Mass Effect sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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BlackLabel PS3

Vers l'infini mais pas au-delà...

Du RPG pas terrible au shooter générique

Mass Effect est un RPG. Mass Effect 2, non. Le 3 encore moins. En trois épisodes, on est passé d'un jeu basé sur l'exploration et le temps joyeusement perdu dans les menus, à un TPS générique où on peut gagner des compétences façon Resident Evil 4 (même si dans RE4 ça concernait les armes). On est passé d'un jeu aéré au niveau du rythme, à un shooter chiant.

Dans Mass Effect, on joue à un jeu de science-fiction. Le gameplay est pensé de manière à nous faire vivre ce genre d'aventure, et même s'il n'est pas original ni forcément pertinent, au moins il a son identité à lui. Dans Mass Effect 2 on flingue, on flingue et... on flingue. C'est Gears of War avec des pouvoirs. Dans Mass Effect on explore des planètes. Dans Mass Effect 2 on... flingue dans des couloirs.

En trois épisodes, Mass Effect n'a cessé de perdre des aspects du gameplay. Les plus grosses pertes ont lieu dans le 2 ; disparition de l'exploration et de l'aspect RPG. Donc on ne visitera plus de planète en véhicule tout-terrain, et on ne passera plus de temps dans les menus à choisir des mods pour ses armes et celles de nos compagnons, et pour nos armures, etc. Dans le 2, on débarque dans un couloir, et à chaque niveau gagné on distribue les points en 5 secondes, et c'est tout. Dans le 3 disparaîtra le piratage, et le retour avorté des mods forcément simplifié sur cette gen de la honte ne sera pas convaincant.

Mass Effect 2 n'est pas devenu un jeu d'action. L'action est déjà présente dans le 1, même si la jouabilité n'est pas fâmeuse du tout. Ce qui donne au 2 son allure de jeu d'action, c'est un gameplay de gunfight plus fonctionnel, et... ben rien. Y'a rien d'autre. Plus d'exploration, plus de prise de tête dans les menus. À la place d'explorer, on flingue. Mass Effect 2 s'est contenté d'être un jeu d'action, là où dans le 1, c'était un des aspects du jeu. Pour ça que pleins de joueurs l'ont pas aimé, car de base, des gunfights incessants sur 8 heures de jeu, c'est redondant. Alors sur 30, quand en plus ils sont répétitifs...

Et ça résume le drame de cette trilogie. Elle n'a cessé de s'améliorer sur la forme, et de se dégrader sur le fond. On commence avec un premier épisode chiant comme la mort, avec des bonhommes qui conservent leurs bras le long du corps pour parler de manière monocorde dans des espaces grands et vides, ou des couloirs avec zéro élément de décors ; car non, une succession de cubes ça n'est pas un décor. Dans le 3 les décors sont composés, y'a un univers visuel, les personnages bougent et occupent l'espace durant lse dialogues, les gunfights sont relativement génériques, mais ils fonctionnent, et le système de pouvoirs lui donne de l'intérêt. Mais il n'y a plus rien à visiter. Plus de planètes. Le temps qu'on perd dans les compétences et les armes, ce sera à cause des temps de chargement.

Bioware, au lieu de corriger les défauts, les a éliminés. S'il fallait procéder de cette façon, c'est-à-dire éliminer les défauts de Mass Effect, ben ils auraient pu carrément mettre un terme à la série. Tout est défectueux dans Mass Effect. Dialogues chiants, Mako (le véhicule tout-terrain) peu agréable à conduire, menus pas ergonomiques, gunfights frustrants. Il suffisait de faire ça en mieux, c'est tout ce que demandaient les joueurs.

C'est sûr que dans le 2, les menus sont ergonomiques ; y'a plus rien à faire à part distribuer des points. C'est sûr que les gunfights fonctionnent mieux, mais ce ne sont plus ceux de Mass Effect, ce sont ceux de Gears of War. Dans le 1 le personnage se colle tout seul à la couverture ; ça fonctionne mal mais ça pouvait s'améliorer, d'ailleurs on retrouve ce système dans Army of Two 2 et c'est le meilleur de la gen. Dans ME 1 on peut s'accroupir. On sent le poids du personnage lorsqu'il se déplace, et la caméra est placé à bonne distance. Dans le 1 on a un jeu imparfait, mais avec sa propre identité en devenir. À partir du 2, on a un énième shooter.

Mass Effect a viré tout ce qui faisait de lui un jeu à part. Par contre il a gardé ; des dialogues trop longs et sans impact émotionnel sur les autres personnages. Des clones partout, même les ET ont un gabarit humain. Genre y'a pas de grands ou de petits ou de gros, ou de trucs à quinze pattes, à part dans un coin du décor dont l'ET ne bougera jamais comme les volus et les espèces de gorilles immobiles. Mais dans les gunfights, y'a juste des ET athlétiques de 1,80 mètres.

Space soap opera

Après avoir fini le 1, je suis passé au 2 que j'avais déjà bouclé une fois ; je passe tous les dialogues. Ils ne fournissent strictement aucun plaisir, leur rôle se limitant à fournir de l'information.

Mass Effect a une histoire solide et relativement bien construite, même si très banale. On pourra tiquer sur le fait que les ET parlent tous anglais, qu'ils sont tous capables de communiquer entre eux, qu'ils sont tous humanoïdes, mais le vrai souci, c'est qu'on s'endort dans Mass Effect (dans les 3 d'ailleurs).

À part dans de rares scènes vraiment inspirées, le reste du temps les personnages n'existent pas, ils servent juste à déblatérer des longues lignes de dialogues servant à décrire l'histoire d'un jeu aux décors inexistants. Y'a zéro mise en scène, zéro implication émotionnelle. Gros donmmage, car les personnages principaux ont des visages réussis, mais dont les créateurs ne font rien.

Alors on suit tout ça quand même, car derrière y'a une histoire. Ça pourrait se résumer en gros à ; y'a une grosse menace sur la galaxie, un ennemi qu'on pensait légendaire mais qui existe vraiment est de retour après 50 000 ans d'absence, et on va voir comment trois personnages y réagissent ; Saren, l'Homme-Trouble, et le Commandant Shepard. Trois destins, trois personnages qui ont conscience du danger, et qui essayent de trouver une façon d'y survivre ; l'un par la soumission, l'autre par le désir de supériorité, et le dernier par la résistance. Sur le fond c'est solidement pensé.

Mais qu'est-ce que c'est chiant... Toutes ces scènes dont on comprend l'importance sans jamais la ressentir, tous ces enjeux potentiellement passionnants... dont on se fout royalement. La relation nouée entre Liara et Shepard (dans mon cas) d'une grande sensibilité, mais en même temps insipide, parce que ça parle trop, parce que rien n'est suggéré ; tout est dit, expliqué, mais rien n'est vécu. Tout se résume a du blabla. Liara nous parle de la culture Asari dans un jeu qui se résume a des couloirs et des espaces vides, le tout uniformisé. Il est où dans ce jeu, le témoignage des centaines de cultures différentes qui devraient le composer, quand même les planètes sont toutes pareilles, à part la couleur ? Ashley Williams passe son temps à nous expliquer pourquoi elle est raciste... mais elle ne l'est jamais... Les personnages donnent leurs opinions, mais ne les vivent pas, ou de manière si diaphanes qu'on peut difficilement y croire. Le Krogan est censé être un tricératops qui pète les plombs facilement, alors qu'il est, comme tous les autres, un bonhomme immobile avec les bras le long du corps.

Vient le choix cornélien ; je sauve le gars ou la fille ? Ben la fille, parce que j'ai pas envie de me taper le gars... C'est ça, être impliqué dans Mass Effect. Parce que les dialogues n'ont pas d'impact, parce que Pragma ou Conciliant, l'équipage du Normandy conservera exactement le même moral et les mêmes répliques, parce que dans les deux cas on est un type super. On aurait pu avoir un Shepard qui donne envie aux autres de se battre à ses côtés, et un autre qui met tout le monde à cran. Ça marche dans les deux cas, parce que c'est l'avenir de la galaxie qui est en jeu, donc les compagnons de Shepard n'ont pas forcément besoin de l'apprécier pour le servir. Mais non, tout ce qu'on modifie, ce sont les répliques de Shepard, et des trucs osef dans la structure narrative. J'ai détruit cette colonie osef que de toute façon je n'ai jamais visité, j'ai sauvé cette race osef au détriment d'une autre tout aussi osef. Par contre je peux rabaisser tel perso en permanence, il sera toujours honoré de servir à mes côtés...

 

Il y a des éléments solides dans le premier Mass Effect, mais dans un jeu avorté. Sans être aussi catastrophique, c'est un peu comme Prototype ; le jeu n'est clairement pas fini. Il n'y a pas de décors, pas de level-design, les dialogues sont trop longs et peu judicieux. Le fond est là ; un gameplay sur lequel construire même si pas original, une histoire possiblement passionnante si bien racontée, un système de choix qui aurait pu impliquer le joueur. Les suites vont un peu améliorer certains points, en laisser malheureusement d'autres, mais la saga ne sera jamais à la hauteur de son potentiel. Pour une fois qu'on a une bonne histoire sur cette gen, c'est sur tout le reste que le jeu flanche. De l'incompétence ou de la fainéantise, un manque d'idées et d'inspiration. Si je peux tolérer un jeu pas fâmeux au niveau du gameplay, des dialogues longuets, ou encore une mise en scène plan-plan, je ne vois pas comment je peux accepter des décors vides et uniformes, des clones partout. Un univers qui a tout pour lui sur le papier, et qui n'assure que le minimum dans les faits. Un jeu qui peut nous émerveiller visuellement sans faire de gros efforts techniques, et qui n'en fait tellement aucun sur le plan artistique. Mass Effect, c'est un jeu dont je perçois les qualités, dont j'accepte les défauts, mais où je ne m'explique pas l'absence d'aspects élémentaires.

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