Fin alternative

Fin alternative

Par Voron Blog créé le 09/05/12 Mis à jour le 09/04/15 à 00h53

Ami, si tu est ici, c'est que tu as probablement foiré quelque chose au cours de ta partie. Tu n'auras donc pas la bonne fin. C'est dommage, tu vas devoir recommencer le jeu depuis le début.

Mais puisque tu es là, pourquoi ne pas en profiter pour découvrir celle que je te propose?

Ajouter aux favoris
Signaler
Jeu vidéo (Jeu vidéo)

 

Avertissement spoiler: cet article révèle beaucoup de choses sur l'histoire et les personnages de Child of Light. Et un peu sur Chrono Trigger aussi.

 

Au cours d'un processus créatif, il est impossible de se séparer complètement de toute influence. Certains genre dans le jeu vidéo ont une aura tellement forte que les développeurs s'en inspire librement, soit par passion, soit par argument commercial. Parmi ces genres on a bien évidement le j-rpg (japanese role playing game), qui a connu un age d'or au cours de la période Super Nintendo & Playstation. Parce qu'ils appartiennent au passé, on a tendance à les mystifier plus que de raison, comme si les développeurs de l'époque était animés d'un savoir divin qui s'est depuis perdu. C'est une théorie avec laquelle je suis loin d'être d'accord, mais toujours est t-il que ces jeux peuplent l'imaginaire commun et influencent les productions actuelles.

 

Ainsi, on constate qu'un genre est apparu : le néo-retro. Ces jeux reprenent généralement l’esthétique d'antan en essayant d'en faire quelque chose de frais. Parfois cela est juste utilisé comme un gimmick anecdotique, mais il arrive que l'hommage soit rendu avec beaucoup d'amour. De l'aveu même des développeurs d'Ubisoft Montréal, Child of Light puise, entre bien d'autres choses, son inspiration dans la richesse des anciens rpg japonais.

 

 

La première chose qui frappe dans Child of Light, c'est la beauté de ces écrans de jeux qui sont à chaque fois un joli tableau peint à l'aquarelle, que se soit une phase d'exploration, de combat ou de navigation dans les menus. Et on ne parle ici pas uniquement de la beauté graphique pure, mais aussi du sens détails qui a été apporté. L’esthétique empreinte beaucoup au peintre John Bauer, les développeurs ont reçu des conseils de professionnels du théâtre pour la mise en scène et le placement des éléments à l'écran, l'animation des personnages et le sound-design apporte un excellent feedback au cours du jeu. Enfin notons que les textes et dialogue du jeu sont tous écrit en rime.

 

Le gameplay du jeu est un hybride plateforme/rpg. La partie plateforme apporte du relief aux phases d'exploration (bien qu'un peu redondante). Le système de combat rappelle celui de Grandia et on retrouve du gain d'expérience et de niveau. Au premier abord, on a l'impression que cet hommage s'arrête ici, car le reste semble tirer son inspiration autre part : graphiquement aucun jeu japonais ne vient en tête et l'histoire ressemble plus à un conte de fée.

 

Mais en regardant de plus près, on constate que cet hommage va plus loin. Pour cela il faut s’intéresser aux personnages et plus précisément à ceux qui accompagnent l’héroïne.

 

Dans le jeux vidéo en général, on retrouve couramment un type de personnage souvent représenté par une petite créature, qui conseil et accompagne le joueur mais qui n'intervient pas forcement au cours des combats et qui n'a pas toujours de rôle à jouer dans l'histoire. Navi est une des plus célèbre avec son « Hey Listen ! », mais on en retrouve aussi des similaires dans Okami avec Isshun, dans FEZ avec l'Hexahedron...

 

Igniculus, le premier personnage qu'Aurora (l'héroïne de Child of Light) va croiser nous fait tout de suite penser à ce type de personnage-fontion, mais il est en réalité très différent. Il ne donne pas de conseil sur le gameplay, car il est lui-même contrôlé par le joueur (si on joue à la manette, le stick gauche contrôle Aurora, et le droit est attribué à Igniculus).

 

Cette petite luciole est le seul personnage qui n'a pas de psychologie humaine, bien qu'il soit d'un naturel jovial et doté d'un sens de l'humour. En fait on apprend très vite qu'il a été crée pour Aurora. Sa toute première tirade est assez parlante : « – Quelqu'un peut t-il m'expliquer – Comment, sans pluie, l'eau peut tomber ? » Il n'entend pas grand chose aux sentiments humains, et pose souvent des questions à Aurora : qu'est-ce qu'un père, qu'est-ce que l'amour, qu'est ce qu'une princesse... Et pourtant c'est lui le premier à sécher l'eau qui coule le long des joues de l'héroïne. Au cours des phases d'explorations ils échangent parfois quelque vers :

 

- Suis-je vraiment si minuscule ?

- Allons, ne soit pas ridicule.

Pourquoi prétendre être une branche alors qu'on est une feuille ?

- Nous pourrions être un arbre toi et moi.

- L'avenir nous le dira.

 

Cela contribue a créer une complicité. Son nom contient le mot « Ignition », c'est en effet lui qui va raviver la flamme de l’héroïne. En fait ils sont comme deux moitiés d'une seule et même personne qui se complètent et qui se répondent.

 

 

Viennent ensuite les compagnons d'armes. On les rencontre et on les recrute au cours de l'aventure à la manière d'un j-rpg : ils ont leurs problèmes et on les aide à les régler mais ils connaissent souvent un revers de fortune qui les conduisent à prendre du recul, ainsi décident t-ils d'aider le héros dans sa quête. On retrouve là encore des grands types qui se répète d'un jeu à l'autre. L'ami d'enfance, l'amoureuse (ou l'amoureux mais c'est plus rare), le senior, le désabusé, la grosse créature qui fait deux fois la taille des autres... Et tous ont leur caractère bien à eux, ce qui forme un groupe très hétéroclite.

 

Aurora est effectivement accompagnée d'une équipe de six drôles de créatures. L’héroïne est la seule humaine mais ses amis sont pourtant bien habités de problématiques humaines universelles. Le jeu se découpe grosso-modo en autant de partie qu'il y a de personnage et chacun d'eux fait évoluer la jeune fille.

 

Les personnages de Child of Light sont toutefois éloignés des clichés. Leurs chara-design est surprenants mais renvoient à l'imaginaire fantastique et leurs psychologies sont développées originalement.

 

Rubella est la première compagnon d'arme d'Aurora. Acrobate et chanteuse de cirque, elle est abandonnée par son frère, Tristis, avec qui elle formait un duo dans leurs spectacles. Elle suivra l’héroïne dans l'espoir de le retrouver, mais en attendant c'est comme si elle avait perdu une partie d'elle même. Son frère terminait ses rimes pour elle et comme elle est maintenant seule, elle essaye de les terminer elle même, mais échoue à chaque fois. Au théâtre comme dans la vie, la comédie n'existe pas sans la tragédie et sans son frère qui incarne cette dernière elle se sent perdue. Malgré ses malheurs, elle est souvent souriante et a un caractère jovial.

 

Tout les personnages ont une couleur à eux qui est utilisé pour les dialogues, et ces couleurs sont peut être des indices qui en disent plus long. C'est une théorie que j'ai du mal à appliquer pour certains personnages, mais qui marche très bien pour d'autres : Aurora porte la couleur rouge, une couleur chaude qu'on associera à la chaleur de la lumière (elle est « enfant de lumière » après tout), mais aussi à son caractère qui se révèle courageux et bien trempé.

 

Rubella, elle, porte des couleurs rouges foncées qui pourrait presque rappeller les mêmes caractéristiques qu'Aurora au premier abord : un caractère qui réchauffe. Toutefois si on se penche sur son nom " Rubella ", ( = la rubéole en français), on remarque que ce joyeux arlequin porte un nom de maladie... Son rouge est en fait souillé de noir, une couleur liée à l'obscurité (qui a une connotation négative, surtout dans ce jeu) et à la tristesse.

 

Si Child of Light est une pièce de théâtre, Rubella est une actrice y jouant un rôle. Comme quoi, ce n'est pas parce qu'on est tout sourire qu'on est vraiment heureux... Son frère Tristis par contre, est ouvertement malheureux. Il est déprimé, incapable de voir les choses du bon coté et il pleure tout le temps.

 

 

On a ensuite Finn, un puissant magicien qui souffre d'un manque maladif de confiance en lui, Robert, un marchand intéressé par le profit qui pourtant montre un besoin d'amour que l'argent n’achète pas, Oengus, l'imposant guerrier qui cache ses faiblesses aussi bien physique que psychologique sous son armure et enfin Gen qui va affronter la mort.

 

Il y aussi Norah qui est un peu à part. Elle est la demi-s½ur aînée d'Aurora. Elle se présente comme une s½ur aimante et protectrice. Au combat elle peut accélérer les alliés et ralentir les adversaires, ce qui en fait une alliée puissante et un personnage qu'on aime jouer.

 

L'utilisation des couleurs sur ce personnage est intéressante. Sa robe et ses cheveux sont blancs. Pas un blanc de vieillesse, mais plutôt quelque chose qui symbolise la pureté, la propreté ou encore l’innocence. Tout cela n'est qu'un masque qui cache la vérité : ses lignes de dialogue sont écrites en marron tellement foncé qu'on le confond presque avec du noir. Cela annonce le double jeu du personnage. Un autre élément vient la trahir : on recrute Tristis juste avant qu'elle ne révèle son vrai visage. En regardant les compétences de Tristis on remarque qu'elles font un peu doublons avec celle de Norah car elle servent aussi à accélérer les alliés, ce qui suggère que Norah va bientôt quitter le groupe d'une manière ou d'une autre.

 

 

Encore une fois, comme souvent dans le j-rpg, le héros est jeune et son aventure va le changer et le faire grandir. La durée de vie de Child of Light est plutôt courte (environ 12 heures) par rapport à un classique du rpg (qui monte facilement au delà de 50 heures). L'évolution des personnages est rapide et basée sur un schéma de conte : quelque chose arrive > on en tire tout de suite un enseignement.

 

On va également y voir Aurora grandir. Au début du jeu c'est une jeune enfant apeurée, perdue dans le monde de Lémuria, appelant désespérément son père à l'aide, croyant être dans un cauchemar. Igniculus arrive rapidement pour lui changer les idées. Elle va alors s'enhardir : elle apporte volontiers son aide aux gens dans le besoin, elle ne recule pas devant le danger n'hésitant pas à apostropher des monstres dix fois plus grand qu'elle. A chaque fois qu'elle récupère une source de lumière (les étoiles, la lune et le soleil) son apparence change. Elle fini par ressembler à une gracieuse jeune femme. Quand elle était petite fille, elle traînait péniblement son épée, puis elle devient une véritable guerrière au caractère déterminé, qui manie son arme avec souplesse. Enfant, elle avait besoin de quelqu'un pour sécher ses larmes, mais ensuite c'est elle qui console Robert de son chagrin d'amour, et c'est elle qui annonce à Gen la terrible nouvelle de la mort de ses parents (et elle le fait de façon très élégantes). Son voyage a fait d'elle une femme puissante et mature.

 

 

L'amour et l'amitié du groupe des « gentils » en opposition à la solitude des « méchants » sont des thèmes récurrents dans la culture japonaise. Souvent c'est ce qui donne la force aux personnages de se relever au moment de l'affrontement ultime alors que tout semble perdu. A vrai dire c'est tellement récurrents qu'on a tendance à se moquer du manque de subtilité avec laquelle ce « twist », devenu un cliché sur-utilisé, est exécuté.

 

Bien sûr, cela peut être interprèté de plusieurs façon. En voici une qui me semble pertinente. Les héros de j-rpg, sont souvent muet et n'ont pas de psychologie qui leur est propre contrairement à ses acolytes. Ils font alors office de réceptacle pour accueillir le joueur dans l'univers du jeu et ce qui les caractérisent ce sont leur actions. Mais dans les j-rpg, le déroulement de l’histoire est souvent, dans sa globalité, linéaire. On a tendance à carrément oublier l'existence du héros au cours des dialogues entre les autres personnages qui sont dotés d'une voix.

 

Qu'est ce qui humanise cette coquille vide ? Une personne n'est humaine que si elle entourée d'autres humains, pour qu'ils prennent conscience de son existence, mais aussi pour que cette personne construise des relations avec les autres. Ce qui défini le héros de Chrono Trigger ce n'est pas ses actions, mais ses compagnons et des relations qu'il a tissé avec eux. Marle est la première (parmi les personnages jouables) à prendre conscience de son existence et son amour pour lui contribue à l'humaniser. Et quand il meurt, l’½uf du temps le ramène à la vie mais ce n'est qu'un artefact. C'est Marle qui, désireuse de le revoir, fait porter sa voix à travers le temps pour rappeler son âme plusieurs siècles après la mort de Chrono.

 

Il arrive souvent à un certain point de l'aventure que le héros se retrouve perdu, mis en danger de mort par les antagonistes qui souhaitent sa perte. Ce sont ses amis qui l'aide et le font revenir.

 

Aurora n'est pas muette, loin de là, mais il se produit une chose similaire. Umbra l'a foudroie mortellement et son corps inanimé est ramené sur l'autel où elle s'est éveillée au début du jeu. Ses amis se réunissent autour d'elle, et on voit symboliquement des lumières sortant des personnages. Les lumières, représentées par les étoiles, la lune et le soleil se rejoignent et ressuscite Aurora. Une nouvelle Aurora, adulte, construite avec tout ce qui caractérise ses compagnons. La reine sombre n'a foudroyé que son enveloppe physique, mais à ce moment, l’héroïne possède quelque chose qui ne peut plus être tué, et sa lumière ravivée ne craint plus l'obscurité.

 

 

La richesse de Lémuria, de l'écriture de l'histoire et des gens qui l'habitent pourrait nous mener à faire une longue liste de sources d'inspirations et de références culturelles et historiques, par exemple les similitudes avec Alice aux pays des merveilles (d'ailleurs on voyage du monde « réel » à Lémuria en passant par un miroir) mais aussi avec les contes de fée comme La belle au bois dormants. Cette profondeur permet plusieurs niveaux de lecture, comme une réflexion sur le statut de princesse dans les contes de fée et sur comment Aurora déconstruit le genre par la même occasion (voir cet article).

 

Vous l'aurez compris, Child of light empreinte beaucoup aux j-rpg des années 90, mais adapte les idées dans un format différent. Là où le matériel de base raconte son histoire comme une longue aventure épique aux enjeux énormes, le jeu d'Ubisoft ressemble plus à un conte fantastique occidental aux ambitions plus intime et moderne. L'écriture des personnages est efficace et limpide, leurs répliques ne tombent jamais à plat. En reprenant une recette à une sauce plus personnelle, le jeu traite le sujet avec bienveillance et rend ainsi un vrai hommage éclairé et éclairant.

Voir aussi

Jeux : 
Child of Light
Ajouter à mes favoris

Édito

Salut à toi et bienvenue.

Je suis Voron, et je suis passionné, entre autres, de jeux vidéo, particulièrement de jeux japonais et de jeux indépendant.

Ce blog parle donc de jeux vidéo, et parfois d'animations japonaise. Quand j'ai envie. Et quand j'ai de l'inspiration.

Bonne lecture!

 

psn: mpvoron

3DS: 3566 2417 1233

steam: Voronlisk

sc2/battletag: Voron#933 / Voron#2946

 

Jeux favoris:

Chrono Trigger, Xenogears, Virtue's Last Reward, FEZ, Spelunky, Persona 3 (liste non exhaustive...)

 

(La bannière vient du jeu Muramasa Rebirth, DLC de la Nekomata)

Archives

Favoris