Le Blog de Platon21

Par Platon21 Blog créé le 16/06/12 Mis à jour le 06/11/18 à 09h40

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Catégorie : Manga / Comics

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Manga / Comics (BD-Manga-Comics)

Spirou a 76 ans et 53 albums au compteur. Il s'agit au départ d'un clone de Tintin (dans l'esprit "chef scout belge" initié par Hergé). Son Milou est l'écureuil Spip, son Haddock est Fantasio, dont le mauvais caractère provoque catastrophe sur catastrophe, son Tournesol est Champignac, savant aux inventions loufoques et moteur de nombreuses aventures. Franquin (1947 à 1969, 21 albums en comptant les hors-série) inscrit le personnage dans son temps, celui de la contestation (mai 68) avec des albums anti-chasse, antimilitariste et écologiste.

La santé du héros se mesure aux ventes du "Journal de Spirou", qui découpe les albums : on est est passé de 108 000 exemplaires vendus en 1965 à 31 000 en 2013 en France.

Le coup de crayon de Tome & Janry (1981 à 1999, 13 albums) a modernisé le duo en l’ancrant de façon cohérente dans notre quotidien, tout en abordant parfois des thèmes de science-fiction.Un peu trop, puisque l’album Machine qui rêve, qui devait signer une nouvelle ère façon Reboot, ne rencontra pas l’adhésion du public en décembre 1998.

Machine qui rêve

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La couverture de Machine qui rêve montre un Spirou beaucoup plus réaliste qu'à l'accoutumée. L'histoire à base de trahison et de clonage humain ne laisse pas de place à l'humour, l'ambiance est d'autant plus pesante que les marges et les interstices entre les cases sont noires. La noirceur mange le moindre espace, les plans choisis sont resserrés, oppressants. Tout indique que Spirou risque vraiment sa vie. Les codes habituels de la série (les noms loufoques, le costume de groom, Spip en animal pensant, etc.) sont rejetés pour mieux marquer l'évolution majeure que cet album apporte. L'identité même de Spirou est remise en cause.

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Les auteurs Tome & Janry furent très surpris par l'ampleur des réactions négatives, au point d’arrêter l’album en cours Zorglub à Cuba, qui restera du coup inachevé début 1999. Philippe Tome revient en 2005 sur les conditions de cet abandon : « La publication de notre dernier album de Spirou et Fantasio, Machine qui rêve, pourtant encouragée et voulue par Philippe Vandooren (le précédent directeur éditorial, aujourd’hui décédé), a entraîné un malaise entre nous et la direction générale. Certains responsables de chez Dupuis, attachés aux traditions, se sont inquiétés… Il y eut une baisse des ventes de cette nouveauté, Machine qui rêve, équivalente à environ 10%. Nous nous sommes aussitôt consacrés à la collection hors-série Le Petit Spirou, et petit à petit, notre envie de publier une nouvelle aventure dans la série-mère s’est quelque peu émoussée ».

Même son de cloche quand on demande à Janry en 2009 s'il publiera un jour l'album Zorglub à Cuba : « Peut-être, mais plus le temps passe… Loin des yeux, loin du coeur. C’est vrai qu’il y a la collection parallèle « Une aventure de Spirou et Fantasio par… ». C’est très bien, mais les hommages, ça sent quand même le sapin. Il devenait urgent de reconduire la série-mère, sous peine de la voir rejoindre les Pieds Nickelés dans les catacombes de la BD. Et le retour de Tome & Janry ou la résurrection de Franquin n’y aurait rien changé ! Et puis, c’est dur de voir son enfant à la dérive aussi longtemps ».

Soda

Les lecteurs orphelins de grandes épopées se consolent un temps avec Soda, de Philippe Tome, puisqu’ils retrouvent l’humour et le style graphique de Spirou et Fantasio. Avec ce héros, moins médiatisé que Spirou, Tome peut aborder des sujets franchement adultes et gagner un lectorat plus mûr. 12 albums sont parus, mais depuis 2005, c’est le calme plat.

 

 Le petit Spirou

Prenant acte du rejet d’un Spirou mature, Tome & Janry abandonne la série principale pour se concentrer sur leur succès commercial : Le petit Spirou, qui raconte l’enfance du héros sous forme de gags en une planche. 16 albums sont parus au total de 1990 à 2012, 17 si l’on compte La Jeunesse de Spirou qui marque la naissance du petit personnage, parue en 1987. Le problème réside dans la répétition des gags et l’absence d’ambition artistique qui provoquent rapidement une overdose chez le lecteur.

Les éditions Dupuis se demandent comment relancer l’intérêt de la série principale après le fiasco laissé en 1999 ? Les prétendants à la succession de Tome & Janry présentent à tour de rôle leurs travaux : trop gamins ou trop adultes, sans jamais arriver à convaincre la direction.

L'accélérateur atomique

Les Formidables aventures de Lapinot

La série est laissée à l’abandon jusqu’à ce que Lewis Trondheim, auteur des Formidables Aventures de Lapinot, sorte un album parodique : L'accélérateur atomique (paru aux éditions Dargaud). On sent que Trondheim avait une profonde admiration pour Franquin, et en même temps un mal fou à lâcher son héros Lapinot, qu’il venait de faire mourir dans le volume précédent.

Un flic est ridiculisé tout au long de l’album, sans doute un cousin de Longtarin. Il est trop stupide pour comprendre que Spirou / Lapinot et Fantasio sont de bons samaritains et leur met des bâtons dans les roues. Ce qu’il paiera cher, car nos héros n’ont pas de temps à perdre avec un "flic con".

C’est ce qui caractérise le personnage le plus martyrisé par Franquin : « Gaston est en conflit avec Longtarin parce que c'est un flic con. Je gare ma voiture scrupuleusement, car l'idée seule d'une algarade vulgaire avec un flic qui aurait raison, me rend malade... Longtarin c'est finalement une adaptation de Guignol, c'est le gendarme qui se fait rosser à la plus grande joie des mômes ».

En somme, L'accélérateur atomique constitue un vibrant hommage à Gaston / Spirou, doublé d’un adieu loufoque à son personnage Lapinot, mais pas de quoi amorcer une nouvelle série. Surtout que le crayonné de Trondheim a son charme, mais reste assez éloigné du perfectionnisme de Janry.

Morvan & Munuera

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En 2004, Spirou sort officiellement de sa tombe avec l’album Paris-sous-Seine, signé Morvan & Munuera chez Dupuis. Suivent L'Homme qui ne voulait pas mourir en 2005, Spirou et Fantasio à Tokyo en 2006, et Aux sources du Z en 2007, du même duo. Quatre albums dont les ventes déclinèrent si rapidement que les éditions Dupuis décidèrent de confier les rênes de la série à de nouveaux auteurs.

Il faut dire que Munuera a son style bien à lui et s'est approprié les héros, qui ressemblent davantage à des personnages de dessins animés. L'ensemble est dynamique et coloré, loin de l'univers poisseux et sombre de Janry - mais reconnaissons tout de même le travail accompli, les décors réalisés par Munuera étant particulièrement soignés.

 

Si le talent de Munuera ne fait aucun doute, la volonté de rajeunir le lectorat en privilégiant des dialogues comiques (mais pas drôles), l'action et les courses-poursuites, a ébranlé les lecteurs habitués aux BD Soda, autrement plus exigeants. Les combats laissent dubitatifs : comment Spirou pourrait-il dominer un redoutable chef des yakuzas expert en karaté ?!

Spirou et Fantasio à Tokyo devait pousser les auteurs encore plus loin dans la conquête du jeune public, puisque cet album annonçait un "manga Spirou". Il ne verra cependant pas le jour, en raison des mauvaise ventes de Spirou et Fantasio à Tokyo, et des relations très dégradées avec les éditions Dupuis.

Leur quatrième album, Aux sources du Z, a d'ailleurs failli sortir en hors-série tant la direction chez Dupuis ne croyait plus en eux. Un sacré déclassement quand on y songe ! Après avoir négocié avec la direction pendant un an, et s'être adjoint le scénariste Yann en renfort, le duo Morvan & Munuera  voit son travail finalement accepté dans la série principale.

Jean-David Morvan répond en 2007 à la question : Allez-vous faire un Spin-off de Spirou ? « Le manga en est un, et un sacré non ?! Encore de quoi se faire bien éreinter... On nous accuse déjà assez de trahir comme ça... Faire Spirou, c'est de toute façon un risque. Finalement, c'est un challenge qui ne peut nous apporter que des ennuis. Je veux dire : on savait dès le départ qu'on se ferait descendre. En plus, chez Dupuis, ils nous ont demandé de viser le public "jeune", qui ne lisait plus Spirou, simplement parce qu'il y avait eu juste un album en 10 ans (Machine qui rêve, qui était d'ailleurs lui aussi assez sérieux) ».

Une aventure de Spirou et Fantasio par…

Une fois Morvan & Munuera mis à la porte, les éditions Dupuis patinent à mettre en place une équipe capable de sortir une dizaine d’albums et autant de succès, comme l’avait fait Franquin, Fournier, Tome & Janry. De ce problème est issu un Spin-off, une nouvelle série dérivée nommée « Une aventure de Spirou et Fantasio par… », qui laisse le soin aux nouveaux auteurs de s’exprimer librement, puisque chaque album est autonome et détaché de la chronologie principale. L’intérêt de cette série parallèle débutée en 2006, c'est que les auteurs peuvent expérimenter de nouvelles approches scénaristiques et graphiques sans pour autant nuire à l’image de Spirou. Et dès que l’un des albums indépendants triomphe, les éditions Dupuis peuvent confier aux chanceux la suite de la série principale en toute sérénité. Une solution pour dénicher les talents, en somme.

Les géants pétrifiés

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C’est dans ce contexte que nait Les géants pétrifiés de Vehlmann & Yoann. Personnellement, je ne suis pas attaché à un Spirou invariablement habillé en groom, un Spip qui a une conscience, etc. Aussi, voir le héros en anorak rouge, jean et converses noires ne m’a pas choqué. Néanmoins, je n'ai pas accroché au style graphique riche en éclairages et en jeux d’ombres pour les personnages, mais avec des décors quasiment vides à chaque case (sans doute parce que le dessinateur devait rendre ses planches dans les délais les plus brefs). L'histoire est basée sur une course entre deux équipes d'archéologues, à la recherche des vestiges d'une civilisation engloutie sous les eaux. Fantasio d'un côté, avide de scoops et de gloire, part avec l'appui d'un aventurier richissime qui se moque du patrimoine et des valeurs morales. Spirou de l'autre, se lance sans moyens mais avec une réelle légitimité en compagnie des héritiers du peuple disparu.

Hélas, la rivalité entre Spirou et Fantasio est vite neutralisée pour ne pas ternir l'image positive du compagnon du héros, si bien que le reste de l'album est mièvre et futile.

Les marais du temps

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Ensuite vient l’album Les marais du temps signéFranck le Gall en avril 2007. Un véritable naufrage : l’histoire basée sur les voyages dans le temps n’a aucun intérêt, si bien que j’ai dû lutter à plusieurs reprises pour terminer cet album jusqu'au bout. Spirou et ses amis sont incapables de sortir de la prison temporelle dans laquelle ils se trouvent (en 1865), et c'est finalement un enfant qui les ramène au présent.

Franck le Gall s'adresse donc aux enfants, mais pas sûr qu'ils apprécient l’album au vu des personnages, croqués dans le style "Blake et Mortimer", en moins bien. On se retrouve avec une "ligne claire" effroyablement datée, un scénario simpliste et des dialogues basés sur de l’argot parisien du XIXème, tout cela pour tenter de restituer une ambiance "rétro". C'est raté.

Le Tombeau des Champignac

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Six mois plus tard, en novembre 2007, les éditions Dupuis sortent Le Tombeau des Champignac de Yann & Tarrin. Cette fois, les auteurs renouent franchement avec le dessin de Franquin, son goût pour les voyages et le fantastique, ainsi que son humour décalé. Cet album est, à n'en pas douter, bien au-dessus des précédentes tentatives de réhabilitation du groom.

Le Tombeau des Champignac est une aventure de Spirou et Fantasio... mais surtout de Seccotine, la jolie journaliste opportuniste, qui vole la vedette aux héros habituels. Fantasio, trop sourd aux minauderies de la belle, manque sa chance. Spirou saura en profiter, et perdra même sa virginité ! Un coup osé, qui fait basculer Spirou dans le monde des adultes, et qui a dû faire grincer des dents chez l'éditeur Dupuis, opposé au vieillissement du personnage. 

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Le journal d'un ingénu

Cinq mois ont passés, en avril 2008, et c’est au tour du Journal d'un ingénu d’Émile Bravo de paraitre. Les éditions Dupuis sont décidément très prolifiques, ce qui montre à quel point la direction cherche la nouvelle poule aux oeufs d’or pour relancer la série principale.

J’avoue avoir eu quelques appréhensions en ouvrant l’album et en découvrant le style "ligne claire". Puis, je me suis laissé embarquer par le récit, qui réinvente les débuts de Spirou sur fond de Seconde Guerre mondiale. Les personnages gagnent en épaisseur : Spirou est dépeint en jeune groom manipulé par Seccotine (une communiste infiltrée) et corrompu par Fantasio (un paparazzi arriviste).

L’auteur nous livre une critique assez acerbe des auteurs de BD, qui faisaient l’impasse sur les sujets politiques de l’époque, sous prétexte de s’adresser à la jeunesse. Une autre critique s'adresse implicitement à Hergé et son Tintin au pays des Soviets : pourquoi avoir dénoncé les mensonges et dangers du communisme, mais jamais le nazisme ? Un éclairage puissant, indispensable, sur la notion d'engagement en temps de guerre, mais qui est malgré tout trop "rétro" pour que l’on songe sérieusement à accorder à Émile Bravo l’avenir de Spirou.

Le Groom vert-de-gris

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L’album d’Émile Bravo ayant fait forte impression - ce qui était devenu fort rare dans les parutions de Spirou - Dupuis sort Le Groom vert-de-gris de Yann & Schwartz en 2009. J'avais apprécié le travail de Yann sur Le Tombeau des Champignac, si bien que je suis entré dedans sans préjugés. Cette fois encore, la ligne graphique est claire, mais plus audacieuse que Le Journal d'un ingénu. Puisqu’Émile Bravo avait introduit Spirou aux portes de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Yann nous projette au coeur du conflit, en 1942.

Le ton est résolument plus adulte, avec son lot de violence et de cruauté. Yann ne nous épargne rien : torture et massacre des résistants d'un côté, humilation et exécution des collabos de l'autre. Spirou a, bien malgré lui, dénoncé un réseau de résistants aux nazis. Il passe le plus clair de son temps pourchassé par les nazis et les résistants, et croupit dans diverses prisons en attendant d'être fusillé.

Fantasio vit la guerre de façon plus intime, en hébergeant une poignée d'aviateurs anglais, mais la tension n'en est pas moins palpable. Chaque protagoniste se méfie d'autrui de par son métier, ses relations et compromis avec le pouvoir nazi en place, en se demandant d'où va partir la dénonciation.

Le Groom vert-de-gris constitue un prolongement percutant au Journal d'un ingénu, mais qui pose question : les éditions Dupuis ne devraient-elles pas songer à se tourner vers l’avenir de Spirou plutôt que d’exhumer avec insistance son passé ?

Panique en Atlantique

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En 2010 sort Panique en Atlantique, dessiné par Fabrice Parme et imaginé par… Lewis Trondheim ! Sept ans après l'hilarant L'Accélérateur atomique, Trondheim est appelé à la rescousse pour ressusciter Spirou. Point important : pour ne pas rebuter les fans, Trondheim laisse le pinceau à Parme, qui s'applique à restituer les tics des dessinateurs des années 1950 / 1960 (cerné noir prononcé, aplats de couleur sans relief, décors expurgés, etc.).

Le verdict des lecteurs fut sévère, mais contrairement aux mécontents, le côté moraliste de Trondheim m'a bien plu. Il rend en fait hommage à l'album Le dictateur et le champignon (1956) de Franquin, dans lequel Spirou embarque sur un bateau de luxe et croise des bourgeois oisifs et stupides.

Je dois reconnaître que j'ai été assez surpris par le ton de l'album, partagé entre la légèreté (Trondheim dépeint avec un humour caustique les moeurs des riches : fourbes et odieux avec les pauvres), une vision sombre de la civilisation (le bateau est décrit comme une prison qui se referme sur les individus, prélude à une violence inouïe), et enfin l'imaginaire enfantin (le dénouement heureux a lieu grâce à l'intervention d'outils fantastiques). Un bel album, aux traits faussement naïf.

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Vehlmann & Yoannes

Alors, qui est l’heureux élu entre Trondheim, Yann, Franck le Gall, Émile Bravo ? Aucun de ceux-là ! Ce sont Vehlmann & Yoann, auteurs du hors-série Les géants pétrifiés qui ont repris le flambeau de la série principale en 2010 avec Alerte aux Zorkons, puis La Face cachée du Z en 2011, et enfin Dans les griffes de la Vipère en 2013. Trois albums dessinés dans la veine des Géants pétrifiés, avec pour consignes de l'éditeur de s'adresser en priorité à un public enfantin, et de respecter strictement les délais de parution.

Les lecteurs attentifs dénombrent bon nombre d'erreurs (disproportions, défauts et oublis d'une case à l'autre) qui sont autant de signes de la rapidité d'exécution de leur travaux, et donnent au final un goût d'inachevé. Vehlmann & Yoannes ont beau multiplier les gags et les clins d’oeil à la mythologie de Spirou pour ne pas frustrer les vieux lecteurs, il manque cruellement à leurs albums une dimension humaine à la Franquin, une recherche artistique à la Tome & Janry, ou un regard désabusé sur le monde contemporain à la Trondheim.

La Face cachée du Z est l'album le plus raté de Vehlmann & Yoann, et sans doute de toute l'histoire du célèbre groom. Il sera en effet difficile de faire pire : changer Spirou en loup-garou sur la lune... 

L'avenir de Spirou

Le quatrième album de Vehlmann & Yoann sortira fin 2014 (le 54ème de la série principale), tandis que le 55ème marquera en 2015 l'ouverture d'un parc d'attractions dédié à l'univers de Spirou, situé près d'Avignon (coût : 75 millions d'euros).

Plus que jamais, La série principale s'enlise à vouloir conquérir les enfants, alors que les hors-série « Une aventure de Spirou et Fantasio par… » tentent désepérément de rattraper les vieux lecteurs à coups de graphismes rétro. Ces derniers se multiplient : Téhem & Makyo (La Grosse Tête, HS n°7, 2014), Dany & Yann (HS n°8, 2015), Frank & Zidrou (HS n°9), Arleston & Conrad (HS n°10), dévoilant la panique chez les éditions Dupuis, à la recherche d'un nouveau souffle pour leur mascotte.

Spirou à travers les âges

Qui saura réenchanter un Spirou âgé de 76 ans ? La question reste ouverte

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Manga / Comics

 I Am a Hero est un manga pour adultes (car assez sombre et violent) écrit et dessiné par Kengo Hanazawa. 8 tomes sont édités par Kana pour l'instant en France, le 9ème étant attendu pour décembre 2013. Ce manga a été nominé pour le prix Manga Taishō en 2010, 2011 et 2012, et le prix du Festival d'Angoulême en 2013. Il a gagné le 58e prix Shōgakukan en 2013. Je vous en parle parce qu'à ma grande surprise, mes amis amateurs de mangas ne l'ont jamais lu et ignorait même son existence !


 Le pitch

Hideo Suzuki, dessinateur de manga âgé de 35 ans, mène une vie morne : métro / boulot / dodo. Evidemment, il rêve de passer d'obscur assistant mangaka (dans un atelier de 20 mètres carrés) à star du manga, mais il fait avec les cartes qu'il a en main, et ses ambitions de jeunesse finissent par se diluer avec le temps.

Enfin, ça c'est ce que décrit en petites touches intimistes le premier tome, les 7 autres racontant la survie d'un petit groupe (dont fait partie Hideo) face à une pandémie évoquant la crise mondiale de la grippe A (H1N1), et les virus fantastiques des films 28 jours plus tard et World War Z, et pour les plus littéraires d'entre vous, Je suis une ­légende de Richard Matheson.

Mon avis sur :

Le scénario

Cette saga, qui oscille entre humour absurde et cruauté spectaculaire, met un peu de temps à démarrer. Difficile de dire à quel point le récit est autobiographique, mais le pauvre Hideo gâche sa vie en travaillant comme une machine, sans compter les heures (l'un de ses collègues aura d'ailleurs la main qui saigne à force de dessiner en continu).

Au point que, épuisé le soir, Hideo souffre d'hallucinations visuelles et auditives. Son « ami imaginaire » lui sert d'ami tout court avant de s'effondrer sur le lit, et de rouvrir les yeux au son d'un réveil assassin pour recommencer une journée de labeur. On sent que Kengo Hanazawa parle de son vécu et de sa propre frustration, même s'il superpose dessus une couche de fiction et de l'humour.

La passivité du héros ressemble à de la résignation, ce qui contraste d'autant plus fort avec la suite de l'histoire (quand la contamination par le virus se généralise) et qu'Hideo fait preuve d'un courage salutaire et d'un altruisme peu banal au milieu de la panique générale.

Le dessin

Kengo Hanazawa nous livres quelques superbes planches en couleur en début de récit, avant de céder la place au noir et blanc : noir comme l'est devenue la société japonaise / blanc comme l'âme d'Hideo.

Visuellement, le travail de Kengo Hanazawa témoigne d'un véritable sens de la mise en scène. Les plans collent à la peau du personnage principal, nous faisant découvrir en même temps que lui son environnement. Cette technique rend vraiment effrayantes les scènes de « Survival horror ».

J'ai rarement vu un manga fourmiller d'autant de détails (les quartiers de Tokyo, la forêt des suicidés...), ou s'acharnant à peindre toutes les variations d'un virus mortel sur le corps humain. I Am a Hero est quasiment un manuel de médecine, catégorie : maladies incurables !

Conclusion

En bref, Kengo Hanazawa nous dépeint une société japonaise dépressive, malade du boulot, entravée par des conventions et des impératifs moraux d'un autre âge.

Les contaminés sont empêtrés dans une boucle étrange (ils tiennent un discours répétitif focalisé sur leur  activité quotidienne), qui n'est pas sans rappeler  les vivants qui enchainent leur journée de travail sans se poser de question.

Le souci d'ancrer le récit dans notre modernité, avec un crayonné hyper réaliste, rend I Am a Hero touchant. Un manga qui propose de l'action ET qui fait réfléchir !

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Manga / Comics

Vous connaissez sûrement les films Kick Ass au vu de leur succès (le premier a rapporté 96 millions $ pour 30 millions $ de budget en 2010 ; le second 59 millions $ pour 28 millions $ de budget en 2013), mais avez-vous lu les Comics ?

Le pitch 

Dave Lizewski est un lycéen ordinaire vivant à New York. Il n'est ni la grande gueule ni le souffre douleur de la classe, il se décrit lui-même comme étant « moyen à tout point de vue ». Il vit avec son père dans un petit appartement, et cette vie lui parait mortellement ennuyeuse.

Toujours le nez dans ses Comics, il a un jour une révélation : « Pourquoi personne n'a jamais essayé de devenir un Superhéros dans la vraie vie ? ». Dave s'achète alors un costume loufoque (une combinaison de plongée verdâtre) sur eBay et arpente les ruelles mal famées en quête d'action.  

 Des racailles ne manquent pas de le remarquer, au vu de sa drôle de dégaine. Dave ne peut plus reculer, il affronte le danger pour la « bonne cause ». Et comme il n'est pas préparé à se battre, contre plusieurs adversaires de surcroit, il se fait méchamment tabassé. Cette humiliation n'ayant pas l'air de satisfaire les racailles, ils décident de le poignarder et de le laisser pour mort.

Dave titube sur la route et une voiture vient le percuter de plein fouet. Le choc est tel qu'il doit subir quatre opérations chirurgicales et passe trois mois à l'hôpital pour s'en remettre. Mais la médecine a ses limites, et certaines de ses terminaisons nerveuses sont irrémédiablement abimées.

Cet handicap pour le commun des mortels constitue un « super pouvoir » pour celui qui rêve de ressembler à Batman et consorts. Dave ne ressent quasiment plus la douleur, ce qui lui confère une résistance physique tout à fait incroyable. Lors d'une ronde, il réussit à sauver un homme qui était en train de se faire agresser. Un passant filme la scène avec son téléphone portable et poste la vidéo sur YouTube. Un Superhéros est né.

Le dessin

J'avoue qu'au départ, il m'a fallu un moment pour m'habituer au trait assez épais de John Romita Jr. Surtout que les premiers volumes sont techniquement les moins bons. Puis, j'ai été agréablement surpris par la suite : la qualité des dessins intérieurs est au niveau des couvertures, ce qui est en général assez rare puisque les éditeurs mettent le paquet sur l'aspect extérieur.

L'insensibilité de Dave est un prétexte pour nous balancer au visage un déluge de violence, de torture et de jets d'hémoglobine. En parallèle à cet aspect spectaculaire, le trait épais de John Romita Jr. s'adapte parfaitement au quotidien de Dave, englué dans une adolescence poisseuse.


Conclusion

Si Aaron Taylor-Johnson incarne un Kick Ass convaincant au cinéma, et que l'on est ravi de Chloë Grace Moretz en Hit Girl en plus des stars Nicolas Cage (Big Daddy) et Jim Carrey (Colonel Stars and Stripes), il faut bien avouer que les Comics proposent un récit plus vraisemblable, et s'autorisent un degré de violence largement supérieur aux films.  Satisfaire le grand public et garantir une pérennité commerciale a déçu les fans.

Le réalisateur Matthew Vaughn propose un premier film honnête, mais dont les excentricités destinées à arracher un « Waouh ! » aux teenagers paraissent un peu déplacées. Le réalisateur et scénariste Jeff Wadlow, en charge du second film, fait moins bien que son prédécesseur en termes de mise en scène. Davantage de fidelité aux Comics aurait été le bienvenu.

L'idéologie en toile de fond est également dérangeante, oscillant entre le discours catastrophiste « la police n'a pas les moyens de lutter contre la criminalité » et son corollaire, l'apologie de l'auto défense : « faites justice vous-même ». Mais là où les Comics proposent une critique féroce du mythe du Superhéros, les films se contentent d'enchainer les scènes d'action, sans prise de distance salutaire.

J'attends donc le troisième Comics de Mark Millar et John Romita Jr. avec impatience, tandis que je suis partagé concernant la suite au cinéma.

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Édito

Passionné par la philosophie de l'art et la politique, je suis l'auteur d'une trilogie de livres sur le jeu vidéo dans ce qu'il a de plus dérangeant L'Histoire des jeux vidéo polémiques, je suis rédacteur pour le mook Pix'n Love, et également auteur de la biographie Yu Suzuki, le maître de SEGA et des "livres-jeux dont vous êtes le héros" L'épopée du Moine Guerrier et La Geste du Chevalier Errant Book pro

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