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La next-gen, pour quoi faire ?

La next-gen, pour quoi faire ?

Par Nicolas Courcier - publié le
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Les moments de transition entre deux générations de consoles sont souvent excitants, aussi bien pour les joueurs que pour l'industrie. Et comme à chaque fois, des questions se posent : quid du taux d'adoption de ces nouvelles machines ? Faut-il sauter le pas ou attendre un peu ? L'économie du jeu vidéo peut-elle se passer d'une telle effervescence ?

L'attrait de la nouveauté

Du côté des joueurs, le constat me paraissait entendu. En raison d'un line-up assez faiblard et de leur prix élevé, les Xbox One et PS4 devaient, je le pensais, passer encore un peu leur tour. A quoi bon après tout, tant le syndrome bien connu de la "pile de jeux à terminer" guettait les possesseurs des current gen que nous sommes ?

Certains des titres les plus réussis de l'année passée sont encore sous blister, d'autres sont minutieusement planifiés pour être joué dans une période de vacances donnée. En bref, il reste de quoi faire ! Surtout que se procurer une nouvelle console signifierait repartir à zéro. En effet, l'une des erreurs faites (consciemment) par les constructeurs a été de ne pas doter leur nouvel engin de la fameuse retrocompatibilité (autant sur les titres physique que dématerialisé). Pas question donc d'achever son catalogue PS3 et Xbox 360 sur leur successeur respectif, pas plus que d'acheter un jeu dématérialisé sur current-gen pour le poursuivre sur next-gen. En somme, pas de quoi rassurer le gamer et le laisser envisager un passage à la suite de manière plus sereine.

Et que dire d'ailleurs des performances de ces nouvelles consoles ? Pour une fois, le gap technologique ne paraît pas si spectaculaire (rappelons nous du choc entre PS2 et PS3, avec l'arrivée de la HD, malgré des titres du calibre d'un Final Fantasy XII ou d'un God of War II proposés en fin de vie de la machine). Entre un The Last of Us et un Dead Rising 3, le constat n'est même clairement pas en faveur de la nouveauté. D'autant plus que l'émergence du jeu indé et le succès de la Wii ont rendu la composante technique (ou du moins, le simple aspect graphique d'un jeu) moins prépondérant que par le passé. Même si, évidemment, cela reste un sujet largement débattu et prompt à enflammer la foule, la pure performance technique n'est plus aussi glorifiée. Gone Home ou Stanley Parable ont su largement séduire malgré leur visuel passable. Il faut aussi dire que l'évolution graphique se rapproche toujours plus d'un plateau, où nous ne pourrons être constamment surpris. Des jeux comme Assassin's Creed ou Uncharted n'ont d'ailleurs pas tellement vieilli, et, malgré leur grand âge, ils n'apparaissent pas ridicule aujourd'hui.

En bref, il semblait peu acquis que les joueurs se jettent sur les nouvelles consoles. Et pourtant. Vous le savez certainement, Xbox One et PS4 sont en rupture de stock partout ! Sony a annoncé que 2,1 million de machines avaient été écoulés dans le monde début décembre (dont 1 million en 24 heures aux États-Unis, la console signant même le meilleur démarrage de l'histoire au Royaume-Uni, avec 250.000 ventes en deux jours), pendant que Microsoft clamait haut et fort avoir également atteint lui aussi le pallier des 2 millions, quelques 18 jours après le lancement. En France, PS4 comme Xbox One démarrent en trombe aussi, les futurs réapprovisionnement n'étant pas prévu avant janvier ou février. Le plébiscite semble total, tout comme l'excitation des joueurs vis à vis de la nouveauté. 

La marche à reculons

Du côté des éditeurs cette fois, on imaginait déjà le champagne sabré. Il faut dire qu'ils étaient nombreux, chez Ubisoft, Electronic Arts ou ailleurs à appeler de leurs voeux l'arrivée de nouvelles machines, pour relancer une économie un peu morose.

Fait exceptionnel d'ailleurs, le cycle de vie de la Xbox 360 a atteint les huit ans, celui de la PS3, sept années. Une situation rarissime. On pensait ainsi les éditeurs heureux de ces nouvelles sorties, n'hésitant pas à pousser le consommateur vers ces nouvelles sirènes, notamment Sony, à travers son offre d'upgrade d'un jeu PS3 directement sur PS4 contre la somme de 10 €. Et pourtant, on a bien l'impression que les éditeurs traînent la patte. Sony encore - et contrairement à son rival - a largement soutenu sa machine au cours de l'année 2013 avec des sorties comme The Last of Us, Beyond : Two Souls, Gran Turismo 6, Puppeteer ou Rain, l'alimentant en produits de qualité, prompts à assurer une pérennité à sa console, même une fois sa petite soeur mise sur les étalages. Les éditeurs tiers ensuite, qui n'ont pas non plus mis la pression sur le consommateur en sortant la majorité de leur AAA à cheval sur les deux générations (Assassin's Creed IV, Call of Duty Ghosts, FIFA 14, etc., en attendant MGS V ou Rayman Legends l'année prochaine, voire GTA V et The Last of Us ?).

Là encore, une situation peu commune (on l'avait déjà vécu avec Zelda Twilight Princess sur Wii et GC, mais dans une bien moindre mesure). Si le cross-gen se généralise, il ne peut qu'entraîner un nivellement vers le bas des jeux ainsi traités, ralentissant encore plus l'envol de la prochaine génération. D'ailleurs, où sont passés les titres de lancement ambitieux, sexy, capables de justifier l'investissement ? Si Watch_Dogs pouvait donner l'impression d'être ce candidat tant attendu, Ubisoft n'a pourtant pas hésiter à le repousser de quelques longs mois. Les éditeurs ne paraissent ainsi pas pressés de tout miser sur la génération suivante. On remarque d'ailleurs que certains moteurs comme le FOX Engine ou l'UbiArt Framework ont été bâtis pour pouvoir s'adapter aux nouvelles consoles, certes, mais aussi à celles antérieures, ainsi qu'aux smartphones ! Et lorsque l'on lorgne vers 2014,  la génération vieillissante ne s'admet pas vaincu : pendant que l'on attend impatiemment Castlevania Lords of Shadow 2, Persona 5 et Tales of Zestiria se voient eux annoncer sur PS3. L'industrie paraît donc avoir du mal à basculer.

Le saut de la foi

Comment en vouloir aux éditeurs de tenter de surfer sur un parc de machines déjà installées et aussi fort (on parle de plus de 160 millions d'unités au total) ? La période de transition entre current et next-gen s'annonce donc plus longue qu'à l'habitude, mais, contrairement à ce que l'on pouvait imaginer, davantage sous l'impulsion des éditeurs que des consommateurs. Et dans le plan des développeurs, la PS3 (le sort de la Xbox 360 étant lui déjà scellé) paraît rester une alternative viable pour les moins costauds d'entre eux. Le marché se segmenterait alors, voyant la machine de Sony devenir un refuge pour accueillir des projets moins ambitieux, ou financièrement moins risqués - rôle qu'ont tenu les consoles portables pour les générations précédentes. Ces dernières semblent d'ailleurs se marginaliser tous les jours un peu plus.

Si la Vita n'a pas encore vraiment décollé, la 3DS fonctionne plutôt bien, mais se réduit à un écosystème Nintendo, envers lequel les éditeurs occidentaux (dominants aujourd'hui) ne montrent plus d'intérêt et où les "petits" jeux grand public et fédérateurs ont migré sur smartphones et tablettes.

Doit-on envisager un éclatement du marché ? D'un côté, PS3 et 3DS accueillants des produits typiquement japonais et très catégorisés (RPG, baston, shoot) cartonnant majoritairement sur ce territoire et auprès des joueurs les plus hardcore. De l'autre, la "vraie" next-gen sur PS4, Xbox One et PC en Occident, pour les technophiles et fortunés, proposant les jeux les plus ambitieux. Et au milieu ? Une multitude d'offres et de produits intermédiaires sur iOS, Android, Steam, etc. En une seule génération, le jeu vidéo a changé. Il a évolué. Qu'il s'agisse des "nouvelles manières de jouer" (Wii, Kinect, Move), du casual, puis du social gaming, de l'arrivée des plate-formes Android et iOS, et il ne peut plus se contenter de suivre les tendances qui le régissaient jusqu'alors. 

Du point de vue du consommateur, l'affaire paraît entendue : peu d'éléments viennent supporter l'idée qu'investir sur la next-gen est aujourd'hui pertinent. Et pourtant, si son intérêt paraît contesté dans nos foyers, il apparaît pourtant vital pour une industrie plus fébrile que jamais, où l'on sent les éditeurs tétanisés par l'enjeu sachant qu'ils n'ont plus vraiment le droit à l'erreur. Il faut dire que les trois derniers lancements de machine (3DS, PS Vita et Wii U) n'ont pas été des plus reluisants... Quoi qu'il en soit, le marché est en pleine mutation et prend une nouvelle direction encore incertaine, bousculant nos habitudes. Dont les miennes. Car pour en revenir à mon histoire de meuble télé, j'ai décidé cette fois-ci de laisser ma PS3 branchée pour encore pas mal de temps...

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