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Matériel (High Tech)

Leica M9 & Leica Summilux-M 50mm ƒ/1.4

Les appareils photo équipés d'un rangefinder ont connu un grand succès entre les années 1930 et 1970. Ils ont depuis été largement remplacés par les SLR (single-lens reflex) que vous connaissez bien. Les DSLR sont aujourd'hui accessibles à tous et la qualité de leurs capteurs et objectifs est telle que nous pardonnons volontiers leur encombrement.

Les rangefinders ont un point commun très important avec les SLR, un système d'objectifs interchangeables. Un rangefinder vous offre donc une flexibilité comparable à un système plus moderne comme un SLR. Je dis bien comparable et pas égal, vous comprendrez un peu plus tard. L'avantage majeur des rangefinders est la taille du matériel. Les objectifs sont parfois minuscules et les boîtiers eux-mêmes sont souvent plus petits que des DSLR full-frame comme le Canon 5D Mk III ou le Nikon D800.

Quelle est donc la raison qui a poussé les rangefinders à disparaître ainsi ? Il y a plusieurs raisons, toutes liées au système de cadrage et de mise au point. Dans le reste de cet article, je vais prendre pour exemple un Leica M9, un rangefinder moderne numérique lancé en 2009. Leica est aujourd'hui la marque la plus connue pour ses rangefinders :

  • Leica M, le remplaçant du M9, dévoilé cette semaine à Photokina. Cette nouvelle version est équipée d'un capteur CMOS et permet d'utiliser un EVF (electronic viewfinder)
  • Leica M-E, un M9 sans le levier de sélection des guides de cadrage
  • Leica M9, un rangefinder full-frame équipé d'un capteur CCD sans filtre anti-aliasing
  • Leica M7, un rangefinder argentique, encore vendu par Leica notamment via le programme "À la carte"

Leica est le seul fabricant, à ma connaissance, de rangefinders numériques mais deux autres fabricants proposent des rangefinders argentiques : Zeiss avec son Zeiss Ikon et Voigtländer avec le Voigtländer Bessa. Zeiss et Voigtländer ont d'ailleurs eu l'excellente idée d'utiliser la même monture que Leica pour leurs objectifs ce qui a élargit le choix. Ces deux constructeurs produisent d'excellents objectifs bien moins onéreux que Leica.

Leica M8.2 & Leica Tri-Elmar-M 16-18-21mm ƒ/4 ASPH et son viewfinder externe

Voici donc à quoi ressemble un rangefinder. Ce Leica M8.2 est équipé d'un des deux seuls zooms que Leica a produit. Contrairement aux zooms dont vous avez l'habitude, celui-ci ne permet de choisir que parmi 3 longueurs focales : 16, 18 ou 21mm. Vous ne pouvez pas utiliser de focales intermédiaires. Il s'agit là d'un des gros désavantages des rangefinders : ils ont incompatibles avec les zooms ! Ce Tri-Elmar, qui n'est malheureusement pas le mien, est le seul zoom pour rangefinder disponible aujourd'hui et coûte près de $7,000 neuf.

Le Tri-Elmar illustre un autre énorme défaut des rangefinders, la grande difficulté à utiliser des objectifs grand angle. Si vous comparez cette photo du M8.2 avec celle du M9 au début de l'article vous ne pourrez manquer l'énorme viewfinder externe attaché sur la griffe flash du M8.2. Un viewfinder externe est indispensable pour utiliser des longues focales inférieures à 28mm ! Cela signifie qu'avec, par exemple, un 24mm vous devez réaliser le cadrage avec le viewfinder externe et faire la mise au point avec le viewfinder de l'appareil.

Examinons donc maintenant le viewfinder de l'appareil. Contrairement au viewfinder d'un SLR qui se trouve souvent proche du centre, le viewfinder d'un rangefinder est sur le côté, ici à droite sur l'image. La raison d'un tel emplacement est toute simple : les viseurs de rangefinders ne sont pas TTL (through the lens). Le viseur ne permet pas de voir ce que l'objectif voit. C'est un simple bout de verre qui traverse le boîtier. Si ce viseur était au centre, votre vue serait bloquée par l'objectif (ce qui arrive quand même avec le viseur sur le côté comme vous allez bientôt le voir).

Vous pouvez voir deux autres fenêtres sur le boîtier. Celle du centre, blanche, est un puit à lumière. Ce puit n'existe pas sur le Leica M9-P et le Leica M où il a été remplacé par des diodes lumineuses à l'intérieur de l'appareil. La raison d'être de ce puit vous sera dévoilée un peu plus bas. Enfin, la petite fenêtre à gauche est le viseur de parallaxe. Encore un attribut mystérieux du rangefinder dont vous allez bientôt comprendre le rôle.

Je vais maintenant vous montrer ce que l'on voit dans le viseur d'un rangefinder.

Vous pouvez observer trois choses importantes dans le viseur :

  • L'objectif Summilux-M 50mm ƒ/1.4 en bas à droite de l'image, qui obstrue une partie du viseur. Mes autres objectifs, un 28mm et un 35mm, ne sont pas assez gros pour obstruer le viseur. Ce problème explique pourquoi le Tri-Elmar a des trous sur son pare-soleil : pour voir à travers dans le viseur.
  • Deux aides au cadrage. Les rectangles discontinus vous montrent, très approximativement, ce que voit l'objectif. Les Leica M disposent de trois paires d'aide au cadrage : 28mm et 90mm, 35mm et 135mm, 50mm et 75mm. Vous voyez sur cette photo les aides pour objectifs 50mm et 75mm (le 50mm étant évidemment le rectangle le plus large). L'aide pour 28mm correspond au viseur en entier (voilà pourquoi un viseur externe est nécessaire en dessous de 28mm).
  • Le rangefinder lui-même, ce petit rectangle lumineux au centre de l'image.

Un Leica n'affiche donc pas grand chose dans son viseur. La seule chose que vous ne voyez pas ici est l'indicateur de durée d'exposition qui apparaît normalement en bas. Cette photo montre pourquoi le puit à lumière est indispensable. C'est lui qui permet d'afficher les rectangles lumineux dans le viseur via un système mécanique compliqué.

Le viseur de parallaxe sert pour sa part à afficher le petit rectangle au centre de l'image. Vous pouvez constater que l'image est dédoublée dans ce rectangle. Vous pouvez voir une version semi-transparente, presque fantomatique, du sujet. C'est là que réside le secret de la mise au point d'un rangefinder. En faisant tourner la bague de mise au point sur l'objectif, la seconde image dans le petit rectangle va se déplacer. La mise au point s'achève lorsque les deux images coïncident parfaitement, comme dans l'image ci-dessous :

Le système de mise au point est entièrement mécanique. La bague de mise au point de l'objectif bouge une tige métallique dans l'appareil qui déplace l'image parallaxe. Vous devez donc vous assurer que votre boîtier et vos objectifs sont parfaitement calibrés, une manipulation qui peut nécessite d'envoyer son appareil chez Leica.

Ce système de mise au point rend également l'auto-focus impossible. Il est difficile de faire la mise au point dans le noir ou lorsque vos yeux sont fatigués. Et vous ne pouvez faire la mise au point qu'au centre de l'image. Il va sans dire que vous devez être également très précis pour faire la mise au point lorsque vous ouvrez l'objectif à ƒ/2.8 ou moins (Leica propose un objectif qui ouvre à ƒ/0.95 et croyez-moi, la mise au point relève presque de la chance). Une belle galère en somme.

Les meilleurs utilisateurs de rangefinders sont capables de faire la mise au point sans regarder dans le viseur, simplement en réglant la distance directement sur l'objectif.

Le Leica M récemment annoncé constitue donc une petite révolution dans le monde des rangefinders. Son capteur CMOS permet d'utiliser un mode live view pour voir exactement ce que voit l'objectif et bénéficier du focus peaking (technique qui colorie sur l'écran les zones nettes de l'image pour faciliter la mise au point). Ce nouveau Leica dispose toujours de son rangefinder classique mais permet d'utiliser un viseur électronique externe pour rendre la mise au point plus facile.

Il est difficile de comprendre l'intérêt d'un rangefinder étant donné les incroyables limitations auxquelles vous devez faire face en tant que photographe. Le M9 reste néanmoins l'appareil avec lequel j'éprouve le plus de plaisir à prendre des photos. La simplicité du matériel vous permet de vous concentrer sur la prise de vue, les guides vous rappellent constamment de faire attention à votre cadrage et lorsqu'une photo est ratée vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même. L'absence de zooms est également un excellent apprentissage. Les rangefinders ne sont assurément pas pour tout le monde et ne remplacent pas le SLR pour certains travaux. Le M9 me sert pour faire de la photo de rue et des portraits "au naturel". Le Canon 5D me sert quant à lui à faire des photos de paysages, de sport, etc.

Et puis il y a quelque chose de magique, de purement sentimental, à utiliser un appareil donc le système d'objectifs et de mise au point n'a pas changé depuis 1953, année de l'introduction du Leica M3. Vous pouvez utiliser des objectifs qui ont plus de 50 ans sur un Leica M9 et obtenir des photos d'aussi bonne qualité qu'avec des objectifs modernes. La simplicité des objectifs (du verre et du métal, aucune électronique) leur garantit une durabilité à toute épreuve.

J'espère que cette courte introduction aux rangefinders vous a plus et n'hésitez pas à me poser des questions en commentaire.

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Commentaires

Waldotarie
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Waldotarie
Super article, précis et clair. Enfin relativement clair, je n'ai absolument aucune base en photographie, donc tout cela est un brin complexe ! :P (Enfin tout le vocabulaire qui tourne autour en fait, les focales, tout ça... mais c'est parce que je suis inculte, vraiment !)

Et sinon supers photos. D'appareils photos. Rien que pour le concept j'aurais aimé !
Celimbrimbor
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Celimbrimbor
Excellent article.

Celim.

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Par RomainGuy Blog créé le 26/02/11 Mis à jour le 11/04/14 à 07h27

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Un Monde en Images est ma façon de vous faire partager ma passion pour la photographie. Je vous invite à découvrir avec moi des lieus étonnants, des paysages magnifiques et des moments de la vie de tous les jours. J'en profiterai également pour partager avec vous mes techniques et astuces.

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Je travaille chez Google depuis 2007, où j'ai passé 7 ans dans l'équipe Android. Je fais aujourd'hui partie d'un autre projet qui n'a pas été annoncé.

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