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Une fille qui aime les Geeks #5

Une fille qui aime les Geeks #5

Madame Cocotte, la geek perverse
Par Salome - publié le
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Depuis quelques années, le mot "geek" est devenu un fourre-tout prétexte à de nombreux stéréotypes parmi lesquels le sempiternel homme des cavernes au cheveu gras règne en maître. Afin que le geek ne soit plus réduit à un terme tendance à la recherche de sa véritable identité, j'irai à la rencontre tout au long de cette saison de "geeks" de toutes confessions, afin d'établir au fil des interviews, un portrait (flatteur) du et de la geek moderne. Chaque semaine, retrouvez une chronique
réalisée par Salomé,
Bloggeuse et joueuse invétérée.

Madame Cocotte, la geek perverse

J'ai rencontré Madame Cocotte dans le boudoir de sa très colorée boutique Boddywood, à la moquette rouge, aux étagères pleines de poupées inquiétantes et aux robes rose bonbon. Passionnée de mode alternative Japonaise, d'informatique et de jeux vidéo, c'est avec jubilation qu'elle commence par me dire que sa plus grande fierté est son trophée « salade de cervelle » dans le très sanglant L4D. Madame Cocotte aime les ours, et emmène Fizzy son ours jusqu'au bout de la nuit dans ses différentes soirées hardcore... Entretien avec une geek qui s'assume.


Tu travailles dans un univers en rapport direct avec la culture geek puisque tu tiens une boutique de robes lolita que tu importes du Japon. Comment en es-tu arrivée à travailler dans ce domaine ?

J'étais geek moi même mais pas dans ce style. J'étais passionnée de mode et à la recherche de trucs différents. Je travaillais avec les créateurs dans le but de mélanger les choses, les styles, les influences pour toujours avoir un résultat différent de la norme. C'est en faisant cette école de mode que j'ai été amenée à connaître ce style de robes Japonaises, en faisant mon dossier de fin d'études dessus. Puis quand le moment est venu de me lancer dans le « monde du travail », j'ai ouvert avec mon ex copain un salon de piercing et tatouages, et un voyage au Japon a tout fait basculer. La découverte de ces nouveaux motifs, de ces vêtements différents nous a donné envie d'en ramener en France afin de les faire découvrir au public français.

Quel est le public pour ces vêtements tout droit sortis de mangas ?

En fait, les jeunes qui lisaient les mangas ont tout simplement grandit, et on adoré les vêtements de mode Japonaise alternative que l'on rapportait. Le problème, c'est non seulement que ces vêtements en France sont très associés aux « filles qui lisent des mangas », et que ces mêmes filles voient ces robes comme un déguisement pour leur sortie du dimanche.

Beaucoup de filles dans la « vraie vie » ne savent pas se positionner dans la société. La semaine c'est jean/basket et elles se créent un personnage manga comme elles les voient dans les magazines ou dans des anime, et cherchent juste la dernière tenue à la mode au lieu de rechercher le second degré, et de ne pas compter que sur l'apparence pour se forger une personnalité.

Il faut comprendre qu'il y a un décalage avec le Japon. Là-bas il s'agit juste de vêtements, il n 'y a pas de règle, alors qu'en France, les consommatrices s'en sont crées. D'une ouverture sur la culture Japonaise, elles se sont de nouveau enfermées dans des clichés.

Tu inities les geeks au shopping donc...

J'en étais restée aux geeks boutonneux avec une barbe, longue de ne pas avoir pu se raser à force de jouer dans leur chambre !

Les geeks ne sont plus seulement chez eux, ils s'ouvrent, mais leur « déplacement » reste encore très maladroit. En essayant de sortir d'une image stéréotypée ils se replongent sans le vouloir dans un autre cliché. Ces filles sortent d'un jeu vidéo, d'un manga, essaient de trouver un style original qu'elles ne se réapproprient pas.

Quand j'ai commencé à m'intéresser aux vêtements lolita, c'est parce que j'étais dans cette image manga, et le vêtement représentait l'aboutissement du côté manga régressif... Et puis je vends des vêtements de gamine pour adulte, il y a quelque chose de pervers non ? Il ne faut pas le remettre dans son contexte Japonais tel quel. Les françaises le prennent trop au sérieux et cherchent le « total look » qui comprend aussi la personnalité candide du manga pour filles. Moi je suis geek, je joue aux jeux vidéo, je m'habille en lolita, quand je le veux, je ne m'interdis pas de regarder du porno... tout ça est un jeu. Ca doit rester ludique, que ce soit perçu comme ludique ou pervers d'ailleurs, et ne doit pas avoir pour but de casser un cliché du geek renfermé pour entrer dans un autre cliché derrière.

On le voit avec l'explosion du style lolita en dehors de Japan Expo, est-ce qu'il n'y aurait pas un phénomène non pas d'intérêt pour la culture geek dans toute sa diversité, mais plus un effet de mode ?

A mon époque on avait Sailor Moon et Dragon Ball en manga. Moi même j'étais fan de la première heure des dessins animés nippons, et je n'arrive plus à retrouver la magie et l'esprit de ceux de ma jeunesse avec les anime actuels...

A l'époque c'était la honte de regarder le Club Do, la tendance c'était 2nde B, Hartley...

En fait ce « plaisir coupable », un peu comme la masturbation, a vu l'émergence d'un petit groupe de geeks du genre « je vais te vendre une vidéo de Gundam, je l'ai faite venir du Japon, mais je vais te faire un prix » suivie de la première Japan Expo avec des gens qui avaient encore du second degré. Sur Game One, on pouvait voir la nuit spéciale des films amateurs qui rendaient hommage à cette culture en marge. Je pense à France Five ou encore à Super Tatane... Au début les geeks étaient capables de faire des choses qui sortaient de l'ordinaire, des choses différentes, non commerciales. Il y avait ce côté regroupement entre « vrais geeks » et pas « élargissons notre passion aux gens qui ne connaissent pas cette culture ». Maintenant Japan Expo est devenue très commerciale. Ils essaient de faire de la culture geek une nouvelle tendance, le problème c'est que cela ne touchera jamais tout le monde...

Tu parles de « vrais geeks »... Qu'est ce qu'un geek pour toi ?

Un geek c'est quelqu'un de passionné par ce qu'il fait. Quelqu'un qui va parler des heures de sa passion... ou plutôt de son problème (rires). Ce que j'aime chez les geeks, c'est qu'on ne peut pas leur enlever d'être à fond dans quelque chose. Moi j'aime les ours, les soirées fetish... C'est mon personnage mais je me suis enfermée dedans, comme beaucoup de geeks. Un geek ne cherche pas à être à la mode.

Alors, tu mets le doigt sur un problème un peu polémique : quelqu'un qui joue aux jeux vidéo parce que c'est la mode est-il un geek ?

Pour moi ce n'est pas un geek. Celui qui va s'acheter une PS3 parce qu'il a vu un reportage sur Heavy Rain sur TF1 n'est pas un geek.

Non, quand je pense au geek j'ai toujours cette petite affection pour le petit monsieur boutonneux... J'aime le vrai geek. Par rapport à ce que je fais au niveau de la mode, je me suis fait ch**r à importer des vêtements, comme d'autres personnes ont importé des jouets. Or la récupération média de ces produits leur ont donné une connotation négative et ont pourri ce pan de la culture geek. Des gens « normaux » qui passent devant la boutique ne voient plus les vêtements pour ce qu'ils sont, c'est à dire des vêtements décalés, mais comme quelque chose qui va les connoter « fans de manga ».

« Fan de manga » est donc négatif? Est ce qu'il y a toujours aujourd'hui une mauvaise image, une peur des geeks ?

Avant, on était les rebus de la société, et il existe toujours ce côté cliché, la « tare » existe toujours, Ca reste une image forte.

Et à quoi serait due cette image négative ?

Je pense que c'est du à la médiatisation...La mise en avant du phénomène geek est à double tranchant. D'un côté ça décoince des personnes qui n'osaient pas s'affirmer, elles le voient à la télé, dans les journaux e se disent « ah, maintenant j'ai le droit », et de l'autre côté, les gens qui n'étaient pas dans le truc s'en éloignent encore plus. Avec la médiatisation, soit t'es geek, soit tu l'es pas, mais tu peux pas rester sans étiquette.

Autre problème que je vis, la culture geek réclame de rester dans un moule. Tu ne peux pas faire ce que tu veux quand tu es connoté geek. Moi par exemple je ne peux pas poser nue librement en vendant des robes de lolita, je devrais être timide, mal à l'aise avec mon corps, et le fait que je ne le sois pas pose beaucoup de problèmes aux jeunes filles qui voient les robes lolita comme un package « candeur manga ». Mais il faut savoir dépasser le trip régressif pour s'amuser avec l'interdit... Rien ne t'empêche de porter une combi en latex en dessous...

Attends attends, tu es en train de me dire qu'un geek peut avoir une sexualité ?

(rires) Moi en tout cas j'en ai une ! Appelez moi ! J'aime faire pipi sur les gens mais je suis une fille mature avant tout.

Est-ce que tu penses qu'après les jeux vidéo, le marché de la sexualité geek va devenir le prochain blockbuster de la culture geek ?

Pourquoi pas ! On voit déjà son influence avec Tokyo Décadence. La sexualité déviante est exposée sur plein de supports au Japon, et il existe beaucoup d'accessoires et de gadgets technologiques consacrés au plaisir. Bientôt, ce seront les geeks qui prendront plus leur pied que le reste de la population. Après tout il n'y a qu'un pas entre le jeu vidéo et la performance vivante, on en est pas encore à se servir de manettes comme gadget sexuel mais ce n'est qu'une question de mise en scène...

Je suis pour la culture geek qui s'assume dans ses excès et dans sa marginalité.

Un slogan pour la fin ?

Même un geek peut avoir une sexualité.

Bien que continuant de subir l'image introvertie qui lui colle à la peau, le geek est un passionné qui laisse libre cours à ses envies, ses pulsions et même ses éventuelles formes de déviance. On peut pointer du doigt une double forme de vigilance, celle qui consiste à ne pas s'enfermer dans une catégorie bien délimitée de « geek » régie par des codes et des limites à ne pas franchir, mais celle également qui pose la question de savoir pourquoi nous sommes attirés par cette forme de marginalité. Après tout, passerions nous tant de temps devant nos écrans si ce temps n'avait pas ce goût d'interdit ? Rechercherions nous tant à partager nos passions et à transmettre le flambeau si ce n'était pour « faire la nique » à la médiatisation grand public qui a tendance à mettre une étiquette réductrice sur tel ou tel domaine d'activité dit « geek » ? La vérité c'est que nous somme tous des geeks pervers, notre perversion nait de cette dualité entre trouver sa place dans notre société... et faire en sorte de ne jamais rentrer dans un moule, même si comme Madame Cocotte l'affirme, le geek lui aussi a droit à sa dose de pénétration.

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