Assassin's Creed III sur Xbox 360, le test de seblecaribou

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Bande avec les mous.

(Le pavé avec images sur mon BLOG)

Alors que je fulmine devant l'arrogant crédit de fin que l'on ne peut pas zapper pour arriver à l'épilogue du jeu, ma manette éreintée par deux vols planés fort heureusement amortis par mon canapé et ma voix exténuée par une série de brailleries qui, sans doute, n'aidera pas mes voisins à comprendre que le jeu vidéo ne rend pas violent, je décide de retirer Assassin's Creed III de ma console, de le foutre dans sa boîte et d'effacer une à une toutes mes sauvegardes de la série. Comment en suis-je arrivé là ?

Remontons le temps à quelques mois. En Mars dernier, Ubisoft lançait les hostilités marketing en montant crescendo dans les annonces. D'abord un artwork de celui qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de Connor, puis quelques images dévoilées par Game Informer, puis un premier trailer, puis des previews très engageantes. En un mois, Assassin's Creed III est devenu l'un des jeux les plus attendus de 2012. Pour les déçus des deux précédents opus dont je faisais parti (et ça n'a pas changé d'ailleurs) ce qui ressortait de ce premier tabassage médiatique, c'était une idée de changement, de renverser la table de thé ; prendre Assassin's Creed et en refaire quelque chose de neuf, en restant scénaristiquement dans la continuité pour quand même voir le bout de cette méta-histoire. Je me souviens même avoir lu certains détracteurs de la série, qui avaient lâché cette affaire après le premier épisode, reprendre confiance et vouloir s'essayer à l'Assassin's Creed nouveau. Pour ma part, j'avais carrément refait la décoration de mon blog pour l'occasion.

Nous voilà un peu moins de huit mois plus tard et je suis dans un état de nerf qui dépasse l'entendement. Assassin's Creed III m'a pris au corps, mais pas dans le bon sens du terme. Ce n'est pas ce qui me rattachera de nouveau à une série dont j'adule le second épisode, mais dont je n'apprécie pas la redondance entraînée par les deux suivants, ce sera simplement mon dernier denier versé à Ubisoft pour cette licence. Comme toujours, je propose un procès en bonne et due forme, avec déballage classique de ce qui va en premier, pour enquiller sur ce qui ne va pas pour finir par la bonne vieille conclusion qui, vous l'aurez deviné, ne sera pas des plus réjouissantes. C'est parti pour la thèse, antithèse, synthèse.

 

 

Même les plus fervents défonceurs (jeu de mot) de la saga d'Ubisoft lui ont toujours reconnu une chose ; le choix de ses époques et de ses pays est tout à la fois toujours judicieux et dans le même temps original. Alors que l'on nous a habitué dans notre microcosme de quelques millions de joueurs à évoluer dans des jeux d'heroic/fantasy pas toujours inspirés, de science fiction un peu prétexte ou de Seconde Guerre Mondiale revisitée ad nauseam (des univers que j'apprécie cependant, ne me faîtes pas dire ce que je n'ai pas dit) Assassin's Creed a été, dès sont premier épisode, une valeur sûre dans le choix artistique. Explorant la vaste histoire de l'humanité (occidentale quand même plus qu'autre chose) les différents épisodes nous ont quand même permis de revivre les Croisades ou la Renaissance, deux époques traitées au cinéma ou dans la littérature mais carrément absentes jusqu'à lors de notre univers vidéoludique.

Assassin's Creed III ne déroge pas à cette règle. Bien qu'évidemment, notre chauvinisme nous pousserait à soupirer devant le choix de la Guerre d'Indépendance Américaine plutôt que celui de la Révolution Française, si l'on arrête de faire la fine bouche une seconde, on constatera qu'une fois de plus, sur le plan de la reconstitution historique, Ubisoft n'a pas raté son coup. Entre Boston et New York, ma foie très convaincantes dans leurs modélisations très détaillées ou la Frontière, cette fameuse zone forestière à flan de montagne, bordée de mer et que l'on aura l'occasion de voir dans diverses ambiances visuelles, on a au moins cette satisfaction ; le dépaysement est toujours au rendez-vous.

Au rayon des qualités artistiques, on notera également que les personnages sont généralement de bon goût et même si je trouve la tenue initiale de Connor (avec son manteau blanc) un peu surchargée pour un natif américain qui courre dans les arbres, je reste très convaincu par les différentes variations vestimentaires de l'ensemble du casting. Dans un autre domaine, la musique est une fois de plus exemplaire. Je ne lui ai pas trouvé de thème aussi marquant que Ezio's Family (thème récurrent des trois derniers volets) mais les musiques accompagnatrices sont toujours justes et adaptées au moment présent.

Pour finir sur une partie non négligeable en ce qui concerne la saga Assassin's Creed (croyez-en notre acharné de Yoyonoa), l'histoire est globalement pour ma part à mettre dans les vrais points positifs. Cela passe par la trame à proprement parler qui fait enfin avancer la fameuse ''méta-histoire'' et qui clos l'arc narratif de Desmond, certes pas de manière brillante mais au moins sympathique (je ne sais pas si ce sera suffisant pour tout le monde). Mais aussi, cela passe par la narration en elle-même. Cette dernière fait passé plutôt bien les transitions entre les séquences dans le présent, en 2012 et celles qui se déroulent dans l'animus 2.0. De même, quelques idées narratives sont très bien vues, comme l'introduction notamment. Dommage qu'elles soient si mal servies par tout le reste.

 

 

Parce que oui, une fois passée cette étape artistique cruciale, certes, mais pas suffisante, Assassin's Creed III perd complètement pied avec la réalité et s'embourbe dans un marasme de défauts non seulement déjà vu à répétition dans la série, mais surtout accompagnés de nouveaux qu'on attendait pas et qui sont intolérables pour une production de cette envergure qui prétend renouveler la série avec les moyens. C'est à ce point catastrophique, comme mon introduction vous l'a signalé, que le jeu est officiellement ma pire expérience ludique de 2012.

La première mauvaise surprise que nous réserve ACIII, c'est son introduction. Alors que je la mettais dans les points positifs au niveau narratif (et ça je le maintiens) en terme ludique, c'est une faute de goût qui m'a immédiatement touché. Le début du jeu, qui représente quand même cinq heures (un tier de la durée de vie si on fonce tout droit) est une repompée nette et sans bavure de ce qu'Ubisoft nous avait déjà donné à manger trois années d'affilées avec ACII, Brotherhood et Revelations. On démarre dans la peau de quelqu'un d'autre que Connor et on se rend compte que rien n'a changé, qu'on a les mêmes objectifs et les mêmes mécaniques à un ou deux détails prêts qui ne feront pas la différence. C'est lourd et répétitif et ça n'avait pas besoin d'être aussi long...mais ça reste une introduction. Soit.

 

 

Les vrais problèmes commencent à montrer le bout de leur nez lorsque l'on prend enfin les contrôles de notre nouvel assassin. Cette fois, le jeu promet la grande aventure, la Frontière avec sa faune sauvage, sa chasse et ses nouvelles activités en pagailles amenées progressivement par la trame. Malheureusement le tout est directement entaché par un premier souci qui ne scellera pas à lui seul le cercueil de la série mais qui, sans doute pour ma part, aidera à mettre de la terre par dessus. Techniquement, Assassin's Creed III est raté.

On nous avait annoncé un nouveau moteur, le AnvilNext, capable d'afficher des dizaines de soldats pour les batailles rangées. Je ne sais pas si c'est effectivement un nouveau moteur, tout ce que je peux vous dire, c'est que le jeu sur Xbox360, installé sur un disque dur, est certes assez jolie si on ne bouge pas, mais ce n'est pas la fête non plus. Le clipping parvient à être moindre que dans Assassin's Creed II (sorti en 2009, rappelons le) simplement parce que les étendues présentées sont rarement complètement ouvertes. Le jeu cache la misère avec des arbres, de la brume, de la neige et d'autres effets atmosphériques qui eux, en revanche, sont réussis. Les personnages apparaissent sur courte distance. Les textures sont, de temps à autres, instables. Les chargements sont nombreux et parfois sans raison particulière. Surtout, surtout. Le jeu est blindé de bugs en tout genre.

C'est bien beau de faire un personnage principal qui bouge (sacrément) bien, mais si c'est pour que tout le reste en pâtisse, ce n'est pas la peine. Si vous n'avez pas eu la chance de voir les dernières vidéos postées sur le sujet, je vous conseille fortement de vous y mettre. Le jeu alterne entre bugs ''drôles'' avec Connor qui masturbe un garde pendant une cinématique, un PNJ qui saute en rond sur son tabouret dans un bar ou encore des animaux coincés l'un dans l'autre qui donnent l'air de copuler, à des choses beaucoup moins drôles comme les contrôles qui se coincent pendant quelques secondes, le personnage qui recharge son arme à l'infini, empêchant au passage de faire autre chose (comme parer les coups) ou encore, un PNJ important qui reste bloqué et oblige à recharger la partie. Seulement le plus grave, c'est que le vrai problème n'est pas là.

J'ai joué à Red Dead Redemption que je considère comme l'un des meilleurs jeux de cette génération, et pourtant il avait son lot de bugs cosmétiques. J'ai joué à tous les jeux Bethesda sortis sur cette génération (Oblivion, Fallout 3, New Vegas et Skyrim) et de même, je les ai adoré alors que tous sont réputés pour être une vraie mine de glitchs graphiques et surtout de scripts. J'ai aussi adoré des jeux pas très beaux techniquement comme Alpha Protocol ou Alice Madness Returns. Pourtant, plus j'avançais dans Assassin's Creed III et plus je me crispais devant le manque de finition technique et ce pour une raison simple, ce n'est que le reflet de la paresse sans précédent dont Ubisoft Montréal a fait preuve. Au delà de sa partie artistique, Assassin's Creed III n'a rien fait de mieux que ses prédécesseurs.

 

Déjà, ACIII n'est pas du tout l'occasion de renverser la table de thé. Enfin ça l'était, mais c'est une occasion manquée. Le jeu reste collé sur les base de script qui sont présentes depuis le premier volet. On est toujours autant limité par les objectifs qui, s'ils ne sont pas fait dans des conditions très précises, nous « désynchronisent ». On a ainsi principalement droit à des meurtres, des combats et des filatures quand on est à pied. Pour le reste on a également des splendides batailles navales et quelques minijeux. La partie gestion n'a pour sa part strictement aucun intérêt.

L'infiltration n'est ni plus ni moins une option de jeu qu'auparavant. Encore une fois, le jeu enchaîne aussi les incohérences dues aux scripts débiles ; entre Connor qui n'a pas la même tenue pendant les cinématiques que pendant le cours du jeu, les personnages qui repopent instantanément dès qu'on sort d'une zone d'attaque de fort, les réactions complètement débiles de l'IA qui ne voit pas le héros debout adossé à un angle de mur parce que le jeu considère que ce dernier est caché dans cette position, on a l'impression que les anciens tics qui datent de quatre ans sont toujours là, voire même que le jeu en a capté de nouveaux.

Non content de se reposer sur cette architecture de script acquise dans le second opus essentiellement, ACIII prend cette architecture, certes redondante depuis deux ans mais au moins fonctionnelle, et l'a rend frustrante de bout en bout par la combinaison d'une lisibilité affreuse et d'imprécisions de jouabilité impardonnables. En jouant à Assassin's Creed III, on a l'impression que les développeurs n'ont pensé à rien au niveau de l'ergonomie. Ça fait une génération qu'on a appris que le lock automatique, ça ne fonctionne pas quand on a des armes à distance ! Alors ACIII nous propose un indien avec un arc, des fléchettes empoisonnées, des bombes de fumées et un pistolet sans nous donner la possibilité de viser par nous même, donnant ainsi lieux à des moments d'intense solitude ou l'on cherche désespérément à tirer sur un crétin de soldat avant qu'il nous aligne avec son fusil à baillonette. Au passage, ça tue également le plaisir qu'aurait pu être la chasse puisqu'il faut attendre de voir le blanc des yeux de l'animal et que le jeu se décide à le cibler pour pouvoir l'abattre.

Toujours au rayon des automatisme qui n'ont strictement aucun sens, pour quelle raison ne peut-on pas s'accroupir avec un bouton ? Il ne faut pas sortir du MIT pour comprendre que dans un jeu où l'on a un personnage qui peut chasser ou se déplacer en forêt un peu discrètement (sans parler d'en faire un jeu d'infiltration) le fait qu'il s'accroupisse tout seul est à la fois complètement con (et je pèse mes mots) et parfaitement inutile. Les trois quarts du temps, le personnage va s'accroupir dans une zone où ça ne sert pas à grand chose et si ça sert, on se rendra bien compte que les fourrés ont été installés justement pour un objectif de mission précis, cassant immédiatement l'immersion.

 

Pour finir sur la jouabilité pure, le fait de contrôler le personnage, la grimpette a toujours son lot d'errances assez agaçantes. Dans le déplacement sans objectif, ça ne pose pas de gros problème parce qu'on réclame rarement au jeu de la précision quand on ne fait que du free running. En revanche en mission, ça peut devenir un putain de cauchemar. Là j'en appelle à ceux qui ont finit le jeu. La dernière course-poursuite dans l'animus 2.0 est sans aucun doute LA PIRE COURSE-POURSUITE de l'histoire du jeu vidéo. Cette dernière séquence à elle seule est ce qui m'a amené à d'abord, crier de rage. Ensuite jeter la manette à deux reprises. Enfin à pleurer de rage...littéralement. Je ne sais pas si vous imaginez la quantité d'énervement qu'on doit emmagasiner pour pleurer de rage : ça fait un paquet.

 

 

Je n'irais donc pas par quatre chemins pour ceux qui ne veulent pas prendre le temps de lire mon pugilat complet : Assassin's Creed III est un plantage qui non seulement fait honte au reste de la série, certes pas toujours innovant mais au moins pas fini à l'urine de chat, mais surtout c'est un ratage qui fait mal tant on sent les ambitions sous-jacentes. Artistiquement le jeu est sans faute et conclu bien l'arc narratif de Desmond Miles, avec une histoire solide tant dans le présent que dans sa partie historique. Sans aucun doute, les fans absolus y verront une vaste source de nouvelles informations sur le riche univers de la saga.

En revanche, l'exécution oscille entre le sympathique et le catastrophique si on excepte les séquences de batailles navales vraiment épiques de bout en bout et les quelques mini-jeux assez drôles. Le jeu est perclus de bugs en tout genre, qu'ils soient purement cosmétiques ou qu'ils bloquent un objectif, obligeant à recharger la partie. L'aspect graphique a certes de beaux effets météorologiques et des lumières et modélisations soignées, mais le paye immédiatement avec un clipping mal dissimulé et certains détails manquants pour on ne sait quelle raison (le personnage est mouillé sous la pluie mais pas après avoir nagé, ou s'être traîné dans la neige). Mais surtout, ce qui gâche vraiment le plaisir de jeu, c'est ces imprécisions qui se payent aujourd'hui cash. Les mécaniques sont solides, mais leur exécution est poussive à cause d'un vrai manque de mise à jour de la jouabilité. Alors si je mets une note qui peut paraître très sévère (2/5) c'est tout simplement pour marquer ma déception sur ce qui aurait du être le jeu l'année s'il n'avait pas été réalisé en dépit du bon sens. Depuis Assassin's Creed, on a eu RDR pour apprendre à monter un cheval, on a eu Batman : Arkam City pour apprendre à se battre, on a eu Dragon's Dogma pour apprendre à grimper et à tirer à l'arc à la troisième personne. Alors si au bout de trois ans de développement et après quatre épisodes, Ubisoft Montréal ne veut pas avancer sur sa série, c'est moi qui avancerait sans elle, avec tristesse.

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