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Les Cahiers du Canada : En avant vers le passé

Les Cahiers du Canada : En avant vers le passé

Par Grégory Szriftgiser - publié le
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La semaine passée, je vous parlais du futur. Cette semaine, c'est le passé qui va m'intéresser.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a comme une prime à la nostalgie depuis peu. Et ça ne concerne pas que les jeux vidéo...


Grégory Szriftgiser, alias RaHaN, est un ancien journaliste jeux vidéo qui a fait ses armes dans la presse papier (Joypad, Joystick, PlayStation Magazine, Gaming) avant de fonder avec ses anciens compères le site Gameblog. Il quitte cette aventure en 2013 pour embrasser une carrière de l'autre côté du miroir, du côté des développeurs de jeux, tout en allant à l'autre bout du monde, au Canada. Il travaille actuellement sur différents projets, mais revient nous voir régulièrement pour publier ces billets d'humeur ou participer à des podcasts.

Le phénomène n'a rien de nouveau, cela fait même un bail qu'on voit se multiplier remakes HD, virtual consoles et compilations de catalogues rétro. Mais il semble que la nostalgie a de plus en plus le vent en poupe. Un peu comme si les gens ressentaient le besoin de se rappeler des bons moments passés pour oublier les tracas du présent...

Récapitulons. La Super NES mini, l'annonce d'un remake de Shadow of the Colossus sur PS4 (après un remaster HD), la compilation Crash Bandicoot, la réédition de vieilles manettes aux formats d'aujourd'hui, l'annonce de Microsoft de la rétrocompatibilité Xbox étoffée, quelques Kickstarter de résurrection de classiques ou de leur esprit, le retour d'Outcast ou de Beyond Good & Evil... moi j'ai l'impression que ça s'intensifie un peu ces derniers temps. Et cette impression vient également d'autres médias. Le retour récent de Twin Peaks ou des X-Files, la suite de Trainspotting, un nouveau Ghostbusters il y a peu, pour la TV ou le cinéma - sans compter les come-backs en musique, ou des choses comme la série limitée de Mag 10, les fameuses Nike auto-laçantes de Retour vers le Futur II, dont l'esthétique aujourd'hui douteuse n'empêche en rien les prix prohibitifs à la revente sur eBay ('tain, 12.000 balles pour éviter de faire ses lacets).

Evidemment, tout cela n'est pas une simple coïncidence. Je fais partie de la génération X, celle qui s'intercale entre les Baby Boomers nés de l'Après-Guerre et les milléniaux parvenus à l'âge adulte au tournant du millénaire. Et pour ma génération, qui s'est culturellement formée dans les années 80/90, tout ces trucs sont vendeurs. Au point, même, qu'on les rachète avec plaisir sans même parfois les re-consommer : en témoigne la tétrachiée de vieux jeux dans mes ludothèques Steam et GOG, que j'avais tant adorés à l'époque, mais que je n'ai pour la plupart jamais pris le temps de réinstaller et encore moins de rejouer.

C'est que ma génération est en passe de prendre le pouvoir. Partout, dans les industries du divertissement, du marketing, de la création, les quarantenaires arrivent à maturité professionnelle - et ressortent leurs piliers culturels d'autant plus facilement qu'ils s'adressent à une cible facile à comprendre : eux-mêmes (j'en suis d'ailleurs le premier coupable avec cette même chronique).

Il ne s'agit peut-être pas seulement d'une approche "easy buck" (faire de l'argent facile). Certains affirmeront en effet que c'est un levier d'acquisition pour les nouvelles générations qui n'ont pas cet attachement ; pour leur permettre de découvrir les joyaux du passé et, qui sait, les intéresser dans leur résurrection. Mais, autant en termes de musique, il faut bien avouer que les tueries incontestables des 90's (en particulier 1991/92/93 - je veux dire, quand même : le cultissime Smell like Teen Spirit de Nirvana, les Selected Works d'Aphex Twin, Siamese Dreams des Smashing Pumpkins, Automatic for the People de R.E.M., Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chili Peppers, le Black Album de Metallica, les premiers albums du Wu Tang, de Rage Against The Machine, de Björk, de Snoop Dogg, de Tool, de Pearl Jam, de Massive Attack, de Blur, les Use Your Illusion de Guns 'n Roses, Check your Head des Beastie Boys... et une tonne d'autres, ça envoyait quand même sévère !) ont aussi bien vieilli que du bon vin, autant en matière de jeu vidéo, ce que "les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître" est un peu plus délicat à leur vendre. Même si aujourd'hui parents, les joueurs qui étaient manette en mains à l'époque accompagnent la passation de ces vieux trucs, ça passe toujours mieux pour la musique que pour les bouillies de pixels (aussi jolies soient-elles). Tout du moins, auprès des publics le découvrant aujourd'hui plutôt qu'à leur sortie. Mais ces histoires de passation de culture, ça fait joli dans les discours marketo-moralistes, sans pour autant tromper ceux qui les prononcent. La véritable cible de tout ces efforts, ça reste les nostalgiques. Des proies faciles, en vérité.

On se fait plaisir...

Les études ont montré que lorsqu'ils s'adonnent à la nostalgie, la plupart des gens améliorent leur humeur, restaurent leur sentiment d'appartenance et résolvent, pour un temps au moins, leurs crises existentielles en percevant plus de sens à leur vie. Il s'agit donc d'une mécanique pyschologique forte et souvent salvatrice, qui n'est pas prête de cesser de livrer aux dieux du marketing des ouailles à séduire avec leurs produits recyclés.

Pour les joueurs, c'est peut-être même encore plus vrai. Nous avons tous des morceaux de musique spécifiques qui ont ce don de nous transporter instantanément dans le passé, à une époque où nous les écoutions tant qu'ils sont devenus la bande originale de cette partie de notre vie. Avec les jeux, il semble que le phénomène soit encore plus prononcé, peut-être en partie parce qu'ils sont interactifs. Sans doute également car en étant si tributaires du niveau technologique de leur époque, ils la reflètent plus encore que d'autres média, et surtout, par l'intermédiaire du sens le plus fort et le plus familier pour la plupart d'entre nous : la vision.

Enfin, pour les titres copieux, on s'imagine peut-être qu'investir à nouveau 80 heures dans un Final Fantasy VII qu'on avait tant adoré à l'époque, garantit plus facilement notre plaisir que de s'hasarder sur un titre récent qui ne saura peut-être pas nous satisfaire aussi longtemps. N'oublions pas en effet qu'en moyenne, 90% des joueurs commençant un titre aujourd'hui ne le finiront pas. Pourtant, prenons-nous véritablement autant de plaisir à rejouer à nos vieux jeux ? Pas toujours. Qu'importe : les biais cognitifs dont nous souffrons tous se chargent bien souvent de couvrir les différences objectives de plaisir qui pourraient amoindrir l'illusion béate d'un bonheur retrouvé que nous étions partis chercher au mépris de notre porte-monnaie et des évolutions nous séparant aujourd'hui du "nous" d'hier.

... au mépris de l'avenir

Mais il y a un effet pervers à se laisser trop aller à la nostalgie. Au-delà du fait que nous vivons irrévocablement au présent, lequel demande déjà bien assez de notre attention pour s'oublier trop souvent dans le passé, consommer par nostalgie conforte, indirectement, une industrie toute entière dans sa frilosité. C'est toujours moins risqué de sortir une remasterisation d'un vieux titre adulé par les nostalgiques. Et, de même, de placarder une marque ou un univers familier sur un nouveau jeu. Ou d'incrémenter un chiffre collé après le titre d'une saga qui marche sans trop avoir besoin de secouer les choses. Ça l'est en tout cas dans la tête de beaucoup de commerciaux qui prendront ainsi des paris moins risqués avec leur gros budgets de dizaines de millions de dollars. Jusqu'au moment, bien sûr, où même les gros porteurs commencent à s'éroder (hello Call of Duty), pour ne laisser plus que quelques marques se comptant sur les doigts d'une main au sein du club de ceux dont le succès ne montre aucun signe de fatigue. Un club dont on ne fait jamais partie pour toujours.

Inévitablement, les grandes sagas déclinent, puis disparaissent. Parfois en jachère, attendant un retour, un remaster ou un remake pour sonder à nouveau les eaux de l'orteil avant d'être pleinement remises sur pieds, parfois à tout jamais. Même ceux passés maîtres dans l'art de la déclinaison de leurs marques doivent, un jour où l'autre, lancer quelque chose de complètement nouveau. Pour Blizzard, il aura fallu attendre presque 20 ans pour qu'Overwatch arrive aux côtés des seuls jeux dans l'univers de Warcraft, Starcraft ou Diablo qu'ils sortaient depuis 1997. Pour Nintendo, 14 ans séparent la sortie de Splatoon, leur dernière nouvelle licence à fort budget, des précédentes sorties en 2001 : Pikmin et Animal Crossing.

On se pose alors la question : combien de projets novateurs et potentiellement énormes ont du céder leurs budgets à ceux qui avaient des univers, des noms, des histoires spin-off à mettre à leur crédit ? On ne le saura jamais, me direz-vous. Vous aurez raison, mais c'est bien là le problème : on ne peut pas regretter ce qu'on n'a pas aimé, et on ne peut pas aimer ce qui n'a jamais été. On peut donc certes se plaindre que ça n'innove pas assez à notre goût, mais c'est avant tout à nous mêmes qu'il faut s'en prendre, car si les seuls jeux qui se vendaient étaient toujours tout nouveaux tout beaux, on ne nous ressortirait pas autant d'anciens, ou de suites aux anciens.

Mais ainsi va la vie : le familier et le sûr, pour la plupart des humains, restera dominant et désirable. Difficile de se soustraire aux comportements que l'évolution nous a gravés en tête pour notre propre survie. Et, au final, qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse.

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