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Par mypopeye Blog créé le 30/05/18 Mis à jour le 12/03/19 à 14h54

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(Séries TV)

Le Groupe Canal+ annonce “Canal+ Séries” une énième offre pour survivre dans le monde de Netflix et, encore une fois, cela risque de ne pas fonctionner. Cela marchera mieux que les dernières propositions du Groupe mais cela ne sera pas suffisant à cause d’une erreur majeure de marketing que Nintendo a notamment commise il y a quelques années.

Canal+ Séries est une offre de SVOD qui propose à son lancement l’accès à 5000 épisodes de séries, accessibles en streaming, contre le paiement d’une abonnement mensuel débutant à 6,99€/mois pour un écran (tout en incitant explicitement les utilisateurs à partager leur accès). Un catalogue issue de 150 séries dont 90% ne seront pas trouvables ailleurs et visionnables en 4K (quand c’est possible) à partir de l’abonnement d’entrée de gamme, voilà deux points intéressants que l’offre a à faire valoir face à Netflix. Passons maintenant à là où ça se gâte.

PARTAGEZ VOS CODES... Ils auraient pu rajouter SVP que ça n'aurait pas été de trop.

L’offre, qui remplace CanalPlay (l’ancien service de SVOD du Groupe Canal+), sera présente dans MyCanal. Maxime Saada, le Président du directoire du Groupe, a indiqué qu’il fallait considérer l’offre comme complémentaire à la concurrence étasunienne (de là à considérer qu’il s’agit d’une aveu de faiblesse de l’offre, il n’y a qu’un pas) tout en déclarant que la vraie réponse du groupe à Netflix, c’est MyCanal. Et c’est ici que les choses commencent à se compliquer. C’est quoi exactement MyCanal, la “plateforme de vidéo 100% digitale” ? Et bien, c’est le bordel.

 

 

Je ne vais pas m’amuser à énumérer la très longue liste des absurdités des offres de MyCanal,

que vous pouvez retrouver par vous-mêmes sur leur site,

donc voici une sélection de morceaux choisis :

 

(SPOILER ALERT : C'est relou)

 

  • On peut s’abonner sans engagement mais aussi avec 1 an ou 2 ans d’engagement
  • La première offre s’appelle “Canal+” et contient les chaînes “Canal+” et “Canal+ Décalé” (jusqu'ici tout va bien même si le nom de l'offre est un peu limite)

Prix sans engagement et avec 2 ans d’engagement : 19,90€/mois* avec un mois offert

Prix avec 1 an d’engagement : 24,90€/mois* sans mois offert (n'importe quoi)

  • La deuxième offre s’appelle “Canal+ et les chaînes Canal+” 😂

Elle contient les 2 chaînes de la première offre auxquelles s'ajoutent les chaînes “Canal+ Cinéma”, “Canal+ Sport”, “Canal+ family” et… *roulement de tambour* “Canal+ Séries”, qui est, a priori, une chaîne de télévision linéaire classique et pas le service de SVOD annoncé. (WTF)

Prix sans engagement : 34,90€/mois*

Prix avec 1 an d’engagement : 39,90€/mois* (Toujours pas logique mais cohérent😆)

Et je vous passe les modalités (la petite étoile à côté de chaque prix)
qui sont un enfer-sur-terre avec notamment :

  • Des options offertes qu'il faut résilier sinon elles deviennent payantes au bout de quelques mois
  • Les reconductions d'abonnement :
    mensuel pour les offres sans engagement
    mais annuel pour les offres de 24 mois...
  • Et j’en passe volontairement.

BREF ! Si vous avez du temps à perdre et que ça vous amuse, il y a de quoi faire à explorer ce bazar. Mais vous ne le ferez probablement pas, parce qu’il existe une multitude jeux en free-to-play bien plus intéressants. Je vous mets quand même le lien pour vous occuper pendant les temps de chargement de Fortnite : https://boutique.canal.fr/offres-packagees

 

 

En face, chez Netflix, les seuls facteurs à prendre en compte sont le nombre d’écrans simultanément accessibles et la qualité d’image souhaitée, la réponse de Canal+ semble être un fatras qui veut absolument préserver ses offres historiques en empilant les rustines pour soi-disant s’adapter aux évolutions du marché par à-coups tout en ne bousculant surtout pas les plus anciens abonnés qui paient un prix très élevé depuis le 20ème siècle.

 

Revenons donc à la dernière rustine, Canal+ Séries, l’offre de SVOD, qui n’est pas la chaîne de télévision linéaire qui porte le même nom, à moins que ce ne soit le cas. ET IL EST LÀ LE PROBLÈME MAJEUR ! Cette nouvelle offre indépendante porte EXACTEMENT le même nom qu’un sous-produit déjà existant depuis plusieurs années ! C’est comme si Microsoft annonçait demain un service de jeu vidéo en streaming qui s’appelle Xbox Live Gold, sans préciser s’il y a un lien avec le service portant déjà ce nom depuis des années. Ce serait une aberration.

 

 

Sans compter qu’il est très difficile de faire un mot-dièse avec un nom pareil :

  • #canalplusseries ? Très inconfortable à écrire sur un smartphone et à lire.
  • #canal+series ? Twitter n’accepte pas le “+” dans un mot-dièse.
  • #canalseries ? Ce n’est pas le nom du produit.

Ne pas prioriser l'importance des échanges sur les réseaux sociaux à notre époque est une erreur de vieux.

 

 

Qui plus est, il s'agit d’un service de SVOD auquel on peut souscrire indépendamment de toute offre de MyCanal comprenant la chaîne TV Canal+. Le nom de Canal+ Séries va entraîner des confusions. Si ce produit est indépendant de Canal+, la vieille chaîne de télévision linéaire, pourquoi lui avoir donné le même nom ? Dans un environnement concurrentiel aussi intense que celui du marché de la télévision du premier quart du 21ème siècle (et ce n’est que le début), les clients n’ont pas le temps de chercher à décrypter et iront naturellement vers l’offre la plus simple et la plus complète. On se casse suffisamment la tête sur des choses importantes pour ne pas avoir à le faire pour choisir une offre de divertissement. Les confusions engendrées par le marketing de cette offre seront autant d’abonnés en moins au service. Des confusions comparables à celles créés par le nom de la Wii U que le grand public a considéré comme un accessoire de la console Wii alors qu’il s’agissait d’une nouvelle machine indépendante.

 

 

 

Le Groupe Canal+ semble avoir un problème de culture qui impacte directement son marketing. Il suffit de lire la page présentant les offres packagées de MyCanal où le mot “CANAL” apparaît QUARANTE-SEPT fois ! Comme s’il s’agissait d’un mot magique… Sur la page des offres de Netflix, le nom de la marque apparaît seulement 2 fois. Ce qui est rare est précieux, paraît-il…

 

 

Comme dit précédemment, l’offre est probablement trop faible face à la concurrence. Pourquoi se contenter de séries quand on peut aussi avoir des films ailleurs ? Et les séries des concurrents sont globablement aussi de bonne qualité. C'est pour cela que l'offre a été présentée comme "complémentaire". Certes, il y a un marché de sériephiles à conquérir mais cela reste une niche. Le Groupe Canal+ dispose de très beaux actifs qu'il vend par pièces détachées pour proposer une stratégie de gamme avec des prix progressivement toujours plus élevés pour protéger une rente qui ne cesse de s’amoindrir inexorablement. Pour imager, le bateau semble couler et Canal+ veut écoper coûte que coûte et boucher les trous avec du scotch au lieu de construire un nouveau navire rutilant qui pourra affronter les prochaines tempêtes. Les tempêtes Disney, Amazon et Apple...

 

 

Netflix a réussi en proposant une “offre qu’on ne peut pas refuser”. Pour une dizaine d’euros par mois, un accès illimité et instantané à des milliers d'oeuvres audiovisuelles de qualité professionnelle et sans aucune publicité. Qui peut refuser cela face à la publicité télévisée, au coût d’achat ou de location des films à l'unité, aux contraintes du piratage et aux budgets réduits des productions diffusées sur YouTube ?

 

 

En face, Canal+ empile dans sa gamme des offres que l’on peut refuser. Certes, elles touchent un certain public mais beaucoup moins que “tout le monde”. Les concurrents américains ont la politique du “Winner take all”, à savoir viser la situation la plus monopolistique possible pour engranger le maximum de bénéfices sur le long terme, comme le fait Google pour les publicités sur les moteurs de recherche et Facebook pour les publicités sur les réseaux sociaux. Pour atteindre ce “tout le monde”, il n’y a aucune autre stratégie possible que de proposer une “offre qu’on ne peut pas refuser”.

 

Disney a annoncé très récemment que son service de SVOD nommé Disney+ proposera l’intégralité des classiques d’animation, quitte à phagocyter son activité de vente de vidéo sur disque, pour proposer une “offre qu’on ne peut pas refuser”.

 

 

Si le Groupe Canal+ devait suivre cette logique, la chaîne ne devrait proposer qu’une seule offre sans décodeur, accessible depuis le web, avec l’intégralité des chaînes et services disponibles, soit l’Offre Intégrale comprenant 90 chaînes premium plus des options, pour une dizaine d’euros par mois sans engagement au lieu des 109,90€/mois actuels avec 1 an d’engagement. Une offre imaginaire “qu’on ne peut pas refuser” qui serait vraisemblablement à perte pour le Groupe Canal+, comme l’est Netflix dont le seuil de rentabilité est attendu pour 2021 et comme le seront les services de streaming de Disney, Apple et Amazon pendant plusieurs années.

 

 

Un tel mouvement serait d’apparence très risqué (et c’est le cas, une étude très approfondie serait nécessaire) mais Canal+ est dans un étau (tout du moins sur le petit marché français, je connais peu la situation internationale du Groupe qui semble bien meilleure à l’étranger). Canal+ possède aujourd’hui des clients prêts à payer plusieurs dizaines d’euros par mois pour leurs contenus télévisés. Quand ces mêmes clients réaliseront dans quelques années que, pour des montants comparables, ils peuvent accéder aux immenses catalogues de Netflix, Disney, Amazon et les retransmissions sportives qui s'éparpillent sur différents services, ils feront un arbitrage que beaucoup d’autres anciens clients ont déjà fait.

 

 

Pour proposer à 10€ un abonnement à plus de 100€ aujourd’hui, il faut 10 fois plus de clients pour arriver au même chiffre d’affaires (prouvé scientifiquement). Proposer une offre unique, si peu cher et distribuée uniquement sur le web, s’accompagnerait d’une réduction conséquente des coûts de fonctionnement de l’entreprise qui serait dramatique pour l'emploi : Terminé notamment la production des décodeurs ainsi que leur commercialisation, leur distribution et leur support. La simplification de l’offre entrainerait la simplification du fonctionnement de l’entreprise.

 

Le propre de “l’offre qu’on ne peut pas refuser” et de se propager rapidement par le bouche-à-oreille, que l’on appelle désormais viralité. Ce genre d’offres intéressent le public et bénéficient généralement d’une large couverture médiatique. Le Groupe Canal+ pourrait tester une telle proposition par le biais d’une série limitée en vente privée pour limiter les craintes et commencer à récolter des données sur la vitesse de propagation d’une telle offre afin d’estimer les premières projections de croissance.

 

 

Lors de la présentation du service de SVOD Canal+ Séries, le Groupe a déclaré que cette offre propose aux clients bien plus que son prix. Or, ce n’est pas un dirigeant qui décide de la valeur d’un produit mais le marché. Si personne n’achète un produit, il ne vaut rien. Au contraire des produits de luxe ou des crypto-actifs qui ont un prix élevé parce que des clients consentent à le payer.

 

Ces sneakers Gucci sont vendus entre 600 et 900 dollars.

 

Pour terminer sur un anecdote personnelle, il y a plusieurs mois, Canal+ avait proposé en vente privée à -50% son offre “Canal+” sur MyCanal, soit grosso modo 10€/mois au lieu de 20€. J’ai souscrit puis j’ai résilié car je la trouvais trop cher en comparaison de Netflix. Pour le même prix, Canal+ me proposait des films plus récents mais en moins grande quantité. J’ai alors arbitré que j’aurais conservé l’offre pour 3,99€/mois, pas plus. Soit 10 fois moins que le prix historique de Canal+ à 40€/mois. Alors qu’il m’arrive de payer 10€ pour voir un seul film au cinéma.

 

 

Apple annonce son service de vidéo à la fin du mois de mars 2019, Disney+ arrive en 2020 en Europe et la série Le Seigneur des Anneaux d’Amazon Prime Video est annoncé pour 2021.

 

Bon courage aux équipes de Canal+.

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Temtem, un clone de Pokémon goût MMO se positionnant là où les attentes des fans n'ont pas reçu de réponse de la part de The Pokémon Company, vient de conclure sa campagne de financement participatif en levant 574 000 dollars. Je lisais le même matin de cette annonce, sur l'excellent site Ludostrie d'Oscar Lemaire (que je vous recommande), que Miyamoto est très critique vis-à-vis des suites faciles qui se contentent d'améliorer incrémentalement un jeu à succès. Nintendo peut-il se permettre le luxe de laisser passer un tel marché ? Et finalement, a-t-elle les moyens de faire face aux évolutions de la société ?

TemTem sortira sur Nintendo Switch

Depuis la banalisation de l'internet interactif et du haut débit, le coût d'accès au marché pour un nouvel entrant a chuté, permettant à des acteurs relativement modeste de produire des coups d'éclat susceptibles de grignoter les parts de marché des œuvres originales, qui sont la marque de fabrique des jeux Nintendo, entrainant une croissance du marché du copycat vidéoludique.

Les clones ne datent pas d'hier.
A gauche : Karate Champ (1983). A droite : World Karate Championship (1985). Source : Gamasutra

Avec l'ouverture en cours au jeu cross-platform, la rétention de la clientèle va en diminuant jusqu'à l'inévitable moment où tous les écrans seront une console grâce au futur du jeu vidéo : le streaming. La technologie n'est pas au point car, on connait la chanson, le très haut-débit nécessaire à ses services n'est pas encore démocratisé dans tous les foyers. Or, cela ne saurait tarder. Le débit recommandé pour bénéficier du service de jeu en streaming PlayStation Now est de 5Mbits/s ou plus. La 5G offrira 100 Mbit/s en débit descendant et 50 Mbit/s en débit montant. Le déploiement commercial de la 5G est prévu pour 2020.

La Switch s'impose aujourd'hui comme une console de choix auprès des éditeurs tiers grâce à son positionnement original, notamment auprès des indépendants. Oscar Lemaire l'explique très bien dans ce tweetstorm (Oui, ça fait deux fois que je parle de lui parle parce que je tiens particulièrement que son site, sur lequel il a bossé un an, soit soutenu car son travail de fourmi est important). Mais la Switch ne resistera au mieux qu'une génération, soit jusqu'au déploiement de la 5G. 

Les propriétés intellectuelles et la qualité des produits sont une force primordiale qu'il n'est plus à démontrer mais désormais un copycat un peu mieux positionné peut avoir un grand effet comme Fortnite, dont la version smartphone a généré 5 fois plus de revenus pour 2 fois moins de téléchargements que PUBG Mobile. Un des problèmes importants de Nintendo semble être le nombre de ressources internes disponibles car l'inflation du nombre de talents nécessaires à la production d'un jeu est bien supérieure à l'augmentation des effectifs au sein de l'entreprise, et cela se ressent sur le nombre de titres first-party qui sortent. De plus, le succès de la Switch s'est jouée sur le fil par la reprise d'une stratégie qui a fait ses preuves, celle du lancement de la Wii. 

 

Le potentiel de marché du jeu en streaming aiguise l'appétit des GAFA et BATX plus ou moins cachés dans les hautes herbes et qui pointent le bout de leurs museaux à coup de Xbox Game Pass, de 21 jeux PC offerts sur un mois pour les abonnés Twitch/Amazon Prime, de Yeti qui évoque de jouer à Dark Souls dans un onglet Chrome ou avec un Chromecast et d'abonnement tout-en-un musique-vidéo-magazine.

GAFAM/BATX ayant conquis le marché du jeu en streaming, allégorie sur pixel, 1985

Lorsque la console ne sera plus qu'un emetteur-recepteur, c'est la puissance de calcul à distance qui fera la différence, or ces acteurs ont plus d'une décennie d'avance sur le déploiement de leurs infrastructures et disposent des meilleurs employés du monde dans ces domaines. Nintendo est-elle à terme condamnée à devenir un éditeur tiers comme les autres, comme SEGA ?

L'histoire de Nintendo est jalonnée de repositionnement. Mais paradoxalement, sa taille actuelle réduit l'agilité dont elle disposait lors des années pré-1980. Où aller ?

Le rôle de l'actuel PDG va être décisif.

Shuntaro Furukawa a déclaré le 30 juin 2018 aux actionnaires vouloir le jeu mobile comme un pilier de l'entreprise. Ils ont dû apprécier.

* * *

PS : Mon opinion (considerez ceci comme un commentaire à mon propre article) : Ne disposant pas des ressources permettant de faire jeu égal avec les futurs concurrents arrivant sur l'échiquier du jeu vidéo, j'ai le sentiment que Nintendo s'oriente à son rythme vers une stratégie où les jeux vidéos seront une source de revenus secondaires au profit de l'exploitation de licences, pour un business comparable à celui du Disney d'aujourd'hui. En témoigne le parc d'attraction et le film d'animation Super Mario, produit par Illumination.

Disney semble, de son côté, chercher à atteindre une taille comparable à celles des GAFAM,  justifiant le rachat de FOX à n'importe quel prix.

Voir aussi

Plateformes : 
Nintendo Switch
Sociétés : 
Nintendo
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(Cinéma)

Ça n’a pas marché pour le premier film se déroulant dans l’univers de Star Wars sans faire partie de la saga, contrairement à Rogue One qui s’intègre parfaitement dans la continuité des six épisodes de l’ère Lucas. Disney a déclaré qu’elle allait décortiqué l’échec, j’y vais ici de mon petit avis en parlant d’un point qui me parait important : le positionnement du produit.

Comme il est coutume de faire dans le fandom Star Wars, je vais me situer : Je suis entré dans la saga par la prélogie dont j’ai beaucoup apprécié les intrigues politiques. Mon préféré est le II, le V est un chef-d’oeuvre de cinéma et je n’ai jamais aimé Un Nouvel Espoir qui a trop mal vieilli à mon goût malgré les rafraîchissements. Georges Lucas est un génie. Je considère la postlogie comme des fanfilms à 200 millions de dollars. Je déteste le VII et le culot du VIII m’a plu malgré le dosage étrange de l’humour sauce MCU et ces personnages principaux auxquels je n’arrive pas à m’attacher. La postlogie est conçue pour rajeunir le public et j’ai hâte de découvrir le nouvel Univers Etendu qui va découler à la suite de l’Episode IX, sans Rey, Finn et compagnie dont je me fous complètement. Pour finir, je consomme l’Univers Etendu du nouveau canon à travers Marvel Unlimited (Le Netflix des BD Marvel) mais je ne suis pas fan au point d’acheter des produits dérivés estampillés Star Wars.

Le problème de la licence Star Wars de Disney est la fragmentation de sa clientèle et c’est une particularité que n’a pas le MCU, sans réel héritage cinématographique avant la “Marvelploitation” commencée en 2008. Sans avoir approfondi la question, je distingue plusieurs catégories de clients Star Wars qui ne se recoupe pas ou peu :

La note correspond à quels points les fans de la licence me semblent hardcore.

Rappel : Cette segmentation est très grossière et nécessiterait un approfondissement.

  • Les amateurs de blockbusters (0/5) : Ils paient les 10€ de leur place de ciné pour un spectacle énorme. Peu importe que ce soit du Marvel, du The Rock ou autre, du moment qu’ils en ont pour leur argent.
  • Les prélogistes (1/5) : Ils ont bien aimés la prélogie, mais ne sont pas fans de la trilogie.
  • Les postlogistes (2/5) : La nouvelle génération qui est entrée dans la saga avec The Clone Wars pour les plus âgés et qui ont beaucoup appréciés la postlogie. L’enjeu est d’en convertir un maximum en Nouveaux UE.
  • Les trilogistes (3/5) : Autrement appelés les vieux de la vieille, rien ne sera jamais mieux que la Sacro-Sainte Trilogie Originelle. RIEN.
  • Les Nouveaux UE (4/5) : Ils ont commencés à consommer de l’UE à partir du reboot de 2015 par le média qui leur convenait le plus et s’ouvriront aux autres médias et au Legends au fur et à mesure pour étancher leur soif (j’en fais partie).
  • Les fans Legends (5/5) : Déçus de l’annulation de l’ancien canon, ils semblent malgré tout avoir embrassé le nouvel UE. Plus que des fans, des ambassadeurs.

L’Episode VII a su proposer un film qui rassemble toutes ces cibles. Cet aura a bénéficié au plutôt bon Rogue One et le VIII qui ont su se placer au croisement de plusieurs catégories.

Tandis que Solo…

Les réalisateurs originels du film, Lord et Miller, ont déclaré vouloir réaliser un film décalé dans l’esprit des Gardiens de la Galaxie. L’idée était très intéressante, elle aurait pu transformer des amateurs de blockbusters en Nouveaux UE comme a su le faire justement Les Gardiens de la Galaxie. Je fais partie de ceux que ce film a converti en amateur du MCU. Malheureusement, le scénariste Kasdan (qui a écrit l’Episode V) et Lucasfilm n’ont pas appréciés ce ton trop éloigné de l’esprit Trilogie pour installer un réalisateur qui avait pour mission d’y revenir.

 

A qui s’adresse ce film alors ?

Aux amateurs de blockbusters ? Le film est trop cheap.

Aux postlogistes ? Ils se foutent du personnage d’Han Solo, c’est le vieux qui meurt dans l’Episode VII.

Les prélogistes ? Pareil. Han Solo, c’est un personnage des vieux films.

Les trilogistes ? Ils détestent la postlogie de Disney. Une partie y est quand même allée, ce film s’adresse quand même à eux.

Par élimination, Solo est le premier film de l’Univers Etendu, qui raconte une petite histoire qui se passe pendant la grande. Contrairement à Rogue One qui s’intègre comme une charnière des deux premières trilogies.

Devant Solo, j’ai eu l’impression d’assister à l’adaptation à moyen budget d’une histoire que j’aurais pu lire dans une bande dessinée. Personnellement, ce n’est pas dérangeant en soi parce qu’il y a de nombreuses histoires très moyennes dans les BD mais ce n’est pas comme cela que le film a été vendu. L’oeuvre a été présentée comme une Star Wars Story et lorsque l’on a vu Rogue One, on s’attend alors à une connexion forte avec les événements majeurs de la saga. Hors les petites histoires n’interessent que les Nouveaux UE et les fans Legends et ils ne sont pas assez nombreux pour rentabiliser un blockbuster. Là où je veux en venir est que la segmentation de la gamme des produits filmiques Star Wars est trop faible en l’état et qu’il ne suffira pas de coller le logo de la licence sur n’importe quel film inédit pour faire venir du monde comme le fait Marvel Studios. Le spectateur du MCU  paie pour consommer "l'esprit Marvel", or "l'esprit Star Wars" est multiple et correspond au minimum à trois types de trilogies différentes qui ne se ressemblent pas.

La plus grosse erreur de Solo est d’avoir voulu à tout prix concevoir un produit en partant de l’héritage d’une trilogie cinématographique vieille de plus de quarante ans considéré comme un absolu par une fanbase vieillissante qui se sent trahie depuis l’Episode VII (voire avant), plutôt que de partir des attentes du grand public contemporain. Il ne faut pas chercher à faire plaisir aux Trilogistes, Georges Lucas le savait. Lord et Miller avaient raison dans leur direction artistique.

The Walt Disney Company sait que capitaliser uniquement sur un héritage ne mène nul part, la stratégie des suites de Roy Disney a amoché la fanbase originelle des Grands Classiques sans convaincre un nouveau public.

Le talent de Bob Iger, actuel PDG de Disney, est d’avoir su apporter du sang neuf avec l’acquisition de licences qui ont été modernisés pour correspondre aux goûts de l’époque. Aussi bien en mettant à la tête de l’animation John Lasseter, à l’origine du studio d’animation Pixar, sous lequel ont pu naître Frozen et Zootopie qu’avec Marvel qui s’est contenté de garder les grands éléments identifiables de ses super-héros en faisant le nécessaire pour convenir à l’époque et en se débarrassant de ce qui devait l’être (cf. Thor Ragnarok). C’est le chemin pris par Rian Johnson à travers Les Derniers Jedi. Solo sonne alors comme un rétropédalage incompréhensible.

 

Solo, réalisé par Lord et Miller, aurait probablement été une comédie hilarante et déglinguée qui aurait totalement dézingué l’héritage des anciens films sacrés.

Et alors ? On va au cinéma, pas à la messe.

 

 

“I do not like to repeat successes; I like to go on to other things.” 
Walt Disney

 

Merci d'avoir lu.

Voir aussi

Groupes : 
Star Wars
Sociétés : 
Walt Disney
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