L'avantage
lorsque l'on s'est tout avoué, c'est que l'on n’a plus rien à se
cacher, dès lors, l'inconstance et le tumulte deviennent peu à peu
plénitude et abondance de soi, comme une illusion lointaine, un mirage
toujours voilé, l'esprit et le cœur alors s'éveillent, faisant
valeureusement continuité aux rugissements d'un orage jusque-là
jalousement gardé secret, l'âme de l'architecte esclave et souverain que
nous sommes probablement tous, trouve alors lieu et place pour
s'exprimer enfin, enfin... après tant de guerres clandestines, tant de
souffrances inavouées, tant de tromperies insaisissables, l'artiste
maladroit qui demeure dans ma chair et dans mon sang s'avertit de lui
même par un signal rédempteur que son insomnie meurtrière excédée par
trop de torts, à dépassé les préceptes mêmes qui administrent le souffle
de vie.
S'ordonner de mourir, c'est en réalité se donner le
choix de vivre, c'est s'octroyer une emprise sur sa destinée lorsque ni
le corps ni l'esprit ne sont plus en mesure de s'exécuter à autre tache,
il faut vivre ! certains nomment cela l'instinct de survie, pourtant,
la survie ne prit aucunement racine dans mon épreuve, pour une âme
passionnée, vouloir survivre, c'est déjà vouloir ne plus vivre, c'est
vouloir sous-vivre, l'infortune de ceux qui ont perdu à jamais ce désir
brulant de croire pleinement en eux, car le désir de Vie intense lui,
requiert une volonté tenace d'outre-passer ce à quoi la vie nous
destine, c'est exiger ce qu'elle tend à nous interdire, c'est un cri
antique, providentiel perçant terre et ciel et qui pourtant ne trouveras
jamais échos qu'en nous même. Faire face au miroir fut un exercice qui
demeura presque suicidaire, aussi périlleux qu'audacieux, surement même
un peu fou et je me pardonne d'en avoir eu peur, une sollicitation
éprouvante qui exige sans immunité, calme, compréhension, sagesse, mais
avant tout amour de soi.
Observer mon regard affligé par les
affres du désespoir fut une expérience sans commune mesure, mais
révélatrice de l'entièreté de mon être, de ses failles jusque-là
envahissantes, à la beauté immaculée de ce qu'il y de plus admirable en
moi, une naissance salvatrice sans père ni mère. Sans le savoir, je
restais en exil, le cœur sourd et insurgé, m'interdisant à la fois
d'être aimé par autrui et d'être couvert par ma singularité, j'écrivais
une histoire dépouillée de moi, jusqu'à dépersonnaliser le passage à
l'inerte, menant au doux repos de l'âme tant convoité qu'emmène
supposément la mort. Il demeure ici une réflexion inestimable que peu de
gens ont eu la désolation d'emmener et qui entraine dans son sillon son
lot de légendes urbaines et d'incompréhensions; le suicide n'est
aucunement un acte de lâcheté, c'est une tentative de renaissance...
comme si le cœur dans un dernier battement forcé, exigeait à celui qui
le tient d'une poigne désespérée, de pouvoir s'arrêter pour mieux
réapprendre.
"L'homme a besoin de ce qu'il y a de pire en lui
s'il veut parvenir à ce qu'il a de meilleur", j'ai toujours mal
interprété cette pensée de Nietzsche, mais j'en comprends aujourd'hui
toute la profondeur, en définitive, ce n'est pas de mener cette
empoignade perpétuelle, ce combat que peut parfois être la vie qui
requiert le plus de souffle vital, mais d'apprendre à tolérer ses
propres insuffisances, d'accepter de mener ce conflit en se jetant corps
et âme dans la mêlée, de suivre étroitement l'engagement de notre
propre mésentente individuelle, d'épouser l'antagonisme de notre
personnalité afin de la nourrir des plus riches expériences, et comme
chaque guerre, ce questionnement n'est paralysant que si l'on feint d'y
faire véritablement face. Je connais le son des balles qui sifflent,
j'ai entendu le vacarme que font les obus, j'ai craint de tout mon être
les tremblements de l'abandon de soi, j'ai craint la folie... un
affrontement qui ne trouvait jamais fin, jusqu'à comprendre que cette
guerre n'était en fait qu'un éloignement, comme un effacement, une
ghettoïsation de mon être. Depuis ce jour, chacun de mes talents
s'éveillent peu à peu, celui de l'écriture en est un, mais d'autres
apparaissent ou s'affirment déjà.
Tout ce que je suis à présent
est valorisé par mes épreuves qui jusque-là s'obstinaient à me
déposséder de mes qualités humaines. Au même instant, la société me
rappelle au pragmatisme, un travail pour l'heure modestement rétribué,
mais néanmoins aussi présent qu'indispensable, dans ce même élan, la vie
m'envoie le sourire de la beauté du diable, une tentatrice à la
plastique éblouissante et à l'esprit brillant, qui à tôt-fait d'allécher
mes pulsions viriles et par la même, d'abuser de mes convictions de
cœur. C'est donc ainsi que le cycle de la vie procède, il remplace sans
cesse un questionnement pour un autre, virevoltant aisément de l'immense
à l'infiniment petit, du vertigineux à l'épouvantable.
Mon
cœur à été traversé de mille flèches, s'est écorché contre les plus
abruptes falaises, abominablement souillé par la terre paternelle,
mutilé cent fois par mes actes contre nature, tiraillé par mes
aspirations passionnelles jamais assouvies, ravagé par les effluves de
la culpabilité, lacéré par les lames tranchantes du mépris, écartelé par
le supplice de l'exil, presque achevé par l'oppression de l'abandon
d'une mère, et à présent, subit l'empoisonnement profane d'une autre, et
pourtant... il bat, il bat différemment, mais il bat encore, et
toujours pour la même femme, celle-là même qui par survie, se protégea
de mes hantises par un revers de main sourd et implacable, celle-là même
qui trouve à présent toute sa grandeur au travers de la mienne, car mon
cœur à saigné, pleuré, trompé et imploré, mais il a aimé... il l'a
toujours aimé... et depuis cette sombre nuit qui me poussa à vaincre mon
propre Cerbère, nu et sans arme, couvrant d'éloges l'homme que je suis,
il pardonne, il tolère, il conforte, il construit et consolide, autant
de composantes fondamentales qui jusque-là m'étaient interdites,
seulement, cette soif de vie intense dont il se fait religion à présent,
est tout aussi fulgurante qu'elle se fait tardive.
L'union des
cœurs n'est plus, et l'heure est à l'indifférence méritée, mais
insidieusement injuste, aussi injuste que ne le furent les blessures
qu'elle reçut de moi, mais plus injuste encore que les déchirements que
je reçus de la vie. Faire un tel travail sur moi à cela de bon qu'il me
permet non seulement d'emprunter un chemin perdu depuis trop longtemps,
mais aussi de mesurer combien mes propres souffrances ont pu consumer
ceux qui m'aimaient, et si je ne peux encore prétendre à être un
résiliant accompli, je suis assurément un repenti. Je n'aspire pas à
l'excellence sociale, ni même à l'aboutissement spirituel, j'ambitionne
seulement à une intemporalité d'être ce que je suis, un homme imparfait,
mais brillant par sa passion d'être, quelqu'un de sévère avec lui-même,
mais de tolérant avec les autres, défaitiste mais courageux, sachant
être doux et brutal, médiocre et remarquable, intransigeant mais ouvert
d'esprit, jovial et mélancolique, maladroit et talentueux, vulnérable
mais redoutable, faillible mais passionné, quelqu'un de bon mais de
blessé, un homme aimant ce qu'il est, tout simplement.
Je puise à
présent l'essence de ma force dans l'acceptation de mes actes, de ma
vie... je la trouve aussi et surtout dans ma détermination au
non-renoncement... et je ne renoncerais pas, plus jamais. Les notions
que sont celles de la "destinée" ou du "hasard" ne sont que de sombres
inventions pour faire croire à l'homme qu'il ne contrôle pas son propre
avenir, mais les vrais hommes eux, créent eux-mêmes leurs chances,
apprivoisent eux-mêmes leurs destinées, alors quelque soit le défi, je
ne ferais plus jamais parti de ceux qui survolent leurs vies en priant
qu'une hypothétique providence les guide vers un plus bel avenir. J'aime
! et je suis enfin en mesure d'apprendre à montrer et à donner ce qu'il
y a en moi, de le faire pour moi et pour autrui, parce qu'en
définitive, le meilleur moyen de prendre soin des autres, c'est d'abord
de prendre soin de soi.
Alors, je ne laisserais rien ni personne
banaliser ni ce que j'ai vécu, ni toute la force de mes convictions.
Cela prendra l'énergie et le temps qu'il faudra, mais je ne céderais
pas. Je ne suis pas naïf, mais je crois à l'extraordinaire, peut être
parce qu'il à fallu très tôt que j'apprenne à y croire, ou peut être,
est-ce dû à ma nature passionnée, mais, peu importe, si la vie s'est
efforcée de tout son poids à m'enseigner prématurément ces leçons la,
cela ne peut être que pour me rendre assez fort d'atteindre des
objectifs qui demeurent inaccessibles à ceux qui n'ont pas mon histoire.
Qu'il est bon de se sentir vivant à nouveau. Wanda, Février 2008
Pour les plus impatients, mes écrits peuvent se résumer ainsi, comprenne qui pourra.
PS : Ce billet n'a aucune ambition particulière, si ce n'est envoyer un message d'espoir à ceux qui n'en voit plus la fin. Merci d'en tenir compte si vous décidez de réagir à ce dernier.
Vraiment super sympa à lire ! Un très beau partage.. qui donne envie de savoir ce qu'il en a été de 2008-2011
En tout cas en lisant ça, ça ne m'étonne pas que t'ai voulu faire Demon's Souls sans aucun guide en testant tout par toi-même.. c'est futile comme comparaison, mais je pense que la manière dont on aborde un jeu retranscrit ce que l'on est en tant qu'humain.
03/07/2011, 12:15
En tout cas en lisant ça, ça ne m'étonne pas que t'ai voulu faire Demon's Souls sans aucun guide en testant tout par toi-même.. c'est futile comme comparaison, mais je pense que la manière dont on aborde un jeu retranscrit ce que l'on est en tant qu'humain.
03/07/2011, 12:56