Spec Ops : The Line sur PC, le test de Bilorec

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Bilorec
8
Bilorec PC

Voyage au bout de l'enfer....

La guerre, toujours la guerre...

En quarante années de jeux vidéos, la guerre a toujours été une intarissable source d’inspiration donnant naissance à des titres couvrant la globalité des conflits et des époques. Ces dernières années ont vu naitre des shooters aseptisés caracolant en tête des charts et éveillant le coté va-t’en guerre des joueurs. Les scénarii passent et se ressemblent tous, l’appel du devoir nous invite à défendre le monde libre contre les complots belliqueux des terroristes. Sous une recette édulcorée à coups de bande sonore Rock’n’roll et de mise en scène hollywoodienne, la guerre transpire un côté ludique malsain.  Une banalisation de la violence guerrière et un manichéisme jusqu’au boutiste, pourrait même nous faire croire que « la guerre, c’est cool »….

Sauf que Spec Ops the Line va insidieusement balayer les préceptes de la morale guerrière, du sens du devoir et de la notion de bien et de mal….bienvenue en enfer !

Un homme assis au bord d’un immeuble en ruine, la bannière étoilée flotte au-dessus d’une ville fantôme et le silence angoissant est déchiré par le « Star Spangled Banner » d’Hendrix….Un écran titre du plus bel effet et qui plonge directement dans l’ambiance.

Le début de Spec Ops the Line peut paraitre ridiculement banal : vous incarnez le Capitaine John Walker, illustre soldat de la Delta Force. Après l’interception d’un message de détresse en provenance de Dubaï, vous êtes mobilisé pour localiser et évacuez l’auteur de celui-ci : le colonel John Konrad, à la tête du 33ème régiment et responsable des opérations d’évacuation de la ville avant que celle-ci ne fut détruite par une catastrophe naturelle.

La scène d'ouverture de Spec Ops the Line pourrait nous faire croire que nous jouons à un énième ersatz de Call of Duty. En effet, menée tambour battant avec des explosions de partout, l'intro est en réalité, un clin d'oeil grinçant et chargé d'ironie à l'égard de ses congénères. Une fois posé le pied sur le sable chaud, ce qui semblait être une simple mission de routine va progressivement s’enliser et plonger votre escouade jusqu’au bout de l’enfer.

La guerre 2.0 : c’est pas beau !

Spec Ops the Line fait voler en éclat l’esthétisme de la guerre moderne. La guerre où les hommes sont remplacés par des drones, la guerre dans laquelle les ennemis sont des signatures thermiques, la guerre dans laquelle les missiles font des frappes chirurgicales, la guerre dans laquelle on contrôle le champ de bataille avec des joysticks, la guerre dans laquelle les recruteurs attirent le futur bidasse avec le dernier Call of.  Spec Ops vous montre la guerre telle qu’elle est loin des écrans de contrôles : sale, glauque, horrible. Les civils sont massacrés, les resquilleurs pendus, les femmes violées, les contestataires exécutés, les têtes volent, les soldats se livrent des luttes internes fratricides….Spec Ops nous montre que la guerre, c’est avant tout les Hommes qui la font, et que l’humain est malheureusement faillible.

Spec Ops dénonce la dépersonnification et la soit disante propreté de la guerre moderne atroce et viscérale qui va marquer le point de non-retour (The Line) que franchiront Walker et son escouade.

 

Au cœur des ténèbres

« La première victime de la guerre, c’est l’innocence », tel était la phrase d’accroche de Platoon, et elle est particulièrement adaptée à Spec Ops the Line. Mais au-delà du film d’Oliver Stone, Spec Ops est une transposition moderne à peine dissimulée de l’œuvre de Joseph Conrad. « Au cœur des ténèbres ». Au fil des quinze chapitres qui constituent le jeu, le trio va s’engager dans un périple qui les éloignera lentement de la civilisation et de l’humanité pour les emmener dans les aspects les plus primitifs et barbares de la condition humaine. Walker est un Charles Marlow viril qui perdra pied à mesure qu’il s’enfoncera dans l’horreur d’un Dubaï post apocalyptique à la recherche de Konrad (Konrad/Conrad), néo Kurtz à la personnalité fascinante et terrifiante.

Enfin, vous serez confronté à des choix moraux et particulièrement douloureux. L’esprit brouillé, ce qui vous semblera être un acte héroïque pourra se révéler être un carnage meurtrier. Privé de discernement face à l’insupportable horreur de la guerre, les décisions que vous aurez à prendre n’auront que deux issues : une mauvaise et une mauvaise. Ainsi, Spec Ops the Line, remet en cause le sens aveugle du devoir : à qui obéir ? qui punir ? qui épargner ? qui fait le bien ? qui fait le mal ? Le manichéisme gerbant est sérieusement mis à mal, ici l’horreur n’est pas négociable, elle s’impose inévitablement.

Si le gameplay peut paraitre semblable à celui d’un TPS Lambda, il distille néanmoins avec brio une ambiance pesante et réaliste. Les gunfights sont oppressants, chaque balle compte, la précision n’est pas une option, c’est une nécessité. Un tir bien placé suffit à mettre un ennemi au tapis et un QTE déclenchera une exécution extrêmement brutale et réaliste. Dans cette arène de sable et de sang, les soldats hurlent leurs ordres, les insultes fusent pour exulter la rage, et les troupes sont exhortées par les commentaires radiophoniques d’un animateur notoire qui semble avoir perdu toute raison.

Welcome to Dubaï

Enfin, comment parler de Spec Ops sans parler de Dubai. La ville dorée, opulente, vaniteuse est l’écrin idéal pour ce voyage au bout de l’enfer. Contrairement à ses congénères, Spec Ops The Line résiste à la tentation d’envoyer valser le décor dans un déluge d’explosions, où les buildings titanesques auraient pu s’effondrer dans un fracas de verres et de métal. Non, la mégalopole meurtrie par des tempêtes de sables et des guerres civiles garde pourtant un incroyable esthétisme. La lumière du soleil couchant sur le sable, les cimes des tours scintillantes sous le soleil et l’océan de sable s’étendant à perte de vue forment un écrin de toute beauté.

Le choix de Dubaï n’est pas anodin et chargé de symbolisme. Vitrines de l’orgueil des Hommes, les tours qui jadis se hissaient au plus près des cieux sont désormais des tombeaux ensablés. Comment ne pas y voir une référence aux mythes Babyloniens : la désobéissance des Hommes dans leur quête pour devenir l’égal des Dieux qui provoquent la colère de ceux-ci. Point d’orgue de ce sanctuaire à ciel ouvert, la Burj Khalifa, est une tour de Babel qui se révèlera être le purgatoire de Walker et donnera un vrai visage à son ennemi.

 

En conclusion : Malgré quelques maladresses et un gameplay peu original, Spec Ops the Line est aussi dérangeant qu’indispensable. Le titre de 2K s’inspire habilement d’œuvres littéraires et cinématographiques majeures pour livrer un récit viscéral et violent sur l’horreur de la guerre et la perte de soi. Débanalisant la violence et confrontant le joueur à des choix privés de tout manichéisme, le titre de 2K est un féroce (et trop rare)  pied de nez aux jeux d’actions joyeusement va-t’en guerre à l’esthétique lissée….

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