Silent Hill 2 sur PlayStation 2, le test de Atred

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Atred
9
Atred PS2

L’étrange comédie

Note : Il n’y a aucun spoiler dans le test, le débrief entre initiés se fait sur le blog.

Constat du décès

Autant le dire tout de suite, ça faisait longtemps qu’un jeu ne m’avait pas procuré autant de plaisir. Il faut qu’on se comprenne. Récemment j’ai fait beaucoup de jeux current gen. J’en ai fait trop peut être. Je les enchaine. Je les tue et je les range. J’allume la console, je regarde le jeu tourner je me dis : ouais ça c’est cool, ça pas trop. Je note (mentalement) des trucs du genre : là y a des bugs, là y a du tearing, là l’intelligence artificielle est foireuse. Une machine. Je finis l’histoire, je pense : oui c’est cool ou non ce n’est pas cool ou bof. Et puis voila je ne ressens rien de particulier. Parfois il y a un petit sursaut d’enthousiasme: Ah ouais, ce niveau est cool, ou, cette phase est bien, ou encore, la direction artistique est pas mal mais en général j’ai l’impression de les manger comme des putains de nouilles chinoises instantanées. T’as beau mettre ce que tu veux dessus ou autour, ça reste le même putain de produit pas top.

En y repensant, je me dis qu’au final j’ai surtout rushé les jeux et je n’ai pas trop cherché autour (mais d’un autre coté, si je fais ça c’est que le jeu n’a pas réussi à me faire faire autre chose). Le pire c’est que je les ai plutôt apprécié ces jeux, mais bon, c’était un peu comme regarder une série tv de moyenne qualité. Tu ressens rien de particulier, mais ça se laisse regarder alors tu vas au bout…

On touche au corps

C’est donc avec cette mentalité toute pourrie que je suis arrivé sur SH2. Ça faisait un moment qu’on en parlait dans le 47, on avait fait le premier l’année passée et logiquement, on se devait de faire la suite. Je me suis dis : Ok, le jeu ne doit pas être trop long, entre deux grosses productions, ça va être cool de prendre l’air. Du coup, j’ai baissé les volets, j ai mis très peu de lumière, le son assez fort, j’ai pris une bière dans le frigo, allumé le monolithe noir, foutu la galette dedans et me suis callé sur mon canapé, bien loin de me douter de ce qui allait me tomber sur le coin de la gueule.

Pour être tout à fait honnête, le truc qui m’a fait le plus peur dans Silent Hill premier du nom (ouais j’utilise une technique narrative dite du Flashback-arrière-retourné dans les pensées du héros tres utilisé dans les Naruto pour allonger la sauce) c’est la musique de Yamaoka qui, rien que d’y penser là (oui là en écrivant ces mots), me glace encore le sang. Putain, à chaque fois que je lançais le CD, je redoutais ces quelques notes de mandoline qui mettent super mal à l’aise. Puis, une fois en jeu, le brouillard, couplé à l’ambiance sonore tonitruante, te plongeait avec merveille dans une ambiance macabre et dégueulasse. Le jeu ne m’avait pas spécialement fait flipper dans l’ensemble. L’immersion était bonne mais amoindrie par l’aspect graphique carrément à la ramasse et le scenario un peu incompréhensible. Bref une bonne expérience mais pas de quoi me faire trembler plus que ça, une petite ballade dans un monde cauchemardesque mais tout de même sympathique.

Imaginons un peu la scène, assis sur mon canapé et je me fous un peu de ce qui se passe sur l’écran trop occupé à lire mes textos et boire ma bière, ma copine est à coté et fait je ne sais pas quoi sur son ordi portable, bref, je ne suis pas à fond, je suis en mode éclatage de jeu.

Cinq minutes plus tard je disais à ma copine de faire moins de bruit. Au bout du premier quart d’heure, je me chiais dessus en entrant dans la ville. Trente minutes après mon début de partie, j’étais dans le premier block d’appartements et je prenais une putain de respiration avant d’ouvrir chaque saloperie de porte parce que je redoutais ce qu’il y avait potentiellement derrière. Bordel. C’est là que j’ai réalisé que pour la première fois depuis un moment, j’étais en train de jouer. De vraiment jouer à un jeu vidéo.

J’étais pas juste assis là pour casser la gueule à un disque qui était sur mon étagère à prendre la poussière. La ville m’avait happé dans ses entrailles sombres et tant que je ne l’aurais pas exploré de fond en comble, je ne pourrais pas en sortir. Bref, j’étais en train de prendre du plaisir pas seulement en finissant le jeu mais tout simplement en y jouant.

Examen post mortem

Cela me permet une analyse vite faite. La puissance de Silent Hill, ce n’est pas le scénario qui est trop abstrait pour pouvoir être suivi, compris et apprécié dans la première session de jeu même si l’histoire est plaisante. Ce n’est pas non plus le gameplay qui est plutôt primitif, instinctif et basique. Ce n’est pas non plus les personnages qui sont, si on les prend un par un dans un autre contexte tout à fait normaux bien que fouillés et charismatiques. Ce n’est pas les monstres qui sont limités et ne te mettent pas vraiment en danger, malgré leur design malsain au possible. Ce n’est pas le brouillard non plus qui est juste là en grosse partie pour limiter le clipping et cacher les limites techniques du jeu. (Vous avez vu, j’ai voulu dire du mal et je n’ai même pas pu le faire bien).

La puissance de Silent hill 2 c’est de mettre tout ça en route, en même temps, de manière équilibrée et cohérente, un équilibre improbable et infiniment difficile à trouver pour que ça ne tourne pas au ridicule d’un coté ou au gore sans intérêt de l’autre.

La puissance de Silent Hill 2 (je me répète je sais mais c’est pour bien insister), c’est de mettre en place un lieu super sympathique (sérieusement, une petite ville de montagne avec un lac et un parc d’attractions, me dites pas que ça fait pas envie quand même), d’y mettre ce con de brouillard, pour plomber l’ambiance et s’y sentir perdu avec pour seul indicateur de survie un grésillement malsain (et à la fois réconfortant), de te faire rencontrer des gens qui n’ont pas l’air de s’inquiéter de leur situation (limite heureux d’être là et souriants), de mettre des monstres qui plutôt que d’être belliqueux parfois, s’arrêtent, comme si ils te regardaient, un peu comme si le monstre c’était toi, et qui reprennent des codes érotiques sous-jacent des fantasmes masculins pour les transformer en machines à tuer ambigües.

Le gameplay quant à lui, même si il est perfectible sert parfaitement le propos, tu attaques, ou tu fuis c’est tout, ce qui renforce le coté « je suis juste un humain comme les autres pas un super héros ». A ça tu ajoutes des bruits réalistes et glauques et un grand méchant qui viole des monstres avant d’essayer de te couper en deux avec une épée rouillée de deux mètres.

Voila, t’as gagné, tu lâches une goutte de sueur à chaque fois que tu vas devoir ouvrir une nouvelle porte ou que tu croises un autre être humain. Tu te demandes ce qui se passe quand tu entends un bruit, tu n’as pas envie de progresser mais malheureusement tu sais au fond de toi que ton salut passera par une chose, finir ce cauchemar. Parce que c’est mort une fois que tu as commencé le jeu, si tu l’arrêtes avant la fin, au fond de ton cerveau, il y aura toujours une partie de toi, bloquée dans Silent Hill à attendre de pouvoir en sortir. C’est ça la puissance de Silent Hill et c’est là où tu te rends compte aussi que le seul lien entre les jeux c’est la ville, que cette ville est le plus important acteur du jeu. C’est très dur et très rare d’arriver à mettre en place ce genre d’ambiance et à ma connaissance, à ce niveau, inégalé (Alan Wake peut prétendre à la seconde place peut être). Si on compare à Resident Evil où franchement tu mets des zombies partout dans le monde et ça marche, là, si tu n’es pas à Silent Hill mais que tu te sers du même setting, ça ne marche pas.

Funérailles

La dernière fois que j’hésitais à lancer ma console c’était Resident Evil (le premier) et je devais avoir 15 ans (peut être même moins)… putain quoi j’en ai bientôt trente et ce n’est pas un jeu qui va me faire flipper !

Hein, quoi ? Il pleut dehors ? Ah. Et il fait nuit aussi.

Comment chérie ? Si j veux continuer SH2 ? Ce soir? Attends, je réfléchis, j’ai les impôts à remplir, je jouerais peut être après…

Je les ai déjà remplis ? Ah oui c’est vrai…

Et sinon toi ? Tu ne veux pas regarder la TV ? Y a Grey’s Anatomy ce soir.

Tu les as déjà vus ? Ah bon, ben j’vais peut-être regarder un film.

Il n’y a rien ? T’es sur ? Patrick Sébastien ? Ah oui quand même... ben heu...

Tu dis quoi? Je baltringuerai pas un peu pour ne pas jouer à Silent Hill le soir dans le noir par temps orageux ?? Non mais attends tu rigoles la, j suis pas une putain gonzesse !! Ben voila t’as gagné, je joue à SH2 ce soir voilà !! Bon, j’vais prendre une douche avant quand même… et faut que je me brosse les dents… ha j’ai oublié d’appeler la grand mère…

Tu finis par mettre la galette en route et tu disparais pendant une bonne heure. Puis, tu souffres tellement nerveusement que t’arrêtes et bordel, t’es fatigué, comme si tu avais couru un marathon, comme après un sacré cauchemar…

 

Auteur: L'Ours

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