Okami sur PlayStation 2, le test de DarkZem13

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DarkZem13
10
DarkZem13 PS2

Un chef-d'oeuvre artistique et ludique

Après deux épisodes de Viewtiful Joe particulièrement réussis, et avant de mettre la clef sous la porte, le studio Clover nous gratifie d’un magnifique jeu, comme certaines consoles en fin de vie ont tendance à donner avant de rendre l’âme. Bienvenue dans un monde enchanteur, poétique, onirique, coloré, calligraphié, sentant bon la nature et l’encre de Chine. 

 L’épée Tsukuyomi, qui avait permis un siècle auparavant au valeureux guerrier Nagi, et à Shiranui le loup divin, d’emprisonner le maléfique dragon à huit têtes Orochi grâce à un sortilège, vient d’être délogée de son socle par un mystérieux inconnu. Le monde de Nippon (un Japon mythique) se retrouve ainsi menacé par les ténèbres, et la mère des dieux, Amaterasu, s’éveille et prend la forme d’un loup blanc pour rétablir l’équilibre naturel. Sa tâche consistera à refleurir les forêts et à redonner vie partout où la nature est menacée, grâce à l’assistance des treize pouvoirs divins que ses fidèles collègues lui attribueront tout au long de l’aventure. Accompagnées du fidèle Issun, sorte de lilliputien et artiste itinérant, souvent agaçant mais toujours attachant, la déesse part à la découverte du monde coloré de Nippon, vibrant hommage à l’art et à la mythologie du Japon.

Si Level-5 avait su avec Dragon Quest : L’odyssée du roi maudit donner l’impression d’évoluer dans un dessin animé, Clover, avec au moins autant de maîtrise de la technique du cell-shading, réussit le pari d’immerger le joueur en plein cœur d’une estampe vivante, en lui donnant de plus la possibilité d’y participer activement. En effet, les dits pouvoirs célestes que Amaterasu collecte au long de sa quête, consistent par exemple à faire se lever le jour ou faire naitre l’obscurité, à l’aide de dessins que le joueur exécute grâce au stick analogique droit, après avoir figé l’action grâce au bouton R1. Une feuille apparait alors, et c’est à vous de jouer. Un simple cercle dans le ciel, et le soleil se lève. Un petit croissant, et c’est la lune qui prend le relais. Le joueur est ici pour modifier le paysage là où le besoin s’en ressent. Et pour ne rien gâcher, le chara design est très réussi, avec des personnages sympathiques, attachants et superbement représentés.

Avec un univers riche, coloré, dessiné au pinceau, où fourmillent moult détails, tels le vent qui soulève les feuilles, les animaux que vous devrez nourrir pour gagner des points d’expérience utiles à l’acquisition d’attributs plus solides, et une musique traditionnelle faisant du bien à nos cages à miel, Okami réussit le même pari qu’un Shadow of the Colossus usant de paysages désertiques, et où le vent, le bruit des sabots de votre monture et les cris des corbeaux sont les seuls à troubler le silence : plonger le joueur corps et âme dans l’aventure et l’exploration d’un monde vaste, à la recherche des zones troublées par les ténèbres. Le tempo des symphonies est parfaitement adapté aux situations et à la thématique du jeu, et nul doute que le joueur ayant apprécié le soft se ruera sur son OST. Car elle est là, la réussite de Clover : avoir réalisé un jeu qui se veut une œuvre avant tout, et qui permet de rapprocher le jeu vidéo d’un art à part entière. En ayant choisi une technique graphique et une musique en totale adéquation avec l’univers et le scénario. Seul point discutable sur le plan sonore: les voix des personnages. Clover a opté pour le choix d’onomatopées plutôt que pour celui du japonais, ce qui a tendance à rendre certains longs dialogues assez pénibles. Et votre fidèle Issun ne sera pas le dernier à être difficile à supporter sur ce plan-là.

Okami se veut un jeu d’aventure à la Zelda. Vous vous déplacerez à quatre pattes dans le très diversifié et dépaysant Nippon, vous visiterez des donjons parsemés d’énigmes (assez simples, il faut bien l’avouer) et vous aurez affaire à quelques démons, évitables pour la plupart. Cependant, il est fortement recommandé de les combattre dans le but de glaner argent et objets. Dès que Amaterasu entre en contact avec l’un d’eux, les protagonistes se retrouvent dans une zone close. Vous aurez à votre disposition des coups de gueule et d’épées, et certains pouvoirs, comme la possibilité de mitrailler l’ennemi en représentant plusieurs points, ou celle de les découper à l’aide d’un trait horizontal soigneusement dessiné. Même si les affrontements restent assez faciles, les ennemis se veulent de plus en plus élaborés, et il vous faudra trouver leur point faible, cette remarque étant d’autant plus vraie pour les boss qui rappelleront à certains le jeu de Miyamoto. Des moments d’action bienvenus et bien pensés qui imprègnent du rythme à l’aventure.

Comme dit plus haut, l’évolution se fait en nourrissant les animaux que vous croiserez au cours de vos pérégrinations. Vous gagnerez ainsi des points qui vous permettront d’améliorer votre jauge de vie ou d’augmenter vos réserves d’encre. Un système à la Onimusha, en quelque sorte. L’argent glané au cours des combats vous servira à acheter objets de ravitaillement et autres armes chez le marchand du coin, et techniques de combat chez le maître en arts martiaux. Les trésors et les perles que vous trouverez en creusant par-ci, ou en ouvrant un coffre par-là, pourront être revendus et vous apporter des bonus. Et ils sont nombreux à trouver, comme le nombre de mini-jeux qui parsèment une aventure qui vous tiendra en haleine au moins 30 heures.

La prise en main est intuitive, que ce soit dans les phases de dessin ou dans celles d’exploration ou de combat. La caméra peut se révéler capricieuse à certains moments, mais le plaisir de jeu n’en est pas pour autant gâché.

A la suite des titres de Fumito Ueda, Clover offre une nouvelle perle à la vieille PS2 avec Okami. Avec un gameplay novateur, une esthétique à couper le souffle et une direction artistique cohérente qui assume ses inspirations et ses choix, ce jeu d’aventure prenant place dans un Japon mythique vous plongera dans une expérience unique, vous permettant de côtoyer divinités, nature et calligraphie. S’il n’est certes pas parfait, comme l’attestent quelques soucis de caméra, ou encore sa trop grande facilité, Okami se veut une œuvre majeure et aboutie qui rapproche un peu plus le jeu vidéo de la place qu’il mérite aux côtés des autres arts.

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