Rage sur PlayStation 3, le test de BlackLabel

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BlackLabel PS3

Beaucoup de boulot, peu de ciboulot

Rage a eu besoin de 6 ans de développement si je ne me trompe pas. Et on les sent. Je n'ai jamais eu l'impression d'un jeu qui se moque des joueurs, insulte leur intelligence ou vise leur portefeuille. Les gars qui ont travaillé dessus ne sont pas des feignasses. Ils aiment le jeu vidéo, ce sont des purs et durs comme chez Rockstar. Malheureusement ce n'est pas leur seul point commun avec Rockstar. Le jeu n'a pas de ligne claire, il part dans tous les sens. Les bons éléments, voire les excellents éléments sont là, mais gâchés par un tas d'idées bancales. On aurait pu jouir d'un FPS action bas du front qui nous aurait donné la fièvre du frag tout en humiliant toute la concurrence, et on se retrouve avec un jeu complexe pas très convaincant, à la fois trop old-school au point d'être archaïque, et très current-gen sur la structure RPG artificiel.

C'est beau ?

Non. Rage n'est pas beau. Il tue. C'est un chef d'oeuvre. On sort d'une capsule spatiale au début du jeu, et là on se retrouve face au premier panorama du jeu et je me dis :"C'est beau... je veux jouer à ce jeu". Un simple panorama. Pas une scène d'action débile avec des explosions partout et la caméra qui tremble. Rage appartient à la race des grands jeux de cette gen sur le plan graphique, avec Castlevania Lords of Shadows, les Uncharted, Red Dead Redemption. Il est au carrefour des grands axes qui font un vrai beau jeu ; un moteur graphique solide, une direction artistique inspirée, une modélisation réussie, et le sens de la composition des décors. Il imprime des images dans la cervelle, comme le sous-marin rouillé dans la jungle d'Uncharted 1, ou le cimetière à bateaux du 3, ou encore les horizons de Red Dead Redemption.

Dans les villes et les donjons, la densité de détails est affolante. Le bestiaire est varié, aussi bien visuellement qu'au niveau des animations. Le jeu de contraste entre ombre et lumière est sublime. Pas un décor ne se ressemble. On a des Deus Ex ou des Mass Effect 2, avec des décors photocopiés tout au long du jeu. Et on a Rage où chaque lieu qu'on visite semble unique, et où la répétition ne semble pas exister. Chaque nouveau lieu est une nouvelle découverte.

Le jeu a été profondément optimisé. Cela veut dire que si on y regarde de près, on découvrira des textures floues. Rage a fait le choix d'un rendu global époustouflant et d'un frame-rate qui ne faiblit jamais. Et il a eu raison. Ainsi, une belle enseigne en relief sera moins séduisante de très près. Une plante sera pixelisée si on se met le nez dessus. Reste au joueur à jouir d'un jeu magnifique, ou de passer son temps les yeux collés sur les textures.

Il y a tout de même des soucis. Lorsqu'on tourne trop vite la tête, les textures peuvent mettre du temps à apparaître. Les corps des ennemis ne s'entassent pas, ils se pénètrent à cause de bugs de colission. C'est laid, et ça nous empêche de jouir d'un entassement de cadavres (ben oui quoi, c'est rigolo des morts entassés !), et ça complique aussi la tâche pour les fouiller, sachant qu'il faut trouver un bout qui dépasse. Lorsqu'on utilise un accessoire tel une tourelle, le jeu freeze quelques secondes. Les chargements sont longs (l'installation du jeu l'est aussi, terriblement longue), ce qui est plutôt chiant quand on sauvegarde, d'autant plus qu'on peut sauvegarder quand on veut. Mais ça tue !

Ça raconte quoi ?

Alors là, les festivités commencent... Rage ne raconte rien d'intéressant. C'est un de ses innombrables jeux qui nous explique son background dont on se fout complètement. Son background, il aurait dû le poser dès le début pour ensuite nous raconter une histoire.

En gros on vient de l'espace, notre capsule spatiale (une Arche) s'explose sur Terre et on est le dernier survivant. On est recueilli par un type et on nous explique que l'Autorité va essayer de nous mettre la main dessus. Au lieu de se cacher, on va nous envoyer faire des boulots tous plus cons les uns que les autres (au bout de 5 minutes de jeu, genre le gars arrive sur Terre, tous ses copains sont morts dans la capsule sauf lui, mais il est frais et dispo !) ; nettoyer un repaire de vilains, aller voler un moteur de bagnole dans un autre repaire de vilains, descendre au sous-sol pour réparer le robinet de la ville. Au début on nous demande tout ça poliment, genre on a quand même l'impression de rendre service. À la fin dans la dernière ville on nous parle comme à une merde et le jeu ne nous cache plus qu'on est juste un larbin.

Pourquoi l'Autorité veut nous mettre la main dessus ? Pourquoi font-ils des mutants (oui, y'a des mutants) ? Soit je ne m'en souviens plus tellement c'était insignifiant, soit ça n'a pas été expliqué. Le drame de Rage, c'est de posséder un univers visuel très réussi qui ne sert strictement à rien au niveau scénaristique. Le scénario est de plus très envahissant car il structure le jeu, donc on aura aussi des missions juste basées sur des dialogues. On se rend au point B, là un type nous parle puis nous remet un objet, et il faut revenir au point A. Ok... Et moi là, je peux jouer, ou je fais juste le taxi ?

La narration est à moitié réussie. Dans les villes, on croise des PNJs qui nous disent bonjour, ou d'autres choses moins agréables, tout cela laissé à la discrétion du joueur. Ils changent régulièrement de place selon note progression, et leurs dialogues changent également, nous remerciant de les avoir aidés pour resserrer le boulon du robinet du sous-sol notamment. Donc tout ce qui est secondaire est correct. Par contre les scènes principales sont ratées ; les protagonistes restent à la même place dans la même position, bougent trop souvent les bras et de manière très mécanique, un peu comme le robot doré dans Star Wars. Tout se passe à la première personne, et rien n'est imposé, donc au lieu d'avoir une cinématique avec mise en scène, on a une structure narrative répétitive, et pas du tout soutenue par un scénario digne de ce nom. On s'emmerde donc gentiment, attendant que le gars finisse de parler pour contracter la mission. Bref, un ratage sur pratiquement tous les plans.

On s'amuse ?

Rarement. Il y a une vraie intensité dans les missions contre les mutants, créatures qui nous foncent dessus pour nous frapper aux corps-à-corps. Pas de chichi, on y va au fusil à pompe. Dans la dernière partie du jeu, il y a une mission où on est carrément envahi, avec comme mise-en-bouche une longue série de couloirs pleins de bruitages crispants façon survival-horror. Là Rage est à son meilleur ! La tension grimpe doucement, puis les pas-beaux débarquent en nombre !

Le reste du temps Rage ne parvient pas à insuffler de fièvre du frag. Les ennemis sont trop résistants et pas assez nombreux ; il faut vider un chargeur à chaque fois, et même les headshots sont inefficaces. Il y a une raison à cela ; on peut utiliser toutes sortes de munitions différentes, et aussi des accessoires. Donc en gros le matériel de base est relativement peu efficace pour nous pousser à user du boomerang à lames tranchantes, ou des voitures téléguidées explosives, ou encore de munitions spéciales. Le problème c'est qu'au lieu d'avoir un jeu d'action intense, on joue à un FPS pas forcément stratégique. On a le choix entre l'inefficacité frustrante, ou l'efficacité qui ruine le jeu. On peut rester caché dans un coin et laisser des araignées robots mitrailler tout le monde et même les découper les ennemis en morceaux ; les sensations de jeu là-dedans ?

Au début c'est intéressant car on se dit que le jeu regorge de possibilités. Sauf qu'un FPS de base aurait été selon moi beaucoup plus grisant. Rajoutons à cela un level-design composé seulement de couloirs étriqués... Très bien contre des mutants car ça accentue l'impression d'étouffement, ça perd tout intérêt contre des ennemis plus classiques. Même les espaces qui semblent ouverts sont une suite de couloirs, un peu comme les files d'attente en serpentin dans un bâtiment administratif. Donc on a au bout de tout ça un jeu répétitif qui a tout fait pour ne pas l'être ; un bestiaire varié, des comportements différents, plein d'armes, de munitions différentes, d'accessoires. Mais on ne s'amuse que trop rarement. La plupart du temps, au lieu de nous ouvrir à des possibilités, le jeu perd en fait en efficacité.

À cela s'ajoute une structure RPG qui ne sert à rien. En gros pour se rendre dans les donjons, on va y aller en bagnole dans un faux monde ouvert. Faux, car quand on est sur la carte, il n'y a rien à faire ; on va croiser des bagnoles méchantes, des tourelles, mais c'est tout. Cette carte ne sert donc qu'à se rendre dans les donjons via un Motorstorm du pauvre. Là encore, une struture éclatée vient gâcher un jeu qui aurait tout gagné à être une aventure linéaire. Dans les villes, on pourra avoir accès à des quêtes secondaires pas terribles ; soit elles sont anecdotiques, soit elles nous font retourner dans les donjons déjà visités. Des mini-jeux tous plus nuls les uns que les autres, et des courses automobiles très arcades dans lesquelles on n'aura pas vraiment envie de s'investir car ça n'a rien à faire là.

J'avais lu que la deuxième partie de Rage avait été rushée, et la fin bâclée. Bon déjà moi j'y ai vu trois parties... et la dernière tout aussi travaillée que le reste. Quant à la fin, oui elle est nulle y'a aucun doute, sauf que scénaristiquement tout le jeu est nul. Rage n'a été pas été rushé selon moi, ils ont eu 6 ans quoi. Le jeu dure une douzaine d'heures, mais c'est une douzaine d'heures avec une quantité et une densité de travail remarquables. Rage a eu trop d'ambitions, et pas forcément les bonnes. En sortant un jeu simple et bas du front, on aurait probablement joué avec la sueur au front à une expérience intense, un FPS pur et dur à l'ancienne dans des décors splendides, face à des ennemis toujours différents. Il a voulu être aussi un RPG current-gen sans histoire à raconter, et en incluant des éléments bien fichus niveau équipement, mais qui n'ont rien à faire là. Cette complication vient malheureusement nuire à une expérience simple. Le mariage ne prend pas. Des qualités trop étrangères s'annulent les unes les autres. C'est, avec Red Dead Redemption, une de mes grandes expériences avortées de cette gen.

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