Kane & Lynch 2 : Dog Days sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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6
BlackLabel PS3

L'esthétique du crime

J'aurais bien mis 4 étoiles, mais la seconde partie du jeu annule pratiquement toute la force du titre. En tout cas en jouant à la démo à l'époque (disparue depuis du PSN), je n'aurais pas investi d'argent dedans, même pour 5 dollars. IA naze, gunfights mous du genou, graphismes moches, 4 heures de durée de vie. Mais l'intérêt d'un modérateur amoureux comme moi des TPS m'a insidieusement fait prendre le risque. J'ai remarqué aussi que Gameblog en général, et Fumble en particulier, sont les seuls du Net à avoir saisi les qualités du jeu, les autres sites se contentant de le basher comme un malpropre. Eh ouais, si t'es pas un insipide titre AAA automatisé, on ne veut pas de toi ! 

Dog Days est un jeu jusqu'au boutiste dans sa première partie. TPS pur et dur sans grenades ni bazooka, une démo ne pouvait pas réellement donner une idée du titre. TPS mou du genou ? En fait TPS très réaliste. Notre personnage court à une vitesse humaine, donc plutôt lente, les ennemis abattus tombent bêtement sur place et non grâce à un superbe ragdoll très stylisé. Visée imprécise ? Pareil, plus l'ennemi est loin, moins il sera simple de le headshoter (quel affreux néologisme...). Jeu moche ? Carrément pas, je n'ai en fait jamais vu je crois un jeu qui semble si réel, si vrai. IA naze ? Là il faut avouer que c'est un peu vrai, mais pas plus que dans les autres jeux du genre, en dehors d'Uncharted. 4 heures de durée de vie ? Également vrai, 4 heures bien remplies, mais qui ne valaient clairement pas l'investissement au jour de la sortie du jeu.

Pour vite en finir avec les défauts de la réalisation, les points les plus gênants sont :
- Une absence de moteur physique (mais c'est loin d'être le seul sur PS360) qui fait que certains décors rigides font un peu tache. Quand on croise un chariot à roulettes et qu'il ne roule pas, moi ça m'agace. Seulement, contrairement à un Mass Effect 2, Dog Days ne se cache pas, il ne planque pas tous ses éléments de décors sur les bords, donc on a quand même des décors joliment composés, et pas des couloirs de jeu vidéo.
- La bouche des personnages ne bougent pas quand ils parlent in-game. On n'y fait pas forcément attention, mais dès qu'on le voit ça fait con.
- Des personnages dont la peau semble en plastique dans un passage du jeu assez dramatique.
- Un découpage par chapitres clos par un chargement qui brise la continuité. On peut rajouter aussi un scénario par forcément très crédible, bien que très au-dessus de la moyenne dans le jeu vidéo.

Quand je commence le titre, tout ce qui me semblait naze dans la démo prend une toute autre dimension. On ne joue plus l'infatigable Nathan Drake qui saute à trois mètres de hauteur juste à la force des bras. On joue un vrai gars, quarante ans, pas beau, le bide qui commence à flancher, des poignées d'amour disgracieuses et, même si criminel, humain. Et ce gars-là court à une vitesse moyenne (même si on peut lui faire courir un marathon, ça reste du jeu vidéo après tout). Le filtre dégueulasse sur l'écran qui simule l'oeil d'une caméra est une formidable trouvaille. Cache-misère ? Probablement, mais ça donne aussi et surtout un réalisme incomparable à peu de frais. Les recoins sordides de Shanghaï paraissent réellement sordides. Les PNJs qu'on croise semble réellement être des passants, contrairement à ceux de GTA4 que je prend plaisir à écrabouiller. Les cinématiques sont courtes, comme filmant les personnages sur le vif, ce qui épaissit encore plus l'ambiance. Le reste est raconté in-game. On a l'impression de jouer à un film. Pas de subir un film genre Heavy Rain, ou Uncharted dans certains passages. Y jouer. Y être.

Les décors sont destructibles, ainsi on aura parfois de drôles de surprises ! Certains abris sont solides, d'autres volent en éclats. Ça rattrape de beaucoup l'absence de moteur physique. Nos personnages peuvent lourdement tomber en prenant une balle, ce qui participe au réalisme du titre. Le jeu, alors qu'il ne propose rien de plus que les autres TPS, est hyper-violent grâce à son filtre qui ternit les couleurs, rend les couleurs baveuses et dégueulasses, se couvre de gouttes de pluie ou de sang. Autre idée terrible ; les headshots sont masqués par des pixels, comme censurés. C'est tout con, et ça rend le jeu bien plus violent que n'importe quel gros plan de God of War 3 sur des faces écrabouillées et sanguinolentes, car ça suggère l'horreur au lieu de la montrer. Et cette violence n'est pas gratuite, cette atmosphère poisseuse non plus ; c'est le monde du crime, morbide, lugubre, sordide, lâche, mesquin et minable, celui qu'on ne voit presque pas dans les films, mais qui est palpable dans les témoignages d'anciens gangsters. Un monde dégueulasse, fait de petites combines et d'ateliers clandestins.

J'ai cru à fond à la première partie du jeu qui commence sur une course-poursuite. Kane et Lynch prépare un coup qui tourne mal. L'un abat une fille sans importance... qui se révèle être en fait la fille d'un homme corrompu du gouvernement. Autant dire qu'il a les moyens de se venger. À partir de là, qu'arrive-t-il ? Facile, les méchants s'en prennent d'abord aux proches, donc à la copine de Kane (ou Lynch, j'ai tendance à confondre les noms). Cette copine, on ne sait pas à quoi elle ressemble, on ne le verra que de loin, et pourtant elle m'a fait oublier le jeu. Au moment où il s'agit de la sauver, j'en oublie presque mes vieux réflexes de joueur. Je me dépêche alors qu'il n'y a aucun compte à rebours, je ne pense pas à fouiller les niveaux pour ramasser des munitions. Je cours, et les plaintes de notre héros in-game rajoutent au sentiment d'urgence.

Lors de la deuxième partie du jeu, la pression retombe, d'abord scénaristiquement, mais également au niveau du gameplay. Le jeu se transforme en TPS action-shooter qui reste sympa, mais sans surprise. Nos héros redeviennent des héros de jeu vidéo, des G.I. Joe qui vont tuer toute la pègre de Shanghaï, tous ses flics, son SWAT, ses militaires et même des hélicos. Dog Days flirte alors avec Uncharted 2, à sa manière. J'ai trouvé le jeu agréable jusqu'au bout, mais mon implication est redevenue celle d'un simple joueur sans aucun investissement émotionnel. Dog Days est alors un jeu vidéo comme on les connaît, après m'avoir fait découvrir comment ils devraient être. Cette première partie !

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