ai pourtant trouvé pétri de qualités, techniquement irréprochable et constellé de bonnes idées. Pour autant est-ce suffisant pour en faire d’office un excellent jeu ?

 

La suite…

N’ayant qu’un vague souvenir des deux ou trois premiers épisodes, je partais sans a priori ni crainte de trouver une Lara dénaturée, comme si au final je découvrais une nouvelle licence. J’étais même plutôt curieux de mettre mes mains dessus, en bon fan d’Uncharted vers qui ce Tomb Raider semblait, à première vue, lorgner. Le jeu démarre sur le bateau de Lara, qui n’est encore qu’une archéologue débutante tentant de marcher dans les pas de son illustre père. Avec son équipage, elle tente de trouver le Royaume du Yamatai, et insiste pour pénétrer dans le tristement célèbre Triangle du Dragon, pendant extrême oriental des Bermudes. Manque de bol ou sournoise coïncidence, l’embarcation robuste plie sous la violente tempête qui se soulève soudainement, et tout l’équipage se retrouve projeté au milieu des vagues scélérates. Lara, blessée, échoue sur une plage, aperçoit des silhouettes, perd connaissance et… se réveille suspendue par les pieds dans une cave, où l’Emile Louis du coin semble avoir emménagé un autel  démoniaque.

 

Heureusement, un petit QTE permet à Lara de s’échapper, et une fois dehors, on se retrouve face à un soleil couchant en bord de falaise, surplombant une crique où dansent mollement les vestiges de notre bateau. Cette superbe scène donne le ton  d’entrée de jeu: techniquement, Tomb raider est somptueux. Plages, forêts, cimes enneigées, centres scientifiques abandonnés, bidonville, bunkers, temples, tombeaux… chaque recoin sera prétexte à un décrochage de mâchoire, tous sponsorisés par une mise en scène grandiose. En jouant habilement avec les éléments, la faune ou l’altitude, la réalisation proposera constamment à Lara des panoramas à couper le souffle. Couchers de soleil, pluie battante, tempête de neige… la météo est à l’image de l’île : tantôt capricieuse, tantôt chaleureuse mais toujours prétexte à faire briller la réalisation, décidément irréprochable. Comme dans Uncharted en son temps, on s’octroie spontanément des pauses entre deux fusillades afin de profiter avec émerveillement des paysages qu’on nous offre.

 

Ces moments calmes et idylliques contrastent pourtant froidement avec d’horribles cycles de carnages, où seule la loi du plus fort reste en vigueur. Oui, Tomb Raider est un jeu extrêmement violent, où tout ou presque nous sera montré, sinon explicitement suggéré, comme en témoignent les caresses vicieuses d’un geôlier sur les épaules nues d’une Lara complètement sans défense. Ces effusions de sang dérangeront en premier lieu Lara, qui s’excuse devant le cadavre de la biche qu’elle est forcée de tuer pour survivre et semble profondément choquée d’avoir tué son premier homme. Pourtant, cette barbarie la contaminera peu à peu contre son gré, l’obligeant à redoubler de brutalité pour se frayer un chemin sur l’île. Mlle Croft semble toujours tiraillée entre ses convictions personnelles, à l’opposée de cette sauvagerie, et le désir ardent de sauver ses amis… Cela la rend beaucoup plus profonde et humaine que la majorité des héros du jeu vidéo, et l’écriture autour de son personnage est un cran au dessus de ce qui se fait d’ordinaire. Lara dégage une force morale réellement sincère, vers laquelle elle se tournera pour se surpasser à chaque fois qu’elle semble proche de baisser les bras. Il lui fallait bien ça pour affronter un adversaire qui a plongé dans une folie sans retour, entraînant avec lui des dizaines d’hommes qui n’ont plus que la violence comme verbe. L’ennemi a rarement été aussi sincèrement méchant et sadique, cette cruauté transpirant jusque dans les dialogues des pnj qu’on s’apprête à descendre.

 

A ce propos, les armes ne manquent pas, et leurs upgrades les rendront toujours plus meurtrières, grâce à l’xp que l’on ramasse à chaque action réalisée (headshot, fouille de cadavre, animal tué…). Elle servira aussi à acheter diverses capacités pour Lara; toutes ces transactions se faisant avec une simplicité et une ergonomie exemplaires. Certaines améliorations nous permettront ainsi d’accéder à certains endroits bloqués au préalable, et toutes les updates apportent sensiblement quelque chose, ce qui rend la quête d’xp plutôt prenante, de quoi forcer les joueurs à s’appliquer un minimum.

Car réussir des headshors et trouver quelques menus trésors sont malheureusement les seuls réels challenges de toute l’aventure. Pour qui a déjà roulé un minimum sa bosse dans un autre jeu d’action, Tomb Raider sera une partie de plaisir. Armes puissantes, munitions quasi inépuisables, ennemis idiots et prévisibles : ce n’est définitivement pas les combats qui poseront problème à Lara ! Légèrement corsées en début de jeu à cause d’un arsenal limité, les fusillades tourneront rapidement à la rigolade dès le premier shotgun obtenu. Toutefois, les situations et les ennemis sont assez variés pour compenser l’absence de challenge ; aussi Lara pourra si elle le souhaite se la jouer vaguement Solid Snake en se cachant puis en éliminant discrètement et au compte-goutte les vilains. Le procédé à le mérite d’être là, mais dans de nombreux cas des scripts forcent Lara au combat frontal et musclé, quand d’autres séquences de jeu semblent calibrées pour la furtivité tant les méchants paraissent sourds, aveugles et manchots…

 

Cette facilité dans les combats n’est toutefois pas trop dérangeante ; d’une c’est le lot de tous les jeux d’aujourd’hui, de deux grâce à son excellente mise en scène pas un combat ne ressemblera à un autre, ce qui finalement limite le risque d’ennui lors de ces phases.  Ce n’est malheureusement pas le cas des passages d’exploration, si tenté qu’on puisse encore les appeler comme ça. Car l’île a beau être immense, Lara n’aura jamais le choix de l’itinéraire : elle devra tristement suivre le chemin qui s’offre à elle, sans pouvoir faire de petit détour. Il a beau être paré de cascades, d’arbres et de grottes, un couloir reste un couloir ! Alors oui on saute, on grimpe, on se fraye des chemins entre deux plate-formes avec son grappin, mais tout est tellement automatisé et simplifié qu’il est impossible de se tromper ! QTE ultra permissifs, chemins en surbillance, marge d’erreur des sauts gargantuesque… Le joueur n’est pas pris par la main, il a carrément les menottes aux poignets.

 

Ainsi comment ne pas regretter l’absence de liberté dans les missions ? Surtout quand on passe après Far Cry 3… Ce Tomb Raider n’aurait-il pas été meilleur dans un monde ouvert, avec de vraies séquences d’explorations, une faune à gérer, et des missions secondaires intéressantes, à même de nous faire voir du pays ? Au lieu de ça il faudra se contenter de quelques malheureux tombeaux, au passage tellement mal cachés qu’on peut même dire au revoir à la satisfaction de les chercher… Les énigmes qu’ils proposent sont d’ailleurs tellement faciles qu’on en vient presque à regretter les puzzles capilotractés de God Of War ! A côté de ça il reste quelques objets à trouver, sans que cela ne présente un réel intérêt pour le joueur. Ces items nous permettent toutefois de suivre l’histoire de l’île à travers les époques, elle qui semble avoir connu des dizaines de peuplades différentes au cours des derniers siècles. Par moment, on sent toutefois le besoin de remplissage : en effet, quel intérêt a-t-on à examiner des dizaines de poteries similaires ? Ces objets n’auraient-ils pas pu servire d’indice dans une chasse aux tombeaux, par exemple ?

 

J’ai eu du mal à entamer cette review, car il n’est décidément pas facile de nager à contre courants, n’en déplaise à Lara pour qui c’est un jeu d’enfant - tant qu’on suit bêtement le QTE proposé! Le jeu faisant l’unanimité, pas facile du coup d’en parler de façon plutôt négative. Surtout que ses qualités ne manquent pas : merveilleusement beau, réalisé de main de maître et proposant une écriture très travaillée des personnages, Tomb Raider a de sérieux atouts dans sa manche, et offre en outre une aventure intense, très riche en émotions. En s’affranchissant d’entrée de jeu des codes propres à la saga pour se ranger plutôt derrière un Uncharted, ce reboot a su imposé d’entrée de jeu sa propre touche, et on ne peut que le féliciter pour avoir forgé avec brio une nouvelle identité à la franchise. Mais manette en main le tableau n’est plus aussi idyllique : si la facilité des combats est pardonnée par une mise en scène qui sait renouveler avec inventivité les situations des gunfights,  tout le côté exploration est à mon sens scandaleusement sous exploité. Avec tous ces objets et lettres laissés par les habitants de l’île, un système de chasse au trésor à la Red Dead aurait pu parfaitement s’intégrer à ce Tomb Raider, avec des indices cachés dans ces items pour nous guider. Les déplacements entre deux points chauds ne peuvent se faire que via le chemin qu’on nous impose, ce qui est terriblement frustrant vu l’immensité des lieux. Lara aura beau être entourée d’une magnifique forêt, elle ne déviera pas de son couloir…Les plates-formes sont inratables, les points d’accroche pour l’arc-grappin exagérément mis en valeur, et les corniches brillent avec insistance, histoire de baliser l’itinéraire pour être sur qu’on ne le rate pas. Tout est fait pour accompagner le joueur, qui à asphyxier les aventuriers en herbe qui rêveraient de choisir eux même la route à suivre, carte en main et piolet entre les dents !

 

C’est certainement plus frustrant encore après avoir fait Far Cry 3, qui lui offre toujours le choix au joueur, en se servant avec intelligence de la topographie de son île en toutes situations. Mais comme lui, Tomb Raider n’a pas su prendre des risques avec son scénario, alors que lui aussi avait toutes les cartes en main pour proposer autre chose qu’une histoire finalement très simpliste… Si Far Cry 3 empruntait pas mal à Lost, Tomb Raider pioche encore plus dans la mythique série de J.J. Abrams : île mystérieusement non référencée, de laquelle on ne peut s’échapper, avec des indigènes violents et prêt à tout pour leur leader, où se sont échoués des dizaines de civilisations à travers les âges … on aura même droit aux scientifiques venus étudier les phénomènes anormaux du caillou ! Malheureusement, si l’excellente série a  toujours su nous donner envie de continuer, d’aller plus loin et savait manier les retournements de situation comme aucune autre, Tomb Raider n’a, lui, pas eu les couilles d’approfondir ce background pour en faire autre chose qu’une histoire de gentils et de méchants, vaguement matinée de fantastique. Quelle déception ! L’intrigue devient vite banale et insipide, alors qu’elle avait tous les ingrédients pour nous tenir en haleine et nous proposer quelque chose de consistant, poussant un minimum à la réflexion. Tant pis.

 

Pourtant pétri de qualités, ce Tomb Raider tombe malheureusement dans une facilité indigne de son potentiel, tant dans son gameplay que dans son scénario. Sa mise en scène fabuleuse, sa technique irréprochable et ses bonnes idées en font un très bon jeu, mais qui aurait pu aller beaucoup plus loin à mon sens. A vouloir accompagner le joueur par la main quelque soit la situation,  Tomb Raider finit par frustrer celui qui rêvait d’exploration, de liberté et d’énigmes à résoudre. Son multijoueur tristement fade et banal se fera vite oublier, mais gageons qu’une suite un peu plus ambitieuse sur la prochaine génération pourra réussir à contenter tout le monde…

Retrouvez une version agrémentée de photos et de vidéos sur mon (game)Blog: http://www.gameblog.fr/blogs/BriocheetMaela/. D'autres articles vous y attendent ! 

 

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