Le Blog de SeikiTom - Critiques de JV

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Par SeikiTom Blog créé le 16/02/10 Mis à jour le 15/06/10 à 17h23

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Critiques PC

Des royaumes qu'on oublie pas


Parce que certains vieux jeux méritent aussi qu'on parle d'eux. La saga Baldur's Gate faisait partie (avec les Icewind Dale et Planescape : Torment) d'une série de jeux vidéos reposant sur un même moteur, le Infinity Engine, et s'est imposée à l'entrée des années 2000 comme le fleuron du RPG occidental. Plutôt que le premier épisode, qui a pourtant marqué le début de l'aventure, j'ai choisi de parler ici de Baldur's Gate II : Shadows of Amn, certainement l'épisode le plus abouti.

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L'aventure de Baldur's Gate II a lieu dans les Royaumes Oubliés, un des univers créés pour le célèbre jeu de rôle papier « Donjons et Dragons » (dont il reprend également les règles). Comme dans de nombreux RPG occidentaux, l'action prend donc place dans un monde d'heroic-fantasy très largement inspiré du Seigneur des Anneaux, et dans lequel on croise mages, elfes ou dragons. Un contexte très (trop ?) classique, mais toujours propice à des aventures épiques et dans lequel on retrouve rapidement ses repères.

Le scénario de Baldur's Gate II suit directement celui du premier épisode, sans pour autant qu'il soit nécessaire d'y avoir joué pour profiter de l'histoire. Enfant de Bhaal, le maléfique dieu du meurtre dans la mythologie des Royaumes Oubliés, le joueur se retrouve ici aux prises avec un puissant magicien qui souhaite lui « voler » ses pouvoirs divins. Les choses s'avèreront cependant plus ambiguës que ce synopsis ne le suggère et le scénario, sans pour autant être le point fort du jeu, est riche en rebondissements et en situations. Bien plus d'ailleurs que ce n'était le cas dans le premier épisode, mais cela se fait par moments au prix d'une certaine linéarité.

Techniquement, le jeu date de 2001 et accuse évidemment le poids des années. Tout se joue ici avec une vue en 3D isométrique, et les personnages sont représentés par des sprites se déplaçant sur des décors en 2D pré-rendus. Le procédé est depuis devenu obsolète et semble maintenant bien vieillot (l'immersion est difficile pour un joueur d'aujourd'hui habitué à la 3D), mais il a encore ses mérites. La vue est claire et facilite l'exploration et les combats, d'autant que le joueur est rapidement amené à contrôler plusieurs personnages à la fois. De plus, chaque décor a été « dessiné » à la main, et même si la résolution n'est pas exceptionnelle, la qualité de la direction artistique rend le tout encore agréable à l'oeil.

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            Dans Baldur's Gate, le maître mot est « liberté », et en cela, il représente tout ce qui fait la force du RPG occidental. Le monde est vaste, et en particulier Athkatla, sorte de métropole médiévale qui sert de point de départ aux aventures du joueur. Lorsque l'on voit la difficulté qu'ont maintenant les développeurs à construire de vastes mondes en 3 dimensions, en particulier avec les standards HD actuels, difficile de ne pas regretter cette époque où les contraintes techniques étaient bien moindres.

            Au-delà de la carte elle-même, les PNJ sont eux aussi très nombreux, qu'ils soient commerçants, simples passants ou au contraire qu'ils aient des quêtes secondaires à proposer au joueur (qui sera bien avisé de les accepter, la récompense en XP étant souvent de taille). Là encore, l'approche est représentative du RPG occidental : au-delà de l'intrigue principale, c'est tout un monde qui prend vie, et ces quêtes secondaires seront autant d'occasions de le découvrir et d'y prendre part. Ne pas les saisir est donc passer à coté d'une bonne partie de l'expérience, et il est certain que beaucoup de joueurs, en particulier les habitués des RPG japonais (au rythme beaucoup plus soutenu), risquent de ne pas y trouver leur compte. C'est là l'éternel débat entre ceux qui préfèrent qu'on leur conte une histoire maîtrisée de bout en bout, quitte à être guidés à outrance, et ceux qui préfèrent au contraire pouvoir explorer librement un monde qui semble finalement pouvoir exister sans eux, quitte à négliger l'histoire principale. Pour ces derniers, Baldur's Gate laisse en plus la possibilité de régler chaque situation de différentes manières, bien que l'altruisme soit toujours plus récompensé que la méchanceté, et que la liberté d'action ne soit donc pas non plus celle d'un Fallout (1 et 2, j'entends).

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            La liberté est aussi dans la gestion même du personnage principal. Dès sa création, où le joueur est amené à choisir parmi un grand nombre de races (humain, elfe, demi-orque... ) et de classes (guerrier, voleur...). On attribue ensuite des points aux différentes caractéristiques, sachant que le guerrier devra pouvoir compter sur sa force, le mage sur son intelligence, etc... On peut de plus déterminer son apparence, à travers son sexe, la couleur de ses vêtements, et la voix qu'on entendra parfois après certaines actions (bien sur, le personnage n'étant représenté que par un simple sprite, et les dialogues du jeu n'étant pas doublés, cela reste assez anecdotique). Au cours de l'aventure, le joueur doit engranger de l'XP en tuant des ennemis ou en résolvant des quêtes, afin de gagner des niveaux et d'améliorer ses compétences. S'il est impossible de beaucoup s'éloigner du type de personnage choisi au départ, il reste encore à choisir avec soin son équipement, mais aussi, pour les mages et les prêtres, les sorts à apprendre parmi les centaines disponibles (qu'ils soient d'attaque, de soutien, de convocation, etc...). Heureusement, les descriptions in-game sont nombreuses et accessibles d'un simple clic droit sur l'objet ou la magie qu'on souhaite utiliser, et il sera nécessaire au novice de longuement les étudier avant de prendre ses repères.

            Cette richesse se voit décuplée par la possibilité de recruter des alliés pour accompagner le joueur, jusqu'à cinq en plus du personnage principal, parmi un vaste choix de PNJ. L'objectif est bien sur de former un groupe équilibré : un guerrier pour combattre en première ligne, un voleur pour repérer les pièges et les désarmer, un prêtre pour soigner ses camarades, un mage à la puissance offensive dévastatrice (aussi bien pour l'adversaire que pour soi, de nombreux sorts étant à double tranchant ; par exemple, la boule de feu qui touche ennemis et amis sans distinction). Ceci n'est bien sûr que l'archétype d'une troupe d'aventuriers, et le joueur a en fait toute liberté de former le groupe qui lui convient, selon ses préférences et la stratégie qu'il souhaite adopter. A noter aussi les dialogues avec et entre ces PNJ recrutables, très bien écrits et souvent savoureux, qui renforcent leur identité et la sensation de mener un véritable groupe d'aventuriers.

            Mais toute cette richesse ne serait rien sans un système de combat impeccable, et une difficulté suffisante. Car au contraire de nombreux RPGs, il ne suffira pas de se jeter sur l'ennemi pour remporter la victoire, la gestion du groupe et des compétences de chacun étant primordiale. Pour faciliter cela, le gameplay se rapproche de celui d'un RTS : la souris permet de sélectionner un ou plusieurs personnages puis la cible à attaquer, et quelques raccourcis clavier permettent d'aller plus vite et de fluidifier l'action. Il est également possible de mettre le jeu en pause, afin de se donner le temps de réfléchir à la stratégie à adopter et de diriger chaque membre du groupe. Car bien que l'interface soit réussie et quasiment optimale, elle est suffisamment complexe pour qu'il soit impossible de tout contrôler en temps réel. Et malgré cette aide, l'effort à fournir pour maîtriser le tout reste conséquent...

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            Finalement, Baldur's Gate propose un monde vaste, et utilise à merveille les règles de AD&D (2e édition de « Donjons et Dragons ») à travers les innombrables possibilités à la fois dans l'évolution du PJ et de ses alliés, mais aussi dans la gestion des combats. Le revers de la médaille est qu'un investissement important est nécessaire pour connaître ces règles et apprendre à en tirer parti, ce qui en rebute plus d'un. Un jeu à ne pas mettre entre toutes les mains donc, d'autant que le rythme de l'histoire ne saura pas tenir en haleine les plus pressés d'entre nous. Mais pour ceux qui cherchent avant tout la liberté d'action, ou qui se sont lassés de l'éternel hack'n slash, Baldur's Gate est certainement un des RPGs les plus complexes et les plus riches jamais conçus.

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