La prunelle de mes jeux

Par Xa4 Blog créé le 29/03/14 Mis à jour le 06/04/14 à 11h27

Mes tribulations vidéoludiques. Coups de coeur (ou de gueule), histoires de jeux PC ou consoles...

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A l’occasion de la sortie du DLC Rajas of India la semaine dernière, petit retour sur un des jeux de stratégie les plus atypiques de ces dernières années.

J’ai toujours aimé les jeux de stratégie/gestion. Ma première histoire d’amour vidéoludique, c’était Sim City sur mon ZX Spectrum. La suivante fut une montée en puissance, puisque c’est Sid Meier’s Civilization (premier du nom) qui monopolisa une grande partie du temps que j’aurais normalement dû consacrer à mes devoirs…

Mais malgré cette passion dévorante, ni l’un ni l’autre ne me donnait tout à fait la sensation que je recherchais : me sentir pleinement dans la peau d’un puissant dirigeant. En effet le maire de Sim City, ou les leaders de Civilization restent des concepts abstraits, dont l'incarnation se limite essentiellement à un curseur sur l'écran. Il leur manque une personnalité propre qui permet au joueur de s'incarner dans un personnage de chair et de sang.

Les années passant, le constat est resté inchangé. J'ai consacré des milliers d'heures à divers jeux de stratégie, et vénéré certains d'entre eux. Mais je n'étais jamais que dans la peau d'un joueur de jeux de stratégie, pas dans celle d'un monarque.

 

Arrive Crusader Kings II, et ma quête du graal est enfin achevée. Voilà un jeu où l'on incarne une dynastie de nobles qui, certes, doivent gérer leurs domaines, mais ont également une vie familiale complexe. Une vie faite d'héritiers à engendrer, de filles à marier pour sceller des alliances, de tentatives d’assassinat… Sans parler des règles de succession à changer pour éviter que le cousin Hugues, le bossu un peu débile dont la rumeur affirme qu'il préférerait le jeunes garçons, et Dieu sait que ce n’était pas vu d’un très bon oeil à l’époque, ne prenne le relais à votre mort (Dans Crusader Kings II, à la mort de votre personnage, vous vous réincarnez en son successeur – pour peu qu’il soit de la même dynastie sinon c’est Game Over)

Même si le jeu n'est pas une bête technique, on a vu carte du monde plus moche...

Un exemple valant mieux qu’une longue explication, laissez-moi vous conter les aventures d’Eudes, duc de Bourgogne et de sa longue descendance. Notre histoire débute le premier avril 1081. Après quelques petites batailles internes au royaume de France, Eudes a pu rapidement ajouter quelques comtés à son escarcelle et créer le Duché de Berry, le faisant donc deux fois duc. Mais le bon roi Philippe I finit par interdire que les nobles de son royaume se fasse la guerre. Eudes vit ainsi ses possibilités d’expansion future anéanties. Fort heureusement, sous la pression de ses vassaux, le roi revint à une administration plus laxiste, mais Eudes découvrit vite que d’autres embuches s’accumulaient sur la route de la puissance. En effet, passé l’euphorie des premières conquêtes, il devint vite évident que le pouvoir accru des de Bourgogne commençait à agacer le roi. Chaque nouvelle annexion de comté voyait invariablement Philippe I déchoir Eudes d’un de ses titres, forçant de facto le statut quo. Il avait peur de la rivalité. Quelles options alors pour Eudes et ses héritiers ? Déclarer la guerre au roi pour arracher l’indépendance ? A supposer que la Bourgogne et le Berry puisse rivaliser avec les armées françaises, ce qu’elles ne pouvaient pas, le Saint empire Germanique n’était qu’à un jet de pierre et il a déjà clairement fait savoir qu’il ne lui déplairait pas de manger toute crue la Bourgogne… Mais il était écrit que les étoiles brilleraient pour les de Bourgogne. Le mécontentement montait chez les nobles français et ceux-ci ont monté un complot pour destituer Philippe et installer un membre de ma dynastie sur le trône. Après une guerre longue et pénible, attaqué de toutes parts, le Roi fut obligé de reconnaître sa défaite et de laisser la place à mon cousin éloigné. Si je voulais moi-même le trône de France, il fallait encore que j’hérite du roi ou que le roi hérite de moi (je rappelle qu’à la mort de votre personnage, vous vous incarnez dans son héritier). Par chance, le nouveau roi était très vieux et j’avais depuis longtemps adopté le séniorat come règle de succession (le membre de la dynastie le plus âgé hérite des titres). Ne restait pour le vieux duc de Bourgogne qu’à mourir, ce qui arriva tout naturellement et assez vite. Le Duc est mort. Vive le Roi.

 Chaque personnages a des stats détaillées et des attributs basé sur les vertus ou les péchés capitaux

Après de telles émotions, un demi-siècle de relative tranquillité au Royaume de France ne furent pas de refus. Mais les meilleures choses ont toujours une fin, et deux crises majeures devaient se succéder :

1)      A un moment de la vie de la dynastie des de Bourgogne, l’héritier était un fieffé hérétique. Bien évidemment, tentative fut faite de s’en débarrasser pour faire hériter le suivant dans la ligne de succession. Sans succès. Diriger le royaume de France, quand on est hérétique, c’est très fun… ou pas. Crusader Kings II offre la possibilité de se convertir à la religion dominante, mais cette option est bien cachée dans le menu Intrigues (pourquoi pas le menu Religion ?) et je ne l’ai trouvée que très tard, malheureusement bien après que la Pape ait lancé… une croisade contre la France !!! Que je n’ai pu tenir en respect que par miracle.

2)      Alors que je pensais bénéficier de la prospérité à laquelle tout roi nouvellement converti a droit, les Mongols ont tout d’un coup décidé qu’ils ne pouvaient plus supporter le manque de vins, de fromages et de cuisses de grenouilles qui sévissait chez eux. Les voilà donc partis pour envahir la France ! Au pire moment, puisque la croisade ne m’a laissé qu’une armée fatiguée et les coffres vides. J’avais quelque espoir que le Saint Empire Romain ferait tampon entre eux et mon Royaume, mais la marine mongole fut très efficace et me voilà face à un débarquement mongol en Normandie. Il ne fallut pas bien longtemps pour constater que la défaite était totale. Dans sa grande bonté, le Khan me laisse quelques morceaux de territoires dispersés et le titre de Roi d’Aquitaine. Un titre qu’il aurait très facilement pu usurper, mais quand on a un empire qui couvre la moitié de l’Europe à gérer, de tels petits oublis sont bien compréhensibles…

 A ce stade, il ne reste plus que la prière pour espérer survivre. C’est à ce moment que mon personnage eut à bénir la mémoire de son défunt père, dont le mariage devait s’avérer décisif pour la destinée des de Bourgogne. En effet, mon grand-père mourut et ma mère hérita tout à a fois des Royaumes de Norvège, du Danemark et de l’Angleterre. Maman vécut une (trop) longue vie, mais quand elle fit finalement preuve d’un peu de pitié et passa l’arme à gauche, je (re)devins instantanément un Roi très puissant.

On a souvent l'embarras du choix pour se marier (ou quand on est trop jeune, se fiancer)

A partir de ce moment, les événements se sont bien calmés jusqu’en 1453, date où le jeu se termine automatiquement. Etre grand et puissant n’est pas aussi intéressant qu’être petit et comploter pour s’agrandir. On ne s’ennuie pas vraiment : on peut micro-gérer tout un tas de choses dans Crusader Kings II, mais on manque un peu d’adrénaline quand on est trop puissant pour que d’autres viennent nous menacer. Les dernières décennies furent donc consacrées à une inexorable expansion, morceau par morceau, en commençant par les terres païennes de Finlande. Cela me permit d’unir toute la Scandinavie et à la fin du jeu, j’étais Empereur de Scandinavie, Roi de Norvège, Roi de Suède, Roi de Finlande, Roi d’Angleterre, Roi du Danemark, Roi d’Aquitaine, sans oublié trois titres de Duc et neuf titres de Comte. Avec un score final de 94.238.

Je pourrais vous raconter d’autres histoires, notamment celui de Beyerbei Uthman (un duc dans ce qui est aujourd’hui l’Iran), et comment ses femmes s’assassinaient mutuellement pour favoriser leurs propres enfants dans la succession, le plus souvent pendant qu’il était parti faire le pèlerinage à La Mecque. C’est cela Crusader Kings II en fait : plus qu’un jeu, un générateur quasi-infini de petites histoires dans la grande. Alors bien sûr, le jeu n’est pas exempt de défauts, le premier d’entre eux étant une documentation pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Le débutant va passer beaucoup de temps sur les forums et dans les wikis pour essayer de comprendre les tenants et les aboutissants de cette mécanique complexe. Mais si la tâche est rude, les récompenses sont largement à la hauteur. Bien qu’il soit sorti il y a déjà deux ans, Paradox continue à sortir régulièrement des DLCs, que ce soient de bonnes grosses expansions qui renouvellent le jeu, ou des micro-DLCs purement cosmétiques

Et si malgré les centaines d’heures que tout ce joli paquet d’octets vous offre, vous n’en avez toujours pas assez, vous pourrez toujours vous tourner vers les  nombreux mods (modifications/scénarios créés par les fans du jeu) disponibles, dont un très fouillé basé sur Game of Thrones et un autre sur la série de jeux Elder Scrolls.

 Westeros (Game of Thrones) version Crusader Kings II

Crusader Kings II est un jeu de stratégie pour Windows, Mac et Linux. Il est disponible à l’achat sur un nombre incalculable de sites, de Steam jusque Gamersgate, en passant par la webshop de Paradox. Il est disponible en français, bien que la nécessité d’arpenter les forums et guides stratégiques pour bien le comprendre rendront le jeu plus confortable si vous êtes au moins un peu anglophone. 

Voir aussi

Jeux : 
Crusader Kings II
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Bonjour et merci d'avoir poussé la curiosité jusqu'à venir faire un tour du côté de ce nouveau blog.

Celui-ci est né de mon envie de parler de jeux PC ou consoles, principalement de ceux qui m'ont favorablement impressionné (d'où le titre du blog), mais pas seulement : les éloges ininterrompus, ça devient vite lassant. :-)

Malgré tout, je vais commencer par du positif. Du très positif. Si vous suivez l'actualité du jeu indépendant, vous savez certainement que l'Independant Game Festival (IGF) a décerné ses prix il y a quelques jours et que « Papers, Please » a raflé la mise, repartant avec le prix principal, le prix du meilleur design et le prix de la meilleure narration. Rien de moins.

Pour ceux qui seraient passés à côté du phénomène, rappelons brièvement le principe du jeu. En tant que citoyen de la république, fictive mais ô combien communiste, d'Arstotzka (qui n'est pas sans rappeler l'Allemagne de l'Est), vous venez de décrocher le job d'inspecteur frontalier à la grande loterie de l'emploi. Votre mission, si vous l'acceptez (essayez seulement de refuser !), est de vérifier que les candidats à l'immigration disposent bien de tous les documents nécessaires et, bien sûr, que ceux-ci soient en règle. Et il ne s'agit pas là d'une mince affaire. Au fur et à mesure de la progression, les règles se complexifient et le nombre de documents requis devient vite absurde. On finit par devoir contrôler plus de 20 infractions possibles au code sur l'immigration. Sachant qu'à la fin de la journée, votre salaire est directement proportionnel au nombre de personnes contrôlées, et que les erreurs se voient sanctionnées par de lourdes amendes, il va falloir être à la fois rapide et précis pour espérer gagner suffisamment pour nourrir et chauffer sa famille. Ou accepter quelques dessous-de-table, mais sans éveiller l'attention de votre glorieux employeur.

 

 

Beaucoup de documents à vérifier dans peu de place...

 

Heureusement, Papers, Please ne se résume pas à cette mécanique routinière. Plusieurs histoires s'entremêlent. On prend part à de petites scénettes d'amour, de vengeance ou de corruption. Et l'on se retrouve entraînés de gré ou de force dans une Histoire, de celles qui requièrent des majuscules, qui détermine laquelle des 20 fins différentes le joueur atteindra.

Cette description plus ou moins objective derrière nous, voyons pourquoi Papers, Please est un des tout meilleurs jeux auxquels il m'ait été donné de jouer depuis presque 30 ans. Et ne croyez pas que c'est seulement parce qu'il s'agit d'un jeu « arty ». Je n'ai rien contre les jeux qui se veulent des ½uvres d'art, mais je ne les traite pas avec plus d'indulgence que les autres. L'art n'est pas une excuse au manque d'ambition, à une finition bancale ou à l'ennui.

En fait, Papers, Please est un jeu de rôles au sens strict : Il met le joueur dans la peau d'un personnage et l'immerge complètement dans sa vie. A cet égard, ce jeu est un franc succès. D'abord parce que le mécanisme principal (la vérification de documents) requiert une totale attention. Ensuite, grâce aux différentes intrigues qui vont mettre le joueur face à des choix difficiles. Certains n'ont que des conséquences marginales et de court terme, mais d'autres vont vraiment secouer la narration. Et l'on ressent une vraie pression lors de ces choix, due en partie à une contrainte naturelle de temps (le temps qu'on passe à hésiter est du temps où l'on ne gagne pas de quoi nourrir et soigner sa famille). Mais aussi et surtout parce que ces choix sont réellement profonds, à l'inverse par exemple de The Walking Dead (le jeu de Telltale) ou l'importance de vos décisions n'est bien souvent qu'une illusion. La force des choix à faire est encore renforcée par leur grande clarté. En effet, comme contrôleur-frontière, vos choix s'expriment le plus souvent par l'acceptation ou le rejet des documents présentés.

 

 

Aujourd'hui au moins, on a pu joindre les deux bouts.

 

Certains éléments sont très stylisés. La famille du joueur, par exemple, n'est rien d'autre qu'un tableau indiquant qui a faim, qui a froid et qui est malade. Mais cela ne nuit étonnamment pas à l'immersion. L'idée même d'un enfant affamé est suffisamment puissante pour ne pas nécessiter un modèle 3D ou des sons de grognements d'estomac en Dolby Surround.

Papers, Please fait sentir au joueur ce que c'est que d'être un fonctionnaire lambda dans un Etat communiste. J'ai joué à ce jeu juste peu de temps après avoir entendu le récit de ma belle-famille partie faire le tour de Cuba en mode routard, au contact des gens. Ce qui revient sans arrêt dans leurs histoires, c'est l'impossibilité pour les gens de survivre avec un salaire de fonctionnaire, fut-il celui d'un médecin public (qui tourne autour de $30 par mois). Du coup, beaucoup de personnes très éduquées préfèrent devenir chauffeurs de taxi, ou prendre d'autres métiers au contact des touristes, car il est plus facile de vivre de pourboires. Mais c'est une chose d'entendre ces histoires de luttes quotidiennes. Avec Papers, Please, j'ai eu l'impression de les vivre ! Ces vies lointaines, un peu abstraites pour moi, sont devenues quelque chose de beaucoup plus personnel. Et m'ont fait balayer mes jugements faciles sur la corruption qui gangrène certains pays. Pour le fonctionnaire de base, ce n'est pas forcément un choix, mais peut être le seul moyen de faire manger sa famille.

Les captures d'écran de Papers, Please ont l'air assez austères, mais le jeu est en fait très bien fini. Alors certainement, les graphismes semblent tout droit sortis du côté sombre des années 80, mais on ne pourrait trouver meilleur style pour s'accorder à l'ambiance oppressante. Et si les animations ne sont pas très nombreuses, elles sont parfaitement exécutées. Les effets sonores sont du même acabit.

Ces éloges étant posés, il faut reconnaître que Papers, Please n'est pas exactement un jeu « fun ». On ressent bien une certaine satisfaction quand on détecte une anomalie, et la concentration requise par la tâche permet de s'extraire des problèmes du monde réel. Mais ce n'est pas ce jeu qui ouvrira les vannes de la dopamine. Je ne suis dès lors pas sûr de bien comprendre l'intérêt du mode « infini », qui reprend les mécanismes de base du mode principal et les tourne vers le « scoring », en laissant de côté la narration. Mais pour revenir au mode principal, je ne cesse de m'émerveiller devant la prouesse qu'il accomplit : Rendre intéressant un jeu basé en sur un processus répétitif, sans dégoûter le joueur au bout de quelques dizaines de minutes.

Alors, si un jeu se limite au fun, Papers, Please ne doit pas rester dans les annales du jeu vidéo. Mais si l'on décide plutôt de juger un jeu à ses ambitions et aux moyens qu'il met en ½uvre pour les accomplir, il n'est pas possible de le prendre en défaut. Aucun autre jeu ne plonge le joueur dans son univers de manière aussi convaincante. Il fait réfléchir et on pourrait même parler d'un jeu éducatif dans le meilleur sens du terme. En résumé, si l'on est prêt à accepter Papers, Please pour ce qu'il est, on ne peut que s'incliner devant sa perfection.

Remarque : Papers, Please est maintenant disponible en français, soit directement sur le site de l'auteur, soit sur les différentes plates-formes de vente (Steam, GOG, Humble Store). Si vous tenez à pouvoir vous comparer aux autres joueurs dans le mode infini, alors je vous recommande Steam. Si ce n'est pas le cas (et en toute honnêteté, le mode infini n'a de toute façon pas beaucoup d'intérêt), préférez les autres plates-formes, qui vous fourniront une version sans DRM.

Voir aussi

Jeux : 
Papers, Please
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