CARIBOU: Scholarship Edition

CARIBOU: Scholarship Edition

Par seblecaribou Blog créé le 05/02/10 Mis à jour le 22/11/13 à 06h02

Le quotidien d'un gamer, nanardeur, cinéphile, blondophile...

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Le Journal du Caribou

L'entrée du tout petit aéroport Jean-Lesage, Québec.

J'en ai des choses à vous dire. Beaucoup, probablement trop pour que vous preniez réellement le temps de les lire. Mais puisque j'en ai quelque peu besoin, pour ma libération spirituelle personnelle, je vais prendre le risque, comme à chaque billet, qu'il ne soit pas vraiment lu. Du commencement, il y a de cela quelques années, à maintenant...j'ai du pain sur la planche. Comme prévu, ce blog prend des atours plus personnels et moins virtuels. À vous de voir si cela vous convient toujours. Si vous pensez que c'est trop personnel justement, ayez la pudeur que je n'aurai pas et ne lisez simplement pas.

Le Canada en général et le Québec en particulier ne sont pas des rêves tout récent pour moi. À la sortie de mon bac il y a six années, j'avais en tête de devenir infographiste et de baser ma carrière sur mon talent (bien maigre, je m'en rends compte aujourd'hui) de dessinateur. Le métier en question aurait été un moyen de parvenir à travailler dans le jeu vidéo au Canada donc, où à l'époque Ubisoft et consorts développaient de gros titres et de grosses équipes prestigieuses grâce à un crédit d'impôt qui fit du pays un nouvel El Dorado du développement. Cependant, avec si ce n'est la faiblesse de mon dossier, au moins son caractère moyen, je ne pouvais prétendre à une école de dessin telle que les Gobelins, pour ne citer que celle-ci, école qui m'aurait permis d'accéder au milieu. Au lieu de cela, je me suis engagé dans la voie universitaire en espérant y étoffer mon curriculum et parvenir en école plus tard. L'expérience fut un vrai désastre, au point de me faire arrêter le dessin pendant une année complète de perdition suivant deux années exécrables sur les bancs de Paris 1. Au passage, c'est dans ce bourbier que je rencontrais, comble de bonheur au moment où j'en avais besoin, mon ami Akiru sans qui je ne serais jamais arrivé jusqu'à Gameblog. Ceci est une autre histoire.

Malgré cet échec cuisant et pour le moins déprimant, au sens clinique du terme, je suis parvenu, croyez-le ou non, à me sortir de cet immobilisme mental grâce à la Sociologie. Cette science dont personne des profanes (ou même des experts) ne saura dire en quoi elle consiste, m'a amené à mettre de l'eau dans mon vin, à ne pas accepter toute chose comme un fait irrémédiable et inaltéré dans le temps. Alors que paradoxalement, j'y apprenais que la plupart des considérations que je pouvais avoir sur le Monde était des fabrications sociétales, j'y développais encore plus ma vision des choses. Car s'il y a une chose qui est fascinante avec la sociologie, c'est son inexactitude ; il y a toujours une exception à la règle. Alors pendant trois années à Paris 7, j'ai progressé, je suis devenu nettement plus intelligent (relativement à ce que j'étais à la base forcément, donc vous en faites ce que vous voulez). Je n'en suis pas devenu plus cynique pour autant. Mes rêves étaient, sont et, je l'espère, seront intactes malgré la déconstruction constante des faits que j'opère pour le bien de mes études.

La sociologie m'a amené à reconsidérer la façon de voir ma propre vie, un peu plus loin que le simple contentement du quotidien dont je devrais me suffir. Je suis avantagé, chanceux ; ça je le savais déjà. Parisien sans problème grave au niveau de ma santé ou sur le plan financier, si je n'ai pas encore trouvé mon âme soeur, je reste entouré de parents aimants, d'une famille solide et adorables et de beaucoup d'amis sur lesquels je peux compter (et qui je l'espère peuvent compter sur moi). Après deux années en sociologie, j'ai décidé de mettre à profit ma toute jeune et fébrile expertise dans l'enquête sociologique et de trouver le culot et la ressource pour enfin profiter de cette chance qu'est ma vie actuellement. En Octobre 2012, j'ai porté ma candidature à un programme d'échange international.

J'ai écouté le bouche-à-oreille où plutôt le téléphone arabe. En terme d'administration, tout le monde semble savoir, mais personne ne sait vraiment. J'ai appris à lire des documents officiels complets de 15 pages avec cinquante cases à cocher, à remplir, à réfléchir, à creuser pour faire les choses correctement. Entre le début de ma démarche l'année dernière et mon arrivée aujourd'hui, j'ai mis pratiquement toute l'énergie et la motivation que j'ai accumulé pendant ces années de frustration à observer la vie sans jamais y participer, tout cela dans une visée : vivre au Québec.

De Paris à Québec, on ne s'en rend pas compte, mais l'échelle change radicalement.

Parce que c'est une chose que j'oublie de dire, mais la raison pour laquelle j'ai décidé que cette fois était la bonne est parfaitement de mon fait. Tout comme la faute de cet immobilisme dans ma vie m'incombe (et me décombe) entièrement. Le confort, j'y étais attaché. Si j'utilise l'imparfait, c'est parce qu'aujourd'hui j'espère m'être prouvé à moi-même par cette expatriation que mettre son confort dans la balance en vaut la chandelle. En Octobre 2012, j'ai simplement décidé d'appliquer la fameuse tirade si niaise et pourtant si vraie : « Ne rêve pas ta vie, vis tes rêves ».

Pour en revenir à la partie administrative, ceux qui ont suivi les quelques (pour être gentil) statuts où je me suis épanché avec un misérabilisme digne de Slumdog Millionaire sur le stresse que j'ai subit ces derniers mois, je pense que vous aurez une idée très vague de ce que j'ai ressenti depuis Janvier dernier. Pourquoi était-ce si horrible ? Pourquoi la simple idée de devoir reporter un départ pour 2013/2014 à 2014/2015 m'arrachait le coeur ? La réponse est dans les paragraphes précédents. J'ai décidé que je devais le faire, parce que la possibilité s'offrait à moi ; et d'un coup une personne, inconnue, cachée par sa fonction administrative, protégée par le statut de sa profession, par son autorité, à tout moment, pouvait mettre fin à cet enthousiasme avec un simple « Refusé » sur un bout de papier.

Il y a toujours un bout de papier entre soi et le reste du Monde. Un passeport, une carte d'identité, un gros chèque, une autorisation...j'ai eu la chance de tout obtenir. Ça n'a pas été toujours simple moralement. Je ne cacherais pas le fait que j'ai versé une ou deux larmes pendant un jogging après avoir appris que je n'étais pas pris directement dans mon Master à Paris 7 (obligatoire pour partir en échange). Probablement était-ce plus de la fatigue nerveuse, de l'accumulation d'anxiété qu'un réel désastre dans la mesure où je suis parvenu à régler le problème. Toujours est-il que ça a été long, fastidieux et épuisant. Penser quotidiennement au voyage que fait un bout de papier qui va déterminer si on va réaliser ou non son rêve dans les deux ou trois mois à venir, c'est une petite épée de Damoclès. J'ai l'impression toutefois d'en faire trop mais c'est ainsi que j'ai pris ce voyage de toute façon. Du premier papier déposé au Bureau des Relations Internationales de ma fac au permis d'étude obtenu à la douane de Québec, j'ai pris tout cela à coeur, sans retenu, comme si ma vie en dépendait. Et j'ai surtout tout fait moi-même. Je ne remercierais jamais assez mes parents pour s'être tant inquiété et pour me soutenir aujourd'hui financièrement dans cette aventure au combien égoïste. Cependant, ils n'ont vu que la partie émergée de l'iceberg, que les moments où j'ai choisi de leur parler des papiers que j'attendais ou que je venais d'obtenir. Encore une fois, veuillez excuser cette complainte. Tout ce que j'essaye de dire, c'est que j'ai fait mon premier vrai pas dans une vie d'adulte.

Alors la grande question demeure : est-ce que cela en vaut la chandelle ? PUTAIN OUI.

Je suis arrivé à Québec à 10h30, le lundi 26 Août. J'ai passé l'une des plus longues journées de ma vie (marathon Twitch mis à part) puisqu'elle a commencé à 4h45, heure de Paris, pour aller à l'aéroport et s'est terminée à 19h heure de Québec quand je me suis écroulé sur mon lit sans même une couette ou un oreiller pour dormir. La fatigue a facilité le processus transition. Dans cette journée, je n'ai pourtant eu le temps de faire que peu de choses : acheter un portable local, faire quelques magasins pour trouver de quoi manger, récupérer les clés de ma chambre universitaire. J'ai pu faire tout cela à l'aide d'un cousin venu me chercher à l'aéroport ; sans lui, j'aurais probablement été bien plus déprimé en arrivant. J'ai vraiment une famille formidable (© TF1).

Effectivement, en arrivant je n'ai pu immédiatement sauter de joie. Si j'ai ressenti l'immense soulagement d'avoir vaincu les administrations canadienne et française, j'ai surtout eu un choc de voir mon confort réduit à peau de chagrin. Le mardi, je n'avais en fait ni literie, ni frigo, ni micro-ondes, ni wifi...Pourtant le petit blues de l'arrivée à vite laissé la place à cet inexplicable enthousiasme. Je n'ai jamais été aussi heureux d'avoir le dos au mur. Impossible de revenir en France, impossible de téléphoner à qui que ce soit et pourtant, c'était la banane au lèvre que je faisais le tour de l'immense campus, qui s'apparente plus à une petite ville d'ailleurs, à la découverte des commerces environnants. Nous sommes aujourd'hui le vendredi 30 Août et j'ai pallier à la plupart des manquements à mon nid douillet. Ce qu'il me manque viendra au fur et à mesure.

Si j'étais complètement honnête, ce qui est l'objectif de ce journal de bord, je dirais que je ne suis pas encore tout à fait heureux comme je ne l'ai jamais été, mais pas très loin. En revanche, je suis plus optimiste et empreint d'un enthousiasme infini. J'ai envie de tout faire, de tout voir, de tout faire partager aussi. J'ai pour l'instant peu de photos ou de vidéos vraiment dignes d'intérêt esthétique ou didactique, mais je vous propose d'ores et déjà quelques clichés du Parc National de la Jacques Cartier situé à trente ou quarante minutes de mon université. J'ai quelque peu réduit la qualité des images pour pouvoir les mettre sur le blog. Un dernier mot pour la route : j'ai hâte de rester pour de bon...

  

 

Parc National de la Jacques Cartier, Septembre 2013.

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Commentaires

Mortipoil
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Mortipoil
Sympa ce billet très personnel!
Par contre méfie toi de l'enthousiasme débordant des premiers temps. La plupart des immigrants vivent ça durant les premiers mois, voire les premières années, puis un coup de cafard peut les atteindre et finalement les inciter à repartir.
Prends bien le temps de découvrir cette nouvelle culture, de t'adapter sans chercher à comparer en permanence avec la France (ne surtout pas faire ça) et de te faire de nouveaux amis.

Je te souhaite un bon nouveau départ, si tu as des questions n'hésite pas, et comme je vois que tu as posté des photos de la Jacques Cartier je te recommande chaudement la randonnée des loups ;)
inFy
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inFy
Belle arrivée, bel article.

On attendra avec impatience la suite, dont je ne doute pas, sera d'autant plus extraordinaire que tu découvriras de nouvelles choses, de nouvelles personnes. Profite à fond de cette aventure, de TON aventure.

A bientôt.
ladanettedu94
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ladanettedu94
Je savais déjà que t'avais le don de faire voyager avec des mots à propos de jeux vidéo.
Par contre là je viens de découvrir que t'es un putain de narrateur, quel que soit le sujet.

Super content pour toi en tout cas.
Twixx
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Twixx
"Je n'ai jamais été aussi heureux d'avoir le dos au mur. Impossible de revenir en France, impossible de téléphoner à qui que ce soit et pourtant, c'était la banane au lèvre que je faisais le tour de l'immense campus"

C'est avec la banane aux lèvres que j'ai lu cette phrase. Ça me fais penser à mon arrivée en Chine: obligé de combattre son côté pantouflard et de se retrousser les manches pour résoudre les difficultés par soi-même, sans aucune aide possible. Le meilleur semestre de ma vie!

Merci Mister Caribou, tu as réanimé cette flamme en moi qui vacillait ces derniers temps. Cette flamme qui me dit de ne rien lâcher, de galérer pour trouver un emploi à l'étranger, parce que ça en vaut la peine... Tu écris cet article au moment où je commençais à laisser tomber. J'étais prêt à accepter la première annonce venue pour peu que je puisse dire : "j'ai un job, on passe à autre chose!"
Je retourne à mes recherches plus enthousiaste que jamais, grâce à cet article qui me rappelle à quel point cette galère est temporaire et qu'elle laisse place à un sentiment ineffable de bien être et de paix intérieure!

Si tu as des coups de mou (on en a tous), n'hésite pas à les partager avec cette communauté solide, c'est le meilleur des remèdes! ;)

Bon séjour et au plaisir de te lire!

Twixx
Dehell
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Dehell
Un bien bel article, touchant et rassurant :)
toute la communauté est très heureuse pour toi, profites en bien l'ami ! <3
Hyna
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Hyna
J'irai là bas un jour, c'est certain ! :)
D'ailleurs, j'ai un collègue qui y va pour ses études dans le commerce internationale.
Tu comptes donc y rester, j'espère qu'on aura l'occasion de se croiser un jour quand tu passeras par la Normandie ^^.
Cette euphorie de se retrouver coupé du monde, je connais et ça fait beaucoup de bien :)
Bonne continuation à toi :)
NakedVince
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NakedVince
"Cette science dont personne des profanes (ou même des experts) ne saura dire en quoi elle consiste" Beaucoup trop de vérité dans cette phrase :')
Bon je te l'ai déjà dit mais ENJOY !
Kalakoukyam
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Kalakoukyam
@Dark_Gatsu: Content pour toi aussi alors. ;)
Dark_Gatsu
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Dark_Gatsu
Bon séjour et je me retrouve en partie dans ton billet ayant depuis peu vaincu l'administration française, l'éducation nationale et mon employeur pour mon congé de formation d'une année universitaire en vue de ma reconversion professionnelle : 2 ans de ma vie y ont été consacré et j'ai hâte de commencer mi-septembre!! ^_^

Encore toutes mes félicitations et merde pour tes projets. ;)
Akiru
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Akiru
Un jour on fera cette aventure à deux Seb hahaha :D Ca donne bien envie ! Profite et ne te prends pas trop la tête. Juste profite.
-Dan-
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-Dan-
Profte à fond Seb' !!! :D :D
seblecaribou
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seblecaribou
Merci les amis pour tout votre amour (et les compliments sur ma plume). Ça rend le tout encore meilleur :wub:
benoitm_us
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benoitm_us
Bien content pour toi mon Sebounet ! Ça fait du bien aussi de lire ce texte. Disons que ça remet certaines choses en perspective. Vivement la suite de tes aventures !
Sirtank
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Sirtank
Bon courage pour la suite, un peu de cynisme aurait pas fait de mal durant ce parcours du combattant mais le fait d'y être arriver sans ne rendra l'expérience que plus gratifiante.
BlackLabel
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BlackLabel
Le Québec va changer ta vie B)
P.Y.T.
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P.Y.T.
Yao !
Mais... Mais...
Putain ! Tu viens de me faire tomber en adolescence !
Degrassiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
winston
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winston
Bravo à toi ! Profite à fond de cette expérience. :)
Kalakoukyam
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Kalakoukyam
Ça donne envie de faire pareil et de s'expatrier à l'étranger. Chouette texte. :)
Anfalmyr
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Anfalmyr
Content de te voir enthousiaste Seb ! :)
Yeah
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Yeah
:)
Neo Chipie
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Neo Chipie
@Yao : AHHHHH !!! Cette série !!!
Yao
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Yao
Classe ! Je ne suis pas trop blog (je veux dire écrire dans les coms), tout ça pour dire que je te trouve que t'as une des plus belles plume du site, et que ton blog fait partie des meilleurs de la communauté voir dans le top 3.
Et t'inquiètes pour les Gobelins, je te comprends me suis fait recaler comme une pauvre merde, ça m'a remis à ma place, ça m'a fait du bien ! :D

Bref, ça fait du bien de te lire et je te souhaite tout le bonheur pour cette aventure Québécoise !! De toute façon, tu es le sosie de Image IPB
(les vrais savent de quelle série provient ce personnage… :lol: Quelle série ! :blush: :wub:) , tout devrait bien se passer !
Et Akiru est vraiment sympathique ! :P
Fouals
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Fouals
Félicitations !!!! Continue à nous faire râler avec tes photos, on le mérite aussi. ;)
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Excellent !

Celim.
Neo Chipie
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Neo Chipie
Bonne continuation ! Merci pour ton texte si personnel et qui donne aussi l'envie de ne rien lâcher. Moi qui pensais jeter mes premières recherches pour ma reconversion, je vais les garder et tout reprendre !
Je n'irai pas au Québec (trop froid !) mais au moins me bouger au niveau de ma région !
Gros :kiss:

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