L'univers tarabiscoté de Pocket Guy

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Par Pocket Guy Blog créé le 25/03/14 Mis à jour le 30/04/15 à 15h26

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(Jeu vidéo)

The Order: 1886

Support : Playstation 4

Développeur : Ready at Dawn Studios

Editeur : Sony Computer Entertainment

Année : 2015

La sortie de The Order: 1886 aura eu l’effet d’une petite bombe au sein de la sphère vidéo ludique. Trop court, trop creux, imparfait sur de nombreux aspects et mal noté par la presse « spécialisée », Ru Weerasuriya et son équipe n’ont pas été épargnés par les critiques. Il faut dire que lorsque l’on fait face à un titre aussi ambitieux (tant sur le fond que sur la forme) qu’insolite sur son approche purement ludique, la critique facile et infondée se retrouve au c½ur d’un débat dont l’angle d’attaque est tronqué par les avis immotivés d’une communauté ne sachant sur quel pied danser.

Rédiger un avis constructif et objectif n’a jamais été un exercice aisé. Ce constat est d’autant plus vrai lorsqu’il faut appréhender un titre tel que The Order: 1886. De l’aveu de son créateur, l’½uvre a pour ambition de mêler réalisation cinématographique et interactivité vidéo ludique au sein d’un seul et même ensemble. L’idée, même si elle n’est pas nouvelle, n’est pas inintéressante et a le mérite de casser le classicisme ambiant qui touche notre média depuis quelques temps. Certains salueront une telle prise de risque, d’autres auront du mal à la voir s’immiscer dans notre passe-temps favori. Un point de vue qui n’étonne guère tant les ½uvres de ce calibre sont propices à la discussion et à la division. Il est néanmoins important de prendre du recul vis-à-vis de la question et de peser ses arguments, positifs comme négatifs.

Vous allez probablement vouloir me répondre que cette approche « vidéo-cinématographique » de notre média existe depuis quelques années déjà, que les développeurs privilégient désormais l’enrobage plastique à la profondeur interactive. Vous n’avez pas tort, et c’est d’ailleurs l’un des défauts du titre (j’y reviendrai). Néanmoins, The Order: 1886 assume son statut d’hybride et a bien travaillé ses gammes. Entres transitions fluides, rythme soutenu, mise en scène réussie et personnages charismatiques, l’aspect filmique du titre est, à défaut d’être novateur et potentiellement révolutionnaire, d’une efficacité et d’une cohérence bienvenue. Il n’y a aucun temps morts « technique » tout au long de la partie. L’aventure déroule sa verve de manière continue tout en réduisant à peau de chagrin la cassure entre phases de gameplay et cinématiques. Un peu déroutant au début (dois-je tripoter la manette pour faire avancer le schmilblick, ou non ?), cet aspect gagne en fluidité et en spontanéité au fil du temps. Malheureusement, à force de vouloir atteindre cette perfection purement visuelle, le titre oublie de travailler ses personnages secondaires et son scénario. Même si ces deux aspects sont traités de manière plus ou moins correcte, il n’est pas illégitime de déplorer un manque de fond scénaristique qui porte préjudice à la cohérence générale. L’histoire et les protagonistes sont loin d’être inintéressants, mais les scénaristes traitent tellement de sujets différents qu’ils oublient de leur donner vie. On oscille donc entre enthousiasme et frustration à la fin du générique, d’autant plus que la conclusion, complètement bâclée, laisse un goût amer dans le coin de la bouche.

Si The Order: 1886 a tant fait parler de lui, ce n’est pas seulement pour son côté hétéroclite, mais également pour sa réalisation graphique et technique. Il faut dire que la plastique du titre est, par moment, impressionnante. Aliasing inexistant, profondeur de champs éloquente, environnements inspirés et fourmillant de détails, matières (bois, acier, eau, électricité) plus vraies que nature, personnages d’un réalisme saisissant… C’est un quasi sans fautes. Quasi, car le jeu est plombé par son format cinémascope, qui nuit à la lisibilité générale. Vouloir se rapprocher du 7ème art est une chose, le faire de manière adaptée en est une autre. Ce défaut est réellement gênant, d’autant plus que le titre est, par moment, assez sombre et étriqué dans le design de ses environnements. En parlant de level design, le titre souffle souvent le chaud, mais parfois le froid. Si la plupart des niveaux sont artistiquement et architecturalement réussis, certaines séquences sont clairement peu inspirées. C’est, encore une fois, réellement frustrant, car The Order: 1886 dispose d’une direction artistique de qualité, mais ait plombé par un manque de fantaisie certes plutôt rare, mais présent malgré tout. 

On aura beaucoup reproché au titre son manque de profondeur scénaristique, mais également interactive. La forte présence de cinématiques, aussi bien réalisées et rythmées soient-elles, empêchent à The Order : 1886 de proposer une expérience vidéo ludique inoubliable au joueur. Il est indéniable que le plus gros point fort du jeu vidéo par rapport au cinéma si situe au niveau de l’échange qu’entretiennent le gamer et l’½uvre grâce à l’interaction que le premier exerce sur le second. Certains titres, tels que Borthers : A Tale of Two Sons, Journey ou encore Demon’s Souls l’ont bien compris, en proposant une expérience basée uniquement sur le gameplay et la cohérence artistique. Hors, et c’est là où le bât blesse, The Order: 1886 se contente d’aligner ses cinématiques de manière intempestive. Malgré leur belle réalisation, elles entraînent, malgré elles, une sorte de redondance qui en rebutera plus d’un. Fort heureusement, les phases de gameplay pures sont une réussite totale. Non seulement la maniabilité est bien pensée et intuitive, mais, en plus, les moments de castagne sont d’une intensité bienvenue. La sensation de puissance est retranscrite de bien belle manière, les armes ayant une véritable personnalité et rendant les affrontements non seulement divertissants, mais également jouissifs. Il en est de même pour les phases en QTE. Que l’on adhère ou non au principe, force est de constater que la chose est tellement bien réalisée qu’il devient plaisant de se contenter d’appuyer sur des touches prédéfinies et d’apprécier le résultat à l’écran. Certains de ces combats se retranscrivent avec élégance et grâce, et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on affronte lycans et mécréants à l’occasion de joutes à couteau tiré certes faciles, mais terriblement jubilatoires. 

Malgré tout, quelques ombres viennent ternir ce tableau à priori très réussi. "Mon royaume pour une huître", ce sont probablement esclaffés les programmeurs de chez Ready at Dawn en codant l’intelligence artificielle. Même si les ennemis tentent, tant bien que mal, de vous contourner ou de vous déloger à la grenade, force est de constater qu’ils ne sont pas capables de beaucoup plus. Pour pallier à ces manquements, les développeurs ont cru bon de les shooter aux fortifiants et autres « damages up », qui vous feront tomber à vitesse grand V. Solution de facilité qui s’avère inefficace tant il est aisé de coller des balles dans le buffet de ces plots ambulants. En parlant de facilité, le jeu ne daigne même pas proposer au joueur un quelconque niveau de difficulté. Seconde ombre au tableau, le jeu s’avère, la majeure partie du temps, très (trop?) abordable. Malgré une ou deux phases sous réelle tension, le titre n’oppose pas de réelle résistance, évitant ainsi au joueur du dimanche une trop grande frustration. Un mode difficile aurait été le bienvenu. Enfin, la troisième ombre se situe au niveau des phases dites "de remplissage". Il ne sera pas rare de trouver objets, photos et autres journaux qu’il sera possible d’observer de manière tout à fait réaliste. Cependant, d’un point de vue ludique, on atteint le niveau 0 de l’amusement. Faire tourner une pipe, aussi bien modélisée soit elle, dans le creux de la main de Sir Galahad n’a absolument rien de productif. Viennent ensuite les phases d’infiltration et les minis jeux (crochetage, piratage d'un réseau électrique), pas désagréables, mais trop simplistes et loin d’être transcendantes. Quant aux phases de plateformes, elles n’ont strictement aucun intérêt puisque totalement « scriptées », la mort devenant, de ce fait, impossible. Il aurait été préférable de nous rajouter quelques combats, bien plus divertissants.

Reste à aborder la question de la bande son qui, elle aussi, aurat fait débat. Si l’ambiance générale et les symphonies réalisées par Jason Graves et Austin Wintory sont réussies, le doublage français est loin d’être exempt de tous défauts. Malgré quelques grands noms alignés (Zaffarano, Laustriat ou encore Le Doze), l’intonation et l’élocution (mais où est donc cette femme Indienne?) sonnent parfois faux. Il faudra donc privilégier la version originale, bien plus réussie de ce point de vue-là.

Sorte d’hybride décomplexé mais maladroit, tant sur le fond que sur la forme, The Order: 1886 fait partie de ces titres que l'on adorera détester. Parfois beaucoup trop bavard, le titre semble avoir oublié que l’amusement provoqué par le jeu vidéo tient à l’interactivité qu’il propose, et non à la contemplation. Néanmoins, il serait malvenu de ne pas reconnaître que le titre a de belles qualités à nous proposer. Les phases d’action sont, à défaut d’être révolutionnaires, efficaces et jouissives, les personnages sont charismatiques et l’enrobage général est de bonne facture. Malheureusement, ces points positifs se laissent souvent submergées par des défauts qui en rebuteront plus d’un, à commencer par des cinématiques omniprésentes, des phases de remplissage ennuyantes, un script manquant de profondeur et une intelligence aux abonnés absents. Reste alors une impression mi-figue mi-raisin, le jeu donnant à la fois satisfaction et amertume. C’est donc divertit, mais insatisfait, que l’on ressort de cette aventure de 8 heures rythmée et imparfaite. Les bonnes bases sont posées, c’est donc à Ready at Dawn de rectifier le tir pour la suite des événements.

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