L'univers tarabiscoté de Pocket Guy

L'univers tarabiscoté de Pocket Guy

Par Pocket Guy Blog créé le 25/03/14 Mis à jour le 30/04/15 à 15h26

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Je me remémore le premier Matrix avec une émotion souvent mal dissimulée. Pour la petite histoire, mon père était allé le voir au cinéma à l'époque (sans moi, j'étais trop jeune) et avait tellement aimé qu'il avait acheté le DVD dès sa sortie, chose très rare le concernant. Je me souviendrais toujours du jour où il a reçu la galette et qu'il m'a dit: "fils, il faut que je te montre quelque chose". Il m'a passé toute la scène d'action finale (à partir du moment où Morpheus se fait torturer jusqu'à la fin). J’en suis resté bouche bée, sidéré, jamais je n'avais vu un tel déferlement sur un si petit écran! Depuis ce jour, la saga ne me quitte plus.

Malgré tout, il serait réducteur de définir l'oeuvre, dans son intégralité, uniquement au travers de son premier épisode. J'avais moyennement apprécié, à l'époque, les suites de l’original. Mais, avec le recul et de nombreux visionnages, je trouve que les seconds et troisièmes opus vont encore plus loin dans la réflexion. Non seulement Matrix 2 et 3 sont deux grands films, mais sont en plus des suites qui éclairent totalement le film original, à tel point qu'on se rend compte que l'on ne l'avait pas compris.

Qu'on le veuille ou non, les Wachos ont totalement réinventés le blockbuster SF pur et dur avec leur trilogie. En plus d'être en avance de 20 ans sur son temps en terme d'effets spéciaux, Matrix se défini par une maturité, que ce soit dans le propos ou la mise en scène, qui n'existe dans aucune oeuvre de ce genre (Star Wars, si tu m’écoutes). Car, ne nous méprenons pas, les suites amorcent une écriture qui diffère drastiquement de l’original tout en gardant une cohérence à toute épreuve.

C'est ce qui fait la force de la saga: réussir à réorienter le spectateur vers d'autres voies, lui qui prenait comme acquis le dénouement du premier. Il faut avoir un sacré courage pour, non seulement tenter, mais réussir un revirement pareil, et surtout lorsque l'on parle de films pesant des dizaines de millions de dollars avec 15 majors derrières (façon de parler). On passe d'une ligne directrice claire et définie dans Matrix à un tout autre embranchement par la suite. Ce tour de force est une réussite totale, et amène l'oeuvre, dans son intégralité, vers des sommets qui n'ont toujours pas été dépassés! En effet, ces suites s'affranchissent de la notion de bien et de mal en nous retranscrivant deux soit disant héros qui ne sont, au final, que des anomalies parmi tant d'autres dans un monde gouverné par la cupidité et l'individualisme et dont les principaux ennemis ne sont pas les autres, mais nous même. 

Pour résumer rapidement, les nouveaux thèmes abordés par Matrix 2 et 3 sont: les anomalies systémiques, une notion de bien/ mal qui vole en éclat, l'illusion de la résistance (simple organe de contrôle), le choix entre la sauvegarde de l'humanité (reddition) ou la liberté (extinction quasi totale), l'amour comme élément déclencheur (la scène avec Trinity à la fin du 2), l’apparition d'une deuxième matrice (pour contrer le déséquilibre engendré par le psychisme humaine), et tout plein d'autres choses qu'il serait trop long de lister (notamment au niveau des personnages (le Mérovingien, la famille d'Hindous, l'Architecte, Perséphone)).

Tout ceci nous amène vers une réflexion nous demandant de lier réalité (virtuelle ou non) et liberté. Un individu qui évolue dans un monde qu'il croit réel et qui en réalité ne l'est pas, est-il libre ? Un être humain utilisé comme pile et qui évolue dans un univers virtuel dirigé par des machines est-il libre ? S'opère alors un déplacement de la problématique de la liberté. Même nous, en tant que spectateur, ne savons pas si nous sommes libres vis-à-vis de notre environnement (en somme, nous ne pouvons savoir si nous sommes dans un rêve) et vis à vis de nous-même (sommes-nous des êtres complètement déterminés ou avons-nous une liberté transcendantale, une âme?).

En faisant de Néo un être qui, finalement, dépasse les frontières de son propre univers et qui ainsi pose la question de la réalité du monde présenté comme réel tout au long de la trilogie, les réalisateurs veulent, d'une part, nous faire comprendre que nous sommes pris dans ce questionnement et, d'autre part, qu'au-delà de cette question de la liberté subsiste des êtres humains, des êtres qui ressentent des choses. La question du ressenti dépasse alors celle de la liberté et de la réalité, que nous soyons déterminés ou non, que nous soyons réels ou non. Ce qui compte, en fin de compte, c'est ce que nous ressentons.

Au-delà d’un scénario totalement remanié qui apporte son lot de questionnements existentialistes, j’aimerai également rendre hommage à deux scènes d’action, seconde marque de fabrique de la franchise. La première, celle de l’autoroute, dont la démesure totale ne piétine nullement sur la lisibilité générale, est un modèle de mise en scène. Rarement le cinéma ne nous aura gratifiés d’un tel flot de jouissance visuel et sonore (mention spéciale au Mona Lisa Overdrive de Juno Reactor). A noter que les frères Wachos ont poussés le vice jusqu'à construire une véritable autoroute de 3.2Km sur une ancienne base navale Californienne. Le montage a pris 7 semaines et le tournage 45 jours pour nous proposer ces 26 minutes d’anthologie. La définition même de prouesse technique en somme.

La seconde scène est, bien évidemment, le combat final qui fait rage au c½ur même de Sion. Pourtant tant décriée, elle était, à l'époque, totalement hallucinante, non seulement grâce à ses effets spéciaux, mais grâce également à son côté totalement déjanté et "over the top" qui mène la conclusion de la trilogie vers des sommets que peu de blockbusters ont osé toucher ne serait-ce que du doigt.

En résume, la trilogie Matrix est un modèle de blockbusters intelligent qui est malheureusement moqué par ceux qui sont totalement passés à côté de leur propos et de leur ambition. C'est fort dommageable, car c’est la quintessence de ce qui se fait en matière de films « grand spectacle » SF. J'ai beau me creuser les méninges, je ne vois aucune autre ½uvre (si vous m’avez suivi, vous savez de quel type d’½uvre je veux parler) lui arriver à la cheville. En conclusion, je me permettrai de reprendre un commentaire trouvé sur le net que je trouve extrêmement pertinent:

Des retours mitigés ? Les wachos en ont depuis 15 ans.

Des bons films ? Les wachos en font depuis 15 ans.

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