MotorStorm : Apocalypse sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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Quand évolution rime avec prostitution

La démo de Motorstorm Apocalypse n'était soi-disant pas représentative. Ce circuit-là n'était pas le plus fun, les véhicules pas les mieux choisis non plus. Cette légende urbaine selon laquelle les boîtes de jeux vidéo pondraient des démos qui ne donnent pas envie d'investir ses deniers dans le jeu au complet, encore une fois, se révèle fausse. La démo était parfaitement représentative. Mais représentative de quoi ? Peut-être de la génération PS360 au complet.

Pour faire simple ; dans Motorstorm et sa suite Pacific Rift, le spectacle naissait du gameplay. Dans Apocalypse, le spectacle a été transféré dans la mise en scène, en arrière-plan, et n'a presque aucune conséquence sur notre jeu. Les soi-disant circuits évolutifs ne sont qu'une blague, un peu comme les choix de moralité dans Infamous.

Que s'est-il passé ? Le plus probable selon moi, c'est que Motorstorm n'est pas une licence très vendeuse. Je dis ça comme ça, je n'ai aucun chiffre, mais comme le jeu est quand même assez exigeant sur une gen qui ne mise que sur la facilité... Alors Sony pousse sa licence au cul pour qu'elle devienne spectaculaire, genre Monsieur Sony dit à Monsieur Motorstorm :"Prends exemple sur Uncharted 2 !". Les devs pondent donc un jeu où on roule plus vite, et donc en conséquence doivent repenser leur level-design, c'est-à-dire l'annuler au profit de circuits larges comme des autoroutes où l'apprentissage devient inutile. On retire les pièges, le level-design tortueux, on conserve des chemins différents pour faire Motorstorm mais désormais n'importe quel véhicule peut les emprunter.

On ajoute un scénario fait en faux dessins animés, donc des dessins fixes (et moches) mais qu'on fait un peu bouger de manière basique mais quand même ratée (tout un exploit !), et sur les circuits il y a des manifestants, des émeutiers, des hélicoptères qui nous tirent dessus et font tomber des immeubles. En gros, on dirait une adaptation du film 2012, mais dans lequel on ferait des courses automobiles sans qu'on sache trop pourquoi. Autant avant il se dégageait du jeu une sorte d'esprit sauvage du genre pilote de l'extrême, autant là... je ne sais pas, c'est 2012, mais c'est aussi la guerre, des émeutes, Fast & Furious... en gros tout ce qui peut rendre le jeu le plus spectaculaire possible, sans souci de cohérence, a été foutu dans Motorstorm Apocalypse. On pourrait utiliser la même idée avec un FPS dans un New York apocalyptique où on se ferait écraser par des courses de bagnoles que ce ne serait pas plus débile.

Même en étant parfois illisibles à cause de la vitesse, de l'aliasing et d'une tonne d'effet porytechniques, on ne se crashe pratiquement pas sur les circuits, ainsi se dégage l'impression que tous les tracés se ressemblent comme dans les autres licences du genre Hot Pursuit ou Blur. Y'a juste le paysage qui est différent, et pas super beau à voir. Motrostorm Apocalypse n'est pas moche, mais il ne m'a pas paru aussi beau que Pacific Rift. Les modèles des voitures abandonnées sont simplistes et c'est flagrant si on se crashe dedans, les décors en général le sont aussi. Lorsqu'on roule sur la façade d'un immeuble écroulé, les reliefs normalement formés par les fenêtres ne sont pas pris en compte dans la conduite, tout est comme lisse. Avant on évoluait sur des circuits vraiment accidentés. Maintenant c'est juste pour faire beau.

Comme tout va plus vite, les confrontations entre véhicules, l'un des ingrédients importants de Motorstorm, disparaît lui aussi. Ça arrive de temps en temps, mais ce n'est plus au coeur du gameplay. Les sensations de lourdeur, de véhicules qui combattent le circuit dans la douleur, de suspensions qui souffrent le martyr ; envolées. On dirait du Motorstorm allégé, même les différences entre véhicules se font moins sentir, d'autant plus que les nouvelles catégories sentent plus le dérivé de catégories déjà présentes dans les autres opus, histoire de faire croire à une évolution qui n'est que cosmétique.

La grosse nouveauté, les catastrophes naturelles, est risible. Un pont s'écroule sous nos roues ? Ça ne change rien, on continue tout droit, c'est juste pour l'esbroufe. Un immeuble s'écroule au loin ? C'est au loin justement, on le voit venir et donc on a tout le temps nécessaire pour l'esquiver. Le gameplay n'est pas du tout évolutif, il est scripté.

Mais le pire c'est que ce Motorstorm aurait pu être un très bon jeu. Le choix de l'environnement, une ville en ruines, est plutôt dans le ton de la licence. Un gameplay vraiment évolutif était également possible. Y'avait déjà de ça dans les deux premiers ; des éléments de décors qu'on pouvait défoncer en semi-remoques devenaient des obstacles pour les quads et les motos. En poussant plus loin ce concept pour handicaper toutes les catégories de véhicules, y'avait de quoi faire évoluer la licence dans le bon sens.

Quand j'y repense, je me dis qu'Uncharted 2 est un sacré bon jeu à sa manière, un as du grand écart. Il est parvenu à conserver son gameplay d'origine tout en fournissant la dose de futilité nécessaire aux joueurs assoiffés de blockbusters. Mais l'essentiel est là, on peut faire le tri, parvenir à faire abstraction de l'inutilité de la mise en scène spectaculaire et se concentrer sur la réelle proposition du jeu, des gunfights spectaculaires. Motorstorm Apocalypse lui a complètement  retourné sa veste. Il ne conserve qu'un spectre identitaire pour continuer de plaire aux fans de la licence tout en allant faire sa pute auprès des joueurs sensibles aux grosses explosions, aux immeubles qui s'écroulent et aux ouragans qui n'ont strictement rien à faire dans un jeu de bagnoles.

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