Le Blog de Sachka

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Par Sachka Blog créé le 26/03/10 Mis à jour le 07/06/10 à 12h24

Quelques pages volantes sur le jeu vidéo, le game design, le story-telling, ou simplement le plaisir de jouer et de créer.

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J'ai profité du cycle Miyazaki sur Arte pour revoir Totoro en entier (je n'avais pas pu voir la fin à l'époque). Comme la dernière fois, j'ai pensé à mes explorations enfantines : en vacances à la montagne, j'avais trouvé, comme la petite du film, une sorte de tunnel de buissons entremêlés, un passage secret naturel vers un lieu forcément magique et mystérieux. On revenait chaque année au même endroit en vacances, mais bizarrement, je ne l'avais plus jamais retrouvé. A moins que ce soit mon regard qui ait changé ?

C'est finalement ça, le sujet du film : une histoire de distance, d'échelle, de taille. Quand on est petit l'univers s'arrête bien avant l'horizon. Un jardin est un monde, et on ne s'étonne pas qu'un « dieu » vive justement dans l'arbre près de la maison. L'Ailleurs est à peine concevable. Les herbes hautes sont une jungle, le tunnel de buissons est à la taille de la plus petite des filles, et le père a bien du mal à s'y faufiler. Il appartient au monde tel qu'un enfant le perçoit : un monde organisé selon quelques repères géographiques, la maison, l'école, le jardin, l'arrêt de bus.

Quand les filles plantent devant la maison les graines magiques offertes par Totoro, celles-ci se transforment le temps d'une nuit en un gigantesque arbre-monde qui vient surplomber la maison tel un parapluie. Pourtant au matin, les graines n'ont réellement produit que quelques feuilles, mais la joie des petites reste aussi grande. Une histoire d'échelle encore.
Ce qui est démesuré aussi chez Totoro, c'est son sourire énorme et ses yeux qu'il ouvre parfois tout ronds. Il a l'air d'exprimer une joie muette, complètement hallucinée, provoquée par des choses aussi insignifiantes que le bruit des gouttes d'eau sur le parapluie. Un presque rien qui a l'air de l'éclater complètement, et qui lui donne un petit air du chat du Cheshire (comme le chat-bus d'ailleurs).

Les fillettes sont, elles, comme deux Alice qui changent de taille au gré des événements : après être tombées dans le tunnel-terrier, auprès de Totoro elles sont grandes, elles volent au-dessus d'un arbre géant et contemplent ce qu'elles croient être le monde entier. Mais bientôt le monde adulte les rattrape et les voilà petites, si petites : leur mère est à l'hopital et la plus jeune décide de s'y rendre. La ville est loin, trois heures de marche, et quel chemin faut-il prendre ? Évidemment elle se perd au milieu de nulle part, et finit par s'arrêter pour pleurer : le monde est désespérément trop grand pour elle.

Heureusement Totoro et le chat-bus interviendront pour abolir les distances dans un ultime changement d'échelle, et permettre une fin pleine d'espoir.

On finit tous par grandir et par pouvoir parcourir le monde à grandes enjambées. L'important est de ne jamais perdre la faculté de percevoir les tunnels et les terriers autour de soi... et de savoir apprécier le bruit des gouttes d'eau sur un parapluie. ;)

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Commentaires

Sylvain
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Sylvain
Très bel article. Merci car, en plus, tu m'as donné envie de revoir cet anime.
ippo
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ippo
Une jolie vision, et une belle analyse d'un des aspects de cette oeuvre.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ces quelques lignes.
Vraiment rien à ajouter.
Ah, si : bravo et merci.

Édito

Mon vrai chez-moi, c'est ici : http://www.sachka-blog.com

Je vais copier ici les billets d'analyses les plus intéressants (j'espère) et vous épargner le récit de ma vie. :)

 

Une petite présentation ?

Sachka est le nom que je me suis choisi, un peu par hasard (c’était mon pseudo quand je jouais en ligne à Age of Kings !), de manière plus officielle on me trouve sous le nom de Sandra Duval Rieunier.

Je suis game designer. Je m’occupe aussi un peu de la partie scénario, design narratif, parce que j’aime bien ça.

J’ai débuté dans l'univers du jeu vidéo il y a quelques années comme chroniqueuse et comme graphiste. J’ai écrit pour Cyberstratège, PC4War, puis pour IG Magazine, et à présent pour les Cahiers du Jeu vidéo. J’ai travaillé pour le studio Ageod sur différents wargames (Birth of America, American Civil War, Vainglory of the Nations), puis pour Ankama : Dofus Arena, le mmorpg Wakfu, ainsi que des projets de jeu pour Nintendo DS et pour iPhone.

Je suis amatrice de cinéma, lecture, SF, et bien sûr de jeux vidéo… J’aimerais voyager mais n’en ai pas le temps et les moyens. Je suis amoureuse de la planète Mars et de l’idée qu’on pourrait tout recommencer là-bas, pour le meilleur et le pire.

J’aime les histoires de fin de monde, parce que ça compense la frustration de savoir que je ne verrai pas comment tout ça finit, en vrai. J’aime aussi les robots rétro, le kitsh, les histoires bizarres, les univers baroques, le steampunk.

Merci pour la visite et bonne lecture !

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