The Last Story sur Wii, le test de Omake

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The Last Story, une aventure collective

Le Buzz The Last Story

S'il y a bien un jeu qui, en ce moment, provoque certaines passions, c'est bien The Last Story, de Nintendo/Mistwalker sur Wii. Sorti le 27 janvier dernier au Japon, il a d'abord fait le buzz grace à une promo intense, directement assurée par Hironobu Sakaguchi, l'initiateur de cette nouvelle licence.

Très attendu en Occident, il a ensuite rapidement provoqué une polémique, suite à un manque de professionnalisme flagrant de quelques journalistes anglais voulant attirer le regard sur eux. Ils ont annoncé, en interprétant à leur sauce des propos de Nintendo UK, que The Last Story ne sortirait jamais en Occident. Aussitôt, branle-bas de combat, une grande chaîne de solidarité se met en place: une pétition rassemblant plus de 15000 signatures (dont certaines très acerbes envers Nintendo qui n'y est pour rien et qui a pourtant démenti en moins de 48h) apparaît en quelques jours.

Depuis, la fièvre est restée car le jeu, en lui-même, a fait débat. Certains estiment que The Last Story est le meilleur jeu de la Wii, l'un des tout meilleurs RPG de sa génération. Pourtant, d'autres crient au scandale et à l'imposture. Au scandale?

Bref, qu'en est-il vraiment? Hier soir, j'ai terminé The Last Story, après une trentaine d'heures de jeux et je fais partie de ceux qui l'attendaient avec une grande impatience.Qu'en ai-je pensé?

LA FORME:

Tout d'abord, soyons francs, les choses qui peuvent fâcher: 

Techniquement, il est vrai que The Last Story est assez déroutant: dans les 3/4 du jeu, il flirte entre le moyennement beau et le graphiquement laid. Difficile, en fait, d'expliquer comment, en 2011, on peut encore utiliser des textures qui font bigrement penser à la première génération des jeux PS2...

Certains lieux, pourtant sans ennemis et décors hypers recherchés, font dégringoler le frame rate de façon dramatique, saccadant de façon assez désagréable l'affichage à l'écran. Lors de cinématiques utilisant le moteur du jeu, les visages sont relativement fins et détaillés, tandis que les décors, vêtements, sont d'une approximation à faire peur.

Pourtant, la direction artistique est loin d'être mauvaise! Les différents concept arts sont même magnifiques et les bonnes idées sont bien là! La ville de Ruli, dans laquelle vous passerez sûrement de nombreuses heures (il s'y passe tellement de choses!), en revanche, est sublime. On sent qu'elle a fait l'objet de toute l'attention des graphistes et a été bichonnée de bien belle manière. Certains décors et environnements dans les grottes valent aussi le détour! Surtout que l'ensemble est servi par une musique fabuleuse.

Bref, The Last Story va forcément diviser sur ce point! Les amateurs de HD vont hurler au scandale et il sera difficile de leur donner tort, tant on regrette ce fossé entre le magnifique et l'horrible. En fait, d'un point de vue général, on serait en droit d'attendre mieux, même sur Wii.

LE FOND

Ceux qui me connaissent savent qu'un tel article ne me ressemble pas. Commencer une critique par l'aspect technique? Moi, un amateur de gros pixels baveux? En fait, c'est juste pour mieux vous parler du véritable intérêt du jeu: le fond de The Last Story.

Personnellement, j'ai adoré cette aventure. Je l'ai vécue comme jamais je n'avais vécu aucun autre RPG. Certes, ça piquait parfois les yeux, mais le coeur, lui, est largement venu compenser les failles techniques. Hironobu Sakaguchi l'a souvent revendiqué lors de sa promo. Il voulait un jeu dans lequel on ressente, plus que jamais, des "liens" avec ses compagnons de route. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est franchement réussi.On vit, on court, on combat aux côtés de frères virtuels et jamais aucun jeu vidéo ne m'avait procuré cette sensation (enfin, si, ICO y est parvenu, à sa manière). Alors comment a-t-il fait?

Déjà, il a créé une poignée de compagnons au héros, Elza, qui sont tous dotés d'une personnalité très marquée. Pas si clichés que certains veulent nous faire croire, les héros de The Last Story sont très loin d'être aussi niais que dans la plupart des autres RPG nippons.

Ensuite, ces personnages, il les fait s'exprimer! Voilà le véritable secret et intérêt de The Last Story! Pendant toute votre aventure, tous vos déplacements, vous entendez vos amis dialoguer, discuter, raconter leurs impressions sur le combat d'avant, vous faire part de leurs peines, de leurs blagues, de leurs pensées, de leurs joies, de leurs douleurs. On vit avec eux, on mange avec eux, on combat avec eux. Contrairement à 99% des softs, vous ne serez pas LE héros d'une aventure mais bel et bien un membre d'une troupe de mercenaires liés par le coeur. Le héros, c'est le groupe et vous en faites partie.

Sakaguchi a indiqué que plus de 12.000 phrases de dialogues avaient été rédigées pour The Last Story, et on veut bien le croire. Jamais je n'avais joué à un titre si volubile (vanne facile: c'est peut-être les voix qui bouffent la place mémoire des textures graphiques!) :D. Bref, mention très spéciale pour les doubleurs, vraiment géniaux.

Alors évidemment, les plus grincheux d'entre-vous viendront me rétorquer que 12000 dialogues, ça ne fait pas un jeu. Certes, mais question immersion et implication du joueur, c'est carrément génial! Combien de fois ai-je ri aux vannes de certains? Combien de fois ai-je été guidé par les réflexions des autres? L'impression de vivre une aventure épique avec son équipe, si attachante, est ce qui m'a vraiment plu dans cette galette. Bien entendu, pour ressentir tout ça, il vaut mieux parler un minimum japonais... Sans ça, vous passez forcément à côté de la force de ce titre.

Le scénario, quant à lui, reste également bien plus fouillé que certaines mauvaises langues voudraient nous faire croire. On pourrait bien sûr résumer de façon caricaturale, genre "bah, c'est un gars qui veut sauver le monde et va tomber amoureux d'une princesse et bla bla.". Mais ça reviendrait à décrire Metal Gear Solid de la façon suivante: "Boarf, c'est juste un gars qui veut empêcher les méchants d'utiliser la bombe atomique". Bref, n'écoutez pas leurs discours simplistes!

En réalité, c'est autrement plus complexe et imaginatif que cela. On n'évitera pas le manichéisme du scénario (il en faut bien, on est dans du jeu vidéo), mais le conflit qui oppose le Comte de Ruli et le peuple Zurug réserve tellement de surprises qu'il est impossible de porter crédit aux dires des détracteurs. Le contexte de cette guerre (la "graine d'étoile" qui s'est écrasée sur terre et anéanti petit à petit la nature humaine...), les motivations de chaque protagoniste à s'en emparer et la solution trouvée pour mettre fin à tout cela m'ont vraiment intéressé.

Le game play.

Outre l'énergie incroyable déployée par Mistwalker et Nintendo pour impliquer le joueur et le faire se sentir comme le membre d'une famille de mercenaires, il faut aussi avouer que d'un point de vue du gameplay, The Last Story apporte son lot de petits trucs. Déjà, le risque pris est énorme car Sakaguchi a eu le culot de rendre les attaques de son Action RPG automatiques! En gros, vous n'avez qu'à foncer sur votre ennemi pour qu'Elza le frappe avec son épée! Une hérésie?

C'esten effet  ce qu'on pense, en apprenant ça, au début. Mais après 3 minutes de jeux, on s'y fait tellement bien qu'on en vient à se dire qu'on avait l'air débile, avant, d'appuyer comme des forcenés sur tous ses boutons! Et contrairement aux apparences, ce choix de gameplay est avant tout constructif : il permet au joueur de se concentrer sur d'autres choses! Déjà, sur les paroles de vos partenaires (leurs observations sont importantes pour se sortir de certaines situations) et ensuite, sur la stratégie à adopter. Vous pouvez en effet donner des ordres à vos partenaires, pour qu'ils déclenchent certaines attaques, opèrent certaines opérations, préparent une magie, etc. Très loin d'être répétitif, The Last Story peut se jouer de multiples façons : rentrer dans le tas ou élaborer une stratégie en fonction des positions adverses. Mais une chose est sûre, vous passerez bien plus facilement en réflechissant! 

C'est d'ailleurs là que le concept du Gathering entre en jeu. Elza dispose en effet de pouvoirs (la moitié de la fameuse graine d'étoile) qui, une fois enclenchés, auront pour effet d'attirer l'attention de tous les ennemis sur vous. Cette diversion est souvent primordiale pour aider vos amis à remplir leurs tâches, etc. Et ce concept offre des situations de jeu vraiment intéressantes (attirer un ennemi à tel ou tel endroit pour lui tendre un piège, etc.)

Bilan

Bref, je l'ai déjà dit précédemment: The Last Story va diviser. Il y a ceux qui ne parviendront pas à pardonner à Nintendo d'avoir laisser passer un jeu qui, techniquement, n'est pas forcément à la hauteur de sa réputation. Mais ceux-là risquent vraiment de passer à côté du vrai message de The Last Story : une aventure intense, riche, enivrante. Rarement un logiciel à boucler en "solo" m'a donné l'impression de vivre une véritable épopée de groupe. J'ai même envie de dire que The Last Story, c'est une expérience collective, à vivre seul. Etant également, comme beaucoup d'entre-vous, dans la vie active (et plutôt du genre occupé), j'ai également apprécié le fait de pouvoir boucler la quête principale en 25h sans jamais me lasser ou m'ennuyer (pour ceux qui ont le temps, les quêtes annexes permettront de poursuivre l'aventure).The Last Story est donc bel et bien le grand jeu attendu par beaucoup d'entre-vous. Mais il est tellement imparfait techniquement qu'il divisera. A vous de voir. Mais si l'emballage vous repousse, sachez que vous risquez de manquer l'une des aventures les plus profondes de ces dernières années. Maintenant, il faut prier pour une sortie en occident (et en français). Mais quand Nintendo explique que la localisation d'un tel monument est compliquée, on ne peut que leur donner raison. Y'a donc plus qu'à prier, mes frères.

Florent

 

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