
D'ici quelques jours s'apprête à sortir le très attendu Metal Gear Solid : Peace Walker. Et très honnêtement je m'en tape. Non pas parce que le jeu ne me fait pas envie ou parce que je n'ai pas de PSP, mais plus simplement parce que j'ai vu Metal Gear Solid 4. Car au risque de choquer je le dis tout net : quand t'as vu Metal Gear Solid 4, tu peux mourir en paix. Il n'y a rien de plus à ajouter. C'est l'alpha et l'omega. La 8ème merveille du monde. La perfection incarnée. Le genre d'oeuvre où tu te demandes ce qu'ont bien pu fumer ces concepteurs pour nous pondre ça. Bon allez j'arrête là. Poursuivons.
Réalisateur Sans Frontière
Alors qu'est-ce que Metal Gear Solid 4 ? Et bien il s'agit d'une oeuvre atypique. Un film interactif sorti en Direct-to-Bluray sur PS3 pour être exact. Le tout premier film d'Hideo Kojima qui n'a pas hésité à enfiler la casquette de réalisateur pour donner vie à cet univers. A la base le bonhomme est développeur de jeu vidéo, ce qui donne ce mélange des genres assez étrange. Tout au long du film, il y aura des phases interactives où il faudra prendre le contrôle du héros et l'amener d'un point A à un point B pour déclencher la suite de la vidéo. Il faudra néanmoins faire attention car comme dans un vrai jeu vidéo, le chemin sera parsemé de danger et la mort guettera à chaque coin, prête à interrompre brutalement le bon déroulement du film. Heureusement que ces phases sont assez courtes pour éviter de faire fuir le spectateur. Néanmoins ça reste une manière assez inhabituelle d'aborder le 7ème art.
Mais là où ça devient intéressant c'est au niveau de l'univers en lui-même. On est dans un monde complétement ravagé par la guerre, où les armées conventionnelles ont été remplacées par des armées privées dont les soldats sont bourrés de nanotechnologie et sont assistés et synchronisés dans leurs opérations par des ordinateurs. Un univers tout à fait charmant comme on peut s'en douter. Mais ce qui étonne (et détonne) le plus dans ce film c'est la manière dont Kojima met à profit ce background. Ainsi MGS4 fluctue entre le burlesque et l'horreur. Un burlesque très présent qui a tendance à déstabiliser les premières fois où on y fait face. D'ailleurs les premières minutes de vidéo m'ont fait comprendre que j'avais à faire à du lourd avec ce film. Passer quelques minutes on se retrouve face à des robots aux pattes géantes, surmonter d'une tourelle et dont le cri est un meuglement de vache. Oui oui un meuglement de vache. Carrément. Et ça continue avec un peu plus tard un black aux cheveux péroxydés accompagné d'un singe pelé portant un slip en vinyl et buvant sans arrêt du soda. Peu de temps après je tombe sur un gars en train de faire caca en cachette sous un bidon rouillé. Bidon qu'on peut récupérer et utiliser pour se glisser dedans et avancer en roulant pendant que les PNJs se font la guerre. Situation surréaliste. Bon j'arrête là car des situations dans ce genre, MGS4 en est bourré. On frôle parfois le Hot Shot et le Scary Movie Style.

Les fameux robots qui meuglent...
Guns of the movies
Mais MGS4 ce n'est pas que ça, c'est aussi toute une série de situations dramatiques et épiques dont Kojima aime user et abuser. On peut par exemple parler des fameuses Beauty & The Beast. 4 femmes affublées d'un puissant ensemble d'armure qui leur donne des compétences surhumaines. Une fois qu'on a battu la première Beauty, on comprend vite qu'on a à faire à une folle tarée. Mais Kojima n'hésite pas à semer le trouble chez le spectateur/joueur en mettant à nue (enfin pas complétement, car elles portent une espèce de combinaison en latex, ou vinyl, ultra-moulante, nous gratifiant même d'un petit sabot de chameau au passage :3 ) ces charmantes demoiselles, et à les faire avancer lentement et désespérément vers nous, dans un besoin d'être enlassées et réconfortées par le héros. Situation tout à fait troublante qui aurait pu pousser le joueur à faire un choix et à se poser des questions si ces filles n'étaient pas, comme dit plus haut, folles à enfermer. D'ailleurs après chaque victoire face à l'une de ces Beast, Drebin (le black péroxydé dont je parlais plus haut) nous racontera l'histoire de chacune d'elle et nous expliquera comment elles en sont arrivées là. Une histoire plus proche de l'horreur que de l'île aux enfants, où chacune d'elle a vu généralement sa famille massacrée, torturée et/ou violée, puis forcer de les manger pour regagner des forces et ainsi pouvoir survivre dans ce monde cruel et sans pitié. La première fois on est étonné, les fois d'après on attend avec une impatience débordante l'histoire qu'a pu nous inventer son réalisateur déjanté.
On pourrait aussi parler de cette manière qu'à Kojima de poser le spectateur en acteur pendant les phases interactives. Pour faire ressentir toute l'émotion, le calvaire, parfois la déchéance de ses personnages. Comment ne pas parler de l'une de ces scènes finales où Snake doit passer un couloir remplit de micro-onde. Une scène où il est déjà lourdement affaibli. Où la pénibilité à avancer dans ce couloir se transforme en calvaire pour finir en véritable supplice, où le joueur doit marteler le bouton pour le faire avancer coute que coute, nous obligeant nous même à souffrir dans ce déchainement frénétique sur le bouton de la manette. Une scène marquante. Une scène où l'on doute. Où l'on se demande si le héros va parvenir à passer cet ultime obstacle qui le sépare de sa mission. Une scène d'anthologie. Ce n'est pas la seule. MGS4 en recel bien d'autre.
Je pourrais aussi parler des histoires d'amour de la très bodybuildée Meryl et du très incontinent Akiba, ou bien de la très mélancolique Naomi et du très coincé Otakon. Je pourrais parler également de l'histoire en elle-même avec sa mythologie et ces personnages légendaires. Mais entre nous tout ça n'a aucun intérêt. MGS4 ne se raconte pas. Il se vit. C'est un film à la démesure de l'univers créé par Hideo Kojima, où tout interpelle, où tout s'entrechoque. Une histoire qui se déroule lentement mais surement vers son dénouement, vers sa conclusion. Froide et finale. Celle d'un héros, d'une légende qui prend enfin sa retraite. Une conclusion en pointillé qui ne donne pas toute sa gradification à son héros. Une fin très japonaise en somme. Ni Salée, ni sucrée. Juste amère, comme la vie qu'a vécu son héros, qui se sera battu si longtemps, si vaillamment. Une fin sans éclat, sans surprise, sans feu d'artifice. De toute façon Snake n'en a pas besoin. Il est déjà rentré dans la légende et il y restera. Pour longtemps.

Snake. L'homme. La légende. Repose en paix mec. Tu resteras à jamais dans nos cœurs !