L'Antre de la Mort

L'Antre de la Mort

Par The-reaper Blog créé le 13/12/09 Mis à jour le 02/02/12 à 09h51

La Mort vous va si bien.

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Mes textes

 

Un soir, à la chaleur accablante d'un été indien, j'avais toutes les peines du monde à trouver mon sommeil. La tiédeur moite de la nuit m'assommait sans complètement me mettre K.O. A travers les volets entrouverts de la fenêtre, je pouvais deviner les rayons de la lune balayer les pointes des branches des arbres qui, portés par la faible brise, se transformaient en un ballet de pâles fantômes.

 

Alors que je commençais à me sentir aspiré par la fatigue, je fus tiré de ma torpeur par les échos de mon téléphone qui résonnaient dans toute la chambre. D'abord surpris par cet appel tardif, mais aussi lourd de ce demi-sommeil, je mis plusieurs sonneries avant de décrocher. A l'autre bout du fil, je fus étonné de ne pas entendre le moindre bruit, hormis un souffle régulier, une respiration à la fois longue mais insistante, comme si elle était cherchée du fond de la gorge. Je devinai une présence, mais elle ne se manifesta pas. J'eus beau insister, pousser la personne à parler, je n'obtins que ce souffle lancinant et imperturbable. Lassé de courir après une ombre sonore, je finis par raccrocher mon téléphone et me recoucher, en maugréant contre ces personnes qui n'ont rien d'autre à faire que passer des appels en pleine nuit.

 

Mon agacement passé, je replongeai dans mes divagations et cherchai à nouveau à me rendormir. Je me laissa emporter peu à peu dans des rêves aussi troubles qu'indéfinis. C'est à ce moment-là que mon téléphone sonna à nouveau, brisant le silence absolu qui régnait dans la pièce. Je me réveillai. Les éclats de lune qui éclairaient la chambre avaient fait place à une obscurité angoissante, comme si le néant avait fini par envelopper la lumière. Le seul éclairage que j'avais comme repère était l'affichage digital de mon radio-réveil, qui clignotait sur les quatre zéros ; une coupure de courant, sans aucun doute. Les sonneries du téléphone se faisaient plus insistants, plus incessants. Elles semblaient ne jamais se terminer. Après de longues hésitations, je finis par décrocher, passablement agacé par cet acharnement :

- Vous n'avez que ça à foutre? Hurlai-je dans le combiné. Vous savez l'heure qu'il est?

Au bout du fil, le même souffle que tout à l'heure. Le même rythme, le même entêtement asthmatique. Il devenait chaque fois plus pressant. Je sentis les sueurs froides de la peur parcourir mon échine, comme un long courant d'air qui s'engouffrait sous ma chemise. Malgré la terreur qui s'emparait de moi, je dus insister lourdement pour connaître l'identité de mon interlocuteur mystérieux.

 

- Mais qui êtes-vous, bon sang? Que me voulez-vous? Laissez-moi tranquille ou j'appelle la police!

Mes menaces n'eurent aucun effet. Le souffle s'intensifia et s'accéléra. J'avais l'impression terrible de le sentir sous ma nuque. Le souffle devint de plus en plus inquiétant et suffocant, mais aussi caverneux, comme si cette personne venait de pénétrer dans une cave. Le battement de mes tempes s'accéléra et m'étourdit presque, tant la pression se faisait plus forte. Je me sentis vaciller, ma tête tourner, mes yeux s'emporter. Ce souffle semblait dicter ma propre respiration et le battement de mon propre coeur et je ne résistai pas longtemps à une telle accumulation de stress.

 

Le seul réflexe que j'eus finalement fut de raccrocher le téléphone et de m'allonger sur le dos. J'essayai de calmer, de ralentir ma respiration, afin de recouvrer mes esprits et mon calme. Cela me prit de longues minutes avant de retrouver un apaisement nécessaire pour me replonger dans le sommeil. Je me retournai alors sur le côté, prêt à me rendormir, et c'est là que je L'ai vue, immense, évanescente mais clairement imposante. Une silhouette semblant mesurer près de trois mètres de haut se trouvait à mes côtés, me regardant de son regard vide et creux. Son souffle était identique à celui du téléphone, aussi lent et aussi intense. J'avais maintenant l'impression qu'il respirait directement dans ma boîte crânienne, ce qui eut le don de me rendre fou. La blancheur de ses dents éclairait la pièce bien plus intensément que ne le faisait la lune. Je ne voyais que cela, et cela me glaça d'effroi. Ses doigts squelettiques serraient une lame si fine et si pure qu'elle semblait être transparente. Elle ne bougeait toujours pas, restait impassible au pied de mon lit. La terreur me paralysait, et je fus bien incapable de faire le moindre mouvement. Mes yeux restaient rivés à ce regard inexistant et ce sourire qui n'en était pas un. Puis, d'un mouvement vif, il leva sa lame au-dessus de ma tête, la posture noble, et l'abattit finalement. Je sentais tous mes organes brûler de l'intérieur, comme si j'avais avalé une torche, mon cerveau semblait exploser en mille petits morceaux qui se projetaient contre les parois de mon crâne. Cette sensation dura de très longues minutes qui paraissaient une éternité, puis cette sensation s'arrêta en un néant sensoriel... Plus de son, plus de lumière, plus de sensation, j'étais et n'étais plus. Je n'étais plus qu'un concept abstrait, un alpha et un oméga, un plus et un moins, unis dans un seul être, une seule âme, une seule boule d'énergie faiblarde qui gravite autour d'un point inexistant...

 

Même si je ne suis plus pour témoigner, je ne peux que vous donner ce conseil : si vous L'apercevez à votre tour, ne fuyez pas. Ne résistez pas. Ne cherchez même pas à dévier votre regard d'Elle. Votre seule chance de salut est qu'il n'y a aucun salut, aucune autre issue. Sa seule présence est le début de votre absence, la fin du tout et du rien...

 

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Commentaires

SeeDreeks
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SeeDreeks
Très plaisant à lire... je surveille ton blog désormais pour d'autres lecture. Merci !
tuntun
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tuntun
Excellent. En particulier l'avant dernier paragraphe. Si t'en a d'autre des nouvelles, je prends.
The-reaper
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The-reaper
C'est gentil, mais il ne faut peut-être pas exagérer! :P
Jeffix
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Jeffix
Stephen King peut aller se rhabiller ! Fais un texte avec un peu de SM dedans et là tu remplacera Clive Baker !
jack.boss
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jack.boss
Il y a comme quelque chose de dérangeant dans ce texte. Moi il m'a mis mal à l'aise... *secoue la tête* Vite pensons à autre chose, tu es torturé Reap' :P

Édito

Bienvenue dans le repère de Reaper!

La Mort vous invite cordialement à partager ses goûts, ses plaisirs, ses délires, ses coups de coeur ou de gueule.Ainsi que, dans la mesure du possible, mes écrits personnels.

Plein de trucs un peu débiles, des infos nostalgiques sur le rétrogaming ou sur mes chansons préférées!

 

 

 

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