The Next BIG Thing sur PC, le test de Gautoz

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Gautoz
8
Gautoz PC

BIG enough to please me

Deux ans après avoir bouclé sa saga fondatrice Runaway, les madrilènes de Pendulo Studios nous reviennent avec un point & click au titre bien mystérieux. Ayant plié les trois Runaways avec une application et une ferveur grandissante d’épisode en épisode, je dois confesser que j’attendais un peu Pendulo au tournant : allais-je devoir me refarcir les bourdes d’une nouvelle franchise balbutiante ? Ou les gars de Pendulo allaient-ils capitaliser sur leurs acquis pour décoller pour de bon ? Parce que les énigmes à tiroir mal branlées de Runaway premier du nom, non merci Jeannine, je suis replet. Alors c’est quoi, ”The Next Big Thing” ?

Soirée de gala dans l’Hollywood années 40 alternatif de The Next Big Thing : tout le gratin des abominations du cinéma d’horreur est de sortie pour une remise de prix façons Oscars… Ici, point d’acteurs et de grimages complexes : les monstres existent bel et bien et ont vu dans le cinéma de genre un moyen de s’intégrer parmi les humains. Ce prodige, ils le doivent à la toute puissante société de production MKO et à Fitzrandolph, son tout-puissant (et écailleux) dirigeant. Puisqu’une mise en place n’est rien sans son élément perturbateur, ce magnat du grand écran a décidé d’annoncer un changement drastique de direction de ses productions : au revoir l’horreur, bonjour les comédies familiales et musicales. La nouvelle n’est évidemment absolument pas du goût de nos monstrueux acteurs, qui s’en vont découvrir les raisons d’un tel revirement de situation. Et l’Oscar du pitch loufoque est attribué à … ?

Tutututu, j’ai pas fini ! C’est seulement là que débarque notre duo de héros, deux journalistes que tout oppose et à qui l’on a confié la délicate tâche de couvrir la cérémonie. A ma gauche, Dan Murray, journaliste sportif bourru et misogyne, déchu de sa chronique pour d’obscures raisons et de ce fait peu enclin à se mêler aux mascarades people. A ma droite, Liz Allaire, reporter complètement à côté de ses pompes, souffrant de graves troubles de la concentration et d’un dédoublement de personnalité plus que certain. En clair : LE coup de coeur, LA bonne idée de ce duo. La blondinette cause toute seule, devine les réponses de ses interlocuteurs et calme ses accès de stress en récitant une suite de chiffres façon Lost. Et ce n’est là qu’un rapide survol de son potentiel comique : ses répliques sont ciselées, jonglant entre l’absurde et le cinglant, à tel point que chaque séquence où je contrôlais Dan me faisait l’effet d’un entracte avant le retour de Liz. J’ai vite pris mon parti d’y voir des occasions de me détendre les zygomatiques, deux muscles qu’aucune production Pendulo n’avait tant fait bosser jusqu’alors. Bon point, donc. Au bout de trois, y aura une image.


Notre duo bien secoué se retrouve ainsi témoin du cambriolage du bureau de Fitzrandolph par Big Albert – la créature de Frankenstein de service – et décide de mener l’enquête. Eh, journalisme ! Bien qu’assez légère dans sa complexité, l’intrigue déroulée par la suite donnera lieu à bien assez de rencontres et de situations loufoques pour se faire pardonner. Aider un poète masochiste à trouver l’inspiration en lui administrant les tortures les plus douloureuses, survivre aux charmes d’une prêtresse égyptienne qui s’entoure de robots prolétaires à l’accent bolchevik, plonger au coeur de la pysché de Liz mise en image, entre névroses et joyeux foutoir… Autant de mises en places toujours plus décalées, mélangeant les codes du cinéma de genre avec pléthore de références bien senties (pour celles que j’aurais su repérer… car quand je dis pléthore, c’est vraiment “pléthore”) et de rencontres loufoques. Petits coups de coeur pour Edgar, le Nosferatu has been né trop près d’une centrale nucléaire et Phil, le robot jardinier dépressif dont chaque réplique donne des envies de cul sec à la liqueur de bromure.


On l’aura compris : The Next Big Thing fait mouche d’un point de vue de l’humour, largement plus que Runaway à mon sens. Ce ressenti n’est malheureusement pas transposable à la qualité et la régularité des énigmes que propose le titre. Une trop grosse moitié des puzzles souffre d’une résolution linéaire : une fois tous les bons objets collectés, il suffira de les appliquer à un seul et même élément pour débloquer la situation. Les puzzles restants placent la barre un poil plus haut, non pas dans des combinaisons loufoques d’objets, mais plus dans une manie vicelarde de brouiller les pistes et de paraître plus compliqués qu’ils ne le sont. Exception faîte d’une ou deux situations, le jeu ne m’aura pas opposé de gros challenge ni fait fondre la cafetière. Le tout n’en reste pas moins inventif et agréable à parcourir. Comme ta maman.


Côté mirettes, Pendulo donne encore et toujours dans le cell-shading d’esthète et passe à la HD. C’est dopé aux couleurs, les lumières sont travaillées et j’ai apprécié les jolis efforts de mise en scène de certaines cutscenes. Alors bien entendu, si tu vomissais le cell-shading et l’aspect illustratif de Runaway par gallons, va falloir te préparer à perdre du poids : on est dans une évolution pure et simple du moteur. Te voilà prévenue, chère petite personne sans goût. Côté noreilles, le doublage anglais jongle avec les accents autrichiens, irlandais, transylvaniens, c’est fait avec subtilité et on dit merci. Musicalement, j’ai pris une petite taloche tant je n’attendais rien de particulier, n’ayant jamais eu le tympan séduit outre-mesure par la saga Runaway. Montez le son, appréciez le soin apporté aux musiques d’ambiance qui viennent grossir la longue liste de références : tangos morbides, crincrins de films d’épouvantes, etc.

Est-ce que The Next Big Thing capitalise sur toute l’expérience acquise par Pendulos Studios sur Runaway ? Pas tout à fait. Le titre l’emporte haut – très haut – la main sur les terrains de l’humour et du charme intrinsèque, grâce à l’excellente écriture des dialogues et au soin particulier apporté au personnage de Liz. En revanche, l’irrégularité des challenges proposés ainsi que leur classicisme dénote légèrement de ce qu’avait accompli le développeur avec A Twist of Fate. Une fois la comparaison interrompue, The Next Big Thing c’est huit heures (en comptant large) d’une aventure barrée et écrite avec soin qui pourrait bien vous rappeler que les occasions de rire franchement devant un point & click se font de plus en plus rares. C’était très sympa monsieur Pendulo, maintenant gogo second épisode, z’avez le champ libre a priori… Pour un peu que Telltale continue de creuser…

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