Le Blog de Platon21

Par Platon21 Blog créé le 16/06/12 Mis à jour le 22/09/17 à 15h20

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On se brosse les dents mais au fond, à quoi bon ? On sait bien qu’elles vont se gâter, et finir par tomber. Cette réflexion en amène une autre : on se lève le matin et on mène sa vie comme si on était éternel. On travaille jour après jour par conformisme, jusqu’à la date d’expiration, au jour où on est jugé trop vieux ou abimé pour produire quelque chose d’utile à la collectivité. Au lieu de rester lucide sur notre situation, on préfère se bercer d’illusions : la vieillesse, la maladie et les accidents, c’est bon pour les autres. Mais il arrive un jour où l’un des trois vous rattrape fatalement, où il est trop tard pour se regarder dans la glace et se demander : qu'ai-je fait de bien pour les autres ?

Nous sommes actuellement plus de 7 milliards sur Terre, et il est fort probable que plus personne ne se souvienne de vous, malgré toutes vos photos et futilités postées sur les réseaux sociaux en gloire à votre mémoire. L’image que nous nous faisons de nous-même finira avec notre carcasse soit dans l’estomac des asticots (enterrement), soit dans la poussière calcaire des os (crémation).

Admettons l’hypothèse de « l’homme augmenté » par la société Alphabet (la holding de Google), ou plus saugrenue, l'hypothèse de l'intelligence humaine / artificielle, fantasme de Mamoru Oshii (Ghost in the Shell), posez-vous la question : qu’avez-vous fait durant votre existence qui mériterait ce type de privilège ?

Les centres d'archives croulent dès à présent sous le poids des informations, alors stocker le contenu de votre cerveau pour plaire à votre ego n'est pas vraiment une priorité scientifique. La sélection sera drastique, et concernera éventuellement les bienfaiteurs de l'humanité, mais surtout ceux qui auront les moyens de payer, excluant de fait le commun des mortels.

Vous faites partie de l’élite des riches et vous croyez en l’immortalité ? Les bio-technologies ne feront que retarder votre échéance, car le soleil a d'ores et déjà consommé la moitié de ses réserves en hydrogène. Une fois en rupture, le soleil va grossir et engloutir toutes les planètes sur son passage. La Terre explosera après avoir consommé tout son stock d'hélium, puis le soleil s’effondrera sur lui-même. Tout l'or du monde ne vous sauvera pas : il ne restera absolument plus aucune trace de l'espèce humaine.

Si penser en termes de milliards d’années est trop abstrait pour vous, la fin de l’espèce humaine pourrait avoir lieu bien plus tôt, dans moins d’un siècle selon certaines études, en raison de la pollution de l’eau, de l’air, de la terre, et des guerres que la raréfaction des biens va entraîner. Il suffit de s’intéresser au nombre de végétaux et d’espèces animales déjà disparues en raison de l’activité humaine pour comprendre quel est notre avenir.

Nous marchons au bord de l'abîme de l'oubli, comme si cela ne nous concernait pas. Nous persistons à lutter au jour le jour de façon dérisoire, tel Sisyphe, condamné à gravir une montagne en poussant un rocher pour l’éternité dans Le Mythe de Sisyphe. « Il faut imaginer Sisyphe heureux », nous dit Camus. Sisyphe est puni par les dieux de la mythologie grecque, comme Adam, le premier homme, chassé du paradis par le dieu des chrétiens : « Tu travailleras à la sueur de ton front jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière ». Amor Fati, « Accepte ton destin », nous dit encore Nietzsche.

L'horloge tourne. Combien de temps avez-vous passé à travailler contre un salaire ? L’étymologie du mot travail désigne en latin le « tripalium », un instrument de torture. On devrait toujours avoir en tête l’origine du travail et l’histoire de l’esclavagisme, plutôt que de se focaliser sur ce qui nous fait tenir le coup : la prochaine pause, le week-end, les vacances au soleil… Parce qu’à l’arrivée, « gagner sa vie » est un cache-misère intellectuel : on perd bien souvent sa vie à la gagner. Et tout le temps passé au travail pour « gagner » de quoi satisfaire, par exemple, les besoins de sa famille, nous éloigne en réalité des êtres qui nous sont le plus chers. Paradoxe...

La suite, bientôt...

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Commentaires

Platon21
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Platon21
Sam Lake est brillant, cela ne fait aucun doute.
Mais les jeux vidéo sont un bien maigre réconfort face au problème qui nous préoccupe.
Neves
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Neves
"Il faut donc arrêter le temps.

(coute que coute et quoi qu'il en coute)

Ce qui nous ramène à Quantum Break.

Sam Lake est un génie.

Et Remedy, notre guide à tous.

Rejoignez le mouvement."

Paul Serene, CEO, Monarch.

Édito

Passionné par la philosophie de l'art et la politique, je suis l'auteur d'une trilogie de livres sur le jeu vidéo dans ce qu'il a de plus dérangeant L'Histoire des jeux vidéo polémiques, je suis rédacteur pour le mook Pix'n Love, et également auteur de la biographie Yu Suzuki, le maître de SEGA et du "livre dont vous êtes le héros" L'épopée du Moine Guerrier Book pro

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