Le Blog de Platon21

Par Platon21 Blog créé le 16/06/12 Mis à jour le 22/09/17 à 15h20

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(Musique)

Au moment où trois membres de Téléphone remontent sur scène sous le nom des Insus, je me suis demandé pourquoi l’un des groupes qui a bercé mon adolescence avait splitter en 1986. En recoupant les informations disponibles, j’ai trouvé au moins cinq raisons principales. Je vous livre la première partie de ma petite enquête.

Lire la partie 1 (le fric)

Lire la partie 2 (le sexe)

Lire la partie 3 (la drogue)

Lire la partie 4 (la vieillesse)

Lire la partie 5 (les egos)

1)      1) Argent trop cher

Le premier album de Téléphone, au nom éponyme, sort le 25 novembre 1977. Il devient disque d’or (100 000 exemplaires vendus) au cours de l’année 1978 grâce à une série de concerts et au soutien promotionnel de la maison de disques. Jean-Louis Aubert, qui conçoit la plupart des paroles et musiques des chansons, a fait enregistrer ses droits d’auteur à la SACEM et décroche un premier chèque de 30 000 francs (4 500 euros) en juillet 1978. Les musiciens déchantent lorsqu’ils découvrent qu’ils partagent les frais mais ne touchent que les miettes du gâteau. La bassiste Corine Marienneau menace J.-L. Aubert de tout arrêter, mais il lui a tenu tête au début :

« Il a dit : « c’est mon argent, c’est mes chansons, je vais faire un groupe tout seul ». Cette fois-là, on s’est séparé pendant trois jours » (Ichbiah.Online.fr, 2003).

Repartir de zéro n'aurait aucun sens au moment où Téléphone est justement en capacité de négocier de meilleurs contrats auprès des maisons de disques, et commence même à devenir une poule aux ½ufs d’or en France : l’album Crache ton venin sorti le 2 avril 1979 devient disque de platine (400 000 exemplaires vendus).

Il faut savoir que le groupe est composé de deux blocs décisionnels, le guitariste Louis Bertignac et C. Marienneau d’un côté, J.-L. Aubert et le batteur Richard Kolinka de l’autre. Mais contrairement à ce que croyait J.-L. Aubert, son ami R. Kolinka rejoint l’autre camp et exige lui aussi une rémunération plus équitable :

« Il est normal que dans un groupe, on partage. Il n’est pas normal qu’il y en ait un qui roule en Ferrari et tous les autres en 2 CV […]. Ça s’est fini chez moi, je me souviens qu’il y a eu des larmes et des déchirements. Ça a duré toute la nuit, et quand on s’est quitté, on était enfin d’accord. Je sais que pour Jean-Louis, ça lui a coûté énormément. Mais je n’aurais jamais continué Téléphone si on n’avait pas partagé » (Ichbiah.Online.fr, 2003).

J.-L. Aubert n’a d’autre choix que de distribuer des chèques à ses amis sous peine de les voir quitter le navire. Il s’exécute, mais cet épisode où le « cerveau du groupe » doit céder ce qui lui revient de droit (et payer des impôts sur la totalité) va lui rester en travers de la gorge.

Par la suite, les chansons seront le plus souvent créditées « Parole de J.-L. Aubert / Musique de Téléphone », le chanteur perçoit 40 % des droits d'auteur et de reproduction tandis que les autres membres se contentent de 20 % chacun.

Les albums comprennent au moins une chanson personnelle qui n’est pas de J.-L. Aubert (Cendrillon de L. Bertignac, Le Chat de C. Marienneau, Regarde-moi de R. Kolinka). C’est un moyen pour J.-L. Aubert de compléter un album afin de le sortir rapidement, et surtout une source d’apaisement, puisque les autres membres se rémunèrent plus grassement sur ces titres.

Les tensions ne diminueront jamais vraiment pour savoir qui est le véritable moteur créatif, et qui mérite l'argent qui va avec. Par exemple le contrat enregistré à la SACEM à la fin de vie du groupe, le 3 janvier 1983, obligent les musiciens à reconnaître « une certaine prééminence à Jean-Louis Aubert », écrite noir sur blanc.

Le manager François Ravard étant incapable de gérer un portefeuille, c’est C. Marienneau qui assume le rôle de trésorière lors des tournées, selon L. Bertignac :

« Corinne, elle perd pas un centime. Parce qu’à côté, François, il perd tout. Une fois, il a perdu 400 ou 500 sacs (4 000 ou 5 000 francs en argot). Il disait : « je garde le fric, ayez confiance ». Et puis, il a perdu le fric 3 ou 4 fois, alors depuis c’est Corinne qui s’en occupe » (Téléphone Public, 1980). 

J.-L. Aubert tolère pour le moment cette situation financière, car il est encore jeune et plein d’espoir quant aux chances de percer au niveau international. Il déclare d’un ton ironique :

« Ça oui, Corinne, elle sait compter. Est-ce que savoir compter ne serait pas particulier aux femmes ? Enfin, elles savent compter quand c’est leur blé, bien sûr » (Téléphone Public, 1980). 

C. Marienneau compare la cagnotte de Téléphone à une sorte de cadavre que J.-L. Aubert voudrait dépecer et engloutir à lui seul. Elle associe très clairement la mort du groupe à l’argent :  

« C’est la destruction, c’est ce que j’ai vécu dans Téléphone. Quand il y en a un - devinez qui - qui dit « c’est moi, moi, moi… et les autres », et que cela s’exprime souvent sur des trucs financiers - qui va toucher quoi – moi, j’ai dit stop, je ne suis pas d’accord. […]. Regardez les héritages, quand quelqu’un meurt dans une famille. Il se passe des choses horribles, c’est l’enfer : des frères et s½urs sont prêts à se flinguer pour une petite cuillère en argent » (On n’est pas couché, 2015). 

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Commentaires

Donald87
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Donald87
J'ai vu ...
Platon21
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Platon21
Merci Donald
Je déterre des vieux dossiers là, et ce que je trouve est du même tonneau !
La suite va venir vite vu que j'ai déjà pratiquement terminé la seconde partie sur... le sexe !
Donald87
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Donald87
Très intéressant, il y a des éléments qui m'étaient totalement inconnus.
Comme quoi, je ne connaissais que la partie la plus visible du groupe :
http://www.gameblog....ives-n-101-allo
Merci ... J'attend la suite :)

Édito

Passionné par la philosophie de l'art et la politique, je suis l'auteur d'une trilogie de livres sur le jeu vidéo dans ce qu'il a de plus dérangeant L'Histoire des jeux vidéo polémiques, je suis rédacteur pour le mook Pix'n Love, et également auteur de la biographie Yu Suzuki, le maître de SEGA et du "livre dont vous êtes le héros" L'épopée du Moine Guerrier Book pro

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