Le QG de ryuzaki57
     
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économie du jeu vidéo

L'année fiscale japonaise s'étant terminée le 31 mars dernier, les grands éditeurs commencent à communiquer au public leurs performances pour l'année écoulée, ainsi que leurs plans pour l'avenir. Voyons le cas de Sony.

En 2012-2013, Sony est revenu dans le vert après plusieurs années de douloureuses pertes. Le chiffre d'affaires est en progression de 5% à 6800 milliards de yens. Le résultat opérationnel est multiplié par 4 à 230 milliards. Au final, la firme réalise une bénéfice de 42 milliards contre une perte de 455 milliards en 2011-2012!

Alors que je m'apprêtais à déboucher ma meilleure bouteille, mon regard se posa sur le compte de résultat et mon visage s'assombrit : il y a un loup. Dans le plan comptable français, on ne peut compter à ce niveau du compte de résultat que les revenus qui ont trait à l'activité directe de la société. Or Sony y inclut (sûrement parce que les GAAP japonais le tolèrent), des cessions d'immobilisations financières et immobilières (le fameux QG américain de Sony), qui devraient normalement être dans le résultat exceptionnel. En comptabilité française, le résultat opérationnel (l'EBE pour être précis) aurait été nul et la situation beaucoup moins rose : Sony n'est bénéficiaire que grâce à ces cessions, et n'est donc pas encore rentable par ses activités traditionnelles. A sa décharge, il faut préciser que le groupe a souffert d'avoir passé pendant des années (accrochez-vous) des amortissements sur actifs en impôts différés. CEKOICA!? Respirez, je vous explique. Quand une société fait des pertes, elle peut demander de constituer un produit financier qui traduit l'impôt sur les société payé sur l'année (les entreprises, comme les particuliers, payent leurs impôts de l'année par anticipation) et vient réduire son déficit. Le problème est que comme tout actif, il s'amortit et perd de la valeur au fil du temps. Si la société ne fait pas de bénéfices pendant plusieurs années (c'est le cas de Sony), elle ne peut plus faire valoir cet avantage. Sony a donc enfin nettoyé la poussière accumulée sous le tapis pendant si longtemps et peut enfin repartir sur des bonnes bases.

Contrairement à ce que l'on entend souvent, Sony dispose d'une force de frappe financière non négligeable : 1700 milliards de yens de cash et valeurs mobilières de placements, deux fois plus que Nintendo. Cela dit, c'est parfaitement normal dans la mesure où le bilan de Sony fait 10 fois la taille de celui de Nintendo. De plus et contrairement à Nintendo, Sony a brûlé du cash cette année. L'actif circulant ne fait «que» 20% de du bilan. En revanche, ses actifs à long terme sont considérables : 7000 milliards, auxquels il faut ajouter 700 milliards d'immobilier. Ce qu'ils ont vendu cette année (200 milliards) n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de ces actifs. La différence de philosophie entre les deux concurrents est très simple : Sony investi beaucoup plus que Nintendo, y compris relativement à la taille de son bilan. Le passif fait franchement la gueule : Sony doit 7000 milliards à long terme, partagés entre emprunts bancaires, provisions pour le paiement des retraites et autres provisions pour détenteurs d'assurance-vie. Les fonds propres ne représentent que 14% du bilan, nettement moins confortable que les 85% de Nintendo! Ceci étant dû en partie au fait que Sony a une activité de banque-assurance très développée : les comptes clients bancaires sont très «lourds» bilanciellement mais apportent du cash en contrepartie (d'où les investissement massifs de Sony). Pour mémoire, les accords de Bâle III demandent 8% de fonds propres aux établissements bancaires.

On se rend donc compte que Sony fait du business un peu à droite et à gauche. Le secteur de l'imagerie (appareils photos & caméra) ralenti pour cause de saturation du marché : il ne rapporte que 1,4 milliards contre 18,6 milliards l'année précédente. La partie mobile est intéressante, car Sony a vendu pour deux fois qu'en 2011-2012 (1257 milliards, ce qui fait son plus gros secteur), mais affiche une perte de 100 milliards. L'explication est simple : il s'agit de la charge concédée lors de l'achat des parts d'Ericsson dans SonyEricsson, qui devient Sony Mobile. C'est donc un investissement très lourd consenti dans une perspective de long terme, celle de profiter à plein de l'explosion des smartphones en contrôlant 100% de la branche plutôt que «partager» avec Ericsson. Sony continue de restructurer la branche TV qui ne perd plus «que» 84 milliards. La rentabilité des semi-conducteurs &composants s'améliore fortement (+300%) pour un résultat de 44 milliards de yens. Sony Pictures (cinéma) et Sony Music font figure de bons élèves avec des résultats en petite hausse (48 et 37 milliards respectivement). Mais ce sont les activités financières dont je vous parlais juste au-dessus qui décrochent le gros lot : 145 milliards de résultat, en hausse de 10% grâce au net regain de forme des marchés financiers japonais. 

Le secteur du gaming fait grise mine. Les ventes ont baissé de 12% suite à la vieillesse de la PS3 et de la PSP, et au lancement insuffisant de la PSVita, encore aggravé par sa baisse de prix anticipée. Cette branche ne rapporte plus que 2 milliards, contre 29 l'année d'avant. La situation est assez mauvaise et les perspectives paraissent pessimistes : dans ses annexes, le constructeur ne prévoit de livrer que 10 millions de PS3 en 2013-2014 (contre plus de 16 sur cet exercice) et 5 millions de PSVita soit... moins que les 7 millions de l'année de lancement! Par cette décision, Sony a clairement acté le semi-échec de la PSVita. En ne prévoyant aucune croissance pour sa nouvelle portable, la firme semble d'ores et déjà renoncer à en faire un succès comparable à la PSP, sans parler de chercher à rattraper la 3DS. Malgré cela, Sony prévoit des ventes en forte hausse en une rentabilité du secteur stable, grâce à l'introduction de la PS4 et malgré les coûts très importants nécessaires à sa promotion. SCE affiche donc une certaine force tranquille : la PS4 est pour l'instant la machine next-gen plébiscitée par les joueurs, elle a encore de possibles atouts dans sa manche (VersusXIII, The Last Guardian) et pourra surfer sur la popularité encore grandissante de la PS3, démultipliée par le phénomène The Last of Us. Dans le même temps, la faiblesse de la PSVita lui semble à la fois indifférente et indolore. Est-ce là un excès de confiance de la part du constructeur japonais? Nous le saurons très bientôt...

Voir aussi

Jeux : 
The Last of Us
Plateformes : 
PS Vita, PS4
Sociétés : 
Sony Computer Entertainment
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Le QG de ryuzaki57

Par ryuzaki57 Blog créé le 18/01/13 Mis à jour le 13/03/15 à 20h02

Blog essentiellement consacré à l'économie et à la géopolitique du jeu vidéo.

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