Batman : Arkham Asylum sur PlayStation 3, le test de Gautoz

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Gautoz
10
Gautoz PS3

Schyzophrenia Chyroptera

 

En s’attaquant à leur dernier chantier, les funambules de chez Rocksteady Studio le savaient : ils n'avaient pas intérêt à faire n'importe quoi de la mythologie Batman...

Batman n'est pas le super-héros tout venant. Ce n'est pas un mutant bardé de bons sentiments, ni le ressortissant indestructible d'une galaxie en perdition. Le Chevalier Noir est le désespoir encapuchonné. Un héros complexe, en proie à la peur et au doute. Un éternel orphelin de 10 ans dans la peau d'un multimilliardaire, toujours sur la brèche entre désirs de vengeances et pitié pour la racaille qu'il renvoie inlassablement derrière les barreaux.

Ce soir on donne une fête en son honneur à l'asile d'Akham, là où pourrissent ses adversaires de toujours. L'ennemi intime de la Chauve Souris s'est autoproclamé maître de cérémonie. Le dénommé Joker compte bien prouver à Batman que sa place est de ce côté du mur qui protège les quidams des bêtes de foire.

Au tour du Chevalier Noir de prouver à ses ennemis qu'il joue tout aussi bien à domicile qu'à l'extérieur.

"Welcome home, Batty !"

 

S'il est un super héros qui a bénéficié d'interprétations scénaristiques et artistiques variées, c'est bien Batman. Difficile de tracer un chemin neuf dans la jungle de ses aventures. Qu'à cela ne tienne, les anglais de Rocksteady Studio font fi de cet écueil avec brio : Monsieur Paul Dini - scénariste du dessin animé tant de fois célébré - ressort ses petits crayons et propose rien moins qu'un scénario original pour le jeu. Joie donc, quand on connaît la passion que Dini entretien pour la relation Batman/Joker.

Les premiers contacts avec ce Batman Arkham Asylum installent une atmosphère délectable, sombre et lourde.  Aux influences très cartoonesques du dessin animé,  les créateurs ont préféré une ambiance comicbook plus mature, tant dans les palettes de couleurs apposées que dans le look des personnages. Batman est massif et monolithique (presque trop) et le Joker joue sur un registre dérangeant, celui du dandy meurtrier diablement attachant. L'île d'Arkham est quant à elle lugubre et inhospitalière, comme sortie tout droit des contes de Lovecraft.

Après une introduction au cours de laquelle la Chauve Souris reconduit son meilleur ennemi aux portes d'Arkham, le joueur prend les commandes. Batman entend garder un œil sur le Joker et s'assurer de sa réincarcération en bonne et due forme. Cette petite descente dirigiste dans les entrailles de l'asile est l'occasion de prendre en main le détective. La balade est assaisonnée des répliques bien senties d'un Joker hilare. Le joueur ne tardera pas à comprendre son irritante bonne humeur : à peine l'attention du Dark Knight relâchée, et trois mandales plus tard, le farceur au costume violet prend le contrôle de la situation et lâche ses premiers sbires à la chasse au rongeur volant...

 

RANGE TON CQC, J'SUIS CHAMPION DE FFC

Le premier choc entre Batman et ces voyous est l'occasion d'appréhender le système de combat développé par Rocksteady, le Free Flow Combat. Déjà prometteur sur le papier, celui-ci s'avère être l'un des plus intuitifs jamais proposé. L'association du bouton d'attaque et d'une direction suffit à porter un coup mais surtout à initier un combo virtuose. Il suffit de changer la direction des prochains coups pour voir le Chevalier Noir enchaîner les attaques et les pirouettes entre ses différents opposants, dans une danse guerrière virevoltante.
Mais si ses ennemis n'ont pas inventé l'eau tiède, ils n'en restent pas moins de gros bras qui profiteront de leur nombre pour l'attaquer dans le dos. Lorsque l'ennemi s'apprête à frapper, une pression sur le bouton de parade déclenche clés de bras, torsion de chevilles et autres manœuvres d'évitement toutes plus déconseillées aux enfants les unes que les autres.

Les attaques, les parades et les neutralisations au sol s'enchaînent de manière libre et augmentent le focus de Batman. Cela lui permet d'effectuer des KO de plus en plus brutaux, ou se servir de son prochain comme d'un projectile en l'expédiant sur ses camarades. Au fur et à mesure de la progression du joueur dans le scénario, la diversité des combos ira grandissante et l'on pourra expédier des batarangs entre deux sauts périlleux, ou se servir du grappin pour envoyer les gredins au tapis.

 

BATOU-TERRAIN

Distribuer les chataîgnes avec classe a beau être dans les attributions du Chevalier Noir, cela ne reste qu'une des nombreuses cordes de son arc. La seconde force du titre est de proposer des séquences d'infiltration, plus proches de la prédation : enveloppé dans la pénombre, surplombant ses proies, le joueur pourra semer la panique parmi les hommes du Joker. Grâce à un gadget baptisé "Vision du prédateur", sorte de vision à rayons X, le justicier de l'ombre peut recenser ses opposants, repérer ceux qui s'éloignent du troupeau et les neutraliser en silence. Et comme si la découverte de leur collègue inconscient ne suffisait pas, le Joker, toujours joueur,  commentera via hauts parleurs leur incompétence depuis sa salle de contrôle.

Parfaitement dosées, ces phases de gameplay procurent un sentiment jouissif immédiat : faire diversion, fondre sur l'ennemi en planant, constater l'accélération du rythme cardiaque des autres gardes apeurés, autant de bonnes raisons de faire durer le plaisir. On appréciera alors de semer le trouble dans les esprits, jusqu'à voir les hommes de main vider leur chargeur au hasard, persuadés d'être attaqués de toute part. Rictus sadique garanti.

Si Batman n'avait pas forcement prévu de passer la nuit à Arkham, il réserve pourtant de belles surprises (et de taille) d'un point de vue ressources et équipement. Les batarangs, le grappin ainsi que d'autres bat-gadgets seront débloqués de manière fluide par la progression du scénario, mais pourront être upgradés via un système de d'améliorations libres. Le joueur pourra ainsi développer des nouvelles méthodes de neutralisation, renforcer son armure, apprendre à pirater les systèmes de sécurité, etc. L'amélioration de telle ou telle capacité dépendra donc des affinités du joueur avec les différentes phases de gameplay.

 

SYMPATHY FOR THE DEVIL(S)

Pour progresser, le joueur disposera de points qui seront accumulés au fur et à mesure de ses victoires de guerrier, de prédateur, mais également en relevant de nombreux défis annexes. Et c'est dans ce domaine que Rocksteady frappe très fort,  en conférant une profondeur et une diversité à son univers. Chaque grand vilain de la mythologie Batman entretient avec le Chevalier Noir une rivalité unique, qui se traduit dans le jeu par une nouvelle approche du gameplay.
L'homme-mystère, par exemple, n'à que faire de briser la Chauve Souris. C'est un génie prétentieux qui mène une bataille d'intellect dans le seul but d'affirmer sa supériorité. Dans son délire narcissique, il a disséminé des dizaines d'énigmes sur l'île d'Arkham : retrouver ses statuettes, photographier des éléments autoréférentiels à l'univers Batman, autant d'éléments qui étoffent l'expérience de jeu. Il n'appartient évidemment qu'au joueur de céder aux énigmes du Sphinx ou non. Mais le jeu pourrait bien en valoir la chandelle…
Les confrontations avec l'Epouvantail, quoique plus centrales dans le scénario, seront tout aussi délectables par l’opressante dimension psychologiquequ'elles proposent. Autre chasse au trésor amusante : retrouver les extraits audio d'entretiens des pensionnaires avec les psychologues d'Arkham. Déjà vu dans Bioshock, le procédé permet surtout ici d'accéder à des dialogues forts savoureux.

 

T'ES OK, T'ES BAT' (?) T'ES IN !...

Techniquement, cet Arkham Asylum est une réussite. L'Unreal Engine fait encore une fois un travail remarquable, appuyé par des textures détaillées et nombreuses. L'asile d'Arkham, oppressant humide et moite, offre un terrain de jeu gigantesque pour le prédateur qu'est Batman. La modélisation des personnages est excellente, avec un soin particulier apporté aux textiles. On regrettera cependant de petites fautes de goût comme un commissaire Gordon aussi carré qu'un rugbyman de 20 ans, ou un homme chauve-souris qui, dans sa position par défaut, donne l'impression d'héberger un manche à balai en son fort intérieur.
De petits défauts vite pardonnés dès que notre héros se met en mouvement. Car la vraie réussite se trouve dans l'animation du Chevalier Noir, dans la fluidité de ses déplacements, de ses vols planés, mais surtout de ses coups de latte magistraux. Lorsque Batman achève un malpropre, c'est à grand renfort de ralentis et d'angles de caméras précis. Les coups pleuvent et les gameplay différents se succèdent dans un ordre relativement régulier, sans pourtant jamais lasser.Le scénario est un petit bijou qui ravira les connaisseurs tout en posant les bases nécessaires pour les néophytes. Sans jamais tomber dans le fan service, les références sont nombreuses et bien amenées. Une mention spéciale aux dialogues, écrits avec brio, avec une liberté de ton qui permet aux interventions du joker de faire très fort dans le cabotinage.
Si les doublages originaux restent recommandés, avec Mark Hamill (Luke Skywalker himself) dans la peau du Joker, la VF est de très bonne facture, principalement grâce au choix de Pierre Hatet (Doc Brown de Retour vers le Futur) pour incarner le clown meurtrier. Dommage que le reste de l'ambiance sonore des aventures du justicier soit tant en retrait. Les thèmes sont répétitifs, peu nombreux et beaucoup trop stéréotypés. On ne peut s'empêcher de regretter les partitions ciné de Danny Elfman ou de Hans Zimmer..

 

Batman Arkham Asylum est la réponse la plus tonitruante aux aficionados de la formule "adaptation = échec". Proposant un scénario original et un bel hommage à la mythologie Batman, le titre peut également se targuer d'offrir une expérience inédite : prendre en main un héros torturé et embrasser sa dualité de détective mesuré et de justicier implacable. On aime relâcher la force contenue du Chevalier Noir, à travers un système de combat d’une maniabilité prodigieuse ; ce qui n’empêche pas de prendre le temps de taquiner sa proie du bout des griffes, luxe extrême du prédateur à sang froid. Si l'on pourra toujours lui reprocher une certaine linéarité du scénario, la diversité du gameplay permet de ne jamais en souffrir. Au contraire, on embrasse ce jeu du chat et de la souris un brin dirigiste avec le même plaisir avec lequel on suivrait le lapin blanc au fond du terrier : le plaisir d'avoir plongé dans l'inconnu, mais d'en être ressorti, le sourire aux lèvres.

 

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