Le Blog de Platon21

Par Platon21 Blog créé le 16/06/12 Mis à jour le 16/05/17 à 15h26

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(Musique)

Au moment où trois membres de Téléphone remontent sur scène sous le nom des Insus, je me suis demandé pourquoi l’un des groupes qui a bercé mon adolescence avait splitter en 1986. En recoupant les informations disponibles, j’ai trouvé au moins cinq raisons principales. Je vous livre la seconde partie de ma petite enquête.

Lire la partie 1 (le fric)

Lire la partie 2 (le sexe)

Lire la partie 3 (la drogue)

Lire la partie 4 (la vieillesse)

Lire la partie 5 (les egos)

2)     Dans ton lit

Dans sa biographie, Corine Marienneau nous apprend qu’il régnait une tension sexuelle hors norme aux moments des concerts, qui occasionnait une forte rivalité entre Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac. Pour les deux guitaristes, jouer devant un public féminin revenait à faire la cour en direct. L. Bertignac confie que dès le départ, il concevait la guitare comme un objet d'attrait sexuel :

« J’avais craqué sur Valérie Lagrange à une fête. Et j’avais quoi ? 18 ans. J’étais pas puceau, mais pas loin. Je trouve une guitare, je joue, et c’était bon ! La guitare, ça a toujours été mon meilleur moyen de séduction » (VSD, septembre 2015).

Une chanson fut même dédiée à leur instrument fétiche, Ma guitare est une femme (1977), dont les paroles sont destinées à exciter les groupies lors des concerts :

Ma guitare est une femme / Une femme toute vétue de noir / Une femme qui ne sort que le soir / Qui aime les jeux de con de ma génération / Viens près de moi / J'ai besoin de quelqu'un à aimer / Ma guitare tu peux me faire l'amour / Essaye / Ma guitare tu peux me faire l'amour...

 

Le problème, c'est que les concerts viraient parfois à des combats de coqs pour savoir lequel des deux aurait le harem composé des plus belles filles. Et en prenant de l'âge, le décalage générationnel entre les musiciens et les jeunes filles devenait dérangeant. Lorsque C. Marienneau voyait J.-L. Aubert et L. Bertignac bomber le torse et se battre à coup de solos, elle se mettait en retrait au fond de la salle en signe de désaccord :

« Lors d’un concert à Amsterdam, au pied de la scène, il y avait deux très jeunes parisiennes d’à peine 15 ans qui semblaient appartenir à la chasse gardée de Louis. Oui mais voilà, elles avaient été repérées par Jean-Louis, qui chantait pour elles et faisait le coq sans vergogne. Elles, ravies, se prêtaient au jeu […] Autre concert, sauf que Jean-Louis est moins en forme que Louis ce soir-là. Louis fait le beau devant les filles pendant que Jean-Louis fait la gueule tout le concert » (Le Fil du temps, 2006). 

Les parcours amoureux au sein du groupe deviennent confus, ce qui engendre de la frustration. Il faut savoir que C. Marienneau était en couple avec L. Bertignac avant la formation de Téléphone en 1976. Ce dernier révèle :

« Ah, les filles... Normalement, dans les groupes de rock, ça fait la queue devant les loges, mais le fait qu'il y ait Corine.... C'était pas le chien de garde, mais disons que ça freinait l'ardeur de certaines. Imagine : t'es dans un groupe de rock qui cartonne... Manque de pot, ta gonzesse est dedans » (VSD, septembre 2015). 

En 1978, C. Marienneau a 26 ans. Elle finit par se faire plaquer par L. Bertignac, qui n'a d'yeux que pour les jeunes groupies. Elle tente de se suicider, puis J.-L. Aubert lui remonte le moral par le sexe. Les caractères et le rapport à l'argent étant très différents entre les deux (voir : partie 1), l'improbable couple ne dure pas.

Lors de la tournée "Un autre monde" en 1984, J.-L. Aubert avait comme à son habitude dragué les jeunes groupies du premier rang, ce qui avait déclenché une fois de plus l’exaspération de C. Marienneau. Furieuse, elle avait carrément tourné le dos au public. Le chanteur considérait qu’à chaque fois que la bassiste gâchait l’ambiance par ses accès de colère et de jalousie, les concerts étaient ratés. Le groupe avait la réputation de se donner à 200% sur scène, et voilà qu’un des membres ne jouait plus le jeu. Le chanteur le vivait mal, car c’est toute l’image de Téléphone qui en était impactée. J.-L. Aubert était très clair :

« Dans un groupe, il n'y a pas de galère à partir du moment où les gens qui viennent à un concert aiment ce qu'ils voient » (Téléphone Public, 1980).

Un soir, J.-L. Aubert était excédé par l’entreprise de sabotage de la bassiste. Par malheur, les deux énervés se retrouvèrent ensemble à la fin de ce « concert raté » dans un lieu très confiné, un ascenseur. Les insultes fusèrent immédiatement, suivit de coups, sans que ni l’un ni l’autre ne puisse s’échapper. A l’ouverture des portes, J.-L. Aubert poussa un grand coup C. Marienneau, qui tituba sur deux mètres avant que sa tête ne heurte un mur en crépi. Le lendemain, le chanteur se rendit compte que cette dispute qui a mal tournée resterait dans les mémoires : le visage de la bassiste était celui d’une femme battue. Précisons qu’il ne l’a pas à proprement parlé frapper, mais le frottement de sa face contre le mur rigide donnait méchamment cette impression. Il s’excusera et regrettera amèrement d’en être arrivé là. Avec deux ex-amants au sein du groupe, C. Marienneau ressort de Téléphone complètement mortifiée :

« La femme en moi a morflé durant ces années-là. Pour m'intégrer au groupe, j'étais devenue une espèce d'être asexué, androgyne. En tournée, seule au milieu de quarante mecs, je n'avais pas d'autre choix que d'occulter ma féminité et de porter les amplis. Mais le plus insupportable, c'était le rapport aux groupies […]. J’étais d’une soumission ahurissante. J’étais soumise face à ces mecs, j’étais à leur service » (Le Fil du temps, 2006).

Ces aveux publiés le 24 octobre 2006 seront fatals pour C. Marienneau : jamais les autres membres du groupe ne lui pardonneront d’avoir dévoilé la face sombre des coulisses, même de façon succincte. Le batteur Richard Kolinka réfute tout en bloc :

« Je ne reconnais pas le groupe auquel j'ai appartenu dans ce bouquin  » (Le Monde, octobre 2012).

Même si on sent de la ranc½ur dans le livre, C. Marienneau dit la vérité. Les trois garçons de Téléphone étaient trentenaires vers 1983, et ils se sont servis de leur notoriété pour consommer des filles à peine sorties de la puberté. Par exemple, L. Bertignac admet avoir séduit Carla Bruni alors qu'elle était encore adolescente. Ce qu'il en retient, c'est qu'il a pris la virginité d'une future mannequin qui couchera avec des stars qu'il adore :

« Ah, Carla ! Elle avait 16 ans, moi la trentaine [...] Je ne suis pas peu fier d'avoir "fait la première partie" d'Eric Clapton et de Mick Jagger » (VSD, septembre 2015).

Un mois après la parution du livre, J.-L. Aubert, L. Bertignac et R. Kolinka reforment Téléphone le temps d'un numéro de l'émission Taratata sur France 2. Se faisant, ils dressent péniblement les bases de ce qui sera la future tournée des Insus(portables). C. Marienneau est remplacée à la basse par un homme. C’est R. Kolinka qui a annoncé à la bassiste que les membres du groupe s’étaient sentis trahis par les révélations de son livre :

« Je t’appelle pour te dire qu’on part en tournée sans toi. Je ne veux plus jamais jouer avec toi, parce que tu dis partout que tu ne nous aimes pas, et tu racontes des horreurs sur nous » (On n’est pas couché, 2015). 

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Commentaires

Donald87
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Donald87
Damned !!! Je vais finir par faire un rejet sur ce groupe ...
En fait, non, mais ces choses là ternissent l'image du groupe ... Cela explique beaucoup de choses.
Téléphone était plus présentable avant ... Quand je ne savais pas ...
Comme dit Snoopy (on a les références qu'on peut :D ) : "Pour vivre heureux, vivons stupide" ... Quand on ne sait pas, cela semble mieux ;)

Édito

Passionné par la philosophie de l'art et la politique, je suis l'auteur d'une trilogie de livres sur le jeu vidéo dans ce qu'il a de plus dérangeant L'Histoire des jeux vidéo polémiques, je suis rédacteur pour le mook Pix'n Love, et également auteur de la biographie Yu Suzuki, le maître de SEGA et du "livre dont vous êtes le héros" L'épopée du Moine Guerrier Book pro

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