Purple Monkey Dishwasher

Par djrecette | Blog créé le 10/09/11
Dernière modification le 24/09/11 @ 19h02


24 Septembre 2011 @ 18h44 -
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Autant poser d'emblée le décor : je suis une vilaine raclure d'intégriste atrocement réfractaire aux doublages, voilà c'est dit. Autant que je m'en souvienne, j'ai toujours eu en horreur les affreuses localisations françaises, que soit au cinéma, à la télévision et évidemment dans le jeu vidéo (mais celle là vous l'aviez venu venir), mais le cas de ce dernier est encore plus problématique. Parent pauvre de la localisation, le jeu vidéo subit depuis trop longtemps les affres d'une adaptation généralement pondue dans l'urgence et enregistrée à l'arrache, avec des comédiens on ne peut plus détachés et surtout pressés de passer à la suite. Si l'on ajoute à ce sombre tableau une absence totale de direction artistique, comment imaginer obtenir autre chose qu'une version insipide et à oublier le plus vite possible ? Evidemment, les exceptions existent (j'aurai envie de citer pêle-mêle Psychonauts, Metal Gear Solid, ou dans un tout autre registre Wario Ware Smooth Moves…) mais la faiblesse de leur nombre ne compense en rien l'écrasante majorité des VF à la ramasse.

 

Bien heureusement, les nouvelles consoles permettent désormais de choisir entre une variété conséquence de langues, quitte à changer directement la langue de la console. Malheureusement, nos galettes européennes ne proposent pas encore systématiquement la version audio originale (et je ne pourrai m'empêcher de glisser un mot sur la sortie de Blue Dragon en France, ou la version originale japonaise présente dans les versions envoyées à la presse avait été supprimée pour remplacée par… la version italienne !), ce qui me paraît quand même assez hallucinant en 2011. Pourquoi supprimer délibérément la possibilité pour le joueur de profiter pleinement d'une prestation de qualité, avec des acteurs impliqués, ayant préparé leur personnage ? Pourquoi, je vous le demande ? Je ne suis pas persuadé que Portal (et sa suite) aurait eu le même effet atomique sur mon esprit sans l'incroyable prestation d'Ellen McLain qui assure mine de rien à elle seule l'intégralité de la narration et donne cette ambiance absolument unique

 

L'aspect le plus "comique" et qui confère presque une touche artisanale aux doublages français reste la désagréable impression d'entendre encore et encore la même sempiternelle dizaine de voix caricaturales sur la quasi-totalité des doublages. Nous retrouvons pêle-mêle : le gros bouquin écervelé à la Schwarzenegger, le vieillard à côté de ses pompes, l'abruti de service un poil névrosé, j'en passe et des meilleurs… A croire que la même équipe qui double la plupart des dessins animés diffusé aux aurores pour les enfants fait des heures supplémentaires pour boucler ses fins de mois, et c'est bien le jeu vidéo qui en fait les frais.

 

Je ne prétends pas connaître de l'intérieur le milieu de la localisation et celui du doublage en particulier, je m'insurge simplement contre la récurrence inexplicable d'une apparente volonté de bâcler un travail qui méritait un peu plus de considération. Après, il est évident que quand on voit qu'une saison entière de The Simpsons ne nécessite que deux minuscules semaines de doublage pour sa version française contre une semaine par épisode pour la version originale, il ne faut pas s'attendre à mieux pour le jeu vidéo. Alors que l'on met en avant les "poids lourds" du cinéma français pour les doublages des plus grosses productions animées venues d'Outre-Atlantique, pourquoi ne pas tenter d'instaurer la même démarche pour les productions susceptibles d'être les plus vendues ? La France ne manque pourtant pas de voice actors de talent, du fabuleux Richard Darbois en passant par les regrettés Jean Yanne et Claude Piéplu, je reste persuadé que si l'on s'en donnait les moyens nous pourrions proposer aux joueurs de l'hexagone autre chose qu'une production low cost de bas étage.

 

Et pourtant, il a suffit d'un billet posté par camite pour me rendre compte qu'il pouvait quand même y avoir des gens talentueux, consciencieux et par-dessus tout passionnés qui travaillaient en amont à la traduction méticuleuse des textes. J'ai trouvé ce texte particulièrement poignant, car il illustre la désillusion d'un traducteur face à la réception de son travail sur lequel il n'a plus aucun contrôle une fois le script rendu. Alors je me dis que tout n'est pas perdu, peut-être auront un jour (si possible dans un futur pas très éloigné et dans notre propre galaxie) le droit de bénéficier de la considération que ce média mérite. Par contre, quand je lis dans Consoles + (oui, le groupe de presse dans lequel j'officie bénéficie d'un abonnement gratuit à cette ancienne gloire des années 1990) que l'absence de voix françaises dans L.A. Noire est un point négatif, je manque de m'étouffer tant le travail d'acteur et de motion scanning semble balayé d'un revers de la main ! Au vu du nombre astronomique de dialogues et d'une synchronisation labiale encore jamais vue dans un jeu vidéo, je n'ose imaginer la déperdition qualitative à laquelle nous aurions eu droit ! A bon entendeur.  


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10 Septembre 2011 @ 16h53 -
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Certes, L.A. Noire n'est pas exempt de reproches, et il est clair que le dernier Rockstar (ou Team Bondy si vous cherchez la petite bête) a reçu un accueil mi-figue mi-raisin de la part des journalistes comme des joueurs. Néanmoins, derrière son gameplay redondant et une intrigue principale sans réelles surprise, le Los Angeles de 1947 dans lequel évolue Cole Phelps et ses nombreux collègues permet de mettre subtilement en lumière un tournant déterminant dans la politique extérieure des Etats-Unis d'après-guerre.

 

Evidemment, la Seconde Guerre mondiale occupe une place importante dans l'univers de L.A. Noire : tel le proviseur Seymour Skinner, le passé du détective en devenir Cole Phelps se rappelle régulièrement à son bon souvenir d'ex-Marine. Seul survivant de son unité suite à la fameuse bataille d'Okinawa, l'officier Phelps se voit remettre la Silver Star, l'une des plus hautes distinctions militaires américaine. Parlant couramment japonais (une particularité qui ne sera jamais vraiment expliquée au cours de l'histoire), Phelps a également développé une connaissance certaines des us et coutumes de ses adversaires. Très respectueux de ces derniers, il passera à plusieurs reprises pour un pacifiste névrosé auprès de ses troupes, ce qui tend à le discréditer passablement, puisque comme chacun le sait, le pacifisme n'est jamais accueilli avec enthousiasme au sein de l'armée…

 

Fraîchement nommé officier de police à la LAPD, Phelps conserve en apparence cette profonde tolérance envers son prochain quel qu'il soit : fustigeant les clichés et les déclarations à l'emporte-pièce de ses collègues, il incarne alors le citoyen droit dans ses bottes.

 

Cette image de père-la-vertu va coller à la peau du protagoniste, tant et si bien qu'il finit même par agacer et parfois s'attirer les foudres de ses collègues : si Rusty Galloway semble passablement ennuyé par les sermons d'abstinence que Phelps déclame dès que le bruit d'un bouchon se fait entendre, Roy Earle en revanche monte plus rapidement en pression face aux nombreux rappels à l'ordre des règles fondamentales qui régissent l'éthique policière. Dans ce climat d'après-guerre, la germanophobie est latente et communément partagée... à une exception près, puisque notre cher Phelps ne semble manifester aucun ressentiment face aux ennemis d'hier qu'il n'a pas connu. L'unique représentante de la gente germaine réside dans la personne d'Elsa Lichtmann, une chanteuse de cabaret ayant fuit son pays natal pour trouver refuge de l'autre côté de l'Atlantique. En sa qualité d'artiste, Elsa ne semble pas subir les foudres de la même manière que ses compatriotes. Sa voix de velours reprenant les standards du jazz langoureux des années 1940 aurait plutôt tendance à charmer les gentlemen qui viennent se détendre au Blue Room après une rude journée… jusqu'à faire succomber notre ami Phelps qui semblait pourtant irréprochable.

 

Ce rapport adultérin est la faille qui fera basculer Phelps dans une spirale sombre qui l'amènera à passer du statut de justicier admiré au pervers collaborationniste dont les frasques font alors les gros titres des journaux locaux. D'un seul coup, la nationalité d'Elsa pose alors un véritable problème aux yeux des Angelenos. Mis à la porte par sa femme et rétrogradé à la brigade des incendies, Phelps continue alors en silence de rendre visite à sa nouvelle muse à la nuit tombée.

 

Mais même la tolérance a ses limites… Et nous touchons là le cœur du propos historique mis en lumière par L.A. Noire, à savoir la transformation de l'archétype de l'Ennemi (oui avec un grand E) des Etats-Unis. En effet, il existe quand même une catégorie de la population que Phelps méprise : ce sont "Les Rouges" (musique dramatique). En cette année 1947, la guerre civile fait toujours rage en Chine entre les nationalistes et les communistes de l'Armée populaire de libération, et en amateur averti de l'Asie, notre officier semble très au fait des avancées de ces derniers sur le front. Mais l'ennemi n'est pas seulement de l'autre côté de l'océan : les commies sont désormais implantés et organisés sur le sol américain. Ce sentiment de méfiance envers le Parti se cristallise dès la fin de guerre et l'apparition des premières tensions avec l'URSS concernant le partage de l'Allemagne vaincue, c'est justement en cette même année 1947 que le président Truman annonce sa doctrine dite du containment qui vise à endiguer l'expansion soviétique en Europe. La méfiance envers les russes va rapidement tourner à la paranoïa dès 1950 avec la médiatisation du sénateur McCarthy qui donnera son nom à une gigantesque chasse aux sorcières jusqu'en 1954.

 

Le sentiment anti-communiste est donc déjà bien présent dans la société américaine alors que Phelps parcours les rues perpendiculaires de Los Angeles pour sauver la veuve et l'orphelin. C'est ainsi que les individus suspectés d'obédience coco vont passer un sale quart d'heure (et plus si affinités) face à Phelps et son coéquipier remontés. "Qu'est-ce qui vous déplaît tant dans la démocratie ?" lance le détective à un ouvrier soupçonné de distribuer des tracts anarchistes. Les supposés sympathisants gagnent (en plus du mépris affiché pour leur orientation idéologique) le droit de se faire copieusement molester, ça leur passera certainement l'envie de défier l'Oncle Sam ! Il est donc intéressant de constater que la seule aversion que Phelps s'autorise est le rejet du communisme : sa tolérance à l'égard des Japonais et des Allemands adossée à sa méprise des gauchistes illustre à travers le visage de ce seul personnage le changement fondamental de paradigme qui va structurer la société et la politique extérieure américaine jusqu'au siècle suivant. Exit donc les affiches et les cartoons moquant Adolf Hitler et le IIIème Reich, la tête de turque se prénomme désormais Joseph Staline. Comme chacun le sait, cette opposition donnera naissance à la Guerre Froide, un conflit qui structurera et divisera la planète en deux jusqu'à l'effondrement de l'URSS en 1991.

 

Ce twist historique est intéressant à observer à la lumière de la dernière décennie, puisque le même schéma se reproduira en 2001: dix ans après les Russes, les Etats-Unis s'attacheront alors à combattre Oussama Ben Laden, et le musulman intégriste deviendra aux yeux de la population le nouvel archétype de l'ennemi de la démocratie. Peut-être auront nous droit dans un demi-siècle à cette même lecture rétrospective en suivant les truculentes aventures d'un flic de choc en plein New York à l'aube du XXIème siècle ? Rendez-vous dans 50 ans !


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Édito

Bonjour à tous, je souhaiterais brièvement introduire ce modeste blog au nom improbable.

PMD (pour les intimes) sera, je l'espère, le rendez-vous des curieux souhaitant aborder le jeu vidéo d'un oeil analytique en prenant du recul sur certains évènements qui font l'actualité ou en prenant le temps de développer un point qui mérite de l'être. Le jeu vidéo sérieux donc, mais pas pour autant prise de tête !

Bien évidemment vos remarques sont d'avance les bienvenues !

Merci et bonne lecture à tous.

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