Assassin's Creed : Brotherhood sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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On rallonge la sauce

J'ai découvert la licence avec le 2 (toujours pas joué au 1 actuellement), et donc mon test, même si prioritairement axé sur Brotherhood, aura tendance à développer des aspects qui concernent le précédent épisode également. J'ai lu ici et là que Brotherhood était plus abouti que le 2. Personnellement je ne le pense pas, j'ai plutôt eu l'impression qu'Ubisoft avait étiré la sauce et compliqué un peu pour rien le gameplay pour gonfler contenu et durée de vie. Brotherhood n'est pas le 2 en moins bien pour autant, mais a plutôt la figure d'un énorme DLC paresseux.

Tous les chemins mènent à Rome

Lorsque j'ai découvert le 2, j'ai beaucoup apprécié découvrir les villes de la Renaissance. Je n'ai pas retrouvé ce sentiment dans Brotherhood avec la ville de Rome. D'abord parce que les décors sont génériques, et en grande partie issus du 2, mis à part les monuments. Pareil pour les éléments du level-design. Normal, pourrait-on se dire, ça date de la même période. Pourtant, dans les jeux Rockstar, on a toujours envie de découvrir les territoires encore interdits car tout semble unique, avec un souci profond du détail. C'était moins le cas dans Assassin's Creed 2. Certes, il y a des quartiers qui diffèrent des autres, et certains PNJs qu'on ne trouve qu'à certains endroits précis, des paysans qui labourent les champs, etc. Mais il y avait aussi beaucoup de redite, les passants qui sont pratiquement tous les mêmes d'un quartier à un autre, impression atténuée par le fait que les villes étant différentes, elles semblaient grouiller de vie différemment également. Dans le 2, ça passait bien, ça fonctionnait,. Dans Brotherhood, ça ne prend plus pour moi. J'ai eu beaucoup plus l'impression d'une ville de jeu vidéo., de quelque chose de plus artificiel.

Le moteur graphique a vieilli, le sentiment de découverte est enrayé par des décors qu'on connait déjà, même si la ville est différente. C'est un jugement plus personnel, mais Rome me semble largement moins charmante à parcourir, moins belle que les villes du 2. La ville n'est pas très grande, la campagne plutôt fade, et les ruines également. Les tanières de Romulus, une quête secondaire, n'en imposent pas vraiment contrairement aux basiliques du 2. J'ai tout de même trouvé les cinématiques plus réussies que dans le 2, au départ. Les visages sont mieux modélisés, plus expressifs, et les textures plus fines. En contrepartie, on remarque souvent des PNJs qui disparaissent devant nos yeux, des simples passants qui grimpent aux échafaudages (?!).

Sur le plan graphique, donc, Brotherhood est pour moi moins abouti que le 2. La meilleure modélisation des personnages lors des cinématiques se payent par des bugs, et la direction artistique n'en impose pas autant que celle de l'épisode précédent.

Un gameplay compliqué pour rien

Le système économique

Dans AC2, on gagnait une partie de notre argent en rénovant notre villa et le village derrière les remparts. En gros on ramassait, en quelque sorte, les impôts, qui augmentaient à mesure de nos investissements. L'idée était plutôt sympa, mais contraignante d'une part, car pour ramasser notre pécule, il fallait revenir à la villa, et également une solution de facilité car rapidement on croulait sous les florins.

Dans Brotherhood, c'est beaucoup moins bien fait. En somme, là aussi il s'agit de rénover. On passe son temps à libérer les différents quartiers de l'influence des Borgia pour ensuite pour ouvrir des boutiques sur lesquelles on touchera un pourcentage toutes les 20 minutes. Alors s'attaquer à une tour Borgia, c'est plutôt sympa, mais passer ensuite 10 minutes à faire le tour des magasins à ouvrir, des écuries dont on n'aura jamais besoin (il suffit de siffler pour avoir un cheval), des passages à égoûts qui servent de raccourci, c'est très vite répétitif. Alors oui, ça gonfle considérablement la durée de vie, mais il faut voir de quelle manière... On passe plus de temps à ouvrir des boutiques qu'à attaquer la tour Borgia... Super... De plus, l'argent étant disponible partout à travers un réseau de banque, on croule encore plus vite sous les florins que dans le 2. Avec, on pourra acquérir des monuments historiques, ce qui ne sert absolument à rien si ce n'est à débloquer un trophée.

Dommage, car on touche déjà de l'argent grâce aux missions, et en plus on peut facilement récupérer des objets sur les cadavres des gardes, comme des remèdes et des carreaux d'arbalètes. Malheureusement tout cet aspect de fouille des victimes est très vite expédié aux oubliettes, car c'est une perte de temps.

Rallongeons encore un peu la sauce

Au niveau du gonflage de durée de vie, on retrouve les trésors à chercher, qui la plupart du temps sont disséminés à des endroits complètement idiots voire farfelus. Certains sont bien en évidence, mais personne avant nous ne les a vus... Il reste également les quêtes des plumes et des drapeaux, que personnellement je ne prend pas la peine de faire. Brotherhood ajoute des ingrédients. On va pouvoir ouvrir des bâtiments de factions pour y loger des prostituées, des mercenaires ou des voleurs. Dans le 2, ce système était sympa, même si son utilisation devenait vite systématique, la solution de facilité. Dans Brotherhood je n'ai jamais eu besoin d'y avoir recours.

On étouffe aussi très vite sous des missions secondaires. Les prostituées et les voleurs, en plus de leurs missions, ont chacun une liste d'objectifs à nous faire remplir, comme de tuer dix gardes dans le dos. Certains magasins ont des quêtes marchandes, il faudra retrouver un certain nombre d'objets, soit par les coffres aux trésors soit en volant certains passants (voire en fouillant leur cadavre), il y a un programme d'entraînement virtuel avec médailles d'or à la clé. Très rapidement, on ne sait plus où donner de la tête. Par rapport à la trame principale, il y a beaucoup trop d'objectifs secondaires, de sous-missions comportant des sous-objectifs, en plus des magasins à rénover, des tanières de Romulus à parcourir, des machines de guerre de Léonard de Vinci à détruire. Et dans le lot surtout, beaucoup de remplissage, de missions répétitives.

On va aussi pouvoir recruter des apprentis assassins, et les former en les envoyant remplir des contrats à travers toute l'Europe. Il faut en somme s'occuper d'eux environ toutes les dix minutes pour les envoyer vers de nouveaux contrats, ce qui les fait monter de niveaux. De base, les gérer est plutôt un inconvénient, car ça nous rend moins libre de nos mouvements. C'est une formalité répétitive et assommante à la longue. Encore une fois, mis à part pour synchroniser à 100% une mission, je n'ai jamais eu besoin d'eux. Je n'y pensais même jamais.

Hitman pour les Nuls

Au fond, la proposition initiale d'Assassin's Creed, c'est un Hitman pour les Nuls. Tu n''as aucune patience pour observer les tours de garde ? Tu n'es pas du genre à assommer tes ennemis, tu préfères tous les tuer ? Mais tu aimes quand même l'idée d'infiltration et de meurtres discrets ? Voilà Assassins Creed. Rien à redire à cela, la formule grand public me semble tout à fait légitime. Dans AC 2 et Brotherhood, le mélange de plateforme automatisée et d'infiltration fastoche fonctionnent plutôt bien lors des longues missions. Lors de certains passages de plateforme, c'est moins notre skill que notre sens de l'observation qui va nous aider à progresser, et c'est plutôt sympa, beaucoup mieux fichu d'ailleurs que dans Uncharted et son Die and Retry. Pareil pour l'infiltration ; lorsqu'il faut suivre un personnage ou aller d'un point A à un point B sans se faire répérer, même s'il n'y a rien d'insurmontable, c'est très sympa à jouer.

C'est moins vrai malheureusement pour les objectifs à court terme, qui sont malheureusement très nombreux. Les assassinats des missions secondaires, les missions principales décomposées en plusieurs objectifs qui nous laissent libre de nos mouvements et brisent ainsi la continuité, ont souvent l'air de formalité à remplir. Ça se joue trop vite, on les fait à la chaîne. Les tours Borgia au début sont sympas. En gros, il faut tuer le chef des gardes, et ensuite grimper la tour pour l'incendier. Mais tout se fait très vite, en une ou deux minutes. Les rares cas où la cible cherche à fuir (2 cas seulement), on revient la fois suivante avec du gaz fumigène, et c'est réglé. Ainsi, sur les 3/4 du jeu, entre missions de voleurs, de templiers, d'assassins à recruter (et la liste est longue), j'ai moins le sentiment de jouer que de compléter des objectifs pour cocher une liste imaginaire "Bon, ça, c'est fait !".

Encore une fois, j'ai trouvé le 2 plus abouti, beaucoup plus, et plus équilibré. Moins d'objectifs secondaires, le gameplay pas compliqué pour rien, et le sentiment de découvrir le jeu peu à peu, au lieu d'être écrasé par une avalanche de propositions peu alléchantes.

Da Vinci Code du pauvre ?

On arrive au gros point noir d'Assassin's Creed (et pas seulement Brotherhood), son scénario. Personnellement je le trouve complètement idiot, un immense gâchis. Pour moi, Ubisoft est clairement passé à côté de son jeu. Avec un brin de bon sens et d'ambitions, Assassin's Creed aurait pu être une oeuvre d'art, et je pèse mes mots. En nous faisant incarner un assassin lambda, le scénario aurait pu, grâce à un vrai travail de recherche, faire revivre les intrigues et les moeurs de ces époques révolues, en somme faire oeuvre d'historien à travers le jeu vidéo. À la place, Ubisoft nous pond un affreux roman de gare pseudo-historique et pseudo-ésotérique, même pas digne d'un cheap Da Vinci Code, et encore moins d'un Alexandre Dumas. On ressort du placard les Templiers, toujours très à la mode. On fait défiler bêtement tous les VIPs de l'époque, de Machiavel à Léonard de Vinci, on tombe dans la caricature (les Borgia n'étaient pas les pires monstres de l'époque, seulement les plus brillants). Les méchants sont très méchants, en plus d'être des lâches qui kidnappent les femmes. Les gentils sont très gentils.

À leur tête, Ezio, l'homme parfait. Drôle, charmant, viril, courageux, séduisant, infatigable, il se permet également de donner des leçons de morale à ses victimes froidement abattues dans de très vilaines scènes où, malgré les gardes autour de lui pour lui casser la gueule, il prend toujours 2 minutes pour leur sortir un dicton et les derniers sacrements. "On finit toujours par payer pour une vie de plaisir qu'on ne mérite pas. Requiem Patché Verbatim Amen"... In-su-ppor-table.

Le pire est le mélange avec la science-fiction. Car nous ne jouons pas Ezio, nous jouons son descendant Desmond qui, grâce à une machine à remonter dans le temps, incarne son ancêtre dans une sorte de Matrice, l'Animus. Une très vilaine idée également car lorsqu'on joue à la Renaissance, on voit régulièrement les structures virtuelles de l'Animus. Les changements de plans lors des cinématiques se font via des zips blancs du plus mauvais effet. En gros, et c'était déjà le cas dans AC 2 (et le 1, j'imagine), tout le trip Renaissance est saboté par cette idée. Le jeu ne cesse de nous répéter à sa manière "Tu crois jouer à un jeu sur la Renaissance mais en fait non, lol". Pour briser l'immersion, on n'a jamais inventé mieux, je crois.

Ces passages dans le futur (ou notre présent) sont particulièrnent embarrassants dans Brotherhood. Il faut voir Desmond face à la statue de son ancêtre Altaïr sortir un "Ouech z'y vas, c'est à moi que tu parles ?" pour croire qu'on touche le fond. En fait, ce fond est double... Desmond et ses compagnons, pour accéder à l'Animus, doivent trouver un endroit où se cacher. Ils se rendent donc à la villa d'Ezio. Super idée, personne ne penserait à aller les chercher là... Le village, bien qu'il y ait des voitures partout, est inhabité... Mais là où on touche au génie de la stupidité scénaristique, c'est ensuite. Ezio découvre une crypte secrète, endroit parfait pour se cacher. Sauf qu'il n'y a pas d'électricité. Alors, que font les personnages ? Ils installent des groupes électrogènes bien en évidence à l'extérieur de la villa, et relient le tout jusqu'à la crypte secrète grâce à d'énormes fils électriques rouges en plus de rampes d'accès sur les escaliers permettant de descendre leur matériel. En somme, pour être clair, il indique le chemin de la cache secrète... ... ... Fainéantise ? Cynisme de scénaristes qui se disent : "Les joueurs ne le verront même pas" ? Ou stupidité abyssale ? Moi j'ai mon idée sur la réponse.

Au vu du résultat sur Brotherhood, un jeu sympa à faire, sur lequel j'ai passé un temps agréable même si pas passionnant, j'ai de sérieuses craintes concernant sa suite, Révélations. Ubisoft est en train d'étirer sa série et de la remplir de fausses nouveautés. Brotherhood n'est pas l'épisode de trop. Un épisode de trop, c'est un épisode d'une série bien installée qui ne parvient plus à faire avancer la licence, mais qui essaye. Brotherhood lui n'a même pas essayé d'aller de l'avant, il stagne consciemment, coupant les cheveux de son gameplay en quatre pour gonfler artificiellemment la formule du 2. En somme, c'est un jeu inutile sur bien des aspects, mais un passe-temps tout à fait décent en attendant un vrai jeu, L.A. Noire, qu'il permettra d'ailleurs de payer en partie. Mais là on dérive vers ma  vie privée certes passionnante, mais hors-sujet.

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