Metro 2033 sur Xbox 360, le test de Zade

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Plus proche du RER B que du Shinkansen

Si le cinéma et le jeu vidéo ont toujours eu une relation étroite et privilégiée, on ne peut pas en dire autant de celle qui unie l’industrie vidéoludique à celle de la littérature. Metro 2033 fait donc figure d’OVNI et attire forcément l’attention quand on sait que 4A Games, qui développe le jeu, est constitué d’anciens de GSC, les concepteurs de l’excellente série des S.T.A.L.K.E.R. Etrange, Metro 2033 l’est donc à bien des égards.

Sous terre, personne ne vous entendra crier

Adapté d’un livre Russe à succès, Metro 2033 vous met dans la peau d’Artyom, un exemple type de la jeunesse de ce nouveau monde développé dans le titre. Un monde décimé par une apocalypse nucléaire qui a rendu la vie à la surface impossible, obligeant les rares survivants à se terrer dans les tunnels décrépis du métro. Et comme si le délire claustro n’était pas suffisant, une race de monstres agressifs (les Nosalis) peuple tous les recoins de cette Terre détruite. Bref vous l’aurez compris, Metro 2033 dépeint un futur peu réjouissant. Dans ce contexte notre personnage rêve de ce monde qu’il n’a pas connu. Celui d’avant la catastrophe. Il rêve de Soleil, de civilisation, d’air pur et de calme. Mais l’arrivée des Sombres, une autre race mutante qui semble décimer les Hommes grâce à des pouvoirs psychiques, va mettre en péril sa station et l’obliger à plier bagage pour débuter un long et douloureux voyage.

L’univers de Metro 2033 est donc plutôt riche et intéressant. Si les mondes apocalyptiques sont légions, l’angle adopté est original. La chaine alimentaire s’inverse et l’Homme n’est plus le chasseur mais le chassé. Et la retranscription de cette peur générale, de cette vie cachée sous terre est vraiment bluffante. Le début du jeu dans la station natale d’Artyom alias WNKh nous plonge parfaitement dans cette ambiance pleine d’un paradoxe propre à l’être humain. Dans cette situation désespérée, l’espoir et la vie semblent plus présents que jamais. Les PNJ affluent, vivent leur vie, des enfants jouent à même le sol, et quelques types grattent sur leurs guitares au coin d’un feu de fortune. Les développeurs ont donc réussi leur intro qui nous place dans une atmosphère presque réconfortante. La station a tout d’une société banale. Mais le calme ne durera pas évidemment, car très vite le héros de l’histoire va devoir accomplir une mission qui le dépasse.

Prochaine arrêt, la dèche

Dès les premières minutes de jeu on comprend vite que Metro 2033 charmera (ou pas) par son ambiance. Car soyons clairs, le scénario est d’une platitude totale et n’intéresse à aucun moment. On vit le voyage d’Artyom avec les yeux plus qu’avec le cœur. Parlons-en d’Artyom d’ailleurs. Il est un peu l’exemple type du héros de FPS sans consistance. Il a beau avoir la survie du monde entre ses mains, jamais on ne ressentira d’empathie pour son destin. Probablement parce que le bougre est muet et qu’il n’est à nos yeux qu’une main tenant un flingue. Et ce n’est pas la mise en scène maladroite nous faisant sortir de ses yeux pour le contempler d’un point de vue étranger de temps en temps qui changera les choses. Certains développeurs n’ont toujours pas compris qu’on ne souhaite pas « incarner » un personnage mais s’identifier à lui (bisou à Arkhan Studio). On se demande d’ailleurs comment le livre, qui n’a pas la valeur ajoutée d’un jeu vidéo, a pu aussi bien se vendre. Probablement l’adaptation n’est-elle pas aussi fidèle qu’on voudrait le croire. Seuls les lecteurs du roman pourront en juger. Quoi qu’il en soit Metro 2033 déçoit d’un point de vue scénaristique. Heureusement donc que l’ambiance sauve en grande partie une aventure assez fade.

Car 4A Game a réalisé un travail fantastique au niveau artistique. Le titre propose deux types d’ambiances radicalement différentes. La majeure partie du temps on se baladera dans les couloirs du métro moscovite plongé dans une torpeur quasi-totale avec des chapitres nous offrant la compagnie d’alliés plutôt très utiles contrairement à d’autres jeux. La sensation d’étouffement est intense et la menace planante des monstres est constante grâce à une ambiance sonore dantesque sur laquelle nous reviendrons. Puis de temps en temps les pérégrinations d’Artyom le mèneront vers la surface. Et là il fera face à un Moscou dévasté, balayé de vents glaciaux et toxiques. Cette fois c’est le sentiment de solitude qui prime et on se sent encore plus vulnérable qu’en sous-sol.

Pourtant ne vous y trompez pas, le jeu n’est pas un survival horror. C’est un FPS tout ce qu’il y a de plus banal qui n’a pas assumé totalement son ascendance horrifique. La faute à un level design calamiteux qui nous place constamment en ligne droite sans possibilité d’exploration. Sans compter certains niveaux mal construits et pénibles. Pas de délire à la S.T.A.L.K.E.R et encore moins à la Fallout ici. On a affaire à un jeu de tir dirigiste dans la pure tradition du genre. Certains argueront que c’est avant tout pour laisser la place à la narration et à l’histoire mais comme expliqué plus haut, l’histoire n’a aucun intérêt. Il aurait fallu capitaliser sur cet univers fascinant et jouer à fond la carte de l’angoisse. Car même l’aspect rail-shooter du titre n’est pas pleinement convaincant. La faute à un rythme en dents de scie alternant carnages et vide complet. Metro 2033 a donc le cul entre deux chaises et fini par fasciner autant que par agacer.

Le jeu est donc un FPS relativement commun. Call of Duty est un FPS commun, Battlefied est un FPS commun bien d’autres le sont aussi. La plupart ont pour point commun un gameplay réglé aux petits oignons qui fait oublier que l’on est dans une sorte d’attraction sur laquelle on n’a que peu de prise.

Malheureusement Metro souffre d’une jouabilité archaïque qui renforce la platitude de certaines situations. Il faut déjà savoir que les développeurs ont eu la bonne idée d’utiliser des munitions militaires de l’ancien monde comme monnaie principale. Mais on peut aussi utiliser ces munitions pour nos armes et se retrouver à tirer avec de l’argent. Si on est plus fourmi que cigale il faudra se résoudre à se battre avec des munitions moins efficaces confectionnées dans le métro. Et là les gunfights prennent une tournure assez comique. Les ennemis, humains comme mutants, ont besoin de se prendre des rafales de bastos pour tomber à terre et les armes ne dégagent pas de vraies sensations de puissances. Tout, ennemis comme armes, fait un peu carton-pâte. D’autant que les phases de shoot ressemblent souvent plus à du tir au pigeon qu’à autre chose. On est la plupart du temps accompagné par des amis eux aussi armés qui se postent en ligne attendant des salves de monstres à abattre. Dans d’autres cas l’action devient  plus confuse en nous obligeant à courir un peu partout, le plus souvent en rond, en visant les ennemis qui nous courent après. Tout l’aspect purement vidéoludique du titre est donc plutôt raté. A noter aussi que la difficulté est assez mal dosée, passant d’un mode facile rudimentaire à un mode normal déjà très ardu. Encore une fois Metro 2033 ne fait pas dans le juste milieu.

Sur de bons rails

Mais ne vous y trompez pas, tout n’est pas mauvais dans la production de 4A Games. Certes les défauts précédemment énumérés peuvent grandement nuire à l’expérience mais quelques bonnes idées viennent agrémenter le tout. Prenons par exemple le système de lampe torche qui est une trouvaille ingénieuse des développeurs. A moins que vous soyez nyctalope vous aurez souvent besoin d’allumer votre lampe frontale pour progresser dans les environnements très sombres du jeu. Sauf que contrairement à d’autres, Metro 2033 ne vous offre pas de la lumière à volonté. Il vous faudra très régulièrement sortir une sorte de générateur pour le recharger à l’aide de la gâchette de tir. Vous l’aurez donc compris, pendant le temps que prend la recharge des batteries vous êtes totalement vulnérable. On finit donc vite par devenir parano après une ou deux expériences de combats rendus impossibles par une torche qui tombe en rade en plein milieu de la joute. Une idée qui renforce un peu plus l’immersion dans ce formidable univers.

Autre petite originalité, la façon dont vous sont exposés vos objectifs et la façon d’y parvenir. Comme tous les titres actuels Metro 2033 vous explique très clairement votre mission et même comment vous y rendre à l’aide d’une boussole. Mais point de flèche à l’écran ni de fil d’Ariane ici. Il vous faudra encore une fois utiliser vos deux mains pour prendre un calepin détenant toutes les infos nécessaires et un briquet qui vous servira à éclairer celui-ci si vous êtes (encore) dans la pénombre. Un nouveau plus pour l’immersion qui pourra toutefois sembler pénibles à certains.

Vous finirez aussi par trouver pénible le système de masque à gaz dont le port est obligatoire dans les vastes étendues de la surface. En effet le masque fera partie intégrante du HUB du jeu et aura une durée de vie limitée représentée par une montre que vous portez et qui vous indique à peu près le temps qu’il vous reste avant que vous n’étouffiez. Or les recharges en air sont aussi rares que les munitions, rajoutant la hâte à une exploration déjà très limitée par le level design. Rajoutez à cela que les masques doivent être changés régulièrement car les attaques répétées des monstres feront craquer la vitre rendant la vision complètement chaotique. De même, courir fera naître de la buée au coin de votre champ de vision jusqu’à totalement l’obstruer. Tout est donc fait pour faire de ce monde un endroit où des règles cohérentes se mettent en place. Les idées sont nouvelles, brillantes mais parfois un peu contraignantes.

Graphiquement le titre est aussi entre deux eaux. Les zones de jeu sont splendides avec des jeux de lumière réussis et des textures soignées. Mais les environnements ne se renouvellent pas vraiment et des ralentissements peuvent s’inviter à la fête quand de gros carnages s’amorcent. De même les PNJ souffrent de visages aussi expressifs que celui de Nicole Kidman avec un aspect un peu « poupée de cire » et les animations semblent un peu mécanique. Rien de très grave certes mais voilà des défauts qui n’aident pas à s’attacher à des alliés déjà très impersonnels.

Enfin parlons de l’ambiance sonore. De tous les aspects du jeu voilà probablement celui qui souffle le plus le chaud et le froid. Si la musique est souvent excellente, renforçant l’aspect guerrier ou mélancolique des situations, elle apparait de manière extrêmement ponctuelle et n’enrobe par l’aventure comme on pourrait le souhaiter. Toutefois le travail sur les bruitages est tout bonnement extraordinaire. Des cris stridents que les monstres poussent pour annoncer leur présence au souffle haletant du héros étouffant dans son masque à gaz, on baigne dans une atmosphère sonore immersive comme rarement. C’est bien simple tout est un régal aux oreilles. Pas de fausses notes, pas de bruitages de trop.

Mais comme 4A Games semble avoir refusé toute idée de perfection pour son jeu, le mixage sonore vient grandement ternir la fête. Les doublages sont dans l’ensemble bons, malgré un casting de voix bien guerrières, du moins en Français, et les développeurs ont eu la générosité de nous offrir les versions Russes et Anglaises (entre autres langues). Mais la gestion de l’espace est tout bonnement catastrophique. Lorsque l’on est face à un personnage tout va bien et sa voix porte assez pour qu’on l’entende. Mais au moindre pas de trop ou hochement de tête impromptu le son baisse considérablement et on finit vite par devoir s’en remettre aux sous-titres pour comprendre la conversation. Le mixage est clairement le talon d’achille de quasiment tous les studios de la planète qui n’auront pas réussi à gérer le duo espace-son dans les jeux de cette génération de console, mais rarement le travail effectué dans ce domaine aura paru si misérable.

Terminons en disant que la durée de vie se situe dans la moyenne convenable du genre aujourd’hui avec à peu près une dizaine d’heures de jeu. Aucun à-côté ne rallongera l’expérience et la replay value est nulle malgré les deux fins proposées. Il serait d’ailleurs bien ardu de dire où se situe le moment qui décidera de quelle conclusion vous hériterez.

Metro 2033 est donc un jeu plus que moyen sur bien des points. Plombé par un gameplay vieillot et une linéarité frustrante, le titre pourra toutefois séduire grâce à son univers anxiogène à souhait et son ambiance sonore qui renforce une immersion déjà parfaite. La première progéniture de 4A Games n’est donc pas tout à fait ce qu’on attendait et n’arrive jamais à devenir plus qu’un simple rail-shooter décevant dans un univers apocalyptique. A petit prix, l’aventure peut valoir le coup à condition qu’on sache où on met les pieds.

Les Plus :

- Un univers fascinant

- Une ambiance sonore démente

- Plein de petites idées intéressantes


Les Moins :

-Gameplay dépassé

- Trop linéaire 

- le mixage des voix pitoyable

- Un scénario sans intérêt

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