PixelDope

Par pixelfruit Blog créé le 13/05/14 Mis à jour le 20/10/14 à 12h21

De la Daube, de la Dope.
LE GUIDE ULTIME DU SMART GAMER

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Daube (Jeu vidéo)

Avec l'émergence d'Hatred, qui se répend comme une trainée de poudre sur la toile en jouant sur la vague facile du "scandale", du "choc", pour acquérir à la reconnaissance; on ne peut avoir qu'une envie : taire ce nom pour que ce jeu ne devienne jamais une tendance. Mais pourtant, peut être qu'au contraire, il vaut mieux mettre le doigt sur ce phénomène pour le dénoncer, inquiéter, poser les bonnes questions...

Dans les faits, les enfants dès 8 ou 10 ans jouent aujourd'hui à GTA 5. A dix ans, on jouait à Resident Evil ou Mortal Kombat. Plus tard à Doom, Quake, Blood, Daikatana. La question qu'un moraliste se poserait survient alors : à quel moment le déclic d'un parent ou de la société responsable elle-même poussera à tester ou s'informer avant achat, ou a contrôler, voir censurer ? Dans quelle mesure la violence d'un jeu vidéo est elle nuisible ? Sommes-nous (génération Fatality et Kamehameha) vraiment plus violents que les générations précédentes ? Ou le jeu vidéo ne serait-il pas plutôt un exutoire pour la pulsion de Thanatos, là où l'industrie du porno canaliserait celle d'Eros ?

Pour en revenir à Hatred, la norme PEGI n'est donc évidemment pas un frein. Une barrière de bois pourri. Si le jeu sort, s'il est reconnu et accessible, Hatred tombera forcément dans les mains des plus jeunes.

Pourtant, Hatred, c'est ça :

Si ont émergé des Goat Simulator, vous pourrez désormais jouir d'un "Bowling for Columbine Simulator". Allez, ce n'est pas la première fois qu'un jeu vous demande de "foutre la merde". Rappellez vous "State of Emergency", sorti en 2002 sur PS2.  Mais ce n'est pas la violence qui pose problème. Suffisamment de jeux ont montré que la relation violence/jeu vidéo n'était pas un frein à l'achat pour qui que ce soit, à l'excepté de ceux qu'on accusera d'être des puritains. Fait intéressant, d'ailleurs : plus la génération de console passe, plus les jeux se radicalisent dans la violence.

Ce n'est pas non plus l'accusation d'opinions extrêmistes qui pèse sur l'équipe de développement (via le fameux diatribe ici présent). Quand un jeu est bon, on peut se moquer du fait que son auteur ou team de dev soit les pire fils-de-pute-imbuvable-nazi que la terre ai porté ou une double-crême super sympa qui sauve des koalas en conduisant des hybrides. Celui qui a préparé votre pizza est peut être sympathisant des jeunesses hitleriennes ou de l'état islamique (voir les deux). Tout jeu mérite d'exister, peu importe les opinions de ses créateurs, tant qu'il n'incite pas intrinsèquement à la haine.

Finalement, le problème, dans Hatred, c'est qu'il n'a aucun fond qui ne puisse envellopper la tuerie qui le constitue. Comme peuvent l'être SAW ou Hostel, on invite à un bukakke de violence qui ne sert à rien d'autre qu'à être un receptacle de vomi et de chiure de perversité, d'immoralité, de ce qui fait de l'humain un parasite ravageur. Pourtant, dans toutes ces oeuvres, la dimension perverse (assister passivement) créait encore une distance psychique. De la même manière, la perversité active (jeux violents comme il en existe des milliers) avaient toujours pour mérite d'être dans le cadre d'une histoire, d'un gameplay particulier, d'une forme artistique définie. Mais pas Hatred. Tout ce qu'il fait, et qu'il fait bien, c'est créer un embarras (scènes de cris réalistes, qui devraient pourtant titiller le sens moral et la sensibilité, si elle existe encore), en nous mettant devant la violence figurée aussi directement et platement que possible. Une Uncanny Valley du jeu vidéo violent. Sans saveur, sans âme, le jeu est alors un simulateur aussi creux que ces jeux sans nom financés par l'Armée US pour booster ses candidatures. Du serious game, pour sérieux aliénés. 

Hatred n'est pas choquant. Ce serait lui faire l'honneur qui revient aux oeuvres fortes, qui nous surprennent. Le titre essaie de choquer avec son trailer en prenant des raccourcis faciles, vulgaires. Il mérite d'exister au nom de la liberté, mais il mérite aussi d'avoir la même reconnaissance que Grass Simulator.

Mais le jeu à le mérite de poser une question de fond : peut-être que nous avons eu tort d'avoir laissé le jeu vidéo repousser les limites du sexe et de la violence. Peut être n'aurions nous dû pas céder à Grand Theft Auto, Postal, Manhunt, et autre joyeusetés du genre. Peut être que la liberté d'expression doit s'arrêter là où commence la moyenne du sens moral, et que certaines limites ne doivent pas être dépassées pour que subsiste une sorte de conscience, d'espérance.

Autrement, jusqu'où ira la course à choc, et combien de simulateur de viol de bébé faudra t'il pour se convaincre que la violence, c'est classe et cool, mais seulement quand elle s'enroule dans les draps sales de la morale universelle ?

Et vous, que pensez vous d'Hatred ?

De la liberté d'expression ?

A vous,

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Commentaires

hatredfr
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hatredfr
Bonjour.
J'ai créé un forum sur le jeu à cette adresse : http://hatred-fr.com
J'espère vous y voir très bientôt :)
pixelfruit
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pixelfruit
Après, c'est cool d'assumer un truc jusqu'au bout. Dommage que ce soit pour un jeu de meurtre de civils dark/nazi/heavymetal.
pixelfruit
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pixelfruit
Ashmore > Yep, j'ai joué à chacun des jeux que tu as listé, et on peut enrichir la liste d'autres jeux encore. A chaque fois qu'on laisse aux joueurs la liberté de tuer ou non, il est toujours tentant de se laisser aller à fracasser de la veuve et de l'orphelin.
Mais il y a justement ce positionnement, cet objectif, cette posture : les gens que tu tues sont des pixels qui n'implorent pas. Ce qui me rappelle le débat sur "l'Uncanny Valley". Le jour où l'IA sera si réaliste que cela en devient dérangeant.
Dans ce jeu, on atteint un niveau de violence (on repousse les limites, ah , bravo !) dans lequel la proximité avec le réel me parait nécessiter une mise au point. Ne serait-ce qu'avec soi-même.

Le jour où l'IA des jeux vidéos ira si loin qu'on pourra argumenter avec les civils qu'on veut détrousser, violer, ou tuer, on dira toujours "ce n'est que du Jeu Vidéo".

Je pense que c'est là qu'il y a un problème. Même pas dans la violence gratuite, mais dans la forme de la violence, qui devrait gêner tant elle est directe, froide, crédible.
Ashmore
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Ashmore
A rajouter à la liste de violence gratuite: The Punisher.
Ashmore
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Ashmore
Moi je me contrefiche de tuer des innocents dans un jeu vidéo. Après tout, ces "personnes" ne sont que des modèles avec des textures. D'autant plus que ce n'est pas le premier jeu où il faut tuer des innocents. Carmageddon sur PS1 le fait déjà. Puis, je vois pas vraiment en quoi ça choquerait les gosses qui jouent à GTA. Après tout, la plupart jouent à GTA juste pour faire de la merde dans la ville avec des véhicules.Une petite liste de jeu où tu peux tuer des innocents de manière random et sans aucun but: GTA, Sleeping Dogs, Dishonored, Carmageddon, PAYDAY The Heist, PAYDAY2, Deus Ex Human Revolution, Tenchu, Arma. La seule différence avec Hatred c'est que ce n'est pas l'objectif premier du jeu.

A partir du moment ou les joueurs acceptent du Madworld, du Manhunt, du GTA ou tout monde ouvert qui t'autorise à tuer des innocents, je vois pas pourquoi on pourrait s'offusquer d'un Hatred qui lui assume jusqu'au bout ce qu'il veut faire.
pixelfruit
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pixelfruit
Merci pour ton commentaire. Je suis d'accord dans l'idée, mais l'observation de scènes de torture/souffrance, qu'elles soient fondées ou non, enrobées dans une bonne enquête, ne retirent pas la dimension "perverse" (au sens propre du terme) et malsaine de ces films.

Ce, de la même manière qu'un film porno qui se dote d'un scénario ou d'un concept reste un film porno.

Je reste persuadé que cela reste un spectacle "malsain", mais en effet, SAW est loin d'être le pire porn-gore, autant que l'appréciation de ce genre reste une question de goût/jugement.

Au passage, je suis loin de m'estimer moral et sain(t), d'où mes questionnements sur les limites de l'observance de la violence et de "l'immoral".
Evilmarmotte
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Evilmarmotte
Le scénario de Saw est quand même loin d'être mal ficelé. Pour Hostel c'est autre chose mais je trouve que Saw tient tout autant de Seven que des séries B gores des 80's, il y a du suspens, une enquête policière qui se déroule en parallèle de l'emprisonnement des deux personnages.

Édito

Pixel Dope, un tas de certitudes, d’idées manichéenes tranchantes comme des rasoirs jetables émoussés qui auraient tous une histoire à raconter. J'essaie de faire dans l’idée qui investigue, parfaitement inquisitrice, mais qui dans le fond est mue par une petite flammêche pour le Jeu Vidéo et toute la sphère Digitale.

 

Attention : le contenu des articles de ce blog ne sont soumis à aucune auto-censure. Le langage employé pourrait heurter la sensibilité du public fragile. En continuant la lecture de ces articles, vous acceptez de prendre le risque de voir votre opinion torturée sans argument comme un pauvre Solid Snake.

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