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Par Urgam Blog créé le 30/05/18 Mis à jour le 12/07/18 à 23h37

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Temtem, un clone de Pokémon goût MMO se positionnant là où les attentes des fans n'ont pas reçu de réponse de la part de The Pokémon Company, vient de conclure sa campagne de financement participatif en levant 574 000 dollars. Je lisais le même matin de cette annonce, sur l'excellent site Ludostrie d'Oscar Lemaire (que je vous recommande), que Miyamoto est très critique vis-à-vis des suites faciles qui se contentent d'améliorer incrémentalement un jeu à succès. Nintendo peut-il se permettre le luxe de laisser passer un tel marché ? Et finalement, a-t-elle les moyens de faire face aux évolutions de la société ?

TemTem sortira sur Nintendo Switch

Depuis la banalisation de l'internet interactif et du haut débit, le coût d'accès au marché pour un nouvel entrant a chuté, permettant à des acteurs relativement modeste de produire des coups d'éclat susceptibles de grignoter les parts de marché des œuvres originales, qui sont la marque de fabrique des jeux Nintendo, entrainant une croissance du marché du copycat vidéoludique.

Les clones ne datent pas d'hier.
A gauche : Karate Champ (1983). A droite : World Karate Championship (1985). Source : Gamasutra

Avec l'ouverture en cours au jeu cross-platform, la rétention de la clientèle va en diminuant jusqu'à l'inévitable moment où tous les écrans seront une console grâce au futur du jeu vidéo : le streaming. La technologie n'est pas au point car, on connait la chanson, le très haut-débit nécessaire à ses services n'est pas encore démocratisé dans tous les foyers. Or, cela ne saurait tarder. Le débit recommandé pour bénéficier du service de jeu en streaming PlayStation Now est de 5Mbits/s ou plus. La 5G offrira 100 Mbit/s en débit descendant et 50 Mbit/s en débit montant. Le déploiement commercial de la 5G est prévu pour 2020.

La Switch s'impose aujourd'hui comme une console de choix auprès des éditeurs tiers grâce à son positionnement original, notamment auprès des indépendants. Oscar Lemaire l'explique très bien dans ce tweetstorm (Oui, ça fait deux fois que je parle de lui parle parce que je tiens particulièrement que son site, sur lequel il a bossé un an, soit soutenu car son travail de fourmi est important). Mais la Switch ne resistera au mieux qu'une génération, soit jusqu'au déploiement de la 5G. 

Les propriétés intellectuelles et la qualité des produits sont une force primordiale qu'il n'est plus à démontrer mais désormais un copycat un peu mieux positionné peut avoir un grand effet comme Fortnite, dont la version smartphone a généré 5 fois plus de revenus pour 2 fois moins de téléchargements que PUBG Mobile. Un des problèmes importants de Nintendo semble être le nombre de ressources internes disponibles car l'inflation du nombre de talents nécessaires à la production d'un jeu est bien supérieure à l'augmentation des effectifs au sein de l'entreprise, et cela se ressent sur le nombre de titres first-party qui sortent. De plus, le succès de la Switch s'est jouée sur le fil par la reprise d'une stratégie qui a fait ses preuves, celle du lancement de la Wii. 

 

Le potentiel de marché du jeu en streaming aiguise l'appétit des GAFA et BATX plus ou moins cachés dans les hautes herbes et qui pointent le bout de leurs museaux à coup de Xbox Game Pass, de 21 jeux PC offerts sur un mois pour les abonnés Twitch/Amazon Prime, de Yeti qui évoque de jouer à Dark Souls dans un onglet Chrome ou avec un Chromecast et d'abonnement tout-en-un musique-vidéo-magazine.

GAFAM/BATX ayant conquis le marché du jeu en streaming, allégorie sur pixel, 1985

Lorsque la console ne sera plus qu'un emetteur-recepteur, c'est la puissance de calcul à distance qui fera la différence, or ces acteurs ont plus d'une décennie d'avance sur le déploiement de leurs infrastructures et disposent des meilleurs employés du monde dans ces domaines. Nintendo est-elle à terme condamnée à devenir un éditeur tiers comme les autres, comme SEGA ?

L'histoire de Nintendo est jalonnée de repositionnement. Mais paradoxalement, sa taille actuelle réduit l'agilité dont elle disposait lors des années pré-1980. Où aller ?

Le rôle de l'actuel PDG va être décisif.

Shuntaro Furukawa a déclaré le 30 juin 2018 aux actionnaires vouloir le jeu mobile comme un pilier de l'entreprise. Ils ont dû apprécier.

* * *

PS : Mon opinion (considerez ceci comme un commentaire à mon propre article) : Ne disposant pas des ressources permettant de faire jeu égal avec les futurs concurrents arrivant sur l'échiquier du jeu vidéo, j'ai le sentiment que Nintendo s'oriente à son rythme vers une stratégie où les jeux vidéos seront une source de revenus secondaires au profit de l'exploitation de licences, pour un business comparable à celui du Disney d'aujourd'hui. En témoigne le parc d'attraction et le film d'animation Super Mario, produit par Illumination.

Disney semble, de son côté, chercher à atteindre une taille comparable à celles des GAFAM,  justifiant le rachat de FOX à n'importe quel prix.

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(Cinéma)

Ça n’a pas marché pour le premier film se déroulant dans l’univers de Star Wars sans faire partie de la saga, contrairement à Rogue One qui s’intègre parfaitement dans la continuité des six épisodes de l’ère Lucas. Disney a déclaré qu’elle allait décortiqué l’échec, j’y vais ici de mon petit avis en parlant d’un point qui me parait important : le positionnement du produit.

Comme il est coutume de faire dans le fandom Star Wars, je vais me situer : Je suis entré dans la saga par la prélogie dont j’ai beaucoup apprécié les intrigues politiques. Mon préféré est le II, le V est un chef-d’oeuvre de cinéma et je n’ai jamais aimé Un Nouvel Espoir qui a trop mal vieilli à mon goût malgré les rafraîchissements. Georges Lucas est un génie. Je considère la postlogie comme des fanfilms à 200 millions de dollars. Je déteste le VII et le culot du VIII m’a plu malgré le dosage étrange de l’humour sauce MCU et ces personnages principaux auxquels je n’arrive pas à m’attacher. La postlogie est conçue pour rajeunir le public et j’ai hâte de découvrir le nouvel Univers Etendu qui va découler à la suite de l’Episode IX, sans Rey, Finn et compagnie dont je me fous complètement. Pour finir, je consomme l’Univers Etendu du nouveau canon à travers Marvel Unlimited (Le Netflix des BD Marvel) mais je ne suis pas fan au point d’acheter des produits dérivés estampillés Star Wars.

Le problème de la licence Star Wars de Disney est la fragmentation de sa clientèle et c’est une particularité que n’a pas le MCU, sans réel héritage cinématographique avant la “Marvelploitation” commencée en 2008. Sans avoir approfondi la question, je distingue plusieurs catégories de clients Star Wars qui ne se recoupe pas ou peu :

La note correspond à quels points les fans de la licence me semblent hardcore.

Rappel : Cette segmentation est très grossière et nécessiterait un approfondissement.

  • Les amateurs de blockbusters (0/5) : Ils paient les 10€ de leur place de ciné pour un spectacle énorme. Peu importe que ce soit du Marvel, du The Rock ou autre, du moment qu’ils en ont pour leur argent.
  • Les prélogistes (1/5) : Ils ont bien aimés la prélogie, mais ne sont pas fans de la trilogie.
  • Les postlogistes (2/5) : La nouvelle génération qui est entrée dans la saga avec The Clone Wars pour les plus âgés et qui ont beaucoup appréciés la postlogie. L’enjeu est d’en convertir un maximum en Nouveaux UE.
  • Les trilogistes (3/5) : Autrement appelés les vieux de la vieille, rien ne sera jamais mieux que la Sacro-Sainte Trilogie Originelle. RIEN.
  • Les Nouveaux UE (4/5) : Ils ont commencés à consommer de l’UE à partir du reboot de 2015 par le média qui leur convenait le plus et s’ouvriront aux autres médias et au Legends au fur et à mesure pour étancher leur soif (j’en fais partie).
  • Les fans Legends (5/5) : Déçus de l’annulation de l’ancien canon, ils semblent malgré tout avoir embrassé le nouvel UE. Plus que des fans, des ambassadeurs.

L’Episode VII a su proposer un film qui rassemble toutes ces cibles. Cet aura a bénéficié au plutôt bon Rogue One et le VIII qui ont su se placer au croisement de plusieurs catégories.

Tandis que Solo…

Les réalisateurs originels du film, Lord et Miller, ont déclaré vouloir réaliser un film décalé dans l’esprit des Gardiens de la Galaxie. L’idée était très intéressante, elle aurait pu transformer des amateurs de blockbusters en Nouveaux UE comme a su le faire justement Les Gardiens de la Galaxie. Je fais partie de ceux que ce film a converti en amateur du MCU. Malheureusement, le scénariste Kasdan (qui a écrit l’Episode V) et Lucasfilm n’ont pas appréciés ce ton trop éloigné de l’esprit Trilogie pour installer un réalisateur qui avait pour mission d’y revenir.

 

A qui s’adresse ce film alors ?

Aux amateurs de blockbusters ? Le film est trop cheap.

Aux postlogistes ? Ils se foutent du personnage d’Han Solo, c’est le vieux qui meurt dans l’Episode VII.

Les prélogistes ? Pareil. Han Solo, c’est un personnage des vieux films.

Les trilogistes ? Ils détestent la postlogie de Disney. Une partie y est quand même allée, ce film s’adresse quand même à eux.

Par élimination, Solo est le premier film de l’Univers Etendu, qui raconte une petite histoire qui se passe pendant la grande. Contrairement à Rogue One qui s’intègre comme une charnière des deux premières trilogies.

Devant Solo, j’ai eu l’impression d’assister à l’adaptation à moyen budget d’une histoire que j’aurais pu lire dans une bande dessinée. Personnellement, ce n’est pas dérangeant en soi parce qu’il y a de nombreuses histoires très moyennes dans les BD mais ce n’est pas comme cela que le film a été vendu. L’oeuvre a été présentée comme une Star Wars Story et lorsque l’on a vu Rogue One, on s’attend alors à une connexion forte avec les événements majeurs de la saga. Hors les petites histoires n’interessent que les Nouveaux UE et les fans Legends et ils ne sont pas assez nombreux pour rentabiliser un blockbuster. Là où je veux en venir est que la segmentation de la gamme des produits filmiques Star Wars est trop faible en l’état et qu’il ne suffira pas de coller le logo de la licence sur n’importe quel film inédit pour faire venir du monde comme le fait Marvel Studios. Le spectateur du MCU  paie pour consommer "l'esprit Marvel", or "l'esprit Star Wars" est multiple et correspond au minimum à trois types de trilogies différentes qui ne se ressemblent pas.

La plus grosse erreur de Solo est d’avoir voulu à tout prix concevoir un produit en partant de l’héritage d’une trilogie cinématographique vieille de plus de quarante ans considéré comme un absolu par une fanbase vieillissante qui se sent trahie depuis l’Episode VII (voire avant), plutôt que de partir des attentes du grand public contemporain. Il ne faut pas chercher à faire plaisir aux Trilogistes, Georges Lucas le savait. Lord et Miller avaient raison dans leur direction artistique.

The Walt Disney Company sait que capitaliser uniquement sur un héritage ne mène nul part, la stratégie des suites de Roy Disney a amoché la fanbase originelle des Grands Classiques sans convaincre un nouveau public.

Le talent de Bob Iger, actuel PDG de Disney, est d’avoir su apporter du sang neuf avec l’acquisition de licences qui ont été modernisés pour correspondre aux goûts de l’époque. Aussi bien en mettant à la tête de l’animation John Lasseter, à l’origine du studio d’animation Pixar, sous lequel ont pu naître Frozen et Zootopie qu’avec Marvel qui s’est contenté de garder les grands éléments identifiables de ses super-héros en faisant le nécessaire pour convenir à l’époque et en se débarrassant de ce qui devait l’être (cf. Thor Ragnarok). C’est le chemin pris par Rian Johnson à travers Les Derniers Jedi. Solo sonne alors comme un rétropédalage incompréhensible.

 

Solo, réalisé par Lord et Miller, aurait probablement été une comédie hilarante et déglinguée qui aurait totalement dézingué l’héritage des anciens films sacrés.

Et alors ? On va au cinéma, pas à la messe.

 

 

“I do not like to repeat successes; I like to go on to other things.” 
Walt Disney

 

Merci d'avoir lu.

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