Bayonetta sur PlayStation 3, le test de DarkZem13

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DarkZem13
10
DarkZem13 PS3

Love Witch

Hideki Kamiya, le papa du démoniaque Dante, du cinéphile Joe et de l'écologiste Amaterasu, revient sur le devant de la scène du beat'em all avec la sulfureuse Bayonetta. L'un des fondateurs du nouveau studio Platinum Games (qui nous a déjà gratifié début 2009 du déjanté et sanguinolent Mad World) nous montre une fois de plus sa maitrise du gameplay propre à ce genre, et l'amour qu'il porte aux jeux vidéos, aux gamers et à la création en général avec cette œuvre pleine de personnalité, de caractère, d'hommages, de générosité et de... plaisir.

Le monde se divise en deux catégories: les sages de Lumen et les sorcières de l'Umbra, les premiers étant dotés des pouvoirs de la lumière et les secondes de ceux des ténèbres. Tout ce beau monde se respecte à distance dans la diplomatie la plus stricte, jusqu'à ce qu'une histoire de fricotage interdite entre deux membres des castes vienne troubler cet équilibre. La chasse aux sorcières est alors ouverte, les humains manipulés par les sages de Lumen se donnant à cœur joie d'anéantir ces hérétiques. 500 ans plus tard, Bayonetta, lunettes de secrétaire sur le nez et combinaison de latex échancrée faisant la part belle à ses mensurations parfaites, et accessoirement dernier espoir de l'Umbra, se réveille au fin fond d'un lac. Légèrement amnésique, la belle sait au moins une chose: elle doit mettre une raclée aux anges qui viennent lui chercher des noises. Accompagnée de personnages hauts en couleur, tout aussi délirants, attachants et mystérieux les uns que les autres, elle en apprendra plus sur son passé et sa mission au fur et à mesure de l'aventure, grâce aux notes d'Antonio disposées ça et là sur le chemin, et en même temps que le joueur qui nouera ainsi avec elle une relation toute particulière. Un scénario un peu tiré par les cheveux (que Bayonetta a d'ailleurs longs et dangereux) qui n'est que prétexte à poser les bases d'un univers gothique, violent, et en même temps délirant et ironique.

Un gameplay tout aussi souple que son héroïne

Kamiya l'a confié à Nicolas Gavet dans l'interview publiée dans IG Magazine #6, son but était de donner « aux joueurs des combats élégants », et « seul un personnage féminin dispose de mouvements agiles et peut se battre de manière très sexy ». Une chose est claire quand on joue à Bayonetta: elle sait mettre ses atouts et ses charmes en valeur. Elle a du style et donne à ses combats l'aspect de chorégraphies parfaitement maitrisées. Quand d'autres sorcières utilisent le bout de leur nez pour jeter des sorts, Bayonetta se déhanche, fait des ronds de jambes et prend la pose pour mettre une raclée à ses adversaires. Dotée de guns vissés à ses chaussures, et d'armes diverses telles que le sabre ou les griffes, le ballet sanglant qu'elle perpètre sur les anges lui barrant la route est dynamique, violent et orchestré avec maestria. Le tout grâce à un framerate maitrisé qui permet de ne jamais ralentir l'action et de ne pas avoir l'impression de se perdre dans ces grandes batailles qui vous opposeront aux hordes angéliques. Le tout sur fond de Fly me to the moon ou Mysterious Destiny chantés par la belle Helena Noguerra, sœur cadette de Lio, ça plante le décor et le parti pris artistique du jeu. Tout ce cocktail peut ressembler à une blague de mauvais goût, on a plutôt envie de crier au génie, au second degré et à la patte artistique.

A l'instar des grands jeux de combat, Bayonetta propose un gameplay aux bases simples, mais aux possibilités immenses et à la marge de progression encourageante. Avec seulement deux boutons (triangle est associé à l'arme de poing et rond aux coups de pied), vous pourrez créer une multitude de combos, les uns se distinguant des autres par le timing (en marquant un léger temps d'arrêt entre deux phases), la pression exercée sur le bouton ou l'arme utilisée (que l'on peut interchanger en cours de combo). De plus, cette profondeur est sublimée par l'esquive, élément clé du gameplay. Lorsqu'elle est exécutée avec le bon timing en appuyant sur R2, l'action se fige pour donner place au Witch Time, courte période pendant laquelle Bayonetta a toute latitude pour placer ses attaques. Et cerise sur le gâteau, elle est utilisable pendant l'exécution d'un combo que l'on pourra reprendre une fois le coup adverse esquivé, si on a pensé à garder appuyée la touche du coup précédent!

Tout cet arsenal se voit agrémenté d'attaques spéciales disponibles lorsque la jauge de magie est pleine, le plus généralement accessibles via un QTE demandant la pression simultanée de triangle et rond. Bayonetta envoie alors au supplice son adversaire (guillotine ou fléau), dans une séquence où l'on devra marteler au plus vite la touche carré pour des dégâts croissants. On retrouve également ces phases pour achever les boss, gigantesques au demeurant quoique un peu redondants au cours de l'aventure, Bayonetta faisant appel à sa chevelure (vous en dévoilant ainsi un peu plus sur son anatomie) et à des monstres pour des finish grandioses. Certains de ces QTE sont parfois trop stricts, induisant un Game Over instantané. Inconvénient d'autant plus malheureux que les temps de chargement sont plutôt longs (un patch récent a cependant permis d'atténuer ce désagrément). Heureusement, ces moments seront l'occasion de répéter vos combos et les check-points sont très fréquents (parfois même au sein d'un long affrontement) et ne rendent jamais les défaites trop frustrantes. Pour prendre la pleine mesure du jeu et du challenge qu'il propose, nous vous conseillons de le commencer directement dans le mode de difficulté Normal, et de le refaire dans un second temps en Difficile, disponible seulement après une partie terminée. Enfin, si le bestiaire se révèle d'une bonne qualité graphique, avec un joli compromis entre effets de flou et de brillance comme savent le donner les consoles HD, il est aussi assez pauvre et a du mal à se renouveler.  

Des références, des récompenses et une ambiance unique

Après chaque victoire, un certain nombre de points vous est attribué, chaque objet de soutien utilisé ou chaque dégât encaissé venant apporter un malus, et chaque combo bien orchestré augmentant votre total. Une statue vous est offerte en récompense, la préciosité de son métal dépendant de votre performance. Ajouté aux nombreux objets, accessoires et techniques disponibles chez votre fournisseur Rodin des Portes de l'Enfer (qui n'hésitera pas à se plier en quatre pour vous dénicher le meilleur matos possible), et dont le prix pourra paraître prohibitif, ce système de classement laisse la porte ouverte à une grande replay-value. Bayonetta renoue avec la tradition des jeux à points, où la performance est récompensée. Entre deux chapitres (au nombre de 16, épilogue et prologue exceptés, pour une durée de vie située entre 10 et 15 heures), vous aurez aussi l'occasion, par le biais d'un jeu de tir digne d'une kermesse, de glaner quelques objets ou anneaux (monnaie disséminée ici et là et faisant référence à Sonic) qui vous seront très précieux; on pense notamment aux cœurs de sorcière ou aux sucettes qui rempliront vos jauges de vie ou de magie.

En-dehors des combats, la progression est globalement linéaire, seulement perturbée par quelques énigmes qui feront appel à votre vitesse principalement. Le reste du temps, il vous faudra collecter anneaux, larmes de Sang de l'Umbra et fragments de pierre lunaire et de cœur de sorcière qui viendront augmenter la vitalité de la belle sorcière, sans oublier les ingrédients élémentaires qui vous permettront de synthétiser vous-même vos objets de soutien. Bayonetta dispose aussi de pouvoirs de transformation lui permettant de se changer par exemple en papillon pour effectuer des doubles sauts, ou en panthère pour dévaler plus rapidement devant le danger. Le cheminement se fait dans une ambiance très particulière, les musiques vous plongeant tantôt dans un univers mystique avec des chœurs, tantôt dans une ambiance jazzy avec des mélodies de piano, et les décors fins et plus ou moins variés (certains lieux sont revisités) vous emmenant dans des villes à l'architecture gothique (on pense notamment aux fameux escaliers de la ville de Vigrid clairement inspirés de ceux du Parc Güell de Barcelone).

Les cinématiques sont nombreuses et permettent de faire évoluer le scénario, ainsi que les personnages qui se révèlent au final très travaillés; Bayonetta a la langue assassine, le caractère bien trempé, l'accent anglais prononcé et séduisant, mais elle affiche aussi certains doutes au fur et à mesure de sa progression qui contribuent à faire d'elle un personnage féminin de jeu vidéo inoubliable. Ces séquences sont parsemées de références, de chorégraphies et d'humour. Pendant l'introduction notamment, le nom des développeurs est affiché sur des pierres tombales, et l'on peut apercevoir sur celle de Kamiya l'ombre projetée d'un homme en train d'uriner dessus. Encore une preuve du mauvais goût apparent omniprésent dans le jeu, mais qui peut relever du culot et du génie dès lors qu'il est pris (au moins) au second degré. Vous aurez également l'occasion de participer à des phases de courses et de shoot'em up, sur une moto ou aux commandes d'un vaisseau, dans des séquences faisant référence à Space Harrier notamment, et quelque peu déroutantes, pour le pire le plus souvent malheureusement, tant elles paraissent un peu longuettes, confuses et bourrins. Les références sont tellement nombreuses que Kamiya lui-même a confié ne pas se souvenir de la liste complète.

Seulement perturbée par des QTE exigeants et des temps de chargement pénibles, Bayonetta constitue une référence indéniable en termes de gameplay, de richesse et de game design. Tout est ici fait pour le plaisir du joueur, de l'humour à l'érotisme en passant par les affrontements dantesques et techniques, les références à la culture vidéoludique ou encore le système de combat d'une profondeur hallucinante. Kamiya, avec ce nouveau jeu d'action plein de personnalité, perpétue son œuvre riche et inspirée. Certains sceptiques crieront peut-être au mauvais goût et à l'outrance; nous pencherons plutôt pour la richesse, la générosité, l'hommage et le talent.

 

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