L'univers tarabiscoté de Pocket Guy

L'univers tarabiscoté de Pocket Guy

Par Pocket Guy Blog créé le 25/03/14 Mis à jour le 30/04/15 à 15h26

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 Le jeu vidéo est devenu un produit de consommation de masse, c'est indéniable. Entre trailers dopés au CGI, spots publicitaires aguicheurs et annonces fracassantes à l'occasion des divers salons dédiés au média vidéo ludique, les stratégies marketing se font de plus en plus nombreuses pour pousser le chaland vers l’achat compulsif. 

Ce qui va nous intéresser aujourd'hui, c'est la jaquette. Ultime repère visuel avant de passer à la caisse, elle joue un rôle prépondérant dans l’acte d’achat, que ce soit du côté des hardcore gamers ou des joueurs occasionnels. C'est pourquoi son design doit attirer l’½il, qu'elle que soit la clientèle visée. Nos amis du service marketing l'ont bien compris, et rendent, de ce fait, cette étape indispensable lors de la création d’un produit vidéo ludique. Cependant, il arrive que l'inspiration ne soit pas toujours au rendez-vous. Après tout, pourquoi se creuser la tête quand de vieilles techniques, usées jusqu'à la moelle, fonctionnent à merveille ? Je vous propose donc de nous attarder sur certains exemples concrets de design répétés et paresseux qui commencent à me sortir par les yeux.

Le héros en danger

 

Procédé fréquemment utilisé, il a pour objectif de vous promettre un jeu inoubliable où l'aventure et les péripéties seront légions. Il est indéniable que le consommateur en recherche de sensations fortes sera attiré par un tel montage, qui, je dois bien l’avouer, donne envie de se plonger corps et âme dans un voyage long et haletant. Malheureusement, ce type de design ne cesse de se répéter au fil des générations, et commence à devenir un petit peu trop grossier et voyant. Pourquoi ne pas prendre un peu plus souvent le contre-pied en nous montrant un héros bottant les fesses d'un bad guy (façon Mickey Mania, par exemple)? La question mérite d'être posée.

Le solitaire

 

Mystérieux et prêt au combat, le héros solitaire est une récurrence chez les marketeux. Le côté épique et charismatique de son design réussi à faire la différence. Il n'est donc pas étonnant de voir ce genre de jaquette apparaître de manière régulière sur les étalages de nos revendeurs favoris. Après tout, l'assurance de se retrouver face à une ½uvre homérique où le côté "seul contre tous" prime a de quoi soulever le désir d'en découdre chez bon nombre de joueurs. Mais attention à ne pas susciter la lassitude en multipliant ce genre de poncifs, car si la combine est désormais bien rodée, le consommateur l’est également et, comme vous le savez, n'est jamais dupe. La patience a ses limites…

La bande organisée

 

"Regarde tous ces personnages Jacky, on va pouvoir jouer ensemble, c'est trop cool! On va enfin avoir la possibilité de jouir de relations sociales virtuelles tout en évitant le monde réel. Quelle aubaine, je suis jouasse!". C’est un peu l’objectif de ce genre de jaquettes, qui tendent à se multiplier au fil des années. Le souci, c'est que ça en devient indigeste. Inutile de nous montrer quinze personnages tous les quatre matins pour nous faire comprendre que le jeu proposera un mode multijoueur et/ ou coopératif d'une envergure jamais vue. Une simple mention à l'arrière de la boîte suffit, le joueur n'est pas analphabète (si si, je vous assure…).

Le gros plan

 

Cousin trisomique du solitaire, le gros plan a pour objectif de s’attarder sur le personnage principal. Décidément bien trop charismatique et badass pour le commun des mortels, ce dernier vous promet une idylle inoubliable au travers d'une expédition dont vous ne ressortirez pas indemne. Personnellement, je trouve ce genre de proposition bien cavalière. Inutile de me fixer avec des yeux de merlan frit pour me pousser à faire chauffer la carte bleue, c'est oppressant et à la limite de l'indécence. 

Le fusil pointant le ciel

De l'action non-stop, des explosions dans tous les sens, de la bravoure à n'en plus finir, de la tension ras la gueule… Jean Kévin De La Gilardière est aux anges ! C’est bien connu, la violence et les armes font vendre. Saupoudrez le tout d’un personnage sombre et énervé comme les dessous de jupe de la cagole du coin et vous obtiendrez un cocktail tape à l'½il et racoleur à souhait. L'oisiveté et le manque d'inspiration sont particulièrement palpables ici, c’est dommageable. Heureusement que certaines fulgurances (Borderlands, par exemple) se montrent un peu plus ambitieuses et originales. Malheureusement, elles sont de plus en plus rares… 

Le face à face

Le jeu vidéo est parfois une dramaturgie. Le conflit qui règne entre deux entités distinctes (le gentil et le méchant, CQFD) fait partie de l’enjeu majeure de ce type d'½uvres, chose que nos amis du service marketing ont bien compris. L'opposition atteint alors son paroxysme, la représentation via un duel de regards et de poings levés faisant office de message subliminale destiné à entraîner l'acheteur indécis dans les abîmes de la querelle, argument de poids pour toute personne ayant envie de châtier de la tête à claque virtuelle après une longue journée de travail. L'idée en soit n'est pas foncièrement mauvaise, mais a été tellement utilisée qu'elle ne nous surprend plus. On en arrive à un stade où ce genre de jaquette renvoie les protagonistes à une condition érotique, presque sexuelle. "Vas-y Spiddy, tisse moi de ta plus belle toile". Hum…

Le "je te tourne le dos mécréant"


On a tous connu notre petite période de rébellion durant notre fiel jeunesse. Afin de raviver notre flamme nostalgique, quoi de mieux qu'afficher un protagoniste dos à la caméra, prêt à en découdre avec ce monde injuste et intolérant? Figure onirique de la divergence et de l'inassimilable, le personnage en question soulève notre désir de différenciation, de se sentir unique. Malheureusement, jeune padawan en marketing, ce n'est pas parce que ton jeu dispose de tels visuels que tu vas nous faire croire que nous, acquéreurs, faisons partie d'une quelconque élite inaccessible au commun de mortels en achetant ta galette. Enfin, comme dirait l'adage, "mieux vaut être un lèche cul qu'un suspect".

Le fourre tout

 

Lors de la prise de décision dans l’acte d’achat vidéo ludique, le joueur recherche un gameplay de qualité, un aspect graphique et technique aboutit, mais également un contenu justifiant la somme dépensée. Cet argument, cristallisant de plus en plus les discussions du monde internet, se doit donc de répondre présent sur la jaquette. Vient alors le moment où le graphiste vous balance une montagne d’informations visuelles et manuscrites pour vous montrer que, oui, son jeu "il est tout beau, il est complet, il va réduire à néant toute forme de vie sociale potentiellement existante". Malheureusement, en l'état actuel des choses, c'est tout simplement moche. L'intention est louable, mais trop souvent mal exécutée.

Le drogué

Ca y est, c'est fait, nous venons d’atteindre le point de non-retour. Parfois, pour certaine raisons assez obscures, les réunions que j’appellerai « brainstorming pour une jaquette décalée » tournent au fiasco le plus total. La première explication se situerait dans la consommation excessive de psychotropes. Je sais, c'est facile, mais que voulez-vous? La seconde, plus terre à terre, pourrait être la résultante d’une incompétence chronique du à une défaillance de matière grise. Enfin, la troisième se justifierait par un état d'esprit que je qualifierai de 'je m’en foutiste'. Je vous laisse le soin de choisir votre préférence, pour moi le choix est vite fait (DROOOOOOOOOOOOOOOOGGGGUUUUEEEEEES!!!!).

On ne s'improvise pas designer de visuels de qualité, c'est une certitude. Quand le talent n'est pas au rendez-vous (ce qui est bien souvent le cas), on a tendance à se diriger vers les voies impénétrables de la facilité (ou du "what the fuck", c'est selon). Malheureusement, cet amour pour l'oisiveté a la mauvaise idée de gangrener nos chères et tendres boîtes en plastique. C’est donc un véritable problème de société qui se pose : "doit-on privilégier un visuel bas du front mais vendeur à quelque chose sortant des sentiers battus mais qui risque de ne pas plaire à la massa popular?". Je pense que si l’inspiration et la compétence répondent présentes, l'originalité et la prise de risque ne doivent être délaissées au profit d’arguments purement mercantiles. Preuve en est, ces quelques jaquettes, qui feront office de conclusion d'un article d’ors et déjà trop long.

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