Assassin's Creed sur PlayStation 3, le test de etar1p

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etar1p PS3

Miroir aux alouettes

Charmeur, AC l'est sans le moindre doute. Ses  graphismes d'une beauté féroce, son animation hypnotique ; elle l'est tellement que l'on ne se rend pas compte pendant un moment qu'une partie du  gameplay manque cruellement d'ambition et d'intérêt mais j'y reviendrai. Je fus également très impressionné par la densité et la richesse de la foule, ainsi que du niveau de détail suffisamment élevé des environnements pour rendre les villes immersives et un minimum crédibles.

Les ambiances sonores, composées par Jesper Kyd, m'ont aussi agréablement surpris car à des instruments et des sonorités évoquant parfaitement l'orient, se mélangent des sons plus synthétiques, plus modernes mais, au final, jamais discordants entre eux. Pas plus que tous les éléments visuels, interfaces et autres filtres technologiques, qui peuvent surprendre au début mais qui finalement confèrent au jeu un petit cachet.

On est donc avec délice dans l'univers d'Assassin's Creed. Tellement que malgré ses défauts, je ne résiste pas à l'envie de le relancer, de temps à autre, rien que pour gouter à nouveau à la terre sainte, sa campagne et ses villes. On est bien dans cet univers, on y croit…pendant un temps tout du moins.

Car le plus gros problème, celui qui nous éjecte du jeu, c'est sa répétitivité empoisonnante. Le gros de l'histoire est simple et dépouillé, 9 cibles à abattre, avec d'abord l'enquête puis l'assassinat. Les séquences d'assassinats sont plutôt plaisantes, elles varient un peu et les petites scènes cinématiques introduisant nos cibles mettent parfois bien en avant leur cruauté,  à tel point que l'on se délecte de ce qui va suivre, même si l'on peut déjà observer ici un peu de répétition. Le problème vient donc de l'enquête, identique pour chacune des 9 cibles, offrant peu de méthodes, le plus souvent sans aucune crédibilité et également sans aucun intérêt, que ce soit au niveau de l'histoire, comme en termes de challenge. Les rares objectifs secondaires ne valent guère mieux et les points d'observation trop nombreux finissent par énerver plus qu'autre chose.

Malheureusement le niveau ne sera guère relevé par une prise en main en demi-teinte. Si les combats sont ce qu'il y a de plus sympathiques, ils sont tout de même handicapés par une IA mollassonne, néfaste pour le rythme, provoquant irrémédiablement ici et là une suspension de l'action plus que malvenu. Mais on peut en partie compenser cela, être sans cesse à l'attaque, saisir des gardes, lancer des couteaux. Certains ennemis peuvent briser notre garde, nous attraper, contrer et chacune de leurs attaques nécessitent une commande précise en réponse. Bien sûr on peut reprocher à leurs attaques de ne pas faire très mal et à notre barre de vie d'être importante mais il y a un peu de tension et d'immersion alors que dans la plate-forme il n'y en a aucun des deux. J'apprécie aussi le côté réaliste des affrontements, l'entrechoquement des lames. On frappe 3 fois le garde, 3 fois nos lames se touchent mais il ne s'agit pas pour autant de parade, ça fait diminuer sa "barre de vie" et le 4eme coup, le seul à toucher sa chair, lui est fatal.

L'aspect le plus raté de la maniabilité se révèle donc être la plate-forme. Deux boutons à maintenir enfoncés en plus du joystick à pousser et puis basta. Non pas simple et accessible, la plate-forme se révèle ici simpliste. Alors oui, les escalades et cascades sur les toits ne sont entachées par aucun gros défaut de maniabilité, tout juste pestera-t-on contre les sauts loupés d'Altaïr ou son refus d'agripper certains éléments que l'on penserait à sa portée. Mais le problème, c'est qu'à niveler vers le bas sa partie plate-forme, on n'y trouve certes aucunes contrariétés majeures et libres à chacun de se satisfaire de son exécution visuelle, mais on n'y trouve aussi et surtout aucune sensation de jeu concrète. En somme, si l'animation est belle, rapide ou encore fluide, elle laisse le joueur apathique face à un gameplay d'une platitude navrante.

Pour revenir quelques instants sur l'IA, je dirais que pour l'infiltration, elle n'a d'intelligente que le nom. Pour prendre un exemple, quand on tombe sur un groupe de gardes sur le qui-vive, et que l'on croise leur chemin, bien sur ils nous repéreront. Quelles options le jeu nous offre-t-il ? Et bien au-delà de faire demi-tour, de les contourner ou de se cacher, il y a ma préférée : marcher vers eux mais ...plus lentement avec les mains jointes comme un moine !? Premier problème, on a toujours tout notre arsenal sur le dos, bien en évidence, compte tenu du fait que l'on est seul et non pas camouflé au milieu d'un groupe de moines, seul moment où cette commande devrait être disponible! Et surtout, comment le fait de marcher plus lentement puisse-t-il mieux me faire passer incognito (idem à cheval entre aller au pas ou au trot)? On est d'accord, ce n'est pas plus discret, c'est le même homme mais plus à la même vitesse ! Alors quand on veut passer devant eux et qu'il n'y a pas de moines pour se camoufler on tente une tactique comique et l'IA n'y voit que du feu, sérieusement !

Hélas, il ne faudra pas non plus compter sur son scénario pour venir changer la donne. En premier lieu, la trame de Desmond est foirée de A à Z. D'abord par un personnage pas une seule seconde crédible, otage passif au-delà de toute vraisemblance, dans lequel on ne croit plus passé sa 3eme réplique mémorable, prononcée avec la plus grande nonchalance vis-à-vis de sa propre situation : "bon,  qu'est ce qu'on fait maintenant ?". Je vais te le dire moi, on se barre ou du moins on essaye, on résiste. Ensuite parce que la plupart des éléments entourant l'animus ne sont absolument pas convaincants. La 1ere fois que j'ai fait le jeu, sans doute pas très attentif face à la déception que fut ce pan de l'histoire, j'étais persuadé que Desmond revivait les souvenirs de son ancêtre en étant passif. Alors que pas du tout, Desmond joue son ancêtre, et pourquoi ? Pour offrir au jeu une mise en abyme fort maladroite.

Cette idée que Desmond contrôle Altaïr peut impliquer à mes yeux tellement de complication que l'animus en devient complètement obscur mais je ne vais pas m'étendre là-dessus. La vision d'aigle aussi, la 1ere fois, je l'ai comprise de travers. Je pensais que c'était un filtre de l'animus pour le confort de Desmond (et le nôtre). Je me rappelais de cette conversation où Desmond se demandait pourquoi il comprenait les gens dans l'animus et qu'on lui répondait que la machine traduisait, utilisait des filtres pour faciliter la synchronisation. En réalité la vision d'aigle est présentée comme une vraie compétence des assassins. Dans ce cas, je n'ai jamais vue un sixième sens, sorte d'acuité visuelle, plus mal représentée que ça, esthétiquement parlant. C'est d'avantage un super-pouvoir ridicule, q'un sixième sens. 

Enfin, Desmond intervient trop souvent et pour rien, les passages le concernant sont inintéressants, faire des allers-retours entre la machine et le lit, lire des mails en majorités inutiles, je trouve ça tellement palpitant. Le rythme s'en trouve haché, la fin du jeu est d'ailleurs, à ce niveau-là, un vrai supplice et surtout, son environnement étriqué et froid contraste difficilement pour moi avec la taille et surtout la chaleur de l'orient ressentie quand on joue Altaïr.

La trame de ce dernier est meilleure (ce n'est pas compliqué) mais elle n'est pas franchement réussie pour autant. Elle a des sursauts, par exemple quand on découvre le complot ourdi par des templiers à la fois chrétiens et musulmans, c'est sympa. Idem pour certains dialogues entre Altaïr et son maitre, j'ai trouvé ça pas trop mal écrit et ça rend le personnage un peu intéressant et attachant. Si Desmond et l'animus furent une mauvaise surprise, la magie de l'orbe d'éden ne m'a pas posé de problème. Seulement voilà,  il faut aussi compter avec des scènes de confessions aberrantes de bêtises dans la forme et bien sûr, le reste du temps, sur ces phases d'enquêtes vite indigestes.    

En conclusion, et sans mentir, il y a des aspects et des moments où j'apprécie AC. Dans ces instants en apparence fait de pas grand-chose ou le jeu sait être magique, comme lors d'une ballade extatique à cheval à travers la terre sainte, ou dans les rues chaudes de Damas à écarter la foule du bras, ou encore (la frime) installé au sommet d'une cathédrale imposante. Mais ces moments fugaces ne fonctionnent que lors des 5 premières heures de jeu, quand on fait (ou refait) pour la 1ere fois chaque ville et la campagne qui les sépare. Malheureusement au-delà, usé que l'on est de répéter les mêmes séquences, on finit par n'avoir plus qu'une seule envie, c'est d'arrêter ou d'en finir au plus vite. Seulement, 5 heures de jeu, ce n'est qu'un tiers de l'aventure. AC est attirant, envoûtant, on à parfois du mal à lui résister, on veut prendre la manette mais dès que l'on gratte un peu, le vernis s'écaille et c'est bien malheureux.

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