ALT+TAB, un blog par Pyram

Par Pyram Blog créé le 25/02/10 Mis à jour le 01/11/10 à 09h41

ALT+TAB sera consacré à une série de billets d'opinion centrés sur l'univers du gaming : ces articles auront pour but de présenter différents points de vue et d'inciter à la discussion sur des sujets qui nous seront familiers.
Etes-vous prêts à faire chauffer vos claviers ? Alors on y va...

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L'autre jour, alors que j'étais en train d'enchaîner les fous-rires en revisionnant Austin Powers (oui, j'assume), arriva la séquence où on voit l'impact de l'annonce de la mort d'un des sbires du grand méchant à sa famille : l'épouse en pleurs, l'effet sur le gosse, etc. C'est alors que j'ai réalisé : mais bon sang, cela doit être pareil dans les jeux vidéo ! Toutes ces pauvres victimes qui tombent comme des mouches sous nos coups d'épée et nos tirs de fusils à pompe, elles doivent toutes avoir une une famille qui souffrira de leur perte, non ? C'est affreux ! (attention, ceci était évidemment tout à fait ironique)

C'est alors qu'en y réfléchissant un peu plus, je me suis rendu compte qu'en fait, tout était fait au contraire pour que ce sentiment de culpabilité n'intervienne pas ou très peu dans un jeu vidéo. On peut certe y voir une forme d'autocensure pour éviter d'aggraver les critiques des vilains politiques et autres associations de parents beaucoup trop inquiets de la violence dans les jeux vidéos, mais je me dis que cela ne se limite pas seulement à ça. Laissez-moi m'expliquer.

Le fait est que c'est l'action, et le plus souvent violente, qui est et reste la principale mécanique proposée par un jeu vidéo : c'est le but après tout, s'amuser en agissant, en interagissant. Sans un dragon à tuer, une cause à servir ou une armée de monstres à massacrer, la plupart des jeux vidéos seraient de fait trop ennuyeux à jouer. Les hits du jeu d'action que sont Uncharted, Gears of Wars, Half-Life, Mass Effect sont populaires, et tous proposent le défi exaltant d'être à la fois un véritable survivant ainsi qu'un tueur hors-norme.

A partir de là, en tant que joueur, nous voulons donc être les maîtres de l'action et pouvoir tout massacrer, tout en voulant *aussi* être les héros de l'histoire, en gros, du côté des "gentils". Dans ce cadre, la violence dans les jeux vidéos est donc sciemment dirigée contre des ennemis volontairement déshumanisés, ennemis qui certes peuvent parler et se battre comme dans la réalité mais pour lesquels nous ne sommes pas encouragés à éprouver la moindre once de pitié.

Voici donc un essai de classification des types d'ennemis que vous rencontrerez dans les jeux vidéo, dans l'ordre de leur "déshumanisation" et les justifications morales associées.

Les machines



Pensez Terminator. Pensez Skynet.

Des droïds mécaniques basiques jusqu'aux cyborgs à l'apparence quasi-humaine, les machines sont les cibles idéales pour un génocide parfaitement éthique. Les robots n'ont pas de sentiments, n'ont pas d'enfants qui les pleureront, et encore mieux, ne ressentent pas la douleur comme le feraient des créatures vivantes. Des cibles parfaites, je vous dis, de vrais toasters sur pattes armés de flingues.Du moins, tant que leurs créateurs les dispenseront d'une conscience et d'intelligences artificielles dotées de personnalités, évidemment. Heureusement, nous ne jouons pas tout le temps dans des univers asimoviens...

Les exemples sont extrêmement variés : les Big Daddies de Bioshock, les robots géants de Megaman, les animaux mécanisés par Robotnik,les Geth dans Mass Effect, le Cyberdémon de Doom, Mother Brain dans la série des Metroid... Il y a l'embarras du choix et beaucoup de munitions à gaspiller.

Les Orcs/Extraterrestres/Sous-humains



Dans Dragon Age, ce sont les Engeances. Dans Gears of War, ce sont les Locustes. Dans Starcraft, ce sont les Zergs. Autant de créatures plus ou moins monstreuses et suffisamment non humaines pour que l'idée de les transpercer avec un énorme fusil-tronçonneuse à baîonnette ne nous dérange pas plus que ça. Au de-là du blabla scénaristique cependant, cette catégorie d'ennemis illustre de facto le côté sombre de l'humanité.

En effet, la déshumanisation de l'ennemi est une tactique de guerre aussi vieille que la guerre elle-même : tant que nous nous réfèrerrons à nos ennemis comme à des entités étrangères, que ce soit en les considérant carrément comme des espèces différentes ou bien en les surnommant d'un quelconque terme raciste, nous pouvons justifier le fait de leur ôter la vie sans que cela ne nous émeuve le moins du monde. La seule différence dans les jeux vidéos est que ces derniers peuvent littéralement changer l'apparence de nos ennemis, au lieu de simplement en modifier notre perception. Dans tel ou tel univers, ces orcs que je massacre ne sont clairement pas *humains* : je peux donc leur trancher la tête sans me poser plus de questions.

Les morts-vivants



Là-aussi, l'une des cibles favorites du joueur fou de la gachette. Vous remarquerez d'ailleurs que l'on vient ici de franchir le fossé de l'inhumain vers l'humain, bien que les zombies n'entrent dans cette catégorie que d'extrême justesse.

Lorsque vous tirez une balle dans la cervelle (morte) d'un zombie (déjà mort), vous n'avez pas de remord à avoir : au contraire, vous lui avez rendu service. Ces choses n'étaient pas vivantes de toute façon, vous vous êtes juste assuré qu'elles resteraient tel que le voudrait l'ordre des choses : à savoir, par terre et sans bouger. Et si en les tuant pour sauver votre propre vie, vous ne faites que restaurer l'ordre naturel des choses, pourquoi s'en priver ? Peu importe la quantité astronomique de morts-vivants que vous pourrez abattre/découper/exploser/atomiser, votre compteur de victime humaine restera toujours bloqué à zéro... N'est-ce pas merveilleux ?

Les exemples dans les jeux vidéos là encore sont nombreux : Splatterhouse, Resident Evil, House of the Dead, Silent Hill, Left 4 Dead... L'occasion de buter du zombie ne manque pas.

Les Nazis



Les vilains méchants par excellence, et cette fois, des humains, des vrais. Et comment dans leur cas se dédouaner à l'idée de les massacrer à la douzaine ?
Par le biais d'une loi éthique typique que j'appellerai la Loi d'Inglorious Basterds : "Quoi que je fasse à un Nazi, j'ai le droit, parce que je sais que quoi que je fasse, ces types seront toujours pire que moi". Cela fait évidemment référence aux horreurs de l'Holocauste : quel que soit le montant de tuerie et de torture que vous pourrez infliger à un soldat nazi, cela n'égalera jamais ce qui a pu être commis sous les ordres d'Adolf Hitler. De là, théoriquement, quand dans un jeu vidéo, vous shootez un Nazi, vous aidez donc à prévenir ou punissez un Holocauste in-game.

Dès lors, les développeurs s'appuient sur cette même loi éthique quand ils développent comme adversaires pour le joueur différentes sortes d'organisations paramilitaires, plus ou moins secrète, plus ou moins démentes.

Les exemples sont nombreux : depuis Wolfenstein jusqu'à Saboteur en passant par Uncharted 2. Ce dernier est d'ailleurs un exemple allant jusqu'à la caricature : du début à la fin du jeu, vous massacrer une quantité innombrable de mercenaires et de brigands, sans jamais douter que vous êtes dans votre bon droit - ce qui, pour le coup, pourrait paraître *borderline*...

En effet, le terrain devient vite hasardeux avec les Nazis : toute guerre est moralement ambigüe pour les gens qui s'y battent (l'histoire n'est-elle pas écrite par les vainqueurs, comme on dit ?). Pour le coup, je pense qu'effectivement les enfants ne devraient peut-être pas jouer à un jeu dont ils ignorent le contexte historique, voire tout adulte...

Le pouvoir du masque



Si les scénaristes d'un jeu ont vraiment besoin d'inclure une grande masse d'ennemis pour lesquels les droits de l'homme n'ont pas à s'appliquer, l'instrument le plus simple pour les déshumaniser est encore tout bonnement le masque. Pensez aux Stormtroopers de Star Wars : on ne voit jamais leur visage parce qu'il ne faut pas que le spectateur voit la peur, la douleur ou l'horreur s'afficher sur leurs visage. Vous ne les voyez même pas saigner quand vous les lardez de tirs de blasters. Ce mécanisme du masque aliénant s'applique alors par extension aux terroristes, aux ninjas, aux chevaliers en armure, aux assassins, aux braqueurs de banque, etc., bref, n'importe quoi qui au final cache son visage.

Pour le coup, cela ne se résume parfois pas à un masque : dans les RTS par exemple, les unités que vous affrontez et massacrez sont volontairement figurées à toute petite échelle, histoire de ne pas vous horrifier avec tout le gore qu'il y aurait à voir à leur niveau... Un autre masque est tout simplement celui de l'humour : tuer des tonnes de bonhommes cartoony, ça ne choque pas plus que le Coyote recevant sa énième bombe sur la gueule.

Au final, tout ce qui compte donc, est de dissimuler l'horreur susceptible de choquer et destabiliser celui qui la commet, afin de la rendre acceptable. Ce que l'on ne voit pas, au final n'existe pas. Et puis après tout, on se dit aussi qu'ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient. Demandez aux civils allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui étaient loin de se rendre compte de ce qui était en train de se produire.

Ces mécanismes donc que l'on trouvaient jusque là appliquées au cinéma se sont dès lors retrouvés appliqués dans les jeux vidéos, à mon avis par mimétisme, mais aussi par une relative compréhension par les développeurs, du contenu de mon précédent paragraphe : il s'agit de l'application pure et simple d'un effet de propagande, exercée sur le joueur dans le cadre d'un univers in-game, afin qu'il puisse se concentrer sur le pur aspect divertissement, sans que ce dernier soit entaché par des considérations trop morales.

Dès lors, on reconnaît les jeux qui tentent vraiment de casser le moule en proposant une réflexion et des choix moraux réels : si je peux citer les récents Dragon Age et Mass Effect, avez-vous d'autres titres à proposer ?

(Source)
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Commentaires

Édito

Bonjour à tous ! 

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Le principe : des billets d'opinion, de type blog, seront postés régulièrement à raison d'au moins un par semaine, avec des sujets portant sur l'actualité ou la culture du jeu vidéo. Ces billets seront forcément des opinions tranchées et inciteront au débat : pas de compte-rendus fades, pas de textes mous et consensuels. Cependant, une certaine exigence sera toujours demandée au niveau de la qualité de l'argumentation et le fanboyisme reste à proscrire.

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