Le nid du Zhibou

Le nid du Zhibou

Par zhibou Blog créé le 13/05/10 Mis à jour le 26/09/16 à 22h36

Le blog d'un animal nocturne qui se nourrit de cinéma, de jeux vidéos et d'autres aliments de la pop culture.

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Cinéma (Cinéma)

 

Au sein d'Hollywood, le cinéma des Wachowski fait presque figure d'anomalie. Un duo qui arrive à glisser dans leurs productions à gros budget des messages anti-consuméristes, ou des sous-textes à la sexualité ambiguë. Une paire de réalisateurs qui tord et triture la grammaire cinématographique pour l'adapter à sa vision. Que ce soit avec le récit de Speed Racer conté avec la même célérité que les courses démentes qui l'animent, ou encore dans Cloud Atlas qui explorait ses multiples temporalités dans une structure narrative limpide, il y a cette envie de faire jaillirla force évocatrice du cinéma de genre. Voir le frère et la s½ur s'attaquer au space opera avec Jupiter Ascending tient alors de l'évidence, tant ils livrent ici une ode à ce qui fait la pureté du grand cinéma populaire. Après les expérimentations formelles de leurs précédents essais, ils ambitionnent dans ce nouveau métrage de revenir à la source même du conte et de la fable, et de le servir dans son écrin le plus noble.

 

À une époque où lplupart des blockbusters traitent leurs sujets avec un cynisme démystificateur, ou avec une dérision qui cache un manque de conviction alarmant, Jupiter Ascending devient malgré lui l'un des derniers résistants dans le paysage cinématographique actuel. Dans leur intention de mettre en chantier un film monde, les Wachowski appliquent le modèle établi par le monomythe de Joseph Campbell. Terreau essentiel du récit légendaire au sens large, la formule du héro (ici héroïne) aux milles visages offre une ampleur mythologique à un récit tirant sa force dans sa mixité culturelle. Le personnage de Jupiter (Mila Kunis), en plus d'être la porte d'entrée du spectateur dans l'univers du film, devient le vaisseau des différentes idéologies abordées. Son statut d'immigrée russe née en plein milieu de l'océan Atlantique souligne à quel point elle est vouée à devenir un pont entre les mondes, à cheval entre deux nations, entre traditions et modernisme. Le film traite avec la même déférence la science ou les croyances populaires et religieuses. Légendes urbaines extra-terrestres, astrologie, cosmologie, réincarnation, tous ces éléments se marient pour devenir les fondations même de l'univers mis en place. Au sein de la caste dirigeante, deux frères et une s½ur, la génétique prend même des allures spirituelles tant elle dicte leur mode de vie.

 

 

En plus de l'acerbe critique du modèle capitaliste (selon les dire de l'aîné Balem, la vie se réduit à un acte de consommation), cette part transhumaniste prends une place importante de l'univers de Jupiter Ascending. Notamment via ses multiples créatures, croisementgénétiqued'êtrehumains et d'animaux (le personnage de Channing Tatum est une sorte d'homme-loup), mais aussi dans un culte du corps et de la jeunesse dont font preuve les trois souverains galactique. De chacun de ces derniers, il se dégage un aspect assumé ou refoulé de la sexualité (dont un rongé par un complexe d'¼dipe latent), ce renforcé par l'esthétique baroque de leurs domaines respectif. La charte graphique garde à ce propos une cohérence visuelle étonnante, tant les multiples environnements s'avèrent hétéroclites. l'exubérance des lieux sus-cités côtoie, entre autres, une station spatiale alliant design high tech et administration tout droit sorti de Brazil (avec un caméo de Terry Gilliam en personne). Une diversité qui tendà rattacher d'autant plus le récit à la fable. Le film arboren effet une structure narrative invoquant volontiers la trame du Magicien d'Oz ou celle du conte de fée. Tel Dorothée, Jupiter est amenée à explorer les multiples facettes dcette vaste civilisation galactique, non sans être témoin d'intenses péripéties. Une course poursuite à Chicago qui applique la vitesse virevoltante de Speed Racer à un affrontement aérien qui tend vers le ballet. Une cérémonie de mariage qui emprunte au meilleur passage de Flash Gordon. Les Wachowski n'ont rien perdu de leur superbe en terme de mise en scène, et font encore preuve d'une créativité folle dans ces multiples moments de bravoure.

 

Un conte spatial qui en met plein les yeux à l'univers riche, Jupiter Ascending l'est définitivement. Mais malheureusement cette densité paye le prix fort, celui d'une durée dépassant tout juste les deux heures standards, et qui peine à contenir l'ambition du projet. Face au studio Warner, sans doute bien frileux envers le film (sortie repoussée de six mois, promotion quasi-inexistante, sans oublier les déconvenues commerciales des deux films précédents du duo), les deux réalisateurs ont du céder. Et cela se sent dans un montage serré, quand il n'est pas tout simplement elliptique (la dérive dans l'espace de Tatum à la résolution abrupte). Le background est bien là, inondant l'écran de sa beauté plastique, mais n'a pas toujours le temps de respirer ou de développer les personnages secondaires. Une demi heure de plus aurait sans doute réussi à transformer le déjà très bon résultat ici présent en space opera ultime. C'est d'autant plus frustrant que les morceaux de pulp de cette ampleur, aussi généreux avec son public, tendent à se faire de plus en plus rares. Ce n'est cependant pas une raison suffisante pour bouder son plaisir, Michael Giacchino ne s'en prive d'ailleurs pas dans sa composition musicale. En digne héritier de la grande musique de films, il cite dans sa partition autant le John Williams du cinéma spielbergien que les ch½urs de Basil Poledouris. Preuve supplémentaire que le film fait bien parti d'une espèce en voie d'extinction.

 

 

Jupiter Ascending s'impose comme une fable futuriste à l'esthétique bluffante, et comme un véritable essai mythologique moderne tant il revient à la source de ce qui fait la force des contes. Ses balais aériens et son essence pulp finissent de rappeler à quel point le cinéma de genre est à même d'émerveiller le spectateur et de lui mettre des étoiles dans les yeux.

 

Cet article a été originellement publié sur Chronics Syndrome :

https://chronicssyndrome.wordpress.com/2015/02/09/jupiter-ascending/

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Commentaires

Captain Panda
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Captain Panda
Ce qui fait la force d'un conte c'est son histoire et là, le scénario ne tient pas sur plus d'une page.

Esthétiquement parlant, c'est très réussit, de ce côté là, les frères Wachowski n'ont pas perdu la main! En revanche, la distribution ne colle pas du tout au projet, les acteurs sont plats et sont juste là pour le marketing. Dommage, le film avait clairement du potentiel!
LiquidHardesign
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LiquidHardesign
en tout cas, c'est pas encore cette fois-ci qu'ils briseront la "malédiction post-Matrix". A part Laurence Fishburne qui vivote tant bien que mal, Keanu Reeves et les Wachovski enchainent les plantades. Quant à Carrie-Ann Moss...
jpnn80
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jpnn80
Dommage que le film ait fait un nouveau four au box office US après leurs précédents films, à tel point que les Wachowski ont déclaré eux-même via une interview visible sur le net récemment qu'ils n'auraient certainement plus personne pour les financer...
vertpoulpe
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vertpoulpe
Les "balais aériens" c'est en référence à Harry Potter ? ;)
Qui
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Qui
Un film qui m'intrigue beaucoup. Après avoir vu quelques bandes annonces, je trouve l'esthétique d'un mauvais goût absolu mais je reste intrigué. En grande partie parce que Cloud Atlas était un grand film inattendu après les purges Matrix 2 et 3 puis Speed Racer.
Mika74
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Mika74
Ta critique bien écrite me donne encore plus envie de le voir. J'adore leur univers en général et surtout comme beaucoup leur film référence et visionnaire vieux de 16 ans déjà, Matrix. Merci pour ton point de vue.
Zephiranth
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Zephiranth
Comme quoi tous les goûts sont dans la nature. Et c'est très bien comme ça !

Personnellement je n'ai pas apprécié. La direction artistique m'a déplu et notamment au niveau des personnages (comment ne pas citer la femme "pirate" aux cheveux bleus ou l'homme éléphant entre autres...). L'inspiration est puisée un peu partout (animation japonaise en partie) et n'assure aucune cohérence selon moi.
En revanche, pour ce qui est de l'environnement, je n'ai rien à dire. Le design des vaisseaux et des planètes est varié et réussi.

Pour ce qui est de la critique du capitalisme, je la trouve basique et bas du front. Ce genre de satire du consumérisme a déjà été vue et revue et n'essaie même pas ici de développer une vraie réflexion. ça manque cruellement de fond.

Il en est de même pour ce qui est des quelques tentatives humoristiques. Les boutades sortent sans aucun naturel. Même problème pour la critique de l'administration, qui part d'ailleurs d'une bonne idée, mais qui ressemble bien trop à celle faîte dans les douze travaux d'Astérix pour surprendre. Sans compter le fait que le scénariste se sent obligé d'expliquer ou de justifier sa blague (au cas où le spectateur n'aurait pas compris peut-être) en la faisant appuyer par Kunis lors de la scène suivante. C'est du détail, mais ça m'agace et ça manque encore de naturel.

Comme tu le dis dans ta critique, je trouve également le montage relativement loupé. Il est clair que les ambitions des Wachowski étaient bien plus grandes. Peut-être est-il dommage que Warner n'ai pas soutenu le projet un peu plus clairement.

Enfin, dernière chose, il va falloir m'expliquer en quoi le jeu d'acteur ridicule d'Eddie Redmayne est pertinent. Il est trop "dark" donc il doit forcément se donner cet air stupide ? Non franchement d'excellents méchants qui ne se sentent pas obligés de parler au ralenti, ça existe. D'autant que ce n'est pas forcément un mauvais acteur en temps normal.

Malgré tout ça, le film délivre parfois de magnifiques panoramas, une mise en scène maîtrisée (notamment lors des scènes d'action), des effets spéciaux qui font très bien le job et une B.O. qui accompagne sans heurts les aventures de Jupiter.

Je n'ai pas aimé le film malgré certaines qualités indéniables, et tout ça n'engage que moi bien entendu. Je tenais simplement à exposer mon avis et il m'a semblé qu'ici pourrait être le bon endroit.

Sur ce, bonne soirée à tous.
zhibou
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zhibou
@MaClane:
Cette répétition du sauvetage par Tatum s’inscrit selon moi dans de le cadre de la fable voulu par le film. Un homme-loup qui par trois fois détruit les "maisons" de la fratrie, ça ne te rappelle rien. ^^

@samcambolage:
je viens de lire ta critique, et je reste sur mes positions. content que mon texte t'ai quand même plu.

@FlamingoFlash:
Je vais pas me faire des amis, mais je n'ai jamais trouvé un grand intérêt aux "critiques" de l'odieux connard. Sa méthode de dérision scène par scène pourrait être appliqué au meilleur film du monde, on aurait le même résultat.
FlamingoFlash
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FlamingoFlash
http://unodieuxconna...iler-ascending/
samcambodge
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samcambodge
Etonnant comment ce film divise. Je l'ai pour ma part peu apprécié. Je t'invite à lire ma critique : http://www.geeksandc...ding-wachowski/

En tout cas j'aime bien ton style d'écriture même si nos avis divergent :)
MacClane
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MacClane
Sympa comme film, mais je n'ai pas accroché au design des hybrides qui sont risibles.
En vrac, on croisera Babar, Ratatouille, Minnie ...
Et l'aîné Balem ... mais parles plus vite !
Tellement 2 de tension, qu'il en devient saoulant.

Et pendant la 2eme heure, j'ai eu l'impression de revoir 3 fois le film !
Enlevement par X, sauvetage.
Enlèvement par Y, sauvetage.
Puis enlèvement par Z, sauvetage.

Bref, sympa mais très loin dd la perfection du 1er Matrix.
DrTenma
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DrTenma
Le film a fait un flop c'est dommage parce que j'ai bien aimé l'expérience, l'univers des deux "frères" est assez unique, un mélange assumé de cyber punk, d'un geste d'influence japonaise et de questionnement philosophique sur la condition humaine tout en restant grand public, Jupiter n'est pas un mauvais film loin de là, il renvoie l'humanité à une certaine décadence
zhibou
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zhibou
Merci bien, tu me flattes.
Par contre je viens de réaliser qu'il y avait de nombreux bugs d'espaces avec des mots attachés, ça devait pas être plaisant à lire. C'est corrigé.
Donald87
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Donald87
Tu es un maestro de la critique cinéma :)
Trojan
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Trojan
Ta critique me confirme au moins une chose:
Le film va me plaire :).

Édito

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Vous aurez en effet droit aux articles écrit par mes soins, publiés en intégralité sur Gameblog. Je ferais de la pub racoleuse seulement pour les articles de mon collègue de blog. Cela me semble plus juste ainsi.

Donc, des critiques d'un coté (cinéma, jeux, etc...) mais aussi quelques rares bonus qui n'ont pas leurs place sur les Chroniques. Un cru spécial pour la comunauté Gameblog.

 

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