Rage sur PlayStation 3, le test de grigann

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grigann
6
grigann PS3

Johnny, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Rage est un jeu que je ne peux pas m'empêcher de défendre malgré tous ces défauts. Peut être parce qu'au fil des previews, j'avais fini par me convaincre que Rage serait un échec complet et marquerait la fin d'id Software. Et si on frôle quand même la catastrophe, impossible de ne pas sentir que la bête bouge encore, et que ces vétérans du FPS sévèrement burné pourraient encore renvoyer sur les bancs de l'école nombre de leurs concurrents. Si ce n'est tous.

Le vieux beau...

Mais pour cela, il faudrait d'abord qu'ils se débarassent de leur département marketing. Comme pour Duke Nukem Forever, impossible en effet de ne pas remarquer à quel point l'envie de contenter un public plus jeune, plus large, imprègne le jeu. Comment expliquer autrement la quantité incroyable de choix malheureux et d'erreurs grossières qui accablent ce qui n'est finalement qu'un shooter old-school ? Soumis à un improbable lifting, Rage tente sans cesse de dissimuler sa véritable nature sous des artifices idiots qui finissent par tuer lentement le plaisir simple de ces gunfights jouissifs. D'abord en imposant une structure semi-ouverte, avec ce que cela comporte d'allers-retours inutiles entre le lieu des affrontements et le camp de base où nous attend la prochaine mission. On se retrouve du coup avec un FPS au rythme complètement flingué, où chaque dosette d'adrénaline est entrecoupée des longues siestes ludiques, à conduire un buggy ou pire, à parler des gens. Ha oui, parce qu'on essaye de nous raconter une histoire en plus, une du genre pourrie et incohérente, au travers de dialogues mal écrits, mal doublés. Bref. Dans le même ordre d'idée, on a aussi mis des marchands dans les "villes" du jeu, qui te vendent des trucs et des machins mais surtout des munitions. Et on passe du coup de trop longues minutes à revendre toutes les merdes glânées au fil des niveaux contre des caisses entières de munitions (la seule denrée utile de Rage). Super intéressant. 

...et la potiche

Je pourrai aussi te parler des mini-jeux ou des courses de buggy, mais sincèrement on s'en fout : si tu as deux sous de bon sens, tu zapperas sans regrets ces activités annexes simplistes et ridiculement déplacées dans un Doom-like. Par contre, je vais te causer un peu de l'auto-regen. Je sais, je sais, c'est un combat d'arrière-garde. Un truc de vieux con. Les FPS ont changé, et faut t'y faire pépé. Mais quand même, merde quoi. On a des affrontements qui pulsent bien, on retrouve même quelque fois le bonheur immédiat d'un strafe & shoot basique, et qu'est-ce qu'il faut faire pour se soigner ? S'agenouiller derrière une caisse pour un caca express. En 2012, le joueur de FPS serait-il donc trop con pour gérer intelligemment ses ressources en plein combat ? Trop mauvais peut être ? Quand est-ce que les game designers se rendront compte que dans un shooter viscéral comme Rage, savoir que l'on peut s'en sortir en tirant quelques rafales bien à l'abri derrière sa caisse, c'est juste tuer le plaisir du jeu ? Que ça transforme un jeu d'action rapide basé sur le mouvement en guerre des tranchées pour asthmatique ? Que ça enlève une bonne partie du stress post-combat "merde merde il me reste qu'un putain de medikit" ? Que ça transforme le mode Nightmare en aimable promenade de santé le long de la maison de retraite ? Que c'est, en un mot comme en cent, juste une mauvaise idée ? Enfin, note aussi qu'il y a pas mal de gadgets à construire et à utiliser. Mais comme pour les mini-jeux, on va oublier vite fait. Ca n'apporte rien et ça complexifie bêtement le gameplay d'un jeu qui aurait du rester humble et simple.

La brute...

Parce que sinon, oui, une fois qu'on a bien gratté tout le vernis moderniste, il y a un beau FPS. Un couillu. Les gunfights y sont nerveux, percutants, notamment lors des affrontements contre des hordes de mutants griffus surgissant de toute part ou lorsque des mini-boss armés de Gaitling s'amusent à arroser le terrain de jeu. L'arsenal à disposition tombe aussi bien dans la main, le feeling des armes est excellent. Difficile par exemple de me souvenir quand un shotgun a sonné aussi juste à mon oreille. Une patate terrible, une dispersion juste ce qu'il faut, je crois qu'il faut remonter à Doom 3 pour retrouver un pompe aussi plaisant. Et puis les ennemis dans Rage sont variés, superbement animés, et crédibles dans leurs attitudes. Surtout, comme dans les précédentes pépites du développeur américain, ils sont instantanément identifiables, avec pour chacun des schémas d'attaque clairement définis. Tu rajoutes à tout ça un PUTAIN de moteur graphique, le genre qui tue la gueule (sur X360 en tout cas), et qui envoie un framerate impeccable de bout en bout, et tu obtiens ce qui aurait du être le meilleur FPS bourrin depuis..... la dernière partie de Doom3 ?

...et les truands

Allez, un petit mot sur le multijoueur avant de conclure. Deux mots : anémique et essentiel. Anémique car il n'y a que deux modes de jeu, dont un mode FFA en buggy ridicule et juste pas drôle à jouer. Et puis il n'y a pas de deathmatch, et ça dans un jeu estampillé "id Software", ça me fait bien mal aux fesses. Essentiel parce qu'il faut absolument jouer aux dix missions coop disponibles, de préférence en Nightmare, pour vraiment comprendre ce qu'aurait pu être Rage : ennemis nombreux, agressifs, rythme soutenu, scénarisation minimale... Du très bon, du très très lourd.

"I have a dream"

Du coup, malgré l'impression persistante de gâchis, je ne peux pas m'empêcher d'espérer un réveil de la Bête. Quand je m'ennuie dans le RER je m'imagine un Doom 4 avec ce putain de moteur graphique, avec ces animations de malade et avec l'intensité des dernières missions coop. C'est ça Rage en fait : l'espoir d'un avenir qui chante pour nous, les vieux cons du FPS. Qui vivra verra...

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