Le Blog de Platon21

Par Platon21 Blog créé le 16/06/12 Mis à jour le 16/10/17 à 11h28

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(Musique)

Au moment où trois membres de Téléphone remontent sur scène sous le nom des Insus, je me suis demandé pourquoi l’un des groupes qui a bercé mon adolescence avait splitter en 1986. En recoupant les informations disponibles, j’ai trouvé au moins cinq raisons principales. Je vous livre la troisième partie de ma petite enquête.

Lire la partie 1 (le fric)

Lire la partie 2 (le sexe)

Lire la partie 3 (la drogue)

Lire la partie 4 (la vieillesse)

Lire la partie 5 (les egos)

3)     Fleur de ma ville

Aux jeux amoureux risqués avec la bassiste Corine Marienneau (voir la partie 2), s'ajoutent ceux de l'addiction et de la défonce. Depuis le lycée, les membres de Téléphone aiment perdent le contrôle en s’enivrant à l’alcool fort ou en fumant de l’herbe de cannabis, mais aussi en goûtant à diverses substances plus exotiques comme le raconte C. Marienneau :

« Il y a eu deux périodes pour les jeunes margi­naux des années 1960–70 que nous étions. D'abord, une période LSD, herbe, acides, cham­pi­gnons hallu­ci­no­gènes où on utili­sait la drogue pour l’ex­pé­rience, comme des cher­cheurs. C’était des outils qu’on utili­sait pour chan­ger de niveau de conscience » (Gala, décembre 2012).

Le large succès du groupe change la donne : l’argent brassé leur donne accès à un tout autre réseau et à un panel de drogues redoutables :

« Après, il y a eu la période cocaïne et héroïne, et là c’était pas cool du tout. C’était une manière de refu­ser le réel tel qu’il est… Heureu­se­ment, on consom­mait de l’hé­roïne de manière assez limi­tée, c’est pour ça qu’on est encore là » (Gala, décembre 2012).

C. Marienneau, qui était déjà mal vue parce qu’elle gâchait les parties de jambes en l’air des garçons avec les jeunes groupies, enfonça le clou en chassant les dealers et en interdisant la prise de drogue pendant les répétitions :

« La drogue, c'était clairement un danger pour nous. Et, comme souvent, j'ai fait la « maîtresse d'école ». J'ai proposé des règles. Chacun fait ce qu'il veut dans sa vie, mais quand le groupe travaille, quand il enregistre, quand il tourne, pas de drogues, et pas de groupies. De toute façon, on avait vite vu que la scène était notre grande force et que la drogue n'était pas compatible avec de bons concerts, surtout la léthargie produite par l'héroïne » (Télérama, novembre 2015).

Il faut savoir que la drogue est un thème très présent dans les chansons du groupe, mais jamais de façon explicite pour pouvoir être diffusée facilement à la radio et éviter les problèmes avec les maisons de disques. On pense à Crache ton venin (1979) :

"Le poison est en toi
Allez crache ton venin, crache ton venin
Attention !  En y mordant dedans
Tu te tâches de sang..."

La référence à la drogue la plus évidente se trouve dans Fleur de ma ville (1980), qui devait initialement s'appeler Sweet Heroïne, mais qui a été rebaptisée sous pression de la maison de disques EMI :

"Je l'accueillis à bras ouverts.
Je ne savais pas qu'elle entrait jusque-là
Fleur de ma ville, du sang sur tes épines
Tu prends ce que j'aime et puis chez toi tu m'emmènes.
Non, pas de veine pour celui qui l'aime..."
 
On pense aussi à la chanson Cendrillon (1982), dédicacée à Romy Schneider, retrouvée morte à 43 ans dans son appartement parisien le 29 mai 1982 :
 
"Dix ans de cette vie ont suffit
A la changer en junkie
Et dans un sommeil infini
Cendrillon veut voit finir sa vie
Les lumières dansent
Dans l'ambulance..."
 
La chanson Un autre monde (1984) fut conçue dans des conditions particulières. J.-L. Aubert était très malade et déprimé dans son appartement parisien. Pour passer le temps, il se droguait et rêvassait. Le clip où l'on voit un jeune garçon s'ennuyer dans un monde en noir et blanc rend bien compte de l'état dans lequel se trouvait le chanteur à l'époque :
 
"Je marchais les yeux fermés
Je ne voyais plus mes pieds
Je rêvais réalité
Ma réalité m'a alité
Ce soir dansent les ombres du monde
A la rêver immobile
Elle m'a trouvé bien futile
Mais quand bouger l'a faite tourner
Ma réalité m'a pardonné..."

Dans le documentaire Téléphone Public enregistré en 1979, le guitariste Louis Bertignac s'affiche avec un T-shirt orné d'une feuille de cannabis et le slogan "Home Grown Communication". C'est lui qui connaitra le plus de difficulté à se détacher de l'héroïne, qu'il consommera pendant presque dix ans. Dans ce même documentaire, C. Marienneau a des mots très durs contre les héroïnomanes, et on peut interpréter ses propos comme une vengeance contre L. Bertignac, qui l'a quittée quelques mois plus tôt :

« J'aime pas ça. Quelqu'un qui est toxico est mal barré pour avancer dans la vie. Et comme j'ai pas envie d'être bonne soeur, je vais carrément le laisser de côté. Je vais pas m'en occuper, j'ai pas que ça à foutre ». (Téléphone Public, 1980). 

S’il serait exagéré d’affirmer que le sevrage de L. Bertignac est à lui seul responsable de la fin de Téléphone (il y a cinq raisons, qui, combinées entre elles, ont mené au split, comme mentionné dans l’introduction), ne pas prendre en compte cet élément serait dommageable. L. Bertignac était très dépendant à l'héroïne, en sortir lui a énormément coûté comme il le révèle :

« Je sniffais de l’héro. J’ai arrêté à 30 ans. J’ai compris que j’arrivais à un croisement. Soit je choisissais le mal et je mourais. Soit je choisissais le bien et il fallait supporter de survivre à cette saloperie. Les premiers jours sans drogue ont été terribles » (Le Matin, janvier 2015).

Au milieu des années 1980, L. Bertignac et les autres musiciens entreprennent de se sevrer. Ils connaissent l'enfer, car l'absence de drogue change leurs comportements du tout au tout. Les choses qu'ils acceptaient de faire ensemble par la passé sous l'emprise de la drogue ne sont plus possibles, en particulier la façon de travailler et le partage des revenus des chansons (voir la partie 1) tes qu'il était établi auparavant. L. Bertignac affirme que l'absence de drogue a fait tomber les masques :

« De 15 à 30 ans, on a à peu près tous baigné dedans. Avant Téléphone, c'était moi. Au début du groupe, moi et Corine, après ça a été Corine et Jean-Louis. Je pense que les deux ou trois dernières années, on était clean. Et c'est peut-être aussi pour ça que c'était plus difficile. Il n'y avait plus de masque » (VSD, septembre 2015).

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Commentaires

Donald87
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Donald87
Good job ... J'apprend des choses :)

Édito

Passionné par la philosophie de l'art et la politique, je suis l'auteur d'une trilogie de livres sur le jeu vidéo dans ce qu'il a de plus dérangeant L'Histoire des jeux vidéo polémiques, je suis rédacteur pour le mook Pix'n Love, et également auteur de la biographie Yu Suzuki, le maître de SEGA et du "livre dont vous êtes le héros" L'épopée du Moine Guerrier Book pro

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