DMC : Devil May Cry sur PlayStation 3, le test de Sker

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Sker
9
Sker PS3

LA bonne surprise de 2013

J’ai une confession à faire : je n’ai jamais aimé la série Devil May Cry. Je lui ai pourtant laissé plusieurs chances de me conquérir, sans succès. J’ai été bloqué à la moitié du premier, j’ai pas accroché au troisième et la démo du quatrième m’a laissé sur ma faim. Il y a des jeux comme ça avec lesquels ça ne passe pas ! Je m’en suis toujours voulu, conscient de passer à côté d’une super saga… Cela ne m’a jamais empêché d’être objectivement admiratif de son univers travaillé, du chara-design très classe de ses persos et de son héritage, DMC ayant fortement contribué à redéfinir le beat’em all. L’annonce du reboot m’a donc logiquement laissé de marbre, pire, je n’ai pu m’empêcher de me facepalmer en voyant l’allure puérile de ce nouveau Dante, méconnaissable en adolescent rebelle. Avec Ninja Theory aux commandes, un studio surtout connu pour le moyen Heavenly Sword, Capcom prenait à mes yeux d’énormes risques. Mais redynamiser la franchise étant une priorité, Capcom a donné carte blanche à son développeur pour réinterpréter Devil May Cry à sa sauce. Et le moins qu’on puisse dire c’est que Ninja Theory n’a pas fait les choses à moitié ! Couleurs flashys, rythme effréné, personnages relookés en profondeurs… Le pari était osé, la mise conséquente. Sceptiqueslors de son annonce, je suis devenu devenu curieux suites aux premières previews positives, et carrément enthousiaste après la démo.

Quelques mois plus tard, j’en fait même mon jeu préféré du -très riche- 1er trimestre 2013. Explications !

Un mystérieux homme d’affaire en colère, une organisation terroriste qui perturbe l’ordre public, un nightclub où le physio a laissé la vertu à la porte, une nuit torride et très arrosée dans la caravane de Dante… la cinématique d’intro n’y va pas par quatre chemins, le jeu sera cru et sans concessions ! Alerté par Kat qu’il est pourchassé par un démon, Dante soupire mollement, puis plonge débonnairement dans les limbes, un monde parallèle au notre dans lequel évoluent les pires créatures, histoire d’en découdre avec des dernières. La fête foraine en bord de mer prend alors des allures de carnaval démoniaque plongé dans un atroce chaos, chaque attraction étant éventrée, assaillie de démons, et susceptible de faire tomber Dante dans un piège sanglant. Le ciel est teinté d’un rouge inquiétant, le décor boursouflé explose et semble vouloir nous happer dans ses entrailles magmatiques. L’impressionnante mise en scène est impeccable, et le tutoriel rapide permet une prise en main facile et instantanée, histoire de commencer sans attendre à essuyer ses premiers combos. Explosif, nerveux à souhait et parfaitement maniable, ce premier fait très bonne impression !

La narration, un peu facile en début de partie, joue sur la dualité entre les limbes et le monde normal. Ainsi, on suit régulièrement le point de vue de Kat, restée dans le monde réel, pour constater l’ampleur des dégats « de l’autre côté » suite à nos prouesses chez les démons. Cette double mise en abîme est réellement bien fichue, et pose les bases d’un scénario finalement moins artificiel qu’il n’y paraît. J’y reviendrai plus bas… Si les cinématiques sont assez nombreuses, elles sont toujours courtes et pertinentes, juste ce qu’il faut pour nous laisser respirer avant de replonger dans la frénésie des Limbes, où l’action ne semble jamais connaître de temps mort. Et gare au calme : il est souvent annonciateur d’un combat acharné, ou de la venue d’un boss, gigantesque et impressionnant de préférence. Ces derniers ne sont pas très nombreux, mais toujours mémorables et diablement bien imaginés, parfaitement en accord avec le scénario et l’endroit où on les rencontre. Leur intégration est donc bien pensée, là où beaucoup de jeux placent des boss bêtement en fin de niveau, histoire de remplir grossièrement un cahier des charges.

Pas de panique, malgré leur allure souvent pantagruélique l’arsenal mis à disposition de Dante lui permet de s’en occuper d’eux avec classe et efficacité. En effet, chaque fin de niveau offre la possibilité d’échanger les orbes récoltées contre des items divers et d’upgrader les armes de Dante. On en trouvera une bonne dizaine, chacune pouvant être améliorée une quinzaine de fois, toute update nous offrant en général un ou plusieurs nouveaux combos… Du classique, oui, mais DMC se différencie en nous proposant deux options TRES appréciables : les updates sont toutes testables avant achat, et surtout, elles ne sont pas définitives ! Si cela enlève le côté prise de risque inhérent au principe de l’upgrade, j’ai trouvé ces deux features parfaitement adaptées au style dynamique et bourrin de DMC. Par exemple si les améliorations de vos flingues ne vous sont finalement pas si utiles que ça, à la prochaine étape de gestion il suffira de retirer ces updates pour les placer sur une autre arme. Un système remarquable, qui permet au joueur de tester tout l’arsenal en profondeur, et d’offrir à chacun le choix d’approfondir le style qu’il préfère. Et le choix est vaste ! En fin de jeu, il faudra savoir jongler minutieusement avec épée, pistolets, faucille, fouet ou autre gants de puissance, histoire d’allonger les combos et de mettre à plat un bestiaire varié et coriace

Là encore, la progression se fait en douceur : au début du jeu, en ne possédant que peu d’armes et d’améliorations, les combinaisons sont sommaires, mais permettent justement d’appréhender petit à petit le système d’enchaînements. Ce dernier va toutefois se complexifier intelligemment au fil des niveaux, pour nous proposer des centaines de possibilités en fin de jeu. Sur ce point, l’ADN de la saga a été respectueusement injectée au gameplay, on retrouve donc avec plaisir la nervosité légendaire de Devil May Cry à chaque combat. La prise en main est donc un vrai régal, Dante répond au doigt et à l’œil et même face à des dizaines d’ennemis le gameplay ne prend jamais le joueur en traitre. Les fights sont fluides, dynamiques et demandent de connaître un minimum son équipement, histoire de forcer le joueur à ne pas utiliser toujours les mêmes armes. On switche d’ailleurs entre les unes et les autres très aisément, comme dans les anciens opus. Jamais frustrant, DMC demande sur la fin de maîtriser correctement les combos, mais que les néophytes et les moins doués se rassurent: tout est fait pour qu’on s’améliore en jouant, la courbe de progression est d’ailleurs sacrément motivante ! On a toujours envie d’aller plus loin dans nos combos, d’améliorer telle arme ou bosser tel type d’enchaînement. Chaque combat devient de ce fait un challenge contre soi-même, avec les fameuses notes de combos qui font aussi leur retour. Plus une séquence de combo est longue et variée, meilleure sera la note ! Pour ceux qui n’y arriveraient vraiment pas, un mode training est même disponible dans le menu principal ! Le genre de petites attentions qui fait vraiment plaisir, preuve que Ninja Thoery a soigné son bébé avec énormément d’attention.

Le souci du détail ne concerne d’ailleurs pas que l’excellent gameplay, puisque la mise en scène, les graphismes et l’habillage sonores ont tous été méticuleusement travaillés pour donner un cachet unique à DMC. Sur ce point, le cordon avec le reste de la saga est tranché sans hésitation : artistiquement ce reboot en jette, et il impose son style avec tellement de classe qu’il il réussit à faire passer ses aïeux pour de sacré oldies ! Non, mon manque d’affinités avec la franchise ne fausse pas mon jugement, DMC est beau comme un diable, sa mise en scène intense ne connaît aucun moment de faiblesse et chaque niveau saura surprendre les joueurs…

Nouvelles palettes de couleurs, level design recherché, décors variés et originaux, Ninja Theory n’est jamais tombé dans la facilité et a su pousser l’Unreal Engine 3 dans ses derniers retranchements. Si ses textures grisâtres et baveuses ne sont pas toujours bien cachées, lors des cinématiques notamment, dans l’ensemble le développeur a su transcender le moteur tout au long de son bébé. Des habiles jeux de lumière qui subliment les tons chauds du niveau urbain (celui de la démo) aux plateformes qui changent de couleur au rythme de la musique du night club, de la somptueuse demeure en ruines au combat face à Bob sur fond de techno survoltée en passant par la splendeur des petits niveaux où l’on apprend le maniement des armes, tout est prétexte à nous en mettre plein la vue et les oreilles. DMC est une orgie de bonnes idées, où l’on avale goulûment les prises de risques artistiques sans jamais risquer la crise de foie.

Et quel bonheur d’arpenter les niveaux ! Alors qu’on est constamment content de rencontrer des ennemis afin de tester les améliorations achetées et de les trancher avec le plus de style possible, Ninja Theory nous offre en plus des stages tous plus beaux et couillus les uns que les autres. Comme pour son gameplay maîtrisé de bout en bout, artistiquement DMC est une réussite totale, qui ne souffre d’aucune fausse note.  Building, usine, discothèque, orphelinat… tous les levels sont adroitement soignés et regorgent de détails pertinents, d’une musique toujours bien choisie et d’un bestiaire en raccord avec le lieu visité. Jamais pareil d’un niveau à l’autre, le level design nous propose aussi pas mal de phases de plateforme plutôt bien implantées, histoire de nous sortir la tête des incessants combats. L’occasion aussi de jongler entre les items, certaines armes étant également utiles pour amener une plate-forme ou se hisser sur une corniche par exemple. Cela permet surtout à Ninja Thoery de pouvoir maîtriser parfaitement le rythme du jeu, qui ne souffre d’ailleurs d’aucun coup de mou. Le joueur est tenu en haleine jusqu’à la fin de l’aventure, bien aidé par un savant dosage entre combat, plateformes, boss et cinématiques. Et question originalité, ces dernières ne sont pas en reste non plus, notamment grâce  à un  scénario un peu plus subtil que ce que les premières séquences de jeu laissaient entrevoir.

Sans prétention aucune, DMC suit donc le destin de Dante et Virgil, deux frères mi-anges mi-démons qui s’opposent à Mundus et à son puissant contrôle qu’il opère sur les humains depuis les Limbes, via la télévision et une boisson populaire notamment. Rien de bien original donc, l’histoire défile sans réelle surprise, le seul twist étant trop gros pour surprendre qui que ce soit. DMC dresse au passage une critique facile de la société de consommation, mais avec une naïveté complètement assumée, et qui donne une cohérence certaine avec la croisade des deux frangins. Certaines séquences sont même carrément bien écrites et mises en scène ; je pense entre autres à la cut-scene ou Dante se fait raconter son histoire : des superbes graphs se dessinent sur les murs les entourant, ces fresques illustrant les propos de Vergil. On est ainsi plutôt loin de la supposée futilité de cet opus !  C’est un pied de nez joliment trouvé : pour répondre aux critiques sur le style pubère de Dante, DMC a préféré jouer intelligemment avec le côté jeune et puéril de ses héros, exploitant avec légèreté et subtilité leur insolence pour traiter les thèmes abordés. Le jeu ne se prend donc jamais trop au sérieux, certains passages semblant même s’auto parodier tant le second degré est omniprésent dans ce DMC. L’écriture est maline et propose, sans prétention, plusieurs niveaux de lecture tout en assumant pleinement ses parti pris.  Une belle surprise, qui fait figure de cerise sur un gâteau déjà bien garni !

Calé en tout début d’année pour éviter le rush du mois de Mars, DMC n’a apparemment pas su trouver son public, victime peut-être aussi de la mauvaise presse qui lui a été faite les premiers mois après son annonce. La critique élogieuse n’aura malheureusement pas suffit à le faire décoller, lui qui a eu la lourde tâche de démarrer l’année, entre un Noël et un Printemps tout deux surchargés en jeux triple A. Ce mauvais timing s’avère assez injuste, peut-être que Capcom n’y a finalement pas cru et n’a pas osé miser correctement dessus au moment de le vendre. Ce qui est paradoxal, car ils ont su prendre des risques énormes en commandant ce reboot relooké… Si le pari orginal était sacrément casse-gueule, il est en tous cas gagnant : Ninja Thoery a finalement accouché d’un des jeux les plus pêchus et maîtrisés de ces dernières années ! Avec son gameplay souple et profond, sa mise en scène ultra dynamique et son style visuel unique, ce DMC réussit un quasi sans faute. Beau, fun, speed, bourrin et sans compromis, cette itération est à l’image de son héros : une vraie gueule de con qui n’inspire pas confiance, mais à laquelle on s’attache vite, pour finir par l’aimer sincèrement. En assumant pleinement sa puérilité et son second degré,  DMC nous fait avaler le classicisme du scénario sans mal, subjugué par une fougue et une fraîcheur qui font un bien fou à nos consoles. On pardonnera sans mal les quelques fautes de goûts et une facilité certaine ;  mais après tout, qui n’a pas déconné étant ado

Retrouvez une version agrémentée de photos et de vidéos sur mon (game)Blog: http://www.gameblog.fr/blogs/BriocheetMaela/. D'autres articles vous y attendent ! 

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