Mass Effect 2 sur Xbox 360, le test de GordonLeMuet

Publiez votre test
Signaler
GordonLeMuet
10
GordonLeMuet X360

Mass Effect 2: une suite tiraillée entre ombre et lumière.

En ces temps où le RPG Japonais est en perte de repères, le nom de Bioware résonne comme une douce mélodie aux amateurs du genre. Le studio s'est en effet imposé comme le leader du RPG moderne focalisant ses efforts sur l'immersion du joueur dans l'univers du jeu grâce à ses possibilités d'interaction sur l'histoire et l'évolution du monde. Baldur's Gate, Neverwinter Nights, Starwars Kotor et plus récemment Dragon Age Origins, autant de jeux nés des génies de Bioware qui ont émerveillés des générations de joueurs. Mais pour le studio, la consécration est véritablement venue avec Mass Effect, présenté dés le départ comme leur projet le plus ambitieux.

Un univers d'une richesse à faire pâlir les plus grandes sagas de science fiction, une dimension cinématographique particulièrement prononcée grâce à un système de dialogue immersif, une immersion du joueur incroyable dans sa possibilité d'influencer l'évolution de la galaxie, un système de combat extrêmement dynamique pour un RPG, les qualités du premier Mass Effect l'ont hissé comme l'un des meilleurs titres de la Xbox 360 en dépit de ses quelques faiblesses (retard de textures désagréable, temps de chargements longs, répétition des quêtes annexes). Sa suite, attendue comme le messie, est enfin arrivée et il n'appartient qu'à vous de poursuivre votre aventure pour décider du sort de la galaxie.

 La plus grande qualité de Mass Effect 2, trop peu soulignée dans les test habituels, est la possibilité de reprendre l'aventure avec le personnage que le joueur avait crée dans le premier opus. Non seulement de pouvoir garder les caractéristiques physiques de votre protagoniste, toutes les décisions que le joueur aura pris dans sa partie de Mass Effect 1 auront une répercussion sur Mass Effect 2. Et il ne s'agit pas simplement des choix opérés durant la quête principale! Toutes les actions effectuées durant les quêtes annexes auront également une influence dans Mass Effect 2 voir même dans les missions principales. C'était certainement la plus grande attente que j'avais en ce deuxième opus et je ne fut pas déçu. J'ai retrouvé avec un plaisir indéniable John Shepard, héros de l'Alliance avec lequel j'avais sauvé la galaxie deux ans auparavant et j'ai constaté avec plaisir que toutes mes actions trouvaient un écho dans cette suite qu'il s'agisse des personnages que j'avais sauvé, de la romance que j'avais choisie ou des mauvais choix que j'avais pu commettre.

Mass Effect 2 propose ainsi une continuité inégalée pour une saga de jeux vidéos, le joueur a véritablement l'impression de vivre sa propre saga et ce sentiment de poursuivre l'aventure après même la fin du premier jeu procure un plaisir rarement ressenti dans un jeu. A noter à ce propos que même si l'absence de la VO est regrettable, tous les excellents doubleurs français du premier opus ont repris leurs rôles pour Mass Effect 2 (même quand les personnages n'ont que trois répliques) ce qui renforce ce sentiment de cohérence et de continuité entre les deux jeux. La véritable force de Mass Effect 2 est ainsi de proposer aux joueurs du premier opus de poursuivre leur aventure, pourtant les choix opérés dans ce second opus risquent bien de dérouter les fans du jeu originel.

Si les combats de Mass Effect avaient agréablement surpris par leur dynamisme et leur insertion efficace dans l'action du jeu, les affrontements prennent une place beaucoup plus importante dans ce second opus. Des pouvoirs biotiques beaucoup plus puissants, des armes bien plus destructrices, un déferlement perpétuel d'ennemis qui nous aurait fait trembler dans Mass Effect 1, les combats de Mass Effect semblent presque vouloir concurrencer l'intensité épique de Gears Of Wars. Les affrontements y gagnent beaucoup plus en intensité mais inutile de se le cacher, ils deviennent parfois bien plus rébarbatifs. Les combats trainent inutilement en longueur en raison des ennemis qui semblent arriver à l'infini durant les combats, de plus ils offrent moins de challenge qu'auparavant, la difficulté du jeu ayant été revue à la baisse.

 Mass Effect 2 est le premier jeu que j'ai commencé directement en mode vétéran (difficile) et une sérieuse opposition n'est vraiment apparue que durant la deuxième moitié du jeu. Cette facilité du jeu témoigne de l'ouverture au grand public de la saga, qui se ressent également dans le nombre de classes diminuée et la progression du personnage largement simplifiée. Si cet abandon de la dimension RPG de la saga au profit de l'action pourra en décevoir plus d'un, cette suite dispose néanmoins de sérieuses améliorations pour convaincre les sceptiques.

 En premier lieu, le système de dialogue, grande force du premier Mass Effect, a été considérablement enrichi. C'est bien simple, l'impression d'être aux commandes d'un film hollywoodien interactif n'a jamais été aussi présente, les angles de caméra sont dynamiques et variés, l'ensemble est d'une fluidité exceptionnelle d'autant que les retards de textures ont quasiment disparus et l'interaction entre les protagonistes est beaucoup mieux mise en valeur. Les personnages occupent d'ailleurs une place primordiale dans Mass Effect 2, beaucoup plus charismatiques que les compagnons du premier volet, leurs interactions avec Shepard sont également plus riches. Il sera primordial de gagner leur loyauté pour l'accomplissement de votre mission, ce qui se traduit par une quête spécifique à chaque personnage. Si ce procédé semble un peu simpliste, il est intéressant de constater que ces quêtes peuvent être échouées provoquant ainsi la perte de la loyauté de vos compagnons pour le reste du jeu, ce qui aura une grande importance pour la mission finale dont je reviendrais plus tard.

 La quête principale de Mass Effect 2 démontre que Bioware a entendu les critiques vis à vis du premier opus. Beaucoup plus de planètes peuplées sont ainsi de l'aventure, les interactions avec les races aliens sont ainsi plus importantes et la narration des missions principales est plus riche et moins prévisible que dans le premier opus. La variété des missions principales est également une surprise agréable. Enquête, assassinat, interrogatoire, infiltration: Bioware exploite bien des facettes de son sombre univers le tout servi par une mise en scène toujours d'excellente qualité. D'une durée deux fois supérieure à celle du premier Mass Effect, la quête principale de Mass Effect 2 offre beaucoup plus de variété que son aînée mais qu'en est t-il en terme de sensations?

 

La grande force du premier Mass Effect était de présenter un univers beaucoup moins manichéen qu'il n'y paraît en obligeant le joueur à prendre des décisions difficiles où aucun choix n'était forcément le bon. En présentant un visage plus sombre de cet univers, Mass Effect 2 renforce encore plus cette subtilité de la narration. Les décisions que le joueur devra prendre seront encore plus délicates, l'apparition d'une possibilité d'interrompre le dialogue par une action de conciliation ou de pragmatisme est également bienvenue et incite souvent le joueur à prendre une décision rapide. Même en ayant cherché à demeurer un héros charismatique et conciliant, mon John Shepard a ainsi vu sa jauge de pragmatisme fortement augmenter comparer à Mass Effect 1. Si cette ambiguïté de l'univers est appréciable, il est regrettable qu'elle semble devoir se faire au détriment de la dimension épique du jeu, qui bien que toujours présente, est atténuée comparer à son prédécesseur. Mais c'est principalement l'histoire qui déçoit quelque peu. Beaucoup moins fournie en rebondissements que celle du premier Mass Effect, elle est surtout moins riche en informations, de trop nombreuses questions resteront sans réponse à l'issue de la quête principale et de nombreuses facettes de l'intrigue semblent avoir été sous exploitées, obligeant ainsi le futur Mass Effect 3 à devoir proposer une aventure sacrément fournie pour répondre aux attentes suscitées par ce deuxième opus.

 En réalité, la construction même de l'intrigue est assez particulière. Il ne faut pas oublier que pour la première fois, Bioware s'occupe lui même de la suite d'un de ses jeux et le studio a visiblement porté sa volonté à offrir quelque chose de différent et inattendu au joueur, d'où d'ailleurs le changement de scénariste pour ce deuxième volet. Toute l'intrigue de Mass Effect 2 est focalisée sur la mission suicide orchestrée dés le début de l'aventure et qui amène Shepard à recruter les plus grandes pointures de la galaxie. Cette mission suicide constitue le dénouement du jeu, l'accomplissement de tous les efforts du joueur effectués depuis l'introduction de l'œuvre, mais de ce fait il n'y a quasiment aucun grand rebondissement avant cette fameuse mission, véritable débordement d'intensité émotionnelle et de surenchère épique. Ce procédé a le mérite d'être audacieux mais de proposer deux impressions opposées.

D'une part durant la majeure partie de l'aventure, le joueur a le sentiment de ne pas faire grand chose pour aider la galaxie et de rester dans une intrigue plus personnelle (peut être dans la volonté de Bioware de rapprocher cet épisode de l'Empire contre Attaque de Starwars, épisode plus personnel et intimiste). A ce titre, il est regrettable que les choix véritablement décisifs et qui impliquent des changements de grande envergure soient si peu nombreux comparer au précédent opus.

D'autre part les émotions ressenties durant le combat final atteignent un paroxysme d'intensité inégalé dans la saga Mass Effect voir même dans cette génération de consoles. L'affrontement final est épique, les choix difficiles et surtout la réalisation met l'accent sur le fait que votre héros lui même ainsi que tous les membres de votre équipe peuvent véritablement mourir. Pas de GameOver pour Shepard et son équipe donc, un peu à la manière de ce que l'Heavy Rain de David Cage proposera prochainement. Il en résulte une attention du joueur beaucoup plus forte et un cri de victoire qui résonnera si vous arrivez à survivre avec tous les membres de votre équipage. Rarement une quête aura été aussi immersive dans un jeu vidéo, certains joueurs tricheront sans doute en rechargeant des sauvegardes pour avoir les meilleurs choix possibles mais comme avec le premier Mass Effect, il convient mieux d'être honnête avec l'histoire et d'accepter les décisions prises, mauvaises ou pas, pour ainsi pleinement s'immerger dans le jeu.

 Si le jugement sur la quête principale est particulièrement tiraillé, en ce qui concerne les quêtes secondaires, l'avis est déjà beaucoup plus tranché. Les quêtes secondaires au sein des villes peuplées sont beaucoup plus nombreuses que dans le premier Mass Effect et dans l'ensemble assez plaisantes car elles permettent de profiter des dialogues savoureusement écrits et particulièrement crus de ce second opus. Mais dés qu'il s'agit de parler de l'exploration de l'univers, alors là le sourire s'estompe. Si les quêtes annexes avaient subies de nombreuses critiques dans le premier Mass Effect, Bioware a tenté une nouvelle méthode dans cette suite qui ne porte malheureusement pas ses fruits. Saluons tout de même la possibilité de diriger directement le Normandy depuis l'espace ce qui implique de faire attention aux réserves de carburant du vaisseau. Cette bonne idée est alourdie par la découverte des planètes. En résumé, à chaque nouvelle découverte d'un monde, le joueur aura la possibilité de scanner la planète pour retrouver des ressources nécessaires à l'évolution des personnages et du vaisseau. Si ce principe est au départ sympathique, il devient franchement ennuyeux au bout de la millième sonde jetée sur une planète quelconque. Ce système est malheureusement indispensable à la montée en puissance de vos personnages (et donc à la réussite du jeu) et il faudra apprendre à le supporter.

A plusieurs reprises, Shepard et son équipe pourront débarquer sur des planètes secondaires comme autrefois. Le Mako, ancien véhicule terrestre de Mass Effect 1, a été supprimé de même que toute l'exploration des planètes. Le joueur arrive directement sur le lieu de l'action, un affrontement s'enclenche et les quelques éléments d'exploration se limitent à chercher des bonus dans les bases. Certes les décors des planètes sont variés et contrairement au premier volet, la mise en scène est différente à chaque atterrissage, mais dans l'ensemble les quêtes annexes manquent encore plus d'intérêt que dans le premier opus. D'autant que Bioware a fait l'inexcusable erreur de supprimer les choix narratifs qui avaient lieu à chaque fin de mission dans Mass Effect 1 et qui constituaient le plus grand intérêt des quêtes secondaires. Si la possibilité de pouvoir continuer à explorer l'univers âpres la fin de la quête appréciable est une bonne chose, elle servira avant tout à optimiser au maximum son personnage pour l'affrontement titanesque annoncé dans Mass Effect 3 davantage que pour le plaisir de la découverte. 

 

 Bénéficiant toujours d'une réalisation technique et artistique impeccable, Mass Effect 2 comporte autant d'éléments supérieurs que d'aspects inférieurs à son aîné. Des personnages davantage charismatiques, une plus grande maturité de l'univers, davantage d'interaction avec les peuples de l'univers, une mise en scène et un système de dialogue considérablement renforcés côtoient une intrigue moins profonde, une exploration de l'univers médiocre et rébarbative, une surenchère d'action et une simplification de l'évolution du personnage. La grande majorité des joueurs attendaient que Bioware reprenne la formule du premier opus en l'améliorant mais le talentueux studio a fait le pari d'offrir quelque chose de véritablement différent. Il est paradoxal que les fans du premier jeu seront les plus déçus de cette suite mais également les plus propices à l'enthousiasme face à la possibilité de poursuivre l'aventure et les choix de Mass Effect 1. Cette dernière particularité est d'ailleurs ce qui fait la différence et implique que malgré toutes ces réprimandes Mass Effect 2 demeure une grande œuvre de science fiction, inférieure au premier opus certes mais avant toute chose différente.


Malgré l'avalanche de titres aussi riches les uns que les autres, Mass Effect 2 est mon meilleur moment de jeu vidéo depuis...le premier Mass Effect! La saga de Bioware s'est désormais élevée comme la meilleure de cette génération de consoles et si la sortie de Mass Effect 3 va se faire longuement attendre, nul doute que le joueur reprendra plaisir à recommencer la partie pour explorer les différentes facettes de cet incroyable univers. Si l'orientation grand public de Mass Effect 2 devrait se poursuivre dans le dernier volet de la trilogie, espérons que Bioware nous offrira un final d'anthologie pour cette splendide aventure en gommant pour de bon ses défauts regrettables.

Ajouter à mes favoris Commenter (4)

Vos tests de Mass Effect 2

tous les tests